G.
Bensoussan, Auschwitz en héritage ? Dun bon
usage de la mémoire, Ed. 1001 nuits, Les Petits Libres,
1998
Hobbes,
Léviathan, (étymologie de la notion de personne
= persona ; réflexion sur la personne morale)
Kant,
l'impératif catégorique, le respect
Primo
Levi, Si c'est un homme
Locke,
Essais sur lentendement humain, II, xxvii, in Identité
et différence, Points Seuil (quest-ce qui fait mon
identité personnelle, quest-ce qui fait que je suis
moi ? cf. importance de la mémoire, de la conscience
du passé
) ; cf. cours
mémoire
E.
Renan, Quest-ce quune nation ?, Ed. 1001
nuits (quest-ce qui fait quune nation est une nation ?)
P.
Veyne, Comment on écrit lhistoire, Points
Seuil (existe-t-il des événements historiques en
soi ?) ; cf. cours
histoire
P.
Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire, Points
Seuil (contre le révisionnisme, qui nie la Shoah, lexistence
des camps de concentration) ; sur ce même problème,
cf. Finkielkraut, La mémoire vaine, Gallimard (a
à voir plus précisément avec le procès
Papon ; lecture facile et courte !)
Quelques
textes
- E.
Renan, Qu'est-ce qu'une nation?, extraits du chapitre
III :
| "Une
nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses
qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette
âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé,
l'autre dans le présent. L'une est la possession
en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le
consentement actuel, le désir de vivre ensemble,
la volonté de continuer à faire valoir l'héritage
qu'on a reçu indivis. L'homme, messieurs, ne s'improvise
pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un
long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements.
Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime
; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes.
Un passé héroïque, des grands hommes,
de la gloire (j'entends de la véritable), voilà
le capital social sur lequel on assied une idée nationale.
Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté
commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses
ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions
essentielles pour être un peuple. (
) Dans le
passé, un héritage de gloire et de regrets
à partager, dans l'avenir un même programme
à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré
ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes
communes et des frontières conformes aux idées
stratégiques ; voilà ce que l'on comprend
malgré les diversités de race et de langue.
Je disais tout à l'heure : "avoir souffert ensemble";
oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait
de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les
triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent
l'effort en commun. Une nation est donc une grande solidarité,
constituée par le sentiment des sacrifices qu'on
a faits et de ceux qu'on est disposé à faire
encore." |
2)
Locke, Essais sur l'entendement humain, II, xxvii
Qu'est-ce
qui fait l'identité personnelle?
| §
9 : Lidentité de telle personne sétend
aussi loin que cette conscience peut atteindre rétrospectivement
toute action ou pensée passée ; C'est
le même soi maintenant qualors, et le soi qui
a exécuté cette action est le même que
celui qui, à présent, réfléchit
sur elle.
§
24 : (
) quoiquune substance ait pensé
ou fait, si je ne peux me le rappeler et en faire ma pensée
à moi, mon action à moi, en me lappropriant
par la conscience, cette chose ne mappartiendra pas
plus que si elle avait été faite (par une
autre) |
Cest
donc la même conscience qui fait quun homme est le
même pour lui-même. " La même conscience
réunit ces actions éloignées au sein de la
même personne ".
Cest
ici que la mémoire fait son entrée. La mémoire,
chez Locke, nest en fait autre chose que la conscience elle-même :
en effet, elle est la conscience de nos actes et pensées
passé(e)s, et plus précisément, la conscience
que ce passé ne fait quun avec le présent,
que moi qui a pensé telle chose ou agi ainsi, est le même
que celui qui aujourdhui fait autre chose ou pense autre
chose.
Difficulté :
ma personne ne sarrête-t-elle pas dès lors
dès que joublie ? Que faire de tous les vides
de notre existence ?
Le
problème est (§ 10) que " cette conscience (est)
constamment interrompue par loubli (
) ;
(il ny a donc) aucun moment de nos vies où nous puissions
contempler devant nous, dun seul coup dil, toute
la suite de nos actions passées ".
| §
10 : (
) les meilleures mémoires elles-mêmes
en perdent une partie de vue tandis quelles en considèrent
une autre ; nous-mêmes pendant la plus grande
partie de notre vie ne réfléchissons pas sur
notre soi passé, mais nous dirigeons notre attention
vers nos pensées présentes, et lorsque nous
dormons profondément, nous navons plus aucune
pensée, du moins aucune dont nous ayons cette conscience
qui caractérise nos pensées de létat
de veille. Cest pourquoi je dis que, dans tous ces
cas, notre conscience étant interrompue, et nous-mêmes
ayant perdu de vue notre soi passé, on peut se demander
si nous sommes vraiment la même chose pensante, (
)
ou non. |
Le
problème consiste à savoir si, malgré la
perte de mémoire, je suis la même personne, à
partir du moment où on a dit que lidentité
personnelle ne sétend que jusquoù sétend
aussi la mémoire. Cf. § 20 : problèmes
de la double personnalité et de livresse, de la folie
Leçon
de ces textes : il faut sintéresser et rappeler le
passé Il est très important de sintéresser
au passé, puisque sans la dimension du passé, nous
ne sommes rien. Si la mémoire fait notre identité
personnelle, nous perdons un peu de nous-mêmes chaque fois
que nous oublions des bribes de notre histoire. Mais est-ce à
dire que nous devons tout nous rappeler ? Est-ce quil
est important de me souvenir de moi avec les cheveux longs, courts,
etc. ? Non, bien sûr : il est important de se
souvenir de ce qui fait de nous lêtre, la personne
(caractère) que nous sommes. Les grands moments de notre
vie/ histoire, en somme.
NB
: un peu difficile, mais à méditer tout de même!!
3)
P. Veyne, Comment on écrit l'histoire? , Seuil,
1971, p.57.
|
Structure
du champ événementiel
Les
historiens racontent des intrigues, qui sont comme autant
d'itinéraires qu'ils tracent à leur guise
à travers le très objectif champ événementiel
(lequel est divisible à l'infini et n'est pas composé
d'atomes événementiels) ; aucun historien
ne décrit la totalité de ce champ, car un
itinéraire doit choisir et ne peut passer partout
; aucun de ces itinéraires n'est le vrai, n'est l'Histoire.
Enfin, le champ événementiel ne comprend pas
des sites qu'on irait visiter et qui s'appelleraient événements
un événement n'est pas un être, mais
un croisement d'itinéraires possibles. Considérons
l'événement appelé guerre de 1914,
ou plutôt situons-nous avec plus de précision
les opérations militaires et l'activité diplomatique
; c'est un itinéraire qui en vaut bien un autre.
Nous pouvons aussi voir plus largement et déborder
sur les zones avoisinantes : les nécessités
militaires ont entraîné une intervention de
l'Etat dans la vie économique, suscité des
problèmes politiques et constitutionnels, modifié
les murs, multiplié le nombre des infirmières
et des ouvrières et bouleversé la condition
de la femme... Nous voilà sur l'itinéraire
du féminisme, que nous pouvons suivre plus ou moins
loin. Certains itinéraires tournent court (la guerre
a eu peu d'influence sur l'évolution de la peinture,
sauf erreur) le même "fait", qui est cause profonde
sur un itinéraire donné, sera incident ou
détail sur un autre. Toutes ces liaisons dans le
champ événementiel sont parfaitement objectives.
Alors, quel sera l'événement appelé
guerre de 1914 ? Il sera ce que vous en ferez par l'étendue
que vous donnerez librement au concept de guerre : les opérations
diplomatiques ou militaires, ou une partie plus ou moins
grande des itinéraires qui recoupent celui-ci. Si
vous voyez assez grand, votre guerre sera même un
"fait social total".
Les
événements ne sont pas des choses, des objets
consistants, des substances ; ils sont un découpage
que nous opérons librement dans la réalité,
un agrégat de processus où agissent et pâtissent
des substances en interaction, hommes et choses. Les événements
n'ont pas d'unité naturelle ; on ne peut, comme le
bon cuisinier du Phèdre, les découper
selon leurs articulations véritables, car ils n'en
ont pas. |
Quelques
commentaires pour comprendre le texte :
Thème :
lhistoire.
Thèse :
porte sur lobjet et le travail de lhistorien
Question
à laquelle il répond : Quest-ce quun
événement historique ?lévénement
historique existe-t-il tel quel, en dehors de nous ?
Thèse :
lévénement historique nexiste pas tel
quel en dehors de nous, car il dépend dune certaine
intrigue, dun certain itinéraire par lequel il prend
sens
Thèse
opposée : en dehors de nous il existe des événements,
un itinéraire historique réel, et lhistorien
qui fait bien son travail doit les retranscrire avec objectivité
(cest thèse de Hegel).
Lhistorien
raconte des histoires, en plaçant les faits quil
décrit dans des intrigues.
Intrigue
= issue du roman policier, elle suppose des personnages, des acteurs,
dont lensemble des actions sont susceptibles dêtre
reprises dans un récit qui les mettra en rapport avec les
obstacles quelles ont dû surmonter, les tensions et
les enjeux quelles ont entraîné. (mélange
(humain) de causes matérielles, de fins et de hasards)
Thèse :
un fait nest rien sans son intrigue. Non seulement un fait
sera plus ou moins important selon lintrigue choisie, mais
encore, il sera existant ou inexistant selon le choix de lintrigue
Un événement ne peut devenir un fait que si je lui
accorde une signification.
Champ
événementiel = matériau dont dispose
lhistorien pour raconter ses intrigues. Désigne tout
ce qui arrive et est arrivé à lhomme dans
le monde, et ce, depuis les débuts de lhumanité.
Il nest pas structuré de telle sorte que lhistorien
naurait plus quà aller à la pêche
aux événements, comme sil était tout
prêt : un événement nétant
événement que par et dans une intrigue, et les intrigues
existant en nombre infini, se présentant comme dinfinies
possibilités, cest à lhistorien de construire
lévénement.
Evénement
= " découpage libre dans réalité " ;
" agrégat de processus
" i.e., pas chose
individuelle Lévénement nest pas un
être, mais un " croisement ditinéraires
possibles ".
Conclusion :
le travail de lhistorien consiste donc à isoler,
par abstraction, dans le flux du devenir, des moments que lon
juge significatifs, et les articuler ensuite logiquement
Fonction
de lexemple (la guerre 14-18) : exemplifie la
thèse selon laquelle un fait nest rien sans son intrigue,
quun événement nest quun croisement
ditinéraires possibles, et peut être différent
selon litinéraire choisi. En effet, la " guerre
1914 " na pas de sens en soi ; tel quel, lévénement
na aucune pertinence historique ; si je veux quil
prenne la dimension dun fait historique, il faut quil
soit intégré dans un récit, et que dans ce
récit, il ait une signification. Le fait historique nest
jamais isolé mais est retenu en fonction dun déroulement ;
peut être rattaché à plusieurs sortes dintrigues
conséquence :
un même fait sera cause profonde selon un itinéraire
donné, et incident ou détail sur un autre
Conséquence :
quest-ce qui est " historique " ? Pour y
répondre, on peut partir de deux questions :
La
guerre 14-18, plus historique que laffaire Dutroux, et
plus digne de figurer dans un livre dhistoire ?
Réponse :
dans lhistoire des guerres, ou dans une histoire où
la guerre est au premier plan, laffaire Dutroux ne sera
pas considérée comme de lhistoire, ou du moins
comme un événement important (P.33).Mais laffaire
Dutroux est de première importance dans lhistoire
du crime (p.35) ; celui qui dirait que cette histoire est
moins importante que lhistoire politique devrait pouvoir
prouver que le crime na pas dimportance, ou du moins
une importance moindre dans la vie des gens !
De
même, en quoi B. Bardot serait-elle plus digne que Pompidou
de vivre dans notre mémoire ?
Réponse :
cest en vertu dun préjugé ancien que
Pompidou serait en soi historique : i.e., à partir
du moment où on choisit de dire que les chefs dEtat
sont de la grande histoire et font lhistoire. Or, B. Bardot
peut très bien devenir une figurante dans un scénario
dhistoire contemporaine qui aurait pour sujet le star-system,
les mass-média (la religion moderne de la vedette(Cf. E.
Morin, Les stars, Ed. Points Seuil)) ; de même
les 2 be 3 !
Doù
la thèse de P. Veyne : rien nest en soi historique
(et tout est alors historique) : " il est impossible
de décider quun fait est historique et quun
autre est une anecdote digne doubli, parce que tout fait
entre dans une série et na dimportance relative
que dans sa série " (p.37) ; " il arrive
à tout instant des événements de toute espèce
et notre monde est celui du devenir ; il est vain de croire
que certains de ces événements seraient dune
nature particulière, seraient historiques et constitueraient
lHistoire ". Tout ce qui est arrivé, et
même tout ce qui arrive, est digne de lhistoire.
Conséquence :
dès lors, le " non événementiel "
nest que "l'historicité dont nous navons pas
conscience comme telle "(p. 34). Ou bien tout simplement
ce que nous ne pouvons faire rentrer dans la série que
nous nous occupons de retracer. Ce que notre choix a décidé
dévacuer.
Le
champ événementiel est-il arbitraire ?
Toutefois, ce champ est objectif, ainsi que toutes ces intrigues
(lhistorien ne raconte donc pas nimporte quoi). Ce
champ événementiel ne dépend pas de lui,
il est vrai au sens où il existe : il est objectif,
non subjectif. Ce qui nest pas objectif cest litinéraire
encore est-il une réelle possibilité qui simpose
à vous.