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II-
LE MOI EN QUESTION : CHOSE OU FONCTION?
A-
HUME : LA CONSCIENCE COMME ENTITE EST UNE PURE ILLUSION -CRITIQUE
DE LINTROSPECTION-PROBLEME DE LIDENTITE PERSONNELLE.
Introduction.
1)
Transition
La
critique la plus virulente de la saisie intuitive du moi, et du
moi comme entité substantielle, nous est donnée par
Hume, dans son Traité de la nature humaine, I, IV,
VI. Sa thèse est que la conscience de soi na rien de
privilégié : elle ne nous donne pas accès à
nous-mêmes. Cela, parce quil ny a tout simplement
rien de tel que le moi.
2)
Projet général de Hume.
Hume
est un philosophe écossais, né à Edimburgh
en 1711 et mort en 1776. uvres principales : Traité
de la Nature Humaine, 1739; Enquête sur l'Entendement
Humain, 1748.
a1)
La critique du rationalisme : toute connaissance commence par l'expérience
Hume
a une visée critique par rapport aux rationalistes (Descartes,
Leibniz, Malebranche, etc.), pour lesquels la raison est dès
la naissance, de toute éternité, bardée de
principes qui lui permettent d'explorer la réalité,
de la connaître; bref, de découvrir les lois de la
nature sans avoir recours à l'expérience.
Pour
lui, qui est empiriste, nous ne pouvons rien connaître de
manière innée, avant d'avoir eu un contact avec l'expérience.
Nous ne connaissons rien, si ce n'est par les sens.
L'empirisme
fait quelque chose de très original : il cherche à
voir comment est le monde véritablement, avant que notre
esprit se soit formé sa conception de la réalité,
au fil des expériences. Hume se place donc en quelque sorte
du point de vue d'un enfant, qui n'a encore eu aucune exp, ou même,
du point de vue d'Adam : il s'agit chaque fois d'imaginer ce que
verrait un esprit pur, ce qu'il induirait de ce qu'il voit, afin,
évidemment, de se moquer des rationalistes.
Pour
Hume, le monde se présente comme suit :
a2)
Impressions et idées -le principe de copie
Il
part des représentations de l'esprit, qui sont tout ce dont
nous disposons (nous sommes immédiatement en présence
de nos idées, et de rien d'autre : cf. révolution
cartésienne!). Il les appelle des "perceptions".
Ces perceptions se divisent en impressions et idées; les
impressions sont les données originelles de l'esprit,
premières dans l'ordre chronologique; ce sont aussi nos perceptions
les plus vives, les plus fortes. Nos idées sont issues
(et le sont toujours) des impressions (principe de copie);
elles s'en distinguent en ce qu'elles sont plus faibles (cf. souvenir,
imagination), mais, évidemment, elles leur ressemblent.
a3)
Ambiguïté de son empirisme : généalogie
des connaissances? Ou appareil critique, de validation des connaissances?
On
a vu que l'empirisme humien se présente d'abord comme une
entreprise qui vise à retracer la genèse des connaissances
(et même des facultés de l'esprit) : il s'agit de revenir
au donné sensible originel, et de montrer que toutes les
connaissances ont leur origine dans celui-ci. On pourrait donc dire
que l'empirisme de Hume est une "généalogie des
connaissances".
D'un
autre côté, c'est aussi une entreprise critique/normative
: l'empirisme sert à juger de la validité des connaissances.
Dans ce cas, il se sert du principe du copie : il se demande si
les idées (en général celles des philosophes
rationalistes) dérivent bien d'une impression correspondante;
si non, alors, il les déclare dépourvues de sens.
En
conséquence de ce deuxième aspect de l'empirisme,
on peut dire que l'empirisme humien est aussi une critique de la
métaphysique : elle est pour lui le lieu des fictions de
l'imagination, des illusions substantialistes (celles de la matière,
de l'âme, de Dieu). Et aussi, le lieu des faux problèmes.
3)
La généalogie des croyances et facultés humaines.
Il
invente donc une nouvelle façon de poser les problèmes
philosophiques : par exemple, on ne se demande plus s'il existe
des corps, mais "quelles causes nous poussent à croire
à l'existence des corps"?
4)
Analyse du texte de Hume, TNH, I, IV, vi
| Hume,
Traité de la nature humaine, I, IV, vi, §1
Il
y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à
tout moment la conscience intime de ce que nous appelons
notre moi; et que nous sommes certains, plus que
par l'évidence d'une démonstration, de son
identité et de sa simplicité parfaites. La
plus forte sensation et la plus violente passion, disent-ils,
au lieu de nous distraire de cette vue, ne font que l'établir
plus intensément; elles nous font considérer
leur influence sur le moi par leur douleur ou leur
plaisir.Essayer d'en fournir une preuve plus complète
serait en affaiblir l'évidence; car aucune preuve
ne peut se tirer d'aucun fait nous ayons une conscience
aussi intime; et il n'y a rien dont nous puissions être
certains si nous doutons de ce fait. |
a)
§1 Le problème : le moi (cartésien) est-il
bien une évidence? Une expérience immédiate
et incontestable?
Hume
s'oppose aux philosophies introspectives, qui prétendent
qu' on peut avoir l'intuition d'un moi, et que cette intuition est
tellement évidente qu'elle se passe de toute démonstration.
Hume
traitera deux problèmes :
1-
en quoi le moi est-il une fiction? (cf. critique métaphysique)
2-
pourquoi formons-nous cette fiction? (cf. perspective généalogique)
b1)
§2 et 3 Or, fait-on réellement l'expérience de
ce que les philosophes affirment?
| Hume,
TNH, I, IV, vi, §2
Malheureusement
toutes ces affirmations positives sont contraires à
l'expérience elle-même, qu'on invoque en leur
faveur; et nous n'avons aucune idée du moi
à la manière qu'on vient d'expliquer ici.
En effet, de quelle impression pourrait dériver cette
idée? A cette question, il est impossible de répondre
sans contradiction ni absurdité manifestes; pourtant
c'est une question à laquelle il faut nécessairement
répondre, si nous voulons que l'idée du moi
passe pour claire et intelligible. Il doit y avoir une impression
qui engendre toute idée réelle. Mais le moi,
ou la personne, n'est pas une impression, c'est ce à
quoi nos diverses impressions et idées sont censées
se rapporter. Si une impression engendre l'idée du
moi, cette impression doit demeurer invariablement identique
pendant tout le cours de notre existence : car le moi est
censé exister de cette manière. Or, il n'y
a pas d'impression constante et invariable. La douleur et
le plaisir, les passions et les sensations se succèdent
les unes aux autres et jamais elles n'existent toutes en
même temps. Ce ne peut donc être d'aucune de
ces impressions, ni d'aucune autre qu'est dérivée
l'idée du moi; par conséquent une telle idée
n'existe pas. |
Hume
(§2) va prendre la philosophie de la conscience à son
propre piège : elle prétend être fondée
sur une expérience particulière, celle du "moi".
Pour eux, une certaine expérience (celle de l'introspection)
nous conduit à l'idée d'un "moi". Hume va
essayer de montrer que lanalyse de lexpérience
empêche quon puisse la supposer capable de constituer
un "moi".
Pour
cela, demandons-nous d'abord en quoi consiste cette idée.-Réponse
: lidée du "moi", cest lidée
de quelque chose qui reste identique à travers le temps,
et de quelque chose de simple
Ensuite,
demandons-nous si si je peux avoir une idée du "moi",
en partant de l'expérience, puisque pour Hume, une idée
vraie doit avoir son origine dans une impressions correspondante
("il doit y avoir une impression qui engendre une idée
réelle").
Y a-t-il
des impressions susceptibles d'engendre l'idée du moi, le
moi étant ce qui doute, ce qui pense, ce qui veut, etc.,
ie, qui a des impressions?
Hume
va répondre en insistant sur la nature d'une impression.
Une impression, c'est l'unité insécable sur laquelle
l'esprit opère. Elle est instantanée, ie, elle ne
dure pas. Il n'y a pas d'impressions invariable, mais seulement
des impressions discontinues et variables (qui se succèdent
indéfiniment les unes aux autres)
Donc
: si l'impression est sans idée, alors, elle ne peut jamais
engendre l'idée d'un moi, s'il est défini comme identique
à travers le temps. Ce dont on peut rendre compte dans l'expérience,
c'est seulement d'une série d'impressions discontinues, il
n'y a donc nulle part d'évidence d'un "moi" qui
aurait des impressions.
Problème
:
Il
peut sembler que cette notion dimpression est très
éloignée de ce dont, justement, on fait lexpérience
: personne na le sentiment de vivre une suite dimpressions
discontinues!
Mais
Hume en rendra compte plus loin, car ici, l'analyse ne porte pas
vraiment sur l'expérience que je peux faire de moi-même,
mais, sur la substantialisation du moi; autrement dit, Hume ne fait
pas de psychologie : son but nest pas de rendre compte de
ce qui est vécu, mais danalyser les notions qui nous
servent à rendre compte de notre idée du "moi",
afin de proposer une analyse de la conscience qui évite de
la substantialiser.
| Hume,
TNH, I, IV, vi, §3
Mais
en outre, quel doit être le sort de toutes nos perceptions
particulières dans cette hypothèse? Elles
sont toutes différentes, discernables et séparables
les unes des autres; on peut les considérer séparément
et elles peuvent exister séparément : elles
n'ont besoin de rien pour soutenir leur existence. De quelle
manière appartiennent-elles donc au moi, et comment
sont-elles en connexion avec lui? Pour ma part, quand je
pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle
moi, je bute toujours sur une percpetion particulière
ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière
ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir.
Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment
sans une perception et je ne peux rien observer que la perception.
Quand mes perceptions sont écartées pour un
temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps
je n'ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment
que je n'existe pas. Si toutes mes perceptions étaient
supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser,
ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après
la dissolution de mon corps, je serais entièrement
annihilé et je ne conçois pas ce qu'il faudrait
de plus pour faire de moi un parfait néant. Si quelqu'un
pense, après une réflexion sérieuse
et impartiale, qu'il a, de lui-même, une connaissance
différente, il me faut l'avouer, je ne peux raisonner
plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder,
c'est qu'il peut être dans le vrai aussi bien que
moi et que nous différons essentiellement sur ce
point. Peut-être peut-il percevoir quelque chose de
simple et de continu qu'il appelle lui : et pourtant
je suis sûr qu'il n'y a pas en moi de pareil principe.
|
Argument
: ce qui est saisi, quand "j'entre en moi-même",
ce nest pas le moi en tant que tel, mais telle ou telle impression.
Exemple
: je perçois, non pas que mon moi a chaud, mais simplement,
je prends conscience que jai chaud.
"Entrer
en soi-même", pour Hume, cest donc simplement prendre
conscience de quelque chose, et non pas sapercevoir que lon
est une conscience. Il ny a pas perception dun moi accompagnée
dune affection de ce moi, mais seulement perception dune
impression.
Ce
que je perçois par introspection, ce nest pas un moi
mais un flux dimpressions qui sont discernables et donc différentes
les unes des autres.
Que
se passe-t-il donc quand nous navons aucune perception particulière?
Bien
loin de ne plus avoir conscience que de notre "moi", nous
navons plus aucune conscience. Donc, labscence (ou la
diminution en nombre et en intensité) de toutes les impressions,
équivaut au néant de la conscience. Cest pourquoi,
dans le sommeil, je nai pas conscience de moi. (ici, Hume
se moque vraiment de ce que devrait être le moi cartésien
: à la limite, quelque chose qui peut exister sans aucune
de ses propriétés, puisque c'est ce qui est au-delà
de celles-ci, qui les rend possible, qui les retient, etc.)
Conséquence
: en supprimant lidée dun moi, Hume est conduit
à contester limmortalité de lâme.
b2)
§4 Le moi n'existe pas, c'est une fiction
| Hume,
TNH, §4
Mais,
si je laisse de côté quelques métaphysiciens
de ce genre, je peux m'aventurer à affirmer du
reste des hommes qu'ils ne sont rien qu'un faisceau ou
une collection de perceptions différentes qui se
succèdent les unes aux autres avec une rapidité
inconcevable et qui sont dans un flux et un mouvement
perpétuels. Nos yeux ne peuvent tourner dans leurs
orbites sans varier nos perceptions. Notre pensée
est encore plus variable que notre vue; tous nos autres
sens et toutes nos autres facultés contribuent
à ce changement : il n'y a pas un seul pouvoir
de l'âme qui reste invariablement identique peut-être
un seul moment. L'esprit est une sorte de théâtre
où diverses perceptions font successivement leur
apparition; elles passent, repassent, glissent sans arrêt
et se mêlent en une infinie variété
de conditions et de situations. Il n'y a proprement en
lui ni simplicité à un moment, ni
identité dans les différents moments,
quelque tendance naturelle que nous puissions avoir à
imaginer cette simplicité et cette identité.
La comparaison du théâtre ne doit pas nous
égarer. Ce sont les seules perceptions successives
qui constituent l'esprit; nous n'avons pas la connaissance
la plus lointaine du lieu où se représentent
ces scènes ou des matériaux dont il serait
constitué. |
Hume
en arrive alors à une nouvelle définition de la conscience,
complètement débarrassée de tout subjectivisme.
Que peut-elle être, une fois le moi détruit? Pour Hume,
une conscience, ce nest rien dautre quune série
dimpressions. Et il insiste sur lextrême diversité
et variabilité de ces impressions.
Conclusion
: le moi ne peut être qu'une fiction, ie, une construction.
c)
Pourquoi alors forgeons-nous cette fiction?
Hume
a abandonné la question de l'existence du moi : il n'existe
rien de tel. Le problème se déplace donc. Il n'est
plus métaphysique mais généalogique, comme
nous allons le voir :
(1)
nous avons bien une idée de moi, de quelque chose d'identique
à travers les variations, auquel nous rapportons nos impressions,
ie, un sentiment d'identité à l'égard de nous-mêmes.
(2)
or, selon analyse de l'expérience, cette idée ne correspond
à rien de réel, car jamais nous ne pouvons extirper
l'impression correspondant à cette idée
(3)
§5 Alors, comment, et pourquoi, forgeons-nous donc cette fiction?
Comment une série d'impressions diverses peut-elle devenir,
être prise pour, un "moi"?
| Hume,
TNH, I, IV, vi, §5
Quelle
est donc la cause qui produit en nous une aussi forte tendance
à attribuer l'identité à ces perceptions
successives et à admettre que nous possédons
l'existence invariable et ininterrompue pendant tout le
cours de notre existence? Pour répondre à
cette question, nous devons distinguer l'identité
personnelle en tant qu'elle touche notre pensée ou
notre imagination et cette même identité en
tant qu'elle touche nos passions ou l'intérêt
que nous prenons à nous-mêmes. La première,
c'est notre sujet actuel; pour l'expliquer parfaitement,
nous devons prendre la question d'assez loin et rendre compte
de l'identité que nous attribuons aux plantes et
aux animaux : car il y a beaucoup d'analogie entre cette
identité et celle d'un moi ou d'une personne. |
Hume
va devoir trouver comment rendre compte de cette propension que
nous avons, et qui semble bien être inhérente à
la nature humaine, donc, être universelle, à croire
que nous sommes un moi; de nouveau, il va exhiber quelque chose
qui est de l'ordre de l'expérience, mais, cette expérience
ne va être qu'un sentiment
L'objection
empirique revient à se demander pourquoi on fait passer entre
les évènements éparpillés de la vie
d'un homme un fil invisible par lequel on les rattache à
la même personne, identique à elle-même à
travers la diversité des impressions sensibles
c2)
§6 Hume répond que l'idée d'identité (en
général) naît d'une confusion, d'une erreur,
contre laquelle nous ne pouvons rien faire : en effet, dans notre
manière courante de penser, nous confondons facilement deux
sortes d'idées pourtant bien différentes
| Hume,
TNH, I, IV, vi, §6
Nous
avons une idée distincte d'un objet qui reste invariable
et ininterrompu à travers une variation supposée
du temps; cette idée, nous l'appelons idée
d'identité ou du même. Nous avons
aussi une idée distincte de plusieurs objets différents
qui existent successivement et sont unis les uns aux autres
par une relation étroite; cette succession apporte
à une vue attentive une notion de diversité
aussi parfaite que s'il n'y avait aucune manière
de relation entre les objets. Or, bien que ces deux idées
d'identité et de succession d'objets reliés
soient en elles-mêmes parfaitement distinctes et même
contraires, il est pourtant certain que, dans notre manière
courante de penser, nous les confondons généralement
l'une avec l'autre. L'action de l'imagination, par laquelle
nous considérons l'objet ininterrompu et invariable,
et celle, par laquelle nous réfléchissons
à la succession des objets reliés, sont presque
identiques à la conscience; et il ne faut pas beaucoup
plus d'effort de pensée dans le deuxième cas
que dans le premier. La relation facilite la transition
de l'esprit d'un objet à un autre et rend son passage
aussi égal que s'il contemplait un seul objet continu.
Cette ressemblance est la cause de la confusion et de la
méprise et elle nous fait substituer la notion d'identité
à celle d'objets reliés. Certes, à
un moment, nous pouvons considérer la succession
liée comme variable ou interrompue, mais, au suivant,
certainement nous lui attribuons une parfaite identité
et la regardons comme invariable et ininterrompue. La ressemblance
indiquée ci-dessus nous pousse si fort à cette
méprise que nous y tombons avant d'y prendre garde;
et, bien que, sans cesse, nous nous corrigions par la réflexion
et que nous revenions à une méthode plus soigneuse
de penser, nous ne pouvons pourtant pas soutenir longtemps
notre philosophie, ou arracher ce penchant de notre imagination.
Notre dernière ressource est d'y céder et
d'affirmer avec confiance que ces différents objets
reliés sont effectivement identiques en dépit
de leur interruption et de leur variabilité. Pour
justifier à nos yeux cette absurdité, nous
imaginons souvent l'existence d'un principe nouveau et inintelligible
qui relie les objets les uns aux autres et s'oppose à
leur interruption ou à leur variation. Et nous pouvons
noter en outre que, lorsque nous ne créons pas cette
fiction, notre tendance à confondre l'identité
et la relation est si grande que nous sommes portés
à imaginer un quelque chose d'inconnu et de mystérieux
qui unisse les parties en sus de leur relation; c'est le
cas, je pense, de l'identité que nous attribuons
aux plantes et aux végétaux. Et même
quand cette imagination n'intervient pas, nous sentons encore
une tendance à confondre ces idées, bien que
nous soyons incapables de nous satisfaire pleinement sur
ce point et que nous ne trouvions rien d'invariable ni d'ininterrompu
pour justifier notre notion d'identité. |
1)
d'un côté, nous avons une idée de diversité,
qui nous sert à parler des objets (ou perceptions) qui sont
différents, et/ou qui existent successivement, ou qui ont
entre eux une relation (même étroite), comme par exemple
la ressemblance
2)
de l'autre, nous nous servons de l'idée d'identité,
qui désigne un seul, un unique objet, malgré les variations
qu'il subit.
Pour
Hume, nous avons seulement affaire, nous l'avons vu, à des
objets ou perceptions différentes, il n'y a jamais aucun
objet ou impressions simple et invariable. Ie : si des perceptions
(différentes par définition) se suivent l'une l'autre,
même si elles se ressemblent, si elles se suivent d'une manière
assez stable et constante, on ne devrait pas dire qu'elles forment
quelque chose d'identique, mais qu'elles sont une diversité.
Or,
que se passe-t-il? Dans le train de la vie quotidienne, nous ne
faisons pas assez attention à cette diversité : nous
sommes plutôt entraînés à confondre la
première idée avec la seconde, à croire que
c'est la même chose. (Car nous n'avons ni besoin ni vraiment
le temps de réfléchir à ce qui se passe). Ainsi
croyons nous facilement et comme irrésistiblement que la
succession d'objets ou de perceptions différentes, qui ont
entre eux une certaine relation, est en fait un unique objet, invariable,
ininterrompu, simple, etc.
Les
deux idées ont donc sur l'esprit le même effet : il
ne voit pas, psychologiquement, la différence. Pour Hume,
nous sommes faits de telle sorte que l'idée de diversité
produit sur nous le même effet que celle d'identité
: "la relation facilite la transition de l'esprit d'un objet
à un autre et rend son passage aussi égal que s'il
contemplait un seul objet continu".
Là
où réellement nous avons affaire à des objets
différents mais reliés entre eux, nous croyons toujours
avoir affaire à quelque chose d'identique. Hume parle à
ce propos d'un "penchant de l'imagination" : autre façon
pour lui de parler de "nature humaine".
Thèse
naturaliste : pour lui, nous sommes faits de telle sorte
que nous ne pouvons faire autrement que de croire à l'identité.
C'est un penchant universel contre lequel nous ne pouvons rien faire.
La nature nous impose certaines croyances et il serait vain d'essayer
de ne pas les avoir. Mais, c'est de l'ordre de l'inclination, de
la croyance, de l'habitude , mais ça ne correspond à
rien dans le réel : c'est injustifiable, non rationnel. Seul
moyen de dire que ça l'est : ça sert à nous
adapter au monde qui nous entoure (sans doute avantage de la sélection
naturelle).
(1)
tout ce dont nous sommes conscients (série de perceptions)
est variable et interrompu
(2)
mais on pense/croit qu'il y a quelque chose d'autre (la substance)
qui demeure invariable et ininterrompu à travers ces changements;
les accidents qui inhèrent dans cette substance changent,
alors que la substance demeure une et la même
La
notion de substance est donc invention (car tous les objets que
nous considérons comme ayant une identité continue
ne sont en réalité rien d'autre que des successions
de perceptions reliées entre elles par la ressemblance);
Inintelligible (car rien n'y correspond) et non nécessaire
(car c'est une opération de la pensée qui remplace
la fonction de la substance : le passage de la pensée le
long d'une série de perceptions reliées mais différentes
est si régulier et sans effort que nous le confondons avec
une vision continue du même objet)
d)
Hume nous a expliqué comment, selon lui, il est possible
que nous ayions un sentiment (celui de l'identité) qui pourtant
ne correspond à rien de réel. Mais c'est un compte-rendu
général, qui vaut de toute chose (Hume a fait un compte-rendu
de la genèse de la notion d'identité en général).
Voyons maintenant comment cela peut rendre compte de notre sentiment
d'identité personnelle, donc, de l'identité que nous
ressentons à l'égard de nous-mêmes.
Comment
en venons nous à dire que nous sommes un seul et même
homme, que, par exemple, l'adulte que je suis est cet enfant qu'on
me montre en en photo, et qui certes, peut me ressembler, mais semble
différent de ce que je suis aujourd'hui (au moins par la
taille); ou que par exemple que moi qui aujourd'hui déteste
les épinards les adorait hier (perceptions différentes),
ou moi qui aime Mozart et me rappelle l'avoir toujours adoré,
ou qui me rappelle avoir déjà entendu telle musique
(perception ressemblante à celle que j'ai actuellement) ;
ou que moi qui ne me rappelle plus où j'étais ni si
j'étais à certains moments, suis pourtant une seule
et même personne existant de façon continue, et n'ayant
pas cessé d'être durant ces intervalles ou oublis?
Rappelons
ce qu' a dit Hume à propos de la nature de l'homme, du moi,
ou de la conscience : il s'est débarrassé de tout
sujet : nous ne sommes qu'un faisceau ou une collection de perceptions
différentes qui se succèdent les unes aux autres avec
une rapidité incroyable
Tous les évènements
qui nous arrivent existent de façon discontinue, ie, sont
variables, et cessent à chaque moment d'exister, pour laisser
place à un autre.
Nous
devrions donc avoir de nous-mêmes une idée de diversité
et dire que nous sommes multiples, différents à chaque
moment, jamais le même. Or, c'est tout le contraire qui se
passe : nous croyons, ou sentons, avons le sentiment, d'être
une seule et même personne tout au long de notre vie. Comment
en venons-nous à croire que nous sommes un "moi",
une substance?
Hume
dirait qu'il faut faire appel, certes, à l'imagination, mais
aussi, à deux des relations naturelles qui servent à
l'homme à relier entre elles les perceptions différentes.
Ces deux relations sont celles de la ressemblance et celle de
la causalité, et tout autant sinon plus que l'imagination,
elles font appel à la mémoire.
C'est
qu'elles nous apparaissent comme ayant un certain lien entre elles,
ie, comme étant "reliées" : on comprend,
après analyse ci-dessus, que la différence ne soit
pas, pour notre esprit, apparente. La différence entre nos
perceptons ou évènements est à peine sentie.
Mais
ici, il s'agit de l'esprit : cela signifie que nous nous souvenons
de certaines perceptions passées, qui ont un lien avec les
perceptions présentes
Mais
cela ne suffit pas à rendre compte du sentiment d'identité
que nous avons à l'égard de nous-mêmes. En
effet, repartons du fait que nos perceptions, certes semblables,ou
ressemblantes, existent de façon discrète et interrompue
: on voit bien alors que la ressemblance n'est pas assez, car nous
ne nous souvenons pas de tout ce qui arrive. Il y a des vides, des
intervalles, au sein de cette relation, si bien que nous ne pouvons
pas encore être amené à la prendre pour relation
d'identité. Pourtant, il faut bien en rendre compte, il faut
trouver ce qui comble les intervalles, car nous disons bien que
l'abscence de souvenirs ne signifie pas que nous avons cessé
d'être dans ce "trou" de la série de perceptions
reliées entre elles par lien de ressemblance.
Hume
fait alors appel au lien de causalité : c'est lui qui fait
tout le travail. ¨Par lien cause à effet, en effet, nous
pouvons faire de la relation encore assez lâche, une unique
chaîne causale, un seul et même être persistant
à travers le temps. En effet, par cette relation, nous pensons
à nous-mêmes comme existant durant les intervalles,
ie, pendant moments dont nous ne souvenons pas.
Bref
: l'esprit glisse facilement, de nouveau, le long d'une unique chaîne
causale, et par là, nous mène à supposer que
les "membres" de la chaîne dont nous ne nous souvenons
plus ont néanmoins existé durant ces intervalles.
Par
suite, en vertu de a) et b) on croit qu'on a effectivement affaire
à des objets persistants, non à des perceptions variables
et discontinues, à un moi. On est porté à croire
que quelque chose unit les parties, en plus de la relation.
Hume
nous dit bien que c'est une tendance universelle de la nature humaine,
contre laquelle nous ne pouvons pas faire grand-chose. Mais ce qui
est impardonnable, c'est que les philosophes croient que ce qui
n'est que croyance, une tendance de l'imagination, est justifié
(alors qu'ils ne font que baptiser alors dun nom savant la
fiction quest le moi. On lappelera "âme",
"moi", "substance
Conclusion
:
La
conséquence philosophiquement la plus grave de notre tendance
à confondre lunité et la diversité, cest
quelle nous conduit donc à postuler lexistence
dentités mystérieuses qui seraient le "moi",
la "conscience profonde", le "for intérieur".
Hume,
a donc dans ce texte, critiqué de façon incisive les
postulats des philo de la conscience (par exemple : la saisie immédiate
de ses propres pensées, le moi qui existerait au-delà
des impressions qu'il a), en montrant que la conscience n'est pas
première, mais construite, ie, qu'elle n'est pas une réalité,
mais une fiction.
Mais,
la critique humienne de la substantialité et de la saisie
intuitive du moi n'apparaît plus dans ses écrits après
le TNH : c'est qu'elle est trop technique, qu'elle dépend
trop de ses principes empiriques. Ie : il faut adhérer à
sa doctrine essentielle selon laquelle tout ce qui existe, ce ne
sont
que
des impressions atomiques différentes et discernables, ou
à la thèse aempirique essentielle selon laquelle un
objet n'est que la somme de ses propriétés. Ce serait
en fait quelque chose d'a priori,
Mais
surtout, si nous sommes des êtres humiens, ne sommes-nous
plus des êtres humains? Notre vie n'a-t-elle plus aucun sens?
Cf.
l'histoire du "Marin perdu" dont nous parle le neurologue
Sacks dans L'homme qui prenanit sa femme pour un chapeau.
Le
marin perdu dont nous parle le neurologue s'appelle Jimmie. Il souffre
d'une extrême et exceptionnelle perte de mémoire immédiate
: tout ce qu'on peut lui dire ou lui montrer a toutes les chances
d'être oublié en l'espace de quelques secondes. C'est
donc un homme complètement désorienté dans
le temps.
Exemple
: le médecin pose sa montre sur son bureau; la cache; et
lui demande de s'en souvenir. Après une minute de conversation,
il lui demande "qu'ai-je mis sous la nappe?" -Jimmie ne
se souvient de rien. Les traces qui se déposent dans sa mémoire
s'y effaçent donc en l'espace d'à peine une minute.
Les seules choses qu'il sait faire (calculs, etc) sont celle qui
peuvent se faire en un clin d'il.
C'est
donc un homme sans passé ni avenir, enlisé dans un
moment constamment changeant, vide de sens.
Question
que se pose le médecin : peut-on parler d'existence dans
le cas d'une abscence de mémoire et de continuité
aussi radicale? Or, n'est-ce pas exactement ce qu'on peut objecter
à la conception humienne du moi?
Il
cite d'ailleurs Hume, qui lui sert à montrer ce que peut
bien être une vie déconnectée. Jimmie est bien,
pour le médecin, l'incarnation même de la chimère
philo de Hume. Toutefois, et cela montre bien les limites de la
thèse humienne, si des êtres "humiens" peuvent
exister, comme nous l'atteste Jimmie, le marin perdu, ce sont des
cas pathologiques : on parle en effet de troubles graves quand on
vit dans un univers d'impressions isolées, comme l'est l'univers
de l'homme humien.
En
effet, son amnésie est qualifiée de "fossé
insondable dans lequel tomberaient tout événement,
toute expérience, absolument tout, un abyssal trou de mémoire
qui engloutirait le monde entier". Cet homme s'est perdu
lui-même, il a perdu le "soi".Ce n'est plus un être
humain comme tel, une personne : cf; fait que cet homme ne peut
pas savoir ce qui lui arrive, pour la simple raison qu'il n'y a
justement personne pour le savoir.
| Exemple
: "comment vous sentez-vous?"
J
: "je ne peux pas dire que je me sente malade, ni que
je me sente bien; je ne sais pas si j'éprouve quoi
que ce soit" |
Bref
: cet "homme" ne peut agir, être, éprouver,
sa vie n'a aucun sens, aucun but.
Cela
peut avoir des conséquences morales très graves :
si à chaque moment on est différent, une personne
différente, alors, de quel droit me condamner si j'ai perpétué
un crime? Il n'y a même pas de "je", de "moi",
qui permette de dire que c'est "moi"
Transition
Devant
l'échec de la thèse humienne, faut-il revenir à
la thèse du moi substantiel cartésien?
En
effet, Descartes ne répondrait-il pas à Hume que si
nous sommes des collections de qualités changeantes et évanouissantes,
sans substance ou moi substantiel sous-jacent, alors, nous ne sommes
plus rien du tout (en tout cas, notre vie n'a plus aucun sens, ce
n'est plus une vie humaine à proprement parler)
On
le voit avec l'exemple du Marin perdu : le problème de la
conscience a à voir avec la cohérence de notre expérience.
Sans elle, sans quelque chose comme l'unité d'un Je, que
sommes-nous donc?
Le
problème c'est qu'on a bien compris ce qui gênait Hume
dans les théories substantialistes de la conscience : c'est
qu'elles localisent les conditions de l'identité personnelle
dans quelque chose d'invérifiable (ie : il faut pouvoir prouver,
pour y adhérer, que âme=substance immatérielle)
Mais
peut-être n'est-on pas obligé d'adhérer à
la thèse selon laquelle la référence de toutes
nos idées à la première personne serait un
certain moi immatériel, une entité simple, afin de
soutenir la thèse de la nécessité/spécificité
du Je? (ie, d'identifier ce je avec un moi).
Mais
évidemment cela paraît bien être très
difficile : comment peut-on rendre compte du fait que je dise que
je suis le même homme que quand j'étais enfant, sans
cette mystérieuse entité? Car je ne me rappelle ni
les pensées que j'avais alors, ne ce que j'ai fait : alors,
où se trouve de quoi assurer la continuité, si pas
cette substance?
C'est
ce que va nous montrer Kant : l'existence d'un point de vue
subjectif, sous lequel nous regroupons ce qui nous arrive, n'implique
pas qu'il existe un sujet personnel qui pré-existe à
ses attributs (cf. cogito, inférence invalide), un ego métaphysique,
qui préserverait l'identité.
Bref
: depuis Kant, l'inéniminabilité du point de vue personnel
ou subjectif, n'implique plus l'existence d'un moi substantiel.
B- KANT, CRPure,
Esthétique transcendantale, §8, Remarque 2 et Réfutation
de l'idéalisme, p. 205 (Ed. PUF) : la conscience n'est plus
une intériorité pure et n'a donc rien de privilégié
La
critique de la notion cartésienne de conscience qui est plus
à la mode aujourdhui, et sans doute moins technique,
est celle selon laquelle cette conception repose sur un mythe, celui
de lintériorité. Selon nous, Kant et Husserl
ont chacun à leur manière (et à leur époque)
inauguré cette critique.
Hume,
sil na pas vraiment dirigé sa critique contre
cette prétendue intériorité de la conscience,
aurait pu pourtant le faire. En effet, nous avons bien vue que pour
lui, quand on essaie de se penser soi-même, tout ce à
quoi on a accès, ce nest jamais à un moi pur,
débarrassé de ses oripeaux psychologiques, contrairement
à ce que suppose Descartes, mais toujours à des représentations,
ce que Hume appelle dans son langage technique des impressions.
Kant
explicite ce qu'avait entrevu Hume sans le dire explicitement (cf.
fait que quand on se saisit soi-même, on ne se saisit pas
comme pure conscience, mais comme conscience de quelque chose).
Pour Kant, le fait que la conscience soit quelque chose de subjectif,
qu'on vit sur le mode de la première personne, n'implique
nullement qu'elle soit synonyme d'intériorité : comme
le dira plus tard Husserl, il va dire que la conscience de soi n'est
pas possible à part des choses hors de moi. (si pas de moi
ou de substance pensante, alors, pas non plus, chez Kant, d'intériorité
sans extériorité).
Ainsi,
on continue certes à parler d'un privilège de la conscience
par rapport aux animaux, certes; mais certainement pas par rapport
au monde extérieur, au corps. La conscience, ce n'est ni
une entité, ni quelque chose de privilégié
d'un point de vue épistémique, mais, c'est tout simplement
ce qui permet à l'homme d'unifier toutes ses représentations,
tout ce qui lui arrive, et de se distinguer du monde extérieur
en rapportant à lui-même tout cela. On le voit, la
conscience n'est plus une entité mais une fonction.
1)
L'argument kantien de la réfutation de l'idéalisme
: quand j'ai conscience de moi, j'ai en même temps conscience
de la relation à quelque chose en dehors de moi.
(1)
j'ai conscience de mon existence comme déterminée
dans le temps
(2)
toute détermination de temps suppose quelque chose de
permanent dans la perception
(3)
le permanent ne peut être une intuition en moi car je
n'ai conscience que de représentations, donc, de quelque
chose qui est pris dans le temps
(4)
il doit donc y avoir quelque chose qui n'est pas moi, et qui
permet de fixer un critère de modification temporel
(5)
il doit donc y avoir des choses hors de moi, et je dois pouvoir
les percevoir.
Signification
: la conscience que j'ai de moi-même est donc immédiatement
conscience des choses hors de moi. Ou : l'expérience extérieure
est une composition de l'expérience intérieure. Les
deux modes de conscience, ou deux manières que nous avons
de nous rapporter au monde (en rapportant évènements
à soi même ou au monde extérieur) sont deux
pôles ou aspects d'une expérience unique : bref : pas
d'expérience purement intérieure; pas de scission
entre un monde extérieur et un monde intérieur. Donc,
contre Descartes, je ne peux assumer à la fois la réalité
de l'expérience interne et douter des expériences
ou du monde extérieur; au contraire, si je doute de ce monde
extérieur, je ne peux avoir accès à moi-même.
Non
seulement
a)
je ne peux exister seulement comme sujet pensant, mais encore,
b)
mais encore, les contenus du sens interne ne sont rien qui lui serait
propre. Ce qui donne un contenu à toutes nos représentations,
c'est toujours quelque chose à l'"extérieur"
de moi (si tant est qu'on peut encore parler d'extérieur
car ce terme n'a de sens qu'en rapport à son opposé).
La diversité qu'il se représente, n'est autre que
celle du sens externe.
| Kant,
CRPure, B 67 : "les représentations
du sens externe constituent le matériau propre avec
lequel nous occupons notre esprit". |
D'où
: ce n'est pas du tout à l'âme ou au moi que j'ai affaire
avec lui; tout ce à quoi j'ai affaire, c'est à des
représentations; donc, pas de privilège du sens interne,
puisque aucune diversité par lui-même Le seul privilège
du sens interne, c'est donc bien que par lui, on réfère
nos représentations à nous-mêmes, on dit qu'elles
nous appartiennent. Le sens interne, c'est la conscience de mes
contenus de conscience comme m'appartenant.La conscience n'est donc,
par rapport à Descartes, ni une entité mystérieuse,
une substance pensante, mais encore, elle ne bénéficie
plus de cette immunité spéciale par rapport au monde
extérieur.
2)
Apport essentiel par rapport à Descartes : vers un dépassement
de l'intériorité.
Une
conscience vide de tout contenu vers lequel se diriger est impossible.
Ce qui a pour conséquence que la conscience n'est sans doute
plus immunisée du doute cartésien. Car si la conscience
n'est plus un "îlot", ie, une intériorité
pure, alors, en conséquence, plus elle n'est plus une immédiateté
pure.
Ainsi,
qu'en est-il de la connaissance introspective? Elle ne porte
pas sur autre chose que sur les objets connus, même si elle
n'est pas à proprement parler une connaissance de ces objets
eux-mêmes, mais de la connaissance que j'en ai, et de moi-même
en tant que je fais l'expérience de quelque chose d'extérieur
à moi.
Exemple
: comment sais-je que a me semble moins long que b? (cas typique
d'une connaissance portant sur ma connaissance, d'une conscience
de ma connaissance, de moi-même, etc.). Pour le savoir, Descartes
dirait que je vais regarder à l'intérieur de moi-même
grâce à une sorte d'il intérieur, le "sens
interne". Nous, nous répondrions, car nous ne sommes
plus cartésiens n'est-ce pas, que l'on ne regarde pas en
nous, ie, nos pensées, mais A et B, ie, les objets dont je
fais l'expérience.
Que
nous dit cet exemple? Que la connaissance introspective n'a rien
de mystérieux : certes, c'est bien une connaissance des faits
mentaux en première personne, mais cela, via une attention
aux objets extérieurs. Elle n'est, comme on l'a vu avec Kant,
qu'une façon d'avoir des représentations : le fait
que je puisse penser mes pensées n'implique pas l'existence
d'une seconde pensée, qui se surajouterait à ce que
l'on pense. L'introspection n'est pas une connaissance de notre
esprit, ie, ce n'est en aucun cas l'expérience d'une entité
(le moi pensant). Le philosophe a tendance à oublier, par
conséquent, que la métaphore de la pénétration
en soi-même
n'est justement qu'une métaphore!
Conclusion
1)
la relation sens interne ou conscience/certitude est moins immédiate
et fondamentale, voire fondationnelle, que l'a prétendu la
philo moderne depuis Descartes
2)
la notion forte de sens interne qui a découlé de sa
philo suppose la description d'entités et d'événements
intérieurs, d'un monde subejctif pur : bref, qu'il y a quelque
chose de purement interne.
Ainsi,
cest tout le projet dune psychologie de lintériorité
pure ou égologie transcendantale descriptive, qui est en
question (ie : une psychologie qui serait basée exclusivement
sur lexpérience interne).
L'intériorité
n'est donc qu'un mythe. Ne sommes-nous pas, avant d'être de
pures consciences, des êtres vivant avec d'autres êtres,
dans une société, etc.? Le monde "public"
ne serait-il pas plus réel que le monde "privé"?
(Suite directe de ce cours : Autrui;
intermédiaires : l'inconscient,
les passions)
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