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Y-a-t-il un sens de l'histoire ?

page créée le 17/08/2003

 

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Introduction

-Deux sens du mot histoire :

1) désigne le passé tel qu'il a été vécu et parcouru par l'ensemble de l'humanité (réalité historique )

2) la connaissance de ce passé

-Plusieurs sens du mot sens :

1. signification : être intelligible ; ne pas être absurde ;

2. avoir une direction, être orienté vers quelque chose ;

3. fin finale, finalité

-Problématique :

On doit donc se demander si l'histoire au sens de réalité historique (sens 1) a un sens , i.e., à la fois si on peut la comprendre, si elle est cohérente, et si elle est orientée vers une direction et une fin précise. De même à propos de l'histoire au sens de connaissance du passé (sens 2).

C'est plutôt à propos de l'histoire au sens de réalité historique que la question paraît avoir lieu de se poser. En effet, si on ouvre un livre d'histoire, on ne dit pas que c'est du charabia, mais que c'est un discours intelligible, rationnel, etc. L'histoire au sens de connaissance du passé fait donc immédiatement sens (le mot sens étant pris en son premier sens). La question de savoir si l'histoire au sens de connaissance du passé a un sens ne paraît donc pas très pertinente (encore qu'elle pourrait mener à s'interroger sur la rationalité du discours historique).

C'est donc plutôt sur l'histoire au sens de réalité historique qu'il faut ici s'interroger. Ici, ce sont les sens 2) et 3) du mot " sens " qui peuvent être convoqués. L'histoire au sens de réalité historique a-t-elle un sens, i.e., ce que font les hommes est-il dénué de sens ?

Cela peut s'entendre comme suit : est-ce que l'histoire des hommes n'est que l'histoire de nos passions, de la violence, des guerres, etc. ? Ici, le sujet a une connotation morale ; il s'agit de savoir si l'histoire des hommes doit nous mener à dire que l'homme est mauvais. Doit-on désespérer de l'homme dans l'histoire ?

Mais encore, on peut tout simplement se demander si l'histoire a une direction, si elle est orientée vers une fin. Mais alors, on rejoint la précédente question : car si on cherche à donner un contenu à cette fin de l'histoire, on peut très bien considérer que c'est une fin morale, un progrès moral de l'homme. L'histoire aurait un sens qui serait la réalisation de l'essence de l'homme, et l'avènement de la moralité.

Mais, finalement, un autre problème se pose : si on dit que l'histoire au sens de réalité historique a un sens, il faut bien en faire le récit. Ne peut-on pas dès lors se demander si ce ne serait pas au bout du compte à travers l'histoire au sens de connaissance du passé, qui suppose un historien recherchant le sens de l'histoire, donc, l'exercice d'un sujet connaissant, que l'histoire au sens de réalité historique est supposée avoir un sens. Mais alors, peut-être ce sens de l'histoire n'existerait que par cet historien même. Peut-être même l'histoire au sens de réalité historique n'existe-t-elle pas ?

 

I- Hegel, La raison dans l'histoire : l'histoire comme réalité historique a un sens. C'est le philosophe qui retranscrit ce sens à travers l'histoire philosophique.

A- les différentes manière d'écrire l' histoire.

Nous allons voir, à travers un célèbre texte de Hegel dans lequel il expose quelles sont les différentes manières d'écrire l'histoire (=historiographie), que c'est bien, conformément à ce que nous avons soupçonné dans notre introduction, à propos de l'histoire comme réalité historique que se pose la question de savoir si l'histoire a un sens. C'est même précisément cette histoire là qui a un sens.

HEGEL, Les types de l'historiographie : lien vers le texte

 

Questions :

1) Hegel distingue trois grandes manières d'écrire l'histoire : quelles sont-elles ? Définissez-les.

2) retrouvez quelle est l'histoire que vous apprenez à l'école (histoire de l'historien actuel)

3) quelle est l'histoire qui a le plus de valeur ? pourquoi ? Pour ce faire, trouvez les avantages et inconvénients de chacune

 

NB : chaque manière d'écrire l'histoire est rapportée à une faculté de l'esprit ; la première renvoie à la conscience immédiate, la seconde, à l'entendement, la troisième à la raison. Si on progresse dans ces manières d'écrire l'histoire, c'est donc aussi parce qu'on " utilise " une faculté mieux adaptée à la connaissance de l'histoire.

1) histoire originale

(conscience immédiate : spontanée et subjective)

Définition : histoire vécue, immédiate : récit des événements par le ou les témoins directs d'une époque. Cf. Hérodote, Thucydide, César. C'est une histoire au présent, car l'historien est partie prenante de l'époque qu'il décrit.

Avantages

-faire passer à leur postérité des événements vécus par les contemporains d'une époque ;

-permet de comprendre comment les hommes de l'époque ont vécu les événements

Inconvénients :

-naïveté et partialité car pas de recul de l'historien par rapport à l'époque ou l'événement qu'il décrit. Présence inévitable, dès lors, de préjugés, de jugements de valeur, et absence des conséquences et influences bref, les événements ne sont pas compris

-font souvent ça pour louer leur patrie, donc, servir des intérêts donnés.

2) Histoire réfléchissante

(entendement : a pour spécificité de " séparer ")

Définition : reconstruction du passé, afin d'essayer de le revivre (en esprit) ; elle s'effectue sur documents (travail d'élaboration)

a) Histoire réfléchissante proprement dite :

Définition : histoire d'un pays ou du monde entier

Avantages : on prend du recul ; n'étant plus de la même époque, on dispose des influences et conséquences des événements historiques, on fait donc un véritable travail historique (on relie entre eux des événements) ;

Inconvénients :

- sa globalité même : pas de détail, donc, absence d'explication réelle ;

- repose sur des témoignages des historiens originaux, dont on a dit qu'ils étaient subjectifs ; --croit qu'on peut connaître et décrire en un récit sensé la totalité des événements historiques

 

b)Histoire pragmatique

Définition : Vise à connaître le passé afin d'en tirer des leçons morales, des normes de conduite.

(Hegel souligne que c'est à cause du caractère général de l'histoire qu'on a pu faire ce genre d'histoire : (1) histoire = attrait pour le passé ; (2) l'homme doit surtout, pour agir, s'intéresser au présent ; (3) on essaie donc de rendre l'histoire utile en s'en servant pour le présent ; (4) comment, en réfléchissant sur un autre point commun de l'histoire, qui se trouve autant dans passé que présent : la politique

Inconvénients :

-d'abord, confusion morale et politique (pas mêmes intérêts, pas mêmes buts) ;

-de plus, argument tiré de la nature du réel : on ne peut tirer des leçons de l'histoire car : (si des événements ou situations historiques peuvent avoir des ressemblances), elles ne sont jamais strictement les mêmes : " nul cas ne ressemble exactement à un autre " :

ce serait donc néfaste (ça sert à rien car dans l'urgence et la nécessité de l'action, il vaut mieux s'attacher à ce qui se passe qu'au passé, ça sera sans doute plus efficace) ; et puis, un tout petit changement dans les circonstances, même inaperçu, peut tout changer

exemple : Hitler a voulu tirer des leçons de l'échec des armées napoléoniennes, en 1812, à envahir le territoire russe. Il s'est dit que la vitesse supérieure de ses blindés l'aiderait à réussir là où Napoléon avait échoué ; ce qu'il a oublié, c'est que la Russie elle aussi avait évolué !

Le pire défaut de ce genre d'histoire est donc d'oublier que l'histoire est avant tout changement et singularité ; les événements sont uniques, ils ne se répètent donc jamais, et imprévisibles. On ne peut tirer des lois de l'histoire, du genre : " un pays de vaste dimension ne peut être conquis " ; " la défensive est supérieure à l'offensive " etc. Il peut toujours arriver l'imprévu. Sinon, pas d'histoire.

c) Histoire critique.

Définition : " histoire de l'histoire " (ici, à l'évidence, histoire au sens 1), et à la limite au sens d'Histoire): consiste à enquêter pour s'interroger sur l'authenticité des documents historiques (connaissance par documents, à partir de traces).

Critique externe : forme du document :

-authenticité (original, copie, faux)

-provenance (écriture, composition papier, pour dater)

Critique interne : contenu (qu'a voulu dire l'auteur ? Est-ce crédible ?)

Avantages : l'historien cherche par-là à atteindre l'objectivité (pas à dénigrer) car il ne fait pas intervenir sa propre subjectivité, mais s'arme de principes de critique et d'explication (signifie par rapport à 1) qu'on ne peut bien comprendre que ce qu'on ne vit pas, et qu'il n'y a par définition pas d'histoire immédiate)

Comparaison histoire originale et histoire critique : illustre bien la différence journaliste et historien.

Il faut faire la distinction entre avoir le sentiment de l'importance de ce qui se passe, et l'importance de ce qui s'est passé (sa signification historique). De même, les émeutiers qui prennent la Bastille n'ont pas le sentiment de commencer une révolution. A l'inverse, certains députés de la IV e république peuvent avoir eu l'impression de vivre des séances parlementaires historiques, que l'histoire n'a finalement pas retenu.

Conséquence : rien n'est donc plus différent que le travail du journaliste et celui de l'historien : l'historien fait un travail de critique de la documentation, que le journaliste ne peut pas vraiment faire, parce qu'il est témoin. Ainsi, quand on parle d'histoire en direct ou d'histoire immédiate, on fait une erreur sur le mot d' " histoire ".

Il y a ici un véritable paradoxe : en effet, il semble que moins l'événement est présent, moins il est directement rapporté, plus l'histoire racontée est crédible : on est plus sûr de ce qui s'est réellement passé en 1789 à Paris que de ce qui s'est passé en décembre 1989 en Roumanie, alors qu'on a beaucoup moins de documents.

 

Inconvénients : L'historien critique croit possible de sympathiser avec les acteurs du passé et leur époque (pas au sens d'attrait spontané pour quelqu'un, mais de communauté de sentiment ou de pensée avec un être ou une époque), or :

-il faut sélectionner les documents, les faire parler, donc, leur poser certaines questions (cf.l'affaire autour du spécialiste Eichmann) : pas absence de parti pris (valeurs de l'historien lui-même ou de son époque, projetées sur le passé) ou de jugement de valeur (esclavage)

-il commet une erreur sur la nature de histoire : i.e., il ignore que l'homme est avant tout un être culturel, et change au cours de l'histoire

Donc, cette manière d'écrire l'histoire n'échappe pas à la subjectivité. Tout ce qu'elle nous montre, c'est que le recul de réflexion n'est pas recul à 100%.

d)Histoire spéciale : art/religion, etc.

Avantage : vue d'ensemble, point de vue général

Inconvénient : brise la totalité d'une culture, d'une civilisation : donc, partielle et même partiale

 

B- histoire philosophique (philosophie de l'histoire) :

1) Définition.

C'est l'idée d'une histoire qui posséderait un fil conducteur a priori. C'est elle qui est donc douée de sens (à la fois intelligible, rationnelle, et tendue vers une direction). Point de vue entièrement général : saisit l'histoire (devenir historique) dans son ensemble (ignore les détails).

Possible grâce au fait que considère l'histoire comme réalisation de l'Esprit, qui correspond au progrès de la liberté et de la raison. (Cf. fin du texte : c'est l'esprit qui est le sujet de l'histoire et se réalise au cours de l'histoire.)

- exemple : selon Hegel, l'histoire a un sens au sens de direction vers laquelle elle tend (fin) et c'est cette direction qui permet de la lire, de la comprendre, i.e., de la rendre intelligible. Cette fin : liberté et raison.

Cf. Principes de la philosophie du droit (1821), l'histoire mondiale : elle est considérée comme succession de quatre empires :

1. Empire oriental : type de domination Egypte pharaons = un seul est libre, le roi

2. Monde grec : naissance de la liberté ; les seuls exclus = femmes, enfants, esclaves ; mais pas d'idée de la valeur de l'individu en tant que tel

3. monde romain : naissance du droit privé, du droit subjectif, de l'individu

4. monde germano-chrétien : tous sont enfin égaux et libres (Etat constitutionnel)

Progrès historique qui se repère facilement : l'Esprit du monde se promène et s'installe chez certains peuples. But poursuivi par l'Esprit dans l'histoire = la liberté du sujet.

Système qui cherche à rendre compte de la totalité du devenir historique de l'humanité, à l'aide d'un seul principe explicatif (pour Hegel, la raison/Esprit). On dit que son système est "idéaliste".

2) Origine de la philosophie de l'histoire :

Pas à proprement parler 19e, même si Kant en avait déjà parlé, et si c'est la révolution française qui a pu faire croire aux philosophes (Kant, Hegel, Marx) que l'histoire avait un sens, que l'homme progressait au cours de l'histoire. Son origine est plutôt due à l'émergence du christianisme.

Cf. St Paul, Epître aux romains : derrière tout ce que font les hommes, se profile un plan caché de Dieu, de la Providence, qui guide les événements ; voici ce plan / fil directeur de l'histoire : la Création (Dieu a créé l'homme à son image), la Chute (Péché d'Adam), et la lente histoire de la Rédemption (qui a commencé avec la mort du Christ) jusqu'au Jugement dernier (fin du monde). Conclusion : l'humanité est, à travers l'histoire, soumise aux épreuves d'une rédemption progressive (qui consiste à se guérir du péché originel). L'histoire est donc celle du salut de l'humanité. Ce n'est pas à proprement parler une philo de l'histoire, mais plutôt une théologie de l'histoire.

Cf. St Augustin (354-430), La cité de Dieu; et Bossuet (1627-1704), Discours sur l'histoire universelle ("mais souvenez-vous, monseigneur, que ce long enchaînement de causes particulières, qui font et défont les empires, dépend des ordres secrets de la divine providence"). Pour ce dernier, il n'y a aucun hasard dans l'histoire : si les hommes ne parviennent pas à voir comment l'histoire progresse vers sa fin, c'est parce qu'ils sont des créatures ignorantes du dessein divin et des moyens par lesquels il s'exerce.

3) La notion de "ruse de la raison".

Avec Hegel, ce qui n'était qu'un mode théologique d'explication du devenir humain va prétendre devenir une philo de l'histoire. Hegel reprend explicitement, dans La raison dans l'histoire, la notion de dessein divin. Il dit en effet que quand il affirme que c'est la raison qui gouverne le monde, il veut dire la même chose, mais de façon laïcisée.

Tout comme derrière l'apparence extérieure des événements se cache un plan divin, derrière tout ce que font les hommes, et notamment, derrière tous leurs actes les plus absurdes ou les plus passionnels, se cache une raison/un Esprit, qui mène le monde vers plus de liberté, plus de rationalité, plus de moralité.

Cf. notion de "ruse de la raison" : la raison se sert des passions des hommes à leur insu, pour réaliser ses fins. Les hommes croient suivre leur volonté, alors qu'en fait, ils servent des desseins (divins ou rationnels).

Mais attention : la raison est,

a) intérieure, non pas extérieure, au devenir historique (contrairement à l'histoire sainte)

b) elle est le devenir historique lui-même;

c'est qu'elle n'est pas la capacité de compréhension, de distinguer le vrai du faux, de raisonner, mais ce qui se développe à travers l'histoire; bref, c'est une entité, et le réel lui-même. Cf. " ce qui est réel est rationnel et ce qui est rationnel est réel ".

Toute philosophie de l'histoire admet quatre postulats :

1. la réalité historique est objective et existe indépendamment des hommes

2. l'histoire a un sens, i.e., une direction définie et une signification

3. le temps est conçu comme une ligne droite allant à l'infini (temps linéaire : avec un début, et une fin). C'est une conception du temps (rien ne nous assure que le temps soit en lui-même linéaire : c'est culturel ; ainsi les grecs croyaient que le temps était cyclique). Le temps linéaire est une conception chrétienne (cf.jugement dernier)

4. elle a une finalité, elle poursuit un but, donc, le temps est efficace, il nous mène vers une fin. Tout événement n'a de sens que rapporté à cette fin et est donc un avènement.

(Histoire et temps=créateurs, révélation progressive de la raison à travers l'histoire)

 

4) Critiques.

a) d'un point de vue moral :

Manière de justifier tout ce qui arrive, et surtout, le mal ("théodicée") : tout ce que font les hommes, même ce qui nous paraît au premier abord le plus absurde et monstrueux (actes de barbarie comme Auschwitz ; Milosevic etc.), est en fait, si on ramène cela au point de vue de l'histoire philo, au plan divin, un progrès de l'esprit. Plus de morale et de raison au bout du compte. (rejoint argument selon lequel la fin justifie les moyens)

b) d'un point de vue scientifique ou épistémologique :

-ce n'est possible que d'un point de vue général; dès lors, ça reste toujours trop vague pour prétendre être objectif (cf.psychanalyse : tout peut par définition entrer dans ce genre de discours); cf. Marx, qui, lui, explique tout par la matière (ou les forces économiques)

-suppose des fins de la nature et des entités abstraites (cf. "Esprit du monde") existant réellement; or, on ne peut prouver par aucun outil scientifique leur existence

c) enfin, ignore que l'histoire a à voir avec la liberté et au bout du compte l'histoire ne se distingue plus de la nature :

cf. fait que ce n'est pas l'homme qui fait l'histoire, mais elle n'est pas autre chose pour eux qu'un destin, ils sont des pantins; l'histoire est le royaume de la nécessité, du déterminisme. Pourquoi alors distinguer l'histoire de la science?

Cf. distinction entre le nécessaire (ce qui ne peut pas ne pas être); le contingent : ce qui peut indifféremment arriver ou non domaine des choses terrestres, qui n'arrivent pas selon une nécessité absolue ; Aristote dit qu'elles sont régulières : " choses qui arrivent le plus souvent " ; l'accident (imprévisible)

 

II- N'est-ce pas pour nous que l'histoire a un sens ?

N'est-ce pas une attitude propre à l'homme que de vouloir que les choses (et a fortiori l'histoire) aient un sens ? (cf.fait que nous écrivons des histoires, avec un début, et une fin, etc.)

A. Kant : Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique : le sens de l'histoire est seulement un besoin de la réflexion.

lien vers le texte de Kant 

1) Le questionnement initial de Kant : l'introduction.

Questions aux élèves sur l'introduction:

a. Question que se pose Kant

b. Réponse immédiate

c. Quel " outil " paraît en premier lieu utile pour réfuter la réponse immédiate à sa question ?

d) pourquoi l'abandonne-t-il finalement ? (et à quoi lui a donc servi le recours à cet outil ?)

e) quel autre outil va-t-il alors utiliser ?

réponses

a) Cf.début : question directrice : en raison de la liberté du vouloir, et du fait que les hommes tendent à réaliser leurs aspirations, une histoire ordonnée est-elle possible ?

b) L'histoire comme chaos. Au premier abord, non : en effet, cela ne crée que désordre : l'histoire a un aspect catastrophique (guerres, etc).

c) D'abord, idée de recourir à statistique : ce qui paraît dénué de règle quand on considère les sujets à part, pourrait bien être soumis à des règles, quand il s'agit de l'espèce entière

d. Toutefois, ces régularités ne donnent encore aucun sens ni aucune fin aux événements. Mais c) lui a quand même permis de dire, en s'appuyant sur un outil scientifique, que son projet de trouver une cohérence à l'histoire est possible, légitime

e. Ainsi passe-t-il à un autre outil (de pensée), à une autre question : il se demande si un dessein de la nature ne se cacherait pas derrière les événements historiques, derrière tout ce que font les hommes. Derrière l'ensemble absurde des choses humaines, de l'histoire des hommes, cherchons un dessein naturel qui permettrait à des créatures n' agissant selon aucun plan propre d'avoir pourtant une histoire sensée (conforme à un plan déterminé de la nature). C'est cette idée qu'il faudra mettre à l'épreuve des faits.

 

2) Le sens de l'histoire comme besoin de la réflexion.

Mais, et c'est là l'importance de sa thèse, le point final de l'histoire, qui lui donne un sens, qui la rend compréhensible, est seulement une hypothèse (cf.l'emploi du conditionnel), une supposition. Nécessaire car l'histoire ne paraît être intelligible que si on suppose une sorte de dessein de la nature. Ce n'est donc pas gratuit (imagination mais pas au sens de " folle du logis " !).

3) Le principe de finalité comme besoin de la réflexion.

L'idée d'un sens de l'histoire a exactement la même fonction, selon lui, que le principe de finalité (première et deuxième propositions) -qui servira donc de fil directeur. Ce principe stipule que la nature ne fait rien en vain.

Cf. première proposition : dans l'ordre de la vie, l'idée de finalité peut légitimement servir de fil directeur pour la recherche.

ANNEXE : le principe de finalité : à insérer dans un cours sur le " vivant " (CF. fiche : le vivant se réduit-il à ses conditions physico-chimiques ? )

1)L' Antiquité et le vitalisme : le corps animé

(1) les êtres vivants sont irréductibles à la matière brute ; en effet, a) c'est un individu, un organisme, i.e., un tout dont les parties sont solidaires ; b) il évolue, et ses transformations modifient sa nature ; c) il tend à se conserver et à se reproduire (à conserver son espèce) ;

(2) par conséquent, on doit recourir à un principe autre que la matière inerte pour en rendre compte ; cf. Dieu, ou une " âme " (anima = le souffle qui anime), appelée par les vitalistes " principe vital "

(3) on recourt aussi à un autre principe, le principe finaliste : on explique les parties par le tout et les organes par leur fonction (exemple : " on a des mains pour couper ", et non " on coupe parce qu'on a des mains ").

cf. Aristote, De Anima : l'âme est inséparable du corps ; elle est précisément la forme d'un corps naturel organisé, ce qui le fait croître, ce qui le fait se mouvoir, etc. Chaque sorte d'être vivant a une âme. Par exemple :

-la plante a une âme "nutritive " (principe de reproduction de l'individu) ; la salade qui est dans votre assiette a une âme (certes pas aussi complexe que la vôtre, elle ne peut pas penser par exemple, mais elle croît et se nourrit).

-Aristote attribue même une âme et une finalité aux objets inertes, tels la pierre : la pierre qui tombe " désire " aller vers les centre de la terre, car c'est son lieu naturel. Elle est faite pour y être.

2) Le 17e et le mécanisme : le corps-machine

Or, progressivement, on s'est mis à critiquer cette conception, en disant que c'est une attitude de type religieuse, qui consiste à projeter ce qui vaut seulement de l'homme, dans la nature. Ainsi, le principe de finalité, qui est adaptation de moyens à fins, qui se pense par rapport à un projet, est seulement humain.

C'est surtout au 17e qu'on s'est rendu compte de ça, grâce à Galilée. Il invente, contre Aristote, une nouvelle manière d'expliquer les phénomènes. C'est ce qu'on appelle la science. On ne doit plus chercher l'explication des phénomènes dans les apparences immédiates des phénomènes, mais on doit les expliquer par des concepts mathématiques.

Mais surtout, cette science va impliquer une conception du monde mécaniste (= tout doit s'expliquer par la matière et le mouvement). Faire intervenir autre chose, que ce soit une âme ou une finalité, pour expliquer la nature, est quelque chose de sacrilège, de non scientifique.

Descartes, dans les Méditation seconde des Méditations métaphysiques, s'en inspire énormément (cf.cours Descartes). Selon lui, tout corps, inerte ou vivant, relève entièrement de l'étendue et du mouvement mécaniques. Le corps est une machine ou un automate, semblable à une horloge. Les êtres vivants ne sont nullement une exception au sein de la nature. (Postulat fondamental : pas de finalité dans les choses, car c'est anti-scientifique).

Descartes a donc très peur d'aller contre l'attitude scientifique, et c'est pour ça que dans la 2nde méditation il dit (et montre) que l'âme est esprit et le corps matière. Son dualisme reprend donc les postulats de Galilée, et utilise, pour se constituer, Aristote comme un véritable repoussoir (cf. Méditations Métaphysiques, Ed. Bordas, § 6 et 7)

3) Kant, la Critique de la faculté de juger : les corps vivants ne sont pas des machines

CF. § 65 où il objecte à Descartes que les corps vivants diffèrent des corps artificiels, et ne sont pas du tout comparables à des horloges (surtout parce que la montre, par exemple, ne peut, contrairement au vivant, se réparer lui-même).

On a donc besoin de quelque chose d'autre que la matière inerte pour en rendre compte -sans doute de la finalité (cf. § 64, op. cit., : " une chose existe comme fin de la nature si elle est cause et effet d'elle-même "( Kant applique au vivant une finalité " interne " ; il lui oppose une finalité " externe ", qui concernerait, elle, l'ensemble de la nature ; plus précisément, la finalité externe désigne une relation d'utilité ou de convenance entre les choses ou les êtres (exemple : " si le mouton a une fourrure, c'est pour que l'homme puisse avoir chaud ")

) ; mais rien ne nous dit qu'il existe réellement hors de l'esprit de l'homme une finalité ; c'est un besoin de la réflexion.

Problème de Kant : au bout du compte, on est obligé de dire que la nature ou l'être vivant a été créée par Dieu ou une autre créature. Que la nature " veut " quelque chose. (NB : la machine de Descartes ne suppose-t-elle pas elle aussi un artisan ?)

Solution : il soutient que c'est seulement pour notre esprit que la notion de fin naturelle a un sens et même est nécessaire. L'homme est ainsi fait qu'il ne peut faire autrement que penser le monde ainsi. C'est ce qui donne sens et cohérence au monde. Kant dit, non pas que la nature est organisée ou finalisée, mais que c'est comme si elle l'était.

NB : On peut aussi consulter, pour comprendre à quel point la notion de finalité est " subjective " ou plus précisément propre à l'homme( Car Kant ne dirait pas que la finalité est subjective au sens de propre à chacun, ou de connaissance erronée, illusoire ; en effet, elle est propre à l'homme ; l'homme est ainsi fait qu'il ne peut faire autrement que d'interpréter les choses et le monde en général selon le principe de finalité.

), le texte suivant de Claude Bernard, extrait de Cahiers de notes, " le Cahier rouge " (1850-1860), Ed. Gallimard, 1965, pp. 58-59 :

" Quand nous voyons, dans les phénomènes naturels, l'enchaînement qui existe de telle façon que les choses semblent faites dans des buts de prévision, comme l'œil, l'estomac, etc., qui se forment en vue d'aliments, de lumières futures, etc., nous ne pouvons nous empêcher de supposer que ces choses sont faites intentionnellement, dans un but déterminé. Parce qu'en effet, quand nous faisons les choses de cette manière, nous disons que nous les faisons avec intention et nous ne pourrions admettre que c'est le hasard qui a tout fait. Eh bien ! il paraîtrait que si, quand nous faisons les choses de manière à ce qu'elles concordent pour un but déterminé, nous disons qu'il y a une intelligence intentionnelle de notre part : nous devons reconnaître dans l'ensemble des phénomènes naturels et leurs rapports déterminés pour des buts déterminés une grande intelligence intentionnelle ".

4) C'est donc par analogie avec la finalité de la vie organique que Kant va essayer de découvrir le plan caché de l'histoire.

Deuxième et troisièmes propositions :

(1) disposition naturelle de l'homme = la raison, la moralité ; pas l'instinct

(2) la nature ne fait rien en vain : elle a donc voulu que l'homme se gouverne, non par l'instinct, mais par la raison (et comme la raison est pour Kant morale, elle a voulu qu'il soit " moral ")

(3) or, la raison, contrairement à l'instinct, n'est pas immédiatement en exercice, même si elle est innée et naturelle à l'homme ;

(4) donc, en donnant la raison à l'homme, la nature a voulu qu'il produisit tout de lui-même (sinon, elle lui aurait donné la raison " toute faite ")

(5) or, il faudrait une vie illimitée pour que l'individu puisse développer pleinement cette aptitude ; en effet, les individus ne vivent pas éternellement, ils n'ont pas tout le temps devant eux ; ils ne peuvent donc rendre la raison la plus parfaite possible (cf. fait que Galilée à lui seul n'a pu parachever la raison scientifique : il a ouvert la voie à Newton, qui a ouvert la voie à Einstein…)

(6) C'est donc l'espèce qui, au cours de la succession continue des générations, développe les dispositions naturelles de l'homme (NB : cela revient à concevoir la société comme un grand individu, comme un seul homme, mais des limites imposées par la nature à l'individu. Cf. Pascal, Préface au traité du vide : voici comment il explique le progrès des sciences : il faut postuler que " la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier. De sorte que toute la suite des hommes , pendant le cours des siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement " (plus loin, il l'appelle " l'homme universel) )

(7) l'essence de l'homme ne s'accomplit donc qu'au cours de l'histoire (progressivement, et lentement ; et surtout pas au cours de la vie d'un individu)

(8) résumé des propositions 4 jusqu'à la fin : la nature de l'homme ne se réalise que dans une société libérale (= plus précisément, une République) ; en effet, la République est un gouvernement régi par des lois ; et ces lois, loin de réprimer les libertés, permettent l'accord des libertés entre elles ; elles nous rendent donc libres à travers une discipline

(9) au bout du compte, la nature de l'homme ne se réalise que dans une société des nations (=unification politique de tous les peuples) ; en effet, une société de droit, républicaine, ne semble possible que si elle n'est pas entourée d'Etats despotiques

(10) Le dessein de la nature (but de l'histoire) est donc le suivant : comme chez Hegel : réalisation de liberté (et raison) humaines, dont l'instrument de réalisation est le gouvernement républicain (Il l'a donc dit avant Hegel)).

5) C'est non seulement un besoin de la réflexion, mais plus précisément, un besoin moral de penser une telle histoire :

Cf. fait que, comme chez Hegel ou même dans le christianisme, la barbarie, les guerres, créent la moralité, et que la passion produit la rationalité. Mais la différence consiste en ce que c'est nous qui avons besoin de croire que l'histoire correspond à un progrès moral de l'espèce, car sinon, l'idée de moralité serait réduite à néant, et ferait de l'existence humaine une pure absurdité. Plus personne ne ferait d'enfants car on ne voudrait donner en héritage à nos enfants un tel monde…

Conclusion : On peut donc penser que l'histoire a un sens mais on ne peut pas en être certain. Ce n'est que pour notre esprit que l'histoire a un sens. Contrairement à Hegel, ce n'est donc pas l'histoire au sens 1) qui a un sens. Du moins, Kant sait très bien qu'on ne peut pas se prononcer. Ce n'est qu'une hypothèse(Rappel : la finalité nous donne un fil directeur pour nous orienter dans ce qui pourrait au premier abord apparaître comme pur chaos. Elle relève d'une recherche indéfinie du sens de toutes choses…

).

Mérites de la thèse de Kant :

-pas besoin de croire à un dessein réel de la nature ou de croire en Dieu ou en une quelconque entité presque surnaturelle

-De plus, sert dans la réalité car cette idée peut être ce qui nous pousse à créer une SDN. Idée qui nous pousse à nous améliorer nous-mêmes, qui nous donne l'espoir et le devoir de l'avènement d'une SDN, et d'une paix perpétuelle entre les nations

 

Objection: l'histoire est, comme chez Hegel, une sorte de roman, car on n'explique pas le passé de l'homme. Cette manière d'écrire l'histoire (i.e. : les philosophies de l'histoire) consiste toujours à nier les faits particuliers. Ne peut-on pas raconter tout ce qu'on veut par de tels projets unificateurs et très englobants ?

 

B-Analyse du statut du fait historique.

Il nous faut donc revenir à la question de savoir ce qu'est l'histoire, et plus précisément, ce qu'est un fait historique. Le problème posé se ramène donc au bout du compte à savoir quel est le statut des faits historiques- question à la fois ontologique et épistémologique (i.e. : qui porte sur sa nature, sur quel genre d'être c'est ; et sur sa connaissance) ; question qui n'est pas posée par Hegel et Kant, car elle ne les intéresse pas. Pourtant, c'est la question finalement la plus essentielle pour qui veut réfléchir sur la nature de l'histoire.

1) P.Veyne, Comment on écrit l'histoire : c'est la subjectivité de l'historien qui fait l'événement :il n'y a pas d'événement en soi, et tout peut être considéré comme historique…

 

La notion d'intrigue ou qu'est-ce qu'un fait historique?

P.Veyne, Comment on écrit l'histoire, Seuil, 1971, p.57.

 

Questions sur le texte :

a) Problématisation : Thème- Thèse - Question à laquelle il répond - Thèse opposée

b) Lignes 1 à 10 : En quoi consiste le travail de l'historien ? Comment définiriez-vous l' intrigue, le champ évènementiel, et finalement un " événement " ?

c) A quoi sert l' exemple ? (l.10 à 29)

d) Comment échappe-t-il au reproche qu'on pourrait facilement lui faire, à savoir, que l'historien raconte n'importe quoi selon sa fantaisie, ne raconte que " des histoires " ?

e) Comment répondrait-il à notre question ?

 

 

 

a) Problématisation : l'événement historique existe-t-il en dehors de nous ?

Thème : l'histoire.

Thèse : porte sur l'objet et le travail de l'historien

Question à laquelle il répond : Qu'est-ce qu'un événement historique ?l'événement historique existe-t-il tel quel, en dehors de nous ?

Thèse : l'événement historique n'existe pas tel quel en dehors de nous, car il dépend d'une certaine intrigue, d'un certain itinéraire par lequel il prend sens

Thèse opposée : en dehors de nous il existe des événements, un itinéraire historique réel, et l'historien qui fait bien son travail doit les retranscrire avec objectivité (c'est thèse de Hegel).

b) L'objet et le travail de l'historien

L'historien raconte des histoires, en plaçant les faits qu'il décrit dans des intrigues.

Intrigue = issue du roman policier, elle suppose des personnages, des acteurs, dont l'ensemble des actions sont susceptibles d'être reprises dans un récit qui les mettra en rapport avec les obstacles qu'elles ont dû surmonter, les tensions et les enjeux qu'elles ont entraîné. (mélange (humain) de causes matérielles, de fins et de hasards)

Thèse : un fait n'est rien sans son intrigue. Non seulement un fait sera plus ou moins important selon l'intrigue choisie, mais encore, il sera existant ou inexistant selon le choix de l'intrigue Un événement ne peut devenir un fait que si je lui accorde une signification.

Champ évènementiel = matériau dont dispose l'historien pour raconter ses intrigues. Désigne tout ce qui arrive et est arrivé à l'homme dans le monde, et ce, depuis les débuts de l'humanité. Il n'est pas structuré de telle sorte que l'historien n'aurait plus qu'à aller à la pêche aux événements, comme s'il était tout prêt : un événement n'étant événement que par et dans une intrigue, et les intrigues existant en nombre infini, se présentant comme d'infinies possibilités, c'est à l'historien de construire l'événement.

Evènement = " découpage libre dans réalité " ; " agrégat de processus … " i.e., pas chose individuelle L'événement n'est pas un être, mais un " croisement d'itinéraires possibles ".

Conclusion : le travail de l'historien consiste donc à isoler, par abstraction, dans le flux du devenir, des moments que l'on juge significatifs, et les articuler ensuite logiquement

c) Fonction de l'exemple (la guerre 14-18)

Exemplifie la thèse selon laquelle un fait n'est rien sans son intrigue, qu'un événement n'est qu'un croisement d'itinéraire possibles, et peut être différent selon l'itinéraire choisi . En effet, la " guerre 1914 " n'a pas de sens en soi ; tel quel, l'événement n'a aucune pertinence historique ; si je veux qu'il prenne la dimension d'un fait historique, il faut qu'il soit intégré dans un récit, et que dans ce récit, il ait une signification. Le fait historique n'est jamais isolé mais est retenu en fonction d'un déroulement ; peut être rattaché à plusieurs sortes d'intrigues

conséquence : un même fait sera cause profonde selon un itinéraire donné, et incident ou détail sur un autre

Conséquence : qu'est-ce qui est " historique " ?

Pour y répondre, on peut partir de deux questions :

La guerre 14-18, plus historique que l'affaire Dutroux, et plus digne de figurer dans un livre d'histoire ?

Réponse : dans l'histoire des guerres, ou dans une histoire où la guerre est au premier plan, l'affaire Dutroux ne sera pas considérée comme de l'histoire, ou du moins comme un événement important (P.33)). Mais l'affaire Dutroux est de première importance dans l'histoire du crime (p.35) ; celui qui dirait que cette histoire est moins importante que l'histoire politique devrait pouvoir prouver que le crime n'a pas d'importance, ou du moins une importance moindre dans la vie des gens !

De même, en quoi B.Bardot serait-elle plus digne que Pompidou de vivre dans notre mémoire ?

Réponse : c'est en vertu d'un préjugé ancien que Pompidou serait en soi historique : i.e., à partir du moment où on choisit de dire que les chefs d'Etat sont de la grande histoire et font l'histoire. Or, B.Bardot peut très bien devenir une figurante dans un scénario d'histoire contemporaine qui aurait pour sujet le star-system, les mass-média (la religion moderne de la vedette(Cf. E.Morin, Les stars, Ed.Points Seuil)) ; de même les 2 be 3 !

D'où la thèse de P.Veyne : rien n'est en soi historique (et tout est alors historique) : " il est impossible de décider qu'un fait est historique et qu'un autre est une anecdote digne d'oubli, parce que tout fait entre dans une série et n'a d'importance relative que dans sa série " (p.37)) ; " il arrive à tout instant des événements de toute espèce et notre monde est celui du devenir ; il est vain de croire que certains de ces événements seraient d'une nature particulière, seraient historiques et constitueraient l'Histoire ". Tout ce qui est arrivé, et même tout ce qui arrive, est digne de l'histoire.

Conséquence : dès lors, le " non évènementiel " n'est que " l'historicité dont nous n'avons pas conscience comme telle "( p.34)(). Ou bien tout simplement ce que nous ne pouvons faire rentrer dans la série que nous nous occupons de retracer. Ce que notre choix a décidé d'évacuer.

d) Le champ évènementiel est-il arbitraire ?

Toutefois, ce champ est objectif, ainsi que toutes ces intrigues (l'historien ne raconte donc pas n'importe quoi). Ce champ évènementiel ne dépend pas de lui, il est vrai au sens où il existe : il est objectif, non subjectif. Ce qui n'est pas objectif c'est l'itinéraire -encore est-il une réelle possibilité qui s'impose à vous.

e) Réponse à la question du sens de l'histoire

Complètement différente de celle de Hegel, et plus proche de celle de Kant.

Si on veut qu'elle ait un sens, en effet, c'est à nous de le construire, et cela ne vaudra que pour nous, ce n'est pas quelque chose qu'on peut attribuer à l'histoire au sens 1). En effet, l'Histoire (celle de Hegel) n'existe pas, car un événement n'a de sens que dans une intrigue, et le nombre de ces intrigues est indéfini. Notre question initiale va donc finalement se poser seulement à propos de l'histoire au sens de connaissance ou récit du passé ; et on répond que l'histoire a plusieurs sens, qu'il n'existe que des histoires. En effet, le cours de l'histoire ne peut par définition s'avancer sur une voie tracée : l'itinéraire que choisit l'historien pour décrire le champ évènementiel peut être librement choisi, et tous les itinéraires sont également légitimes (mais évidemment pas autant intéressants). En fin de compte, le sens que Hegel prête à l'histoire, est une interprétation de Hegel lui-même. Un autre historien pourra lui en donner un autre, et cela, à l'infini.

Cf. fait que dans l'histoire on trouve toujours trois grands genres de causes : la liberté, les conditions matérielles, le hasard. On peut toujours décider qu'une de ces causes est essentielle pour l'explication des phénomènes historiques, mais considérer que l'explication est alors achevée c'est quelque chose d'arbitraire et d'erroné (p.136). Cf. Marx : il s'arrête aux causes matérielles : les hommes sont ce que font d'eux les conditions matérielles ; or, qui dit que les hommes n'agissent pas également sur ces conditions matérielles ? Pourquoi alors ne va-t-on pas considérer que tout s'explique en fin de compte par la mentalité ?

 

Conclusion : ainsi, il n'y a pas un sens de l'histoire, mais des sens de l'histoire, car l'histoire au sens de devenir historique véritable n'existe pas en dehors de notre esprit. Il n'y a pas une histoire, mais des histoires !

2)Risque cependant de la thèse de Veyne =le relativisme puis le scepticisme et au bout du compte le révisionnisme.

Cf. texte Evans.

En effet :

1. Veyne dit que les historiens peuvent classer tout ce qu'ils veulent comme historique et comme important,

2. Conséquence : relativisme : il n'y a pas de vérité unique sur le passé mais seulement des histoires et chacune est " vraie " selon la perspective dans laquelle elle est rédigée

Deux sortes de relativismes :

(a) chaque communauté est en droit d'établir ses propres normes de vérité (cf. Etats-Unis : le postmodernisme = affirme que chaque communauté, les blancs, les noirs, les féministes, etc., détient les clés de la compréhension de son propre passé)

(b) les réalités du passé étant de toute façon hors d'atteinte, tout discours est une fiction parmi d'autres.

3. Or (1) et (2) mènent au scepticisme, i.e., à la thèse selon laquelle derrière les mots et les récits historiques, il n'existe rien du tout (s'il y a autant d'histoires que d'auteurs de l'histoire, alors y a-t-il bien du réel sous les mots de l'histoire ?)

4. puis de là permettent le révisionnisme, voire le négationnisme : " les chambres à gaz n'ont pas existé " (en tout cas, ne permettent pas du tout de lutter contre eux) (si tout est représentation, et si nul ne peut prétendre à l'objectivité, comment peut-on combattre ceux qui nient les chambres à gaz ?)

3) comment peut-on échapper à ce relativisme ?

a). P.Veyne dit que l'histoire est un " roman vrai "

: elle est donc intermédiaire entre la science et la littérature. Si elle raconte les événements à la manière du romancier, elle vise la vérité et ne raconte pas n'importe quoi, ni des événements imaginaires. Cf. fait qu'il y a quand même une différence entre Me Bovary et Napoléon, i.e., entre la fiction et l'histoire. De même, entre la réalité des camps de concentration et le film de Benigni, La vie est belle !

 

b) Il faut simplement savoir distinguer le passé et l' histoire (cf.I.Marrou, De la connaissance historique, Points Seuil)

Histoire = connaissance du passé humain (connaissance de l'homme ou des hommes d'hier par l'homme d'aujourd'hui). H= P/p : l'histoire est la relation établie, par l'historien, entre deux plans d'humanité, le passé vécu par les hommes d'autrefois, le présent, et l'homme d'après. Ces deux plans ne sont saisissables que dans la connaissance qui les unit. On ne peut isoler d'un côté un objet qui serait le passé, et de l'autre un sujet qui serait l'historien.

L'objet de l'histoire, le passé, existe, bien sûr, sans quoi la notion même d'une connaissance historique serait absurde, mais nous ne pouvons le décrire car dès qu'il est appréhendé, c'est comme connaissance qu'il l'est, et à ce moment là il a subi toute une métamorphose.

Ce passé, antérieur à l'élaboration de sa connaissance, ne doit pas être appelé " histoire ". Et l'histoire n'est pas un décalque de ce passé. Car en reprenant vie dans l'esprit de l'historien, le passé humain acquiert un autre mode d'être. En devenant histoire, en étant connu, le passé n'est pas simplement reproduit telqu'il avait été quand il était le présent. Il est " connu en tant que passé ". C'est devenu de l'irrévocable.

 

Conclusion

Si l'histoire a un sens, ce n'est donc que parce que l'histoire est écrite par un historien, par un homme. L'histoire au sens 2) quant à elle ne peut avoir un sens en elle-même, car à partir du moment où il y histoire, il y a toujours reconstruction du passé. Dès lors, le problème qui se pose maintenant est de savoir si l'histoire est une science -car ce qui caractérise la science, n'est-ce pas la neutralité totale, absence de subjectivité ?

Réponse dans le cours " Les théories scientifiques sont-elles issues de l'expérience ?"

 

 

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