|
Introduction : l'uvre et le projet
cartésiens
1)
Qui est Descartes?
|
Il
est né en 1596 à La Haye (en Touraine !) et
est mort en 1650 à Stockholm, où il contracte
une pneumonie due au fait qu'il se lève très
tôt pour donner des cours à la reine Christine
de Suède.
A
10 ans, il entre au collège de La Flèche,
une des plus célèbres écoles dEurope.
En raison de sa constitution fragile, il a droit à
un traitement de faveur : il est autorisé à
travailler tous les matins au lit.
Il
est séduit par les mathématiques, à
cause de la certitude et de lévidence de leurs
raisons, et rêve den étendre le champ
dapplication. En revanche, il est déçu
par lenseignement reçu dans les autres disciplines,
en particulier par la philosophie (scolastique). Aussi,
dès ses études terminées, il naura
de cesse de tout reprendre par le commencement et de ne
rechercher dautre science que celle quil pourrait
tirer de son propre fond ou puiser dans le grand "livre
du monde".
Il
inaugure ainsi la philosophie du sujet;
et devient le symbole du rationalisme :
il croit en la toute-puissance de la raison, consciente
de sa capacité de rendre lhomme maître
et possesseur de la nature.
Il
séjournera 20 ans en Hollande, et entretiendra une
correspondance suivie avec la communauté scientifique
et philosophique européenne. |
Règles pour la direction
de lesprit
Traité du monde
(non publié à cause de la condamnation de Galilée)
Discours de la méthode
(1637)
Dioptrique, Météores,
Géométrie (applications de cette méthode)
Tous ces traités sont écrits
en français, afin de sadresser, non aux doctes et
aux érudits, mais à tous les individus de bon sens
qui font usage de leur raison. La communauté scientifique
va dailleurs bouder cette uvre
Les méditations métaphysiques
(écrites en latin, vont susciter, elles, de vifs débats)
Principes de la philosophie
(1644) (il a alors le sentiment davoir achevé son
uvre, de livrer la vraie philosophie, ie, la métaphysique,
qui contient les principes de la connaissance, et dautre
part la physique qui expose les vrais principes des choses matérielles)
Les passions de lâme
(son dernier objectif : préparer la voie vers le dernier
degré de la sagesse : cest sa morale définitive)
Sa philosophie
poursuit trois objectifs fondamentaux :
1) acquérir la vraie méthode
pour parvenir à la connaissance de toutes les choses dont
l'esprit serait capable
2) rechercher les premiers permettant
la constitution dun système total du savoir
3) préparer la voie vers
la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant
une entière connaissance des autres sciences, est le dernier
degré de la sagesse
1)
L'ouvrage dans l'uvre
Descartes
veut trouver des propositions indubitables sur la base desquelles
il pourrait construire tout le reste du savoir. Pour cela, il se
sert du doute, qui est un moyen de tout repenser depuis le début.
Date
: 1641
2) Le traité de métaphysique
C'est
typique du 17e : la métaphysique est à
l'époque le modèle de la vraie connaissance, celle
qui atteint le fond des choses; plus spécifiquement, elle
est la connaissance qui cherche quelle est la nature du monde, de
l'âme, de Dieu : en ce sens, on parle de la connaissance des
choses immatérielles. Elle nécessite donc une certaine
abstraction à l'égard des sens.
| Cf.
Lettre de Descartes à Mersenne du 15 avril 1630
"On
peut démontrer les vérités métaphysiques
d'une façon qui est plus évidente que les
démonstrations de géométrie" |
Descartes va donc ici chercher à démontrer
ce qu'est l'âme, que Dieu existe, que l'âme est indépendante
du corps (ce sera la thèse du "dualisme"), que
l'âme est immortelle.
3)
La méditation
Selon M. Guéroult, célèbre
historien de la philosophie Français du 20e, la
méditation est une combinaison entre :
- le "genre géométrique"
- le "genre religieux"
En effet, il n'y a pas de chapitres mais un enchaînement
de raisons, à la manière des géomètres.
Ici, on se rappellera évidemment que dans toute l'uvre
de Descartes prédominent l'ordre, la méthode, et que
les mathématiques sont pour lui la méthode par excellence,
sur laquelle tout savoir doit se fonder.
Du genre religieux, parce que l'on a ici un "exercice
spirituel" ("meditare" = "s'exercer") proche
de l'ascèse du religieux.
La méditation religieuse met en scène
une personne à la recherche du salut qui, au commencement,
se trouve dans l'obscurité du péché, et qui,
à travers une conversion, est conduite à l'illumination
spirituelle. Cf. St Augustin, Les Confessions.
Leur but est d'instruire et d'initier les autres.
Jusqu'au 17e, on avait écrit
des méditations morales ainsi que religieuses, mais Descartes
est le premier à utiliser la méditation pour une uvre
exclusivement métaphysique.
Descartes veut guider le lecteur vers un salut
tout intellectuel, en lui faisant part de la manière dont
il a découvert la raison et dont il s'est, par là,
libéré de la ténébreuse dépendance
des sens, qui l'avait autrefois laissé dans l'incertitude
et l'erreur. L'ascèse est métaphysique : elle consiste
à s'exercer à détacher son esprit des sens,
à rompre avec les préjugés de toute sorte.
Par exemple, le doute radical de la première
méditation sera un exercice spirituel.
On a donc, comme chez St Augustin, le paradoxe
d'une autobiographie impersonnelle : Descartes fait bien une autobiographie,
mais l'histoire qu'il raconte est celle de ses efforts pour échapper
aux limites de ce qui est simplement personnel
|