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Introduction
La
société est un bien vilain mot, ou plutôt une
bien dure réalité pour lindividu ; elle
est en effet souvent perçue comme une aliénation,
une atteinte à la liberté, et même une corruption.
On oppose ainsi létat social à létat
de nature, qui serait, lui, le règne de la liberté
et du bonheur. La société, cest
un obstacle à la nature (humaine). Cette identification de
la société à un démon corrupteur, semble
bien faire abstraction de notre nature humaine. En effet, " lhomme
nest ni ange ni bête ", disait Pascal. Létat
de nature serait par conséquent un mythe créé
de toutes pièces
justement pour nous montrer que la
société contribue à faire de lhomme un
homme ! Cest ce qua compris Rousseau, puisquil
nous montre, après avoir fait les louanges du " bon
sauvage ", que le contrat social est un bienfait quil
nous faut bénir. Ainsi1, la société
est partout (nous naissons au sein dune communauté,
et, de plus, la société est un phénomène
universel), et cest elle qui nous détermine. On peut
dire que de létat de nature, lhomme passe naturellement
à la société2.
Mais à quelle Cité ? Celle des esclaves ou celle
des hommes libres ?3 Lourd
problème, qui nous fait soulever celui de la nature et de
lhumanité de lhomme. Que permet la société
en ce domaine ? " Faut-il dire qu(elle) dénature
ou (quelle) humanise lhomme " 4?
Pour
un commentaire de lintroduction, C.F. note 5
- Nous
allons dabord voir si la société est un artifice
qui dénature lhomme6.
Car7
la société est souvent considérée
comme un obstacle à la nature humaine8,
donc, comme un enfer. En effet, la culture, qui est un phénomène
(et un acquis) social, cest lhomme ajouté à
la nature. La culture est artificielle, illusoire et nocive :
elle est donc ce qui dénature.n9
Rousseau le montrera lui-même, car chez lui, toute intervention
extérieure sur le déploiement dun être
naturellement bonn10 est tenue pour une corruption.
On assiste donc ici à une indéniable destruction
de la nature humaine : la culture, cest ce qui sajoute
à lhomme, par le biais de la société.
On
peut ainsi affirmer que la société travaille à
faire de lhomme ce quelle a besoin quil soit,
pour le rendre docile. Elle va donc modeler la personnalité
de chaque individu. Ainsi, la culture oriente et modèle
toute la personnalité de lhomme ; dailleurs,
on peut souligner lexistence dune personnalité
de base dans chaque société : il y a toujours
des murs, des usages qui simposent. La personnalité
est donc le produit de lapprentissage, qui est lui-même
déterminé et contrôlé par la culture.
Elena Belotti, essayiste contemporain, nous expose clairement
ce problème dans son ouvrage intitulé Du côté
des petites filles n11 ; elle nous
y montre en effet que léducation quon donne
aux enfants, et en particulier aux petites filles, les conditionne
à se conformer au stéréotype de la femme,
et cela, même si leur caractère ne les y prédispose
pas. Leurs comportements seront donc inévitablement le
fruit de conditionnements sociaux et culturels. La culture, qui
représente la société, peut par conséquent
changer la nature de lindividu ! n12
De
plus, la société fait souvent de lhomme un
individu brimé, qui ressent douloureusement la pression
sociale. Il est vrai quelle fait passer lhomme de
létat de nature, caractérisé par la
dispersion et la satisfaction immédiate des besoins, à
létat social, qui est régi par des lois, et
qui fixe des bornes partout. Les désirs de lhomme
ne lui appartiennent pas en propre : ils sont organisés
par la société. Dans le Malaise dans la civilisation
n13, Freud affirme que la société
est fondée sur lassujettissement
permanent des instincts humains. Ainsi, la libre satisfaction
des besoins instinctuels de lhomme est incompatible avec
la société civilisée. On peut ainsi dire
que la société lutte contre la nature de lhomme
n14, puisquelle inhibe sans cesse ses
instincts. De plus, la société apprend à
lhomme à suivre des règles, ce qui fait que
toute spontanéité y est brimée. La société
est donc un phénomène culturel qui transforme la
nature de lhomme. n15 Elle va même
opérer sur le plus naturel instrument de lhomme,
qui est son corps, en définissant elle-même ce qui
est convenable ou non dans ce domaine, sous la forme des attitudes
pudiques ou outrageantes : linstauration des codes
dusage du corps refoule donc encore toute spontanéité.
Dans
les sociétés humaines, le droit est donc omniprésent,
sous forme de règles, de règlements, qui sont autant
de bornes non naturelles à la liberté des individus.
n16 Par conséquent, les hommes se révoltent
sans cesse contre la société, qui travaille à
nous éloigner chaque jour de notre " bonne nature ".
n17 Le carnaval en est la plus évidente
démonstration n18 : transgressant
lidée même dorganisation sociale, il
nourrit de véritables aspirations de rejet et de révolte
contre les chaînes de la dépendance sociale. Il est
en quelque sorte un retour mythique à des origines naturelles,
au " chaos " perçu comme " pré-social ".
Pourtant,
rien ne dit quil est dans la nature de lhomme de vivre
isolé, i.e., hors dune société. n19
En effet, que serait la fuite dans la solitude ? Un égarement,
un abêtissement. Vouloir quitter la Cité,
cest ainsi retomber dans la passion, dans la violence, la
" loi de la jungle " propre aux animaux
n20
Cest ainsi aggraver le malheur que le fugitif peut trouver
dans la Cité ! Comme le dit Aristote, lhomme
est fait de telle sorte quil ne peut se contenter dun
bonheur solitaire. Selon Platon, n21" ce
qui donne naissance à une cité (
) cest
limpuissance où se trouve chaque individu de se suffire
à lui-même " (La République).
En effet n22, lhomme a naturellement
besoin de nourriture, de vêtements, dun logement,
et il se trouve quil ne peut assumer seul ces exigences
vitales : par conséquent, lorganisation sociale
se révèle être nécessaire. Ainsi, lassociation
des hommes est naturelle, puisquelle sorigine dans
le besoin biologiquement déterminé.n23
Par la suite, on peut donc dire quil est naturel de produire
de lartifice, de construire des sociétés,
des règles déchange. Tout cela fait partie
de la potentialité déterminée de la nature
humaine ! Ainsi, la Cité a une fin utilitaire, puisquelle
assure la satisfaction des besoins ; cest aussi une
sécurité, dont lindividu isolé ne peut
nullement disposer. Lhomme a besoin de son semblable pour
vivre, mais aussi pour se perpétuer. Et puis, surtout,
" lhomme est un animal politique ". Lhomme
est en effet un animal raisonnable, qui est donc perfectible,
puisquil dispose de la pensée, pour réaliser
sa condition ; ainsi, il a un réel penchant à
sassocier, puisque ses dispositions naturelles ne se développent
que dans la société. Lhomme est donc indubitablement
un être social, qui ne peut être homme en dehors dune
société n24 ; la vie sociale,
cest lexigence absolue de la nature de lhomme !
Lhomme nest ni bête ni dieu, et se doit, non
seulement de vivre en société, mais aussi de se
différencier des autres animaux par cette inclination que
nous avons à entrer en société. Car si nous
exaltons trop la nature, ce que nous proposent par exemple les
cyniques, nous aurons alors la même vie quun chien.
Ainsi,
lhomme qui ne vit pas en société est une bête
sauvage. Comme le dit Aristote, " quiconque est incapable
de vivre dans la société des hommes ou nen
éprouve nullement le besoin est une bête ou un dieu ".
Par conséquent, un homme qui aurait toujours vécu
en dehors de toute société ne peut être quun
homme déshumanisé, comme en témoignent les
enfants sauvages. n25Ceux-ci ont vécu
dans le pur " état de nature " depuis leur plus
jeune âge. Létude de nombreux cas
denfants sauvages a amplement confirmé combien lhomme
qui est isolé de la société est assez comparable
à la bête (inertie des sens, quasi-inaptitude à
lacquisition du langage, etc.). Le cas le plus célèbre
est celui de Victor de lAveyron, qui a été
recueilli en 1799 par le médecin Itard. Les enfants sauvages
témoignent de ce que la personnalité humaine normale
ne peut jamais se constituer, sauf si le milieu, par sa valeur
éducative, offre à lenfant en temps utile
les rapports culturels opportuns à son développement.
Ainsi, si lhomme " naturel " possède la
raison, cest toutefois une raison en quelque sorte endormie,
quil ne sait ni exercer ni développer. n26
Lhomme naturel na donc quà répondre
à ses besoins physiques. Mais sa liberté apparente
nest que soumission à linstinct, dépourvue,
par conséquent, de choix et de responsabilité. Pour
répondre à sa vocation humaine, lhomme ne
peut aucunement se contenter de vivre dans un état quasiment
animal. n27Lhomme naturel, sil
existe vraiment, se rapproche donc de la bête
Létat
de nature, quant à lui, est le règne de la violence
et des injustices ; cest même un état
fratricide, puisque, selon Hobbes, " lhomme est
un loup pour lhomme ". En effet, lhomme,
par nature, nest pas bon n28, pas plus
que les animaux livrés à la " loi de la jungle ".
Par conséquent, la nature peut dissocier les hommes et
les rendre enclins à sattaquer et se détruire
les uns les autres. Létat de nature, cest ainsi
la guerre de chacun contre chacun : cest ce que nous
montre encore Hobbes, dans Le Léviathan. Par conséquent,
lhomme naturel nest pas un homme, il est seulement
une bête sauvage. Et, paradoxalement, cest cet homme
là qui nie et ne réalise pas la nature humaine :
ce qui mène la nature de lhomme à son terme,
cest bien la société, et elle seule.29
Létat de nature, létat de lhomme
pré-social, nest donc quun mythe
puisque
lhomme naturel nexiste pas !30
Donc,
si la société est un acquis par rapport à
la (soi-disant) nature de lhomme, on ne peut pas dire quelle
le dénature ; au contraire, la société,
cest ce qui parfait lhomme. Ainsi, la société
est la fin de tout homme, elle est laboutissement de sa
nature. On ne peut dailleurs pas vraiment dissocier nature
et culture (comme laffirme Merleau-Ponty, " tout
est fabriqué et tout est naturel chez lhomme ").n31
- Ainsi,
nous allons maintenant voir que la société, cest
ce qui fait de lhomme un homme.n32
Léducation,
premier phénomène social dans la vie dun homme,
est un devoir qui doit conduire lenfant de lanimalité
à lhumanité. En effet, puisque nos désirs
ne sont pas réglés, il nous faut une éducation
par les lois. Léducation se révèle
ainsi être une nécessité, car, à sa
naissance, tout homme est un être culturellement démuni,
et durant toute son enfance, il reste un animal sauvage qui a
besoin dun maître. Elle est de plus un devoir, car
elle doit faire passer lenfant de la nature à la
liberté ; cest donc léducation
qui doit et peut réprimer notre violence naturelle et nos
penchants égoïstes. Kant nous montre bien que la discipline
a lavantage de faire disparaître les " penchants
animaux " au moment même où la raison individuelle
nest pas encore constituée, et ne peut donc en annuler
les effets. Cet accès à lhumanité signifie
la découverte des lois qui la composent : il sagit
dhabituer lenfant à différer ses réactions
spontanées. Lhomme, parce quil se caractérise
par la réflexion rationnelle, va substituer la décision
mûrie et nourrie de savoir à lautomatisme de
ses actes. La discipline empêche donc que lhomme soit
détourné de sa destination, à savoir, celle
de lhumanité, par ses penchants animaux. Eduquer
et discipliner un enfant, cest donc lacte par lequel
on dépouille lhomme de son animalité. Les
hommes deviennent donc hommes par lacculturation et léducation.
(Bien sûr, derrière léducation, on trouve,
non les parents, mais la société). Donc, la société,
par le biais de léducation, exerce sa première
influence sur lindividu, et sattache à faire
des hommes dignes de ce nom, i.e., des êtres humains raisonnables,
libres et responsables.
Par
conséquent, un homme ne devient homme que dans et par la
société. Parmi les animaux, cest bien lui
le plus social, car il possède le langage articulé
(le logos).n33 Cependant, la société
ne se caractérise pas seulement par le langage, mais aussi
par les échanges, la communication, le
travail... et également par la raison n34
et la sécurité. Il y a donc nécessité
pour lhomme déchapper à létat
de nature dans lequel sa raison ne peut se développer :
la société est la condition du dépassement
de lêtre humain et de laccomplissement de son
humanité. Les passions sont inhumaines, car comparables
à certaines activités privées de pensée,
et seule la société peut nous en délivrer !
Comme
le disent Marx et Engels, cest la société
qui produit lhomme en sa qualité dhomme. Par
exemple, le travail, qui est une réalité sociale
très importante dans la vie des hommes, consiste à
nous faire franchir le seuil de lexistence naturelle pour
nous conduire vers un monde humain, et à nous rapprocher
de nos semblables pour nous faire accéder à la vie
sociale. Cest donc par le travail que lhomme se détache
de lanimalité et se libère de la nature ;
dailleurs, le travail, comme le langage articulé,
est un phénomène spécifiquement humain. Il
constitue une humanisation du monde extérieur et permet
à lêtre humain dy retrouver ses propres
déterminations. La société est donc une humanisation
de la nature de lhomme, qui permet à lhomme
de devenir un homme, et le fait donc accéder au bonheur
n35quil ne peut nullement trouver dans
létat de nature
De plus, cest la société
qui fait que lhomme prend conscience de ce quil est
et de ce quil doit être, par le biais du travail par
exemple. Lhomme peut en effet y exercer pleinement sa raison,
et avoir conscience de soi et du monde qui lentoure.n36
Lhomme,
au sein de la société, devient donc un être
humain raisonnable, libre et responsable. La société
va en effet sans cesse reporter la satisfaction, restreindre le
plaisir, apporter de la peine par lintermédiaire
du travail ; ce " principe de réalité "
va permettre à lêtre humain de devenir un moi
organisé, alors que sous la loi du " principe de plaisir ",
il était à peine plus quun faisceau de pulsions
animales. Sans la limitation de la liberté, il ne peut
pas y avoir croissance de la raison. Par exemple, nous avons une
obligation humaine de travailler en société :
elle prend un peu de ma liberté, mais cest pour men
donner davantage ! Les résistances qui éveillent
toutes les forces de lhomme, le portent à surmonter
son inclination à la paresse, et sous limpulsion
de lambition, de linstinct de domination ou de cupidité,
à se frayer une place parmi ses compagnons quil supporte
de mauvais gré, mais dont il ne peut se passer. Dans Idée
dune histoire universelle au point de vue cosmopolitique,
Kant, nous dit lui-même, à travers sa métaphore
des arbres, que les hommes ne poussent beaux et droits que près
les uns des autres. Lhomme a besoin dun maître ;
il lui faut par conséquent une société pour
que " les poutres puissent pousser droites ". n37Lhomme
en société, amené à développer
toutes ses facultés, sélève à
lhumanité et à la sociabilité, et sa
nature se voit donc parfaite. Cest à travers la vie
sociale encore, que lhomme peut sélever à
la moralité, enfin à lharmonie sociale obtenue
un libre accord des volontés. En effet, la société
est une communauté morale n38 :
tous les membres de la société doivent sexprimer
de la même façon sur le bien et le mal. Cest
le sacré. n39 Le sacré, les hommes
de la société ont appris à ne pas le discuter,
donc, personne ne peut porter atteinte à son voisin !
Lhomme est donc devenu un être humain responsable,
libre et raisonnable. La société, cest donc
la fin de cet état de guerre de chacun contre chacun, dont
nous parlait Hobbes.
la
société nest donc nullement un obstacle à
la nature humaine, puisque cest elle-même qui nous
procrée, qui génère notre existence. Par
bon nombre dactivités humaines telles que le travail,
elle lui permet de penser et davoir conscience de sa condition,
et dacquérir un bon sens que lanimal ne pourra
jamais acquérir.
- Ainsi,
il faut se rendre à lévidence que la société
est nécessaire à lhomme en tant quhomme ;
il y a en fait consubstantialité de lhomme et de
la société. n40
En
effet, il ne faut pas oublier que lhomme est incapable de
se suffire à lui-même ! Il y a donc une impuissance
initiale de lhomme, qui sera amené à faire de
la société son bouclier, pour se défendre des
catastrophes naturelles et économiques ; il trouve donc
dans la société bonheur et sécurité.
Cest bien ce que déclare Sénèque :
" lhomme nest environné que de faiblesse ;
il na ni la puissance des ongles, ni celle des dents pour
se faire redouter ; nu, sans défense, lassociation
est son bouclier ". Il semble ainsi que lhomme soit
effectivement destiné à sassocier, sans quoi,
il trouvera la mort. Dans le mythe de Prométhée, que
lon trouve dans le Protagoras de Platon, Protagoras
affirme que tout se passe comme si les dieux avaient initialement
chargé deux frères (Epiméthée et Prométhée)
dapproprier à chaque espèce animale des " qualités
appropriées ". Loublieux Epiméthée,
voulant effectuer seul le partage, a pourvu les uns de la vitesse,
les autres de la force, etc., mais il a oublié lhomme.
Cest pourquoi son frère, Prométhée, apercevant
les hommes nus, sans défense, ni couvertures, ni armes, voyant
quils périssaient sous le coup des bêtes fauves,
toujours plus fortes queux, vole le feu à Héphaïstos
et permet ainsi à lhumanité de compenser son
retard initial. Mais ce mythe nous montre bien que lhomme,
cette pauvre créature délaissée par un malencontreux
oubli, ne peut en aucun cas se suffire à lui-même,
et quil a besoin de sassocier pour pouvoir subsister.
Et,
de plus, cest la société et elle seule qui délivre
lhomme de ses instincts (animaux). En effet, cest la
culture qui introduit un ordre dans le désordre naturel.
Cest ce que nous montre bien Levi Strauss, à travers
la prohibition de linceste. En effet, avec cette prohibition,
sinscrivent un ordre et une organisation dans un espace naturel
que caractérisait le désordre. Là où
la nature ne laissait que hasard, promiscuité sexuelle, indifférenciation,
absence de discrimination, élans individuels incontrôlés
(puisque non modelés par la norme), la règle introduit
lordre. Au désordre biologique, naturel et animal,
soppose ainsi lordre humain de la culture ! Par
conséquent, dun animal stupide et borné, la
société fait de lhomme un être intelligent
et un être humain, à travers linstitution de
lois et règles de toutes sortes. Dans le Contrat Social,
Livre I, chapitre 8, Rousseau lui-même loue cette société
qui substitue dans la conduite de lhomme la justice à
linstinct, et donne à ses actions la moralité
qui lui manquait auparavant. Avec la société, la voix
du devoir succède donc à limpulsion physique ;
lhomme se voit ainsi forcé de consulter sa raison avant
découter ses penchants. La société fait
donc de lhomme un être moral et maître de lui,
en le délivrant des chaînes de la passion, " car
limpulsion du seul appétit est esclavage ".
Ainsi,
cest dans la Cité que lhomme peut réaliser
la perfection de sa nature(i.e., laccès à lhumanité).
En effet, lhomme est un existant absurde, sans raison dêtre.
Mais la société peut le sauver, lui conférer
un être, une essentialité et une réalité :
elle est pour lhomme une instance suprême, qui le fait
devenir ce quil doit être, i.e., un homme véritable.
La société se définit donc comme le milieu
humain dans lequel est intégré tout individu ;
elle est ainsi entièrement productrice de nos existences.
Sous un certain angle, lexclusion est la forme concrète
de lenfer et de la damnation, puisquelle consiste à
être séparée de la seule instance créatrice
de lhomme. Par conséquent, celui qui nest ni
bête ni dieu, à savoir lhomme, ne peut réaliser
une i.e. humaine parfaite que dans le cadre de la Cité. Ainsi
pour Hegel lhomme ne devient vraiment homme quaprès
une longue histoire. En effet, contrairement à lanimal
dont la nature est une et achevée, lêtre humain
se caractérise par une nature divisée, sensibilité
et raison, et donc, par la possibilité de dépasser
sa nature animale en développant sa raison. n41
A chacun de nous dexercer son vouloir raisonnable pour parvenir
à la réconciliation de notre être et à
laccomplissement de notre humanité ! Ainsi, lhomme
trouve réellement au sein de la Cité le moyen pour
atteindre la perfection de sa nature, car il sy
voir obligé dexercer et de développer ses facultés,
détendre ses idées, dennoblir ses sentiments.
Cest donc dans la Cité, où il vit sous le règne
de la raison, que lhomme réalise la perfection de sa
nature.
Ainsi,
la société est nécessaire à lhomme
qui naît totalement démuni, sans la possibilité
de développer seul ses capacités. Cest donc
la société qui va amener lhomme à franchir
le seuil de lhumanité, et donc, à réaliser
sa nature perfectible. La société est naturelle à
lhomme, et cest elle qui le fait devenir homme !
n42
Conclusion
Lhomme
est un être biologique, i.e., un animal comme les autres,
mais il est aussi un animal social. En tant quêtre biologique,
il possède un ensemble de caractères et de comportements
innés et spontanés qui forment sa nature. En tant
quêtre social, en revanche, il acquiert au sein de son
groupe (par la coutume, léducation, etc.)des caractères
et des comportements qui constituent sa culture. Mais on ne peut
pas vraiment dissocier nature et culture. On peut admettre avec
Aristote que lhomme nest pas fait pour vivre seul ;
la société paraît par conséquent naturelle
à lhomme, dans la mesure où elle lui donne les
moyens de subvenir à ses besoins. Ainsi, seule la société
qui permet à lhomme de vivre sous la règle de
la raison, peut lui donner la possibilité de réaliser
la perfection de sa nature, qui est laccès à
lhumanité, et donc, la possibilité datteindre
le bonheur.
La
société, qui est naturelle à lhomme,
est donc laboutissement de sa nature ; et cest
elle qui fait de lhomme un être humain. Par conséquent,
la société ne dénature pas lhomme :
elle ne fait que développer ses facultés endormies
à létat de nature. La société
humanise lhomme, et on ne peut donc concevoir un homme sans
société. Ainsi, il y a véritablement consubstantialité
de lhomme et de la société. Lhomme " naturel "
exalté par Rousseau et bon nombre de philosophes nexiste
pas
n43
Quelques
commentaires sur le sujet
Humaniser :
acquérir lhumanité ; soppose à
déshumaniser : perdre lhumanité
Dénaturer :
perdre la / sa nature ; soppose préserver la/
sa nature
Ce
qui est suggéré, cest que dénaturer lhomme,
cest lui faire perdre son humanité.
Mais
le problème est que lon perdrait alors son humanité
envisagée comme une nature, comme une donnée préétablie,
que lon acquiert en naissant. I.e., si dénaturer cest
déshumaniser, cest quil y a une nature humaine,
qui ne change pas et qui nest pas acquise.
Problème :
cette nature humaine existe-t-elle ? Lhumanité
n'est-elle pas un idéal à atteindre, nest-elle
pas quelque chose dacquis au cours dun long parcours,
celui dans lequel l " homme " soppose
à la nature, la travaille, la nie, la met à distance ?
Ainsi,
dénaturer lhomme est une expression très ambiguë :
on ne dénature pas à proprement parler lhomme,
puisque lhomme nexiste pas naturellement, il ny
a pas dhomme naturel (ou à létat de nature).
Mais on peut le mettre à distance de son premier état
qui est proche de la nature (animale). Dénaturer a donc deux
sens, qui changent selon quon admet une nature humaine.
Notions
centrales : la société (mais cherchez en quoi
elle diffère de lEtat ; état de nature
et état social ; nature et culture ; nature humaine
Conseils
de lecture :
Vous
trouverez des commentaires éclairants dans le cours-Etat,
notamment, des commentaires sur les textes suivants :
Rousseau,
Du contrat Social, et Discours sur lorigine de linégalité
parmi les hommes : la distinction entre nature et culture
y est centrale, ainsi que lambiguïté de lexpression
de nature humaine ;
Aristote,
Politiques, I, 1 : la cité (lEtat, la société)
est une réalité naturelle ; ib., I, 2 :
lhomme est un animal politique
Regardez
aussi le cours-travail :
vous y trouverez des passages concernant lexpression de nature
humaine. Cf. le texte de Platon sur le mythe de Prométhée,
ainsi que le texte de Hegel sur lhumanisation de lhomme
par le travail, qui est une transformation et mise à distance
de la nature
Ainsi
que le cours-histoire :
Kant, Idée dune histoire universelle au point de
vue cosmopolitique.
Notes
et commentaires du prof
1-Lien
de conséquence ? retour au texte
2-Une
deuxième fois : quel est le lien de cette phrase avec
ce qui précède, ainsi quavec le sujet lui-même ?
retour au texte
3-Questions
pertinentes retour au texte
4-On
voit que le problème est compris, mais hélas, il nest
pas clairement posé. Ceci, du fait que lénoncé
nest pas analysé. A la place, lélève
se contente même de répéter lénoncé,
ce qui montre bien quil ne sait même pas quil
faut poser un problème, et que cela passe par un questionnement
de la question posée ! (cf. méthodologie dissertation)
retour au texte
5-Inconvénients :
retour au texte
-
le terme de société nest pas défini ;
ni létat de nature, ni même encore le contrat
social, termes pourtant techniques. Ainsi, est-ce que lexpression
détat de nature est synonyme de nature et plus précisément
de nature humaine, comme le sous-entend bien vite lélève ?
De même, est-ce que lexpression de contrat social est
synonyme de société ? Des définitions
précises ont lavantage de vous empêcher des confusions
très graves, à la fois parce quelles peuvent
donner limpression que vous ne maîtrisez pas le vocabulaire
philosophique, et parce quelles vous empêchent de voir
clairement le problème en jeu !
-
lénoncé nest pas analysé de façon
précise
-
le problème nest pas posé de façon assez
précise (il a à voir avec lexistence réelle
ou fictive dune nature humaine ; or, lélève
utilise cette expression comme si elle allait de soi ; tout
en voyant bien, paradoxalement, quil y a là un problème,
et quil faudra résoudre ce problème pour répondre
à la question posée)
-
pas assez de questions
Avantages :
retour au texte
-
il y a un véritable essai de problématisation, on
" sent " que le problème est compris, et que lélève
va véritablement essayer de résoudre ce problème
-
on sent aussi que lélève a des connaissances
6-Projet
pertinent, même sil suppose lexistence dune
nature humaine. Encore faudra-t-il définir le terme dartifice.
retour au texte
7-Connecteur
logique qui na pas sa place ici. retour au texte
8-Cf.
note 7retour au texte
9-Avantages :
cest très bien de penser à lopposition
nature et culture, qui est évidemment au cur du sujet ;
de plus, le terme dartifice est quelque peu défini
(même sil ne lest pas clairement). Mais il y a
ici quelques défauts : est-ce que le terme de culture
est synonyme du terme de société ? Il aurait
fallu montrer que la société est un fait de culture,
et non un fait naturel, avant daborder lopposition nature
et culture. Sinon, on ne voit pas trop pourquoi on en parle !
De même, la culture (non définie !) est abordée
négativement ; or, cela ne va pas de soi, et devrait
donc être démontré. retour au
texte
10-Alors,
je suppose que lhomme est un être naturellement bon ?
Il faut le démontrer également ! retour
au texte
11-Lélève
sait utiliser des références, en les intégrant
dune manière fluide dans son développement retour
au texte
12-Ici,
lélève se rattrape par rapport au défaut
signalé dans la note 10 : en effet, il fait le lien
entre société et culture. Et, surtout, il répond
explicitement à la question posée, montrant au correcteur
que ce quil vient de développer sert pour répondre
au sujet. retour au texte
13-De
nouveau, bonne utilisation des références : luvre
de Freud est convoquée pour démontrer lidée
qui précède. retour au texte
14-Ici,
réflexion très intéressante et bien centrée
sur le sujet. Lélève répond vraiment
à la question posée. Si nature (de lhomme) =
satisfaction de ses désirs de façon immédiate,
alors puisque la société comprend essentiellement
des lois, des interdits, etc., concernant ces désirs, elle
nuit à la nature de lhomme, elle le " dénature "
(mais en un sens positif ou négatif ? Il faudra le dire)
retour au texte
15-Très
bien ! retour au texte
16-Bienretour
au texte
17-Pourquoi
" bonne " ? Où a-t-il été montré
que lhomme est naturellement bon, et, notamment, que sadonner
à nos instincts, satisfaire immédiatement nos désirs,
etc., est quelque chose de positif , sans conséquences néfastes
pour lhomme ? (cf. Hobbes) Attention, donc : il
ne faut jamais rien présupposer ! retour
au texte
18-Un
exemple peut-il tenir lieu de démonstration ? retour
au texte
19-Très
bien. Cela montre que lélève, même sil
ne le dit pas explicitement, voit bien que lexpression de
nature humaine ne va pas de soi. Toutefois, un défaut :
pourquoi ne pas passer à une seconde partie ? retour
au texte
20-Autre
raison pour passer à une seconde partie : alors que
précédemment la nature humaine était entendue
comme règne des instincts et désirs sans aucune barrière,
et quelle était envisagée sous un aspect positif
(cest cela que la société nous enlevait
),
elle est ici entendue dans les mêmes termes, mais cela a une
connotation négative. Cela nest pas dit, cest
donc logiquement très contestable. Définissez les
termes employés, et dites toujours en quel sens vous prenez
un terme, quand il a plusieurs sens. Cela vous aidera à être
rigoureux mais aussi et surtout à progresser véritablement
dans votre développement. retour au texte
21-Cest
dommage : pourquoi commencer par citer Aristote, et passer
tout de suite après à Platon ? Il aurait mieux
valu développer la thèse dAristote, très
pertinente ici. Dailleurs, lélève y revient
plus bas, en citant la célèbre formule selon laquelle
" lhomme est un animal politique ".retour
au texte
22-Par
contre, cette citation est démontrée : cest
très bien. retour au texte
23-Bien
retour au texte
24-Très
bien retour au texte
25-Attention,
le développement est beaucoup trop long, ce qui ne sert nullement
le développement. Il faut resserrer largumentation,
aller plus vite à lessentiel. retour
au texte
26-Enfin !
La distinction entre être humain en puissance et en acte est
centrale. Si lhomme nest en effet pas immédiatement
ce quil est (ou plutôt " doit être "),
alors, la réponse au sujet en subira de grandes conséquences.
Mais il fallait laborder directement après la référence
à Aristote. Je ne trouve pas que ce très (trop !)
long détour par les enfants sauvages ait été
très éclairant. retour au texte
27-Bien
retour au texte
28-Cest
très bien dy revenir ; dommage que lélève
nait pas jugé bon de dire, dans le début de
sa copie, quil nallait pas de soi que lhomme est
naturellement bon. Pour pallier ce défaut, je conseille de
recourir davantage au questionnement, ainsi quau mode hypothétique :
" si lhomme est naturellement bon, alors, il faut répondre
à la question de la façon suivante :
. ".retour
au texte
29-Petit
défaut : lélève nexplique
pas assez pourquoi la société, dans lhypothèse
de Hobbes, mène à son terme la nature de lhomme.
retour au texte
30-Très
bien retour au texte
31-Bonne
conclusion. Mais il manque une esquisse de la ou des difficultés
qui nécessiteraient alors le passage à une autre partie.
retour au texte
32-Cest
évidemment ce que jattendais ci-dessus, au moment où
lélève parlait de Hobbes. Mais lessentiel
est que lélève se soit soucié de le démontrer,
après tout. Toutefois, le développement ne va pas
beaucoup progresser ! Que de répétitions !
retour au texte
33-Cf.
texte dAristote, Politiques, I, 2 (lhomme est
un animal politique, parce quil a le langage) ; vraiment,
ça navance plus retour au texte
34-Mais
logos signifie langage articulé et raison ! retour
au texte
35-Lien
bonheur et homme ? retour au texte
36-Très
intéressant, mais pas assez développé ni même
problématisé. retour au texte
37-Démonstration
un peu rapide retour au texte
38-Ici,
cest bien, il y a démonstration retour
au texte
39- ?
retour au texte
40-Certes ;
mais toujours pas de progression : chaque partie du devoir
est en quelque sorte le développement de la même idée !
retour au texte
41-Jai
limpression que si la copie est si longue, et si le développement
ne progresse pas (lélève en est toujours à
la même idée, celle que jaurais mise dans la
deuxième partie), cest parce quil tient à
montrer ses connaissances. Ou bien, parce quil narrive
pas à en faire la synthèse, et à se débarrasser
de certains auteurs. Il les utilise pourtant assez bien, cest
dommage. Ne vous noyez donc pas dans les données que vous
trouvez ! retour au texte
42-Bien
(lélève a toujours pris soin de récapituler
son développement) retour au texte
43-Bonne
conclusion. La dernière phrase montre bien que lélève
faisait du problème de la nature humaine le fil conducteur
de son devoir, et donc, le véritable problème à
résoudre. retour au texte
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