Première
méditation
I-
Projet et méthode pour y parvenir : §1et 2
NB
: les chiffres figurant entre () sont les étapes de l'argumentation
de Descartes.
(1)
je veux découvrir ce qui est certain, et sil y a quelque
chose de certain.
1)
le problème de Descartes : le fondement des connaissances
Descartes
sest proposé de sassurer de la validité
de toutes les connaissances quil a acquises. Il trouve en
effet que lécole transmet des connaissances, certes,
mais sur un mode dogmatique. Ainsi, il se propose dexaminer
à quel titre cette connaissance en est une. Il sagit
de trouver un fondement de la connaissance autre que celui de l'autorité
des professeurs (il soppose donc à toute autorité
).
cf.
fait qu'à l'époque, lautorité, cétait
les textes dAristote, de St Thomas : quand on voulait savoir
quelque chose, on consultait ce qu'ils avaient dit à son
propos; cest à ça que soppose Descartes
2)
Le statut du Je : qui parle?
a)
Si Descartes parle à la première personne, le
"je" qu'il emploie est pourtant un "je universel",
impersonnel, dans lequel tout le monde peut se reconnaître
:
-
sa position n'est pas celle d'un savant accompli, qui aurait déjà
découvert la doctrine philosophique qui va plus tard être
soutenue
-
au contraire, il feint de se trouver à un stade qu'il a depuis
longtemps dépassé : celui d'un homme sans éducation
philosophique, qui se laisse guider par ses opinions
Comme
il le dit dans Entretien avec Burman, AT V, 146 : il met
en scène un esprit "attaché aux sens, comme
nous le sommes tous avant de philosopher"
Bref
: il s'agit de se placer du point de vue d'un homme qui commence
à philosopher
b)
Pourquoi se place-t-il de ce point de vue?
b1)
Parce que même si les principes métaphysiques sont
plus clairs que les principes géométriques, si on
les avance trop brutalement, on risque de les voir rejetés
comme inappropriés ou invraisemblables. Ainsi Descartes met-il
en uvre, ici, ce qu'il appelle la méthode analytique
: méthode qui montre comment une chose a été
découverte, plutôt que de soutenir une thèse
sans raconter les étapes par lesquelles on y arrive (cf.
Réponses aux secondes objections) ; ce procédé
a le mérite de permettre au lecteur de refaire par lui-même
le propre cheminement de Descartes.
b2)
Et parce que son but est de conduire le novice, l'apprenti-philosophe,
de la dépendance des sens vers la conscience du rôle
essentiel que joue la raison dans l'acquisition des connaissances
3)
le rapport à Socrate :
-
Points communs :
a)
retour sur soi de lesprit voulant éprouver son propre
pouvoir de connaître : attitude réflexive propre à
la philosophie
b)
remise en question des connaissances de façon critique
-
Différence : Socrate interroge les autres pour prendre la
mesure de son propre savoir; cest au contraire dans la solitude
que Descartes préfère entreprendre la révision
générale de ses connaissances (cf. fait que le genre
est la méditation; insister sur la retraite, nécessaire
pour ce qui va suivre)
4)
la distinction théorie et pratique :
cf.
Discours de la méthode,
Partie III (la morale par provision) et Partie IV, §1.
| Exigence
métaphysique : théorie, connaissance, vérité
|
exigence
morale : pratique, murs, comportements, action |
| -
on a tout le temps de la chercher
-
on veut déterminer les raisons de croire
-
on médite sur soi-même |
-
pas le temps de rechercher la certitude
-
on accepte lincertain (du moins, on décide de
le tenir pour vrai)
-
on se plie à lattitude commune |
Dans
le domaine de l'action, on n'a pas le temps de s'arrêter sur
les raisons de croire, de douter. La vie est urgente!
(2)
A cette fin, je dois abandonner les croyances des choses qui ne
sont pas entièrement certaines et indubitables aussi prudemment
que celles qui sont entièrement fausses.
1)
Pourquoi partir de rien?
Afin
de n'admettre dans son système aucune proposition dont on
n'ait préalablement montré qu'elle y trouve sa place,
et de déterminer lesquelles, de ses anciennes opinions, valent
ou non d'être réintégrées.
C'est
le doute qui va permettre la discrimination entre elles; le doute
est donc son critère pour le rejet des croyances.
2)
Analogie avec le panier de pommes
Pour
bien nous expliquer pourquoi il recourt à une telle méthode,
Descartes emploie l'analogie "du panier de pommes" dans
ses Réponse aux septièmes objections : il compare
ici sa démarche avec celle d'une personne qui craindrait
que, parmi les pommes qu'elle porterait dans son panier,
certaines ne fussent pourries, et qui chercherait à les enlever
pour protéger les autres; cette personne pourrait raisonnablement
procéder en les examinant chacune tour à tour, ne
remettant dans le panier que celles qui résistent à
l'examen. De la même façon, il se propose de vider
son esprit de toutes ses opinions, puis d'examiner chacune d'elles
en s'efforçant d'identifier celles qui méritent d'être
rétablies
(1-révocation;
2-examen)
3)
cest un doute hyperbolique
C'est
un doute excessif, en ce quil rejette le douteux comme faux
(hyperbole : procédé qui consiste à exagérer
une expression pour produire une forte impression)
Dans
la vie courante, le doute est tout autre : c'est une incertitude
passagère que l'on dissipe en choisissant l'opinion la plus
probable, ou en questionnant les autres ou les livres pour la dissiper;
ici : c'est une expérience intellectuelle qui consiste à
accroître constamment le doute en exigeant une certitude absolue,
qui ne soit surtout pas fondée sur l'accord avec les autres
Mais
Descartes ne doute pas pour douter : ce doute se justifie dans la
fin quil vise : la découverte dune certitude
(le doute sans concession va permettre de trouver une vérité
indubitable); cest donc la méthode que se donne Descartes
pour la recherche de la vérité.
4)
Descartes avait-il besoin du doute, ie, des arguments sceptiques?
Pour
lui, le doute apparaissait comme la seule façon de se débarrasser
de ses vieux préjugés : la décision de
douter ne peut se maintenir sans les arguments sceptiques.
Exemple
: il n'est pas difficile de décider d'arrêter de fumer;
mais, en prendre la décision n'équivaut à arrêter
de fumer que si par la suite on adhère à cette décision.
De
même ici : au début, il est facile de décider
de révoquer ses opinions; mais, sa résolution ne sera
vraiment effective que quand il aura trouvé des raisons de
douter de ses croyances.
C'est
sa décision initiale qui commande donc le recours aux arguments
sceptiques, au doute
(3)
Pour cela, je nai pas besoin dexaminer toutes mes croyances
individuellement, mais seulement les principes de base sur lesquels
elles reposent.
Cette
procédure est économique : Decartes
va ainsi pouvoir rejeter tous les membres d'une classe donnée
de jugements, s'il trouve des raisons de douter d'un principe qui
leur est commun (sinon, le doute irait à l'infini)
La
méthode de Descartes est donc la suivante : chaque fois,
il considère un principe, le critique, en propose une version
nouvelle issue de sa critique, puis scrute le principe révisé
pour en discerner les faiblesses, etc.
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