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INTRODUCTION
: QU'EST-CE QU'UNE DISSERTATION PHILOSOPHIQUE ?
1)
Fonction
On
peut la définir par sa fonction : vous devez montrer que
:
- vous
êtes capable de raisonner
- d'utiliser
vos connaissances
Je
précise que tout élève de Terminale se doit
d'avoir lu le début des "Instructions concernant l'enseignement
philosophique" d'Anatole de Monzie (2 septembre 1925), afin
de comprendre ce qu'on attend de lui; voici un extrait de ces instructions
:
D'abord,
voyons ce qui caractérise selon A. de Monzie l'enseignement
philosophique Français :
"Un
des traits les plus importants qui caractérisent l'enseignement
secondaire français est l'établissement, au terme
des études, d'un enseignement philosophique élémentaire,
mais ample et distinct, auquel une année est spécialement
consacrée. Nous n'avons pas à justifier ici une institution
: elle n'est plus discutée aujourd'hui et n'a jamais été
battue en brèche que par les gouvernements hostiles à
toute conception libérale. Nous nous contenterons de rappeler
le double service qu'on peut en attendre.
D'une
part, il permet aux jeunes gens de mieux saisir, par cet effort
intellectuel d'un genre nouveau, la portée et la valeur des
études mêmes, scientifiques et littéraires,
qui les ont occupés jusque-là, et d'en opérer
en quelque sorte la synthèse.
D'autre
part, au moment où ils vont quitter le lycée pour
entrer dans la vie, et, d'abord, se préparer par des études
spéciales à des professions diverses, il est bon qu'ils
soient armés d'une méthode de réflexion, et
de quelques principes généraux de vie intellectuelle
et morale qui les soutiennent dans cette existence nouvelle, qui
fassent d'eux des hommes de métier capables de voir au-delà
du métier, des citoyens capables d'exercer le jugement éclairé
et indépendant que requiert une société démocratique."
Quel
doit être, par conséquent, l'esprit de la dissertation?
Voici ce qu'en dit le ministre, dans le même texte :
"Les
sujets en sont choisis de manière à permettre une
utilisation du cours sous son aspect nouveau, mais à en exclure
une reproduction littérale. Si, même au baccalauréat,
on tend de plus en plus à éviter la simple "question
de cours" trop favorable à la pure mémoire et à
poser de préférence un "problème" philosophique
nouveau qui exige l'intervention de la réflexion personnelle
et en donne la mesure, à plus forte raison doit-il en êtreainsi
dans la classe. Ici, plus évidemment encore, la dissertation
ne saurait se réduire à vérifier les connaissances
acquises : elle doit exercer les jeunes gens à élaborer
les idées, à les exposer avec ordre, à composer
et à rédiger."
2)
Qu'est-ce qu'un texte philosophique ?
Vous
devez écrire un texte à teneur philosophique ; mieux
vaut donc savoir ce qu'est un texte philosophique !
a)
Il se distingue aussi bien du texte littéraire et ou/ poétique
que scientifique.
Les
premiers s'adressent à l'imagination et à la sensibilité
; leur but est de créer une fiction ; le troisième
s'efface derrière les vérités qu'il expose.
Le philosophe se situe entre les deux : il s'adresse en effet d'abord
à l'intelligence : il récuse en ceci le prestige de
l'imaginaire, se méfie de l'attrait des mots ; mais, contrairement
au savant qui a pour but exclusif la connaissance, il donne à
penser plus qu'il ne prétend à nous apporter une vérité
établie , i.e., il suscite la réflexion, l'interrogation,
voire la critique, du lecteur .
b)
Il a trois caractéristiques :
- sa
volonté de vérité : le texte philosophique
s'adresse à l'intelligence au moyen de raisonnements, il
n'est ni poème ni prophétie, il ne revendique aucune
illumination, ni inspiration ; il est caractérisé
par la volonté de saisir le vrai par la pensée
- son
refus de l'anecdote, de l'inessentiel
- son
caractère systématique : idées logiquement
solidaires
I-
ANALYSER LE SUJET
Rudimentaire
: il faut toujours commencer par définir tous les termes
du sujet et par souligner les concepts centraux; c'est le seul moyen
pour éviter le hors sujet.
II-
DE LA QUESTION AU PROBLÈME
A partir
de là, il va falloir questionner la question, la transformer
en problème.
1)
Le problème(comparaison avec le problème de physique)
Vous
n'allez pas répondre à la question qui vous est posée
de façon immédiate, tout comme vous ne répondez
pas immédiatement si on vous demande de résoudre un
problème de physique ou de mathématiques.
Exemple
: supposons que l'on vous demande : " quelle est la vitesse à
l'arrivée au sol d'un corps qui tombe du premier étage
de la Tour Eiffel ? "
Pour
y répondre, vous devez connaître certains éléments
: la hauteur du premier étage, la nature de la chute, la
valeur de l'accélération de la pesanteur à
Paris.
Vous
disposez de plus de certaines formules mettant en relation l'espace
parcouru, le temps mis à le parcourir, la vitesse. Ici, il
s'agit non pas d'une question, mais d'un problème (de physique).
Le
problème requiert pour sa solution une technique appropriée,
et suppose la possession de tout un savoir préalable.
La
solution du problème passe par plusieurs étapes et
on considérera la réponse insuffisante, même
exacte, si les raisonnements qui vous permettent d'y aboutir ne
sont pas donnés.
Différence
avec la philosophie : le problème scientifique peut être
étudié de façon objective, en ce qu'il ne nous
concerne pas nous-mêmes, alors que la question philosophie
n'est jamais tout à fait détachée de celui
qui la pose, car elle concerne ce qui est essentiel pour l'homme
; de plus, le problème scientifique requiert une solution,
la question philosophie, une prise de position
NB
: le problème est avant tout une difficulté, en science
comme en philosophie ; mais ce qui caractérise plus précisément
le problème de philosophie, c'est que cette difficulté
prend la forme d'une alternative
2)
Pourquoi cette obligation de transformer la question en problème?
Cf.
fonction de la dissertation philosophique, la nature d'un texte
de philosophie. En effet, nous avons dit que la philosophie s'adresse
à l'intelligence, ou à la raison.
Or,
raisonner, c'est essentiellement mettre à distance ses préjugés,
les opinions communes ; pour ce faire, vous devez saisir ce qui
fait problème dans la question. Vous y répondez médiatement,
en parcourant un certain nombre d'étapes.
Ces
étapes consisteront (nous ne sommes pas en physique ou en
math) à critiquer ou discuter les solutions écartées.
I.e. : vous devez justifier votre pensée (argumenter).
NB
: Bien sûr, plusieurs questions peuvent être posées.
III-
L'UTILISATION DES EXEMPLES
Défaut
majeur de la plupart des copies : à partir d'une question,
juxtaposer un grand nombre d'exemples, sans dégager l'idée,
l'essentiel ; rien n'est plus anti-philosophique que cela !
1)
Un défaut majeur des copies : l'accumulation d'exemples,
le raisonnement à partir d'exemples
A
ne pas faire :
A
la question : " Qu'est-ce que l'expérience ? ", répondre
que, d'abord, il y a l'expérience quotidienne ; ensuite,
scientifique ; ensuite, morale ; ensuite, religieuse, etc.
Ou
encore, raconter une suite d'exemples empruntés à
des lieux communs : on parle de l'homme préhistorique ; de
l'enfant ; du primitif ; Hitler, Mussolini, Staline
2)
La fonction de l'exemple est seulement illustratrice (Socrate :
"qu'est-ce que le beau?")
Tout
ces exemples, en effet, n'éclairent pas beaucoup ! Il ne
faut pas que l'exemple se substitue à la pensée, il
doit seulement l'illustrer. I.e. : un exemple n'est pas une idée.
Vous devez cherchez ce qu'il y a d'essentiel, comme le faisait Socrate,
celui qui a inauguré la réflexion philosophique et
en a donc donné le critère majeur :
Platon,
Hippias majeur : " Qu'est-ce que le beau ? " :
Socrate
interroge ici le sophiste Hippias, qui fait profession d'enseigner
ce qu'est le beau. " Qu'est-ce que le beau, alors ? ", lui demande
Socrate. Hippias répond à côté de la
plaque, en énumérant les belles choses : belles femmes,
belles juments, bel enterrement. A quoi Socrate répond :
" belle marmite, aussi ! ". Hippias est victime de ce qu'il a ouï
dire, de ses expériences vagues, et il les raconte en guise
de réponse. Pour répondre correctement à la
question, il faut poser la question : " qu'est-ce que ? " , i.e.
: pourquoi puis-je appeler belles ces choses si différentes
?
On
veut des définitions, pas des images qui reflètent
votre caractère, vos peurs, les valeurs de votre société,
etc.
Cela,
parce que la philosophie :
-
cherche à interroger nos préjugés (tout ce
que nous prenons faussement, ou du moins sans savoir pourquoi, pour
des évidences, des faits)
-
s'adresse avant tout à l'intelligence
3)
L'induction, raisonnement logiquement non valide
Réfléchissons
tout simplement sur le raisonnement implicitement à l'uvre
ici : n'est-ce pas ce que nous nommons "l'induction"?
Le
raisonnement inductif s'oppose au raisonnement déductif.
a)
L'induction
Raisonnement
qui consiste à partir des cas particuliers et à généraliser
à partir d'eux.
Exemple
:
(1)
t1 est (y), t2 aussi, t3 aussi,
tx (y)
(2)
donc tous les t sont verts.
b)
La déduction
Raisonnement
qui part du général pour aller vers le particulier.
Et plus précisément, qui part de propositions tenues
pour vraies pour en tirer des inférences.
Exemple
:
(1)
tous les hommes sont mortels
(2)
or, Socrate est un homme
(3)
donc Socrate est mortel
NB
: ce serait un raisonnement non valide si on avait dit " nombreux
" au lieu de " tous les ".
En
général, on dit que la déduction est un raisonnement
seulement formel, i.e., qui n'a rien à voir avec le réel
; il est l'objet de la " logique ", science du raisonnement. Ce
que ne permet aucunement de savoir la déduction, c'est si
les prémisses sont vraies ou non. Tout ce qu'elle nous permet
de dire, c'est que si elles sont vraies, alors, la conclusion l'est
aussi (i.e., de déduire des énoncés à
partir d'autres énoncés).
Exemple
:
(1)
tous les chats ont cinq pattes
(2)
Gromatou est mon chat
(3)
Gromatou a cinq pattes
Est
un raisonnement valide, car si (1) et (2) sont vraies, alors, (3)
l'est aussi.
En
raisonnant à partir d'exemples, donc, de cas particuliers,
vous les considérez comme valables pour tous les autres cas
se présentant à l'avenir. Or, ce procédé
de raisonnement, qui est après tout employé dans la
vie quotidienne, n'est pas valide logiquement (ie : il ne tient
pas debout).
Exemple
: la dinde inductiviste de Russell (philosophe anglo-saxon du XXe)
:
Dès
le matin de son arrivée dans la ferme pour dindes, une dinde
s'aperçut qu'on la nourrissait à 9h00 du matin. Toutefois,
en bonne inductiviste, elle ne s'empressa pas d'en conclure quoi
que ce soit. Elle attendit donc d'avoir observé de nombreuses
fois qu'elle était nourrie à 9h00 du matin, et elle
recueillit ces observations dans des circonstances fort différentes,
les mercredis et jeudis, les jours chauds et les jours froids, les
jours de pluie et les jours sans pluie. Chaque jour, elle ajoutait
un nouvel énoncé d'observation à sa liste.
Elle
recourut donc à un raisonnement inductif pour conclure :
" je suis toujours nourrie à 9h00 du matin ". Or, cette conclusion
se révéla fausse quand, un jour de Noël, à
la même heure, on lui tordit le cou.
Leçon
de l'histoire : le raisonnement inductif se caractérise donc
par le fait que toutes les prémisses peuvent être vraies
et pourtant mener à une conclusion fausse. Si à tel
moment la dinde a constaté qu'elle a été nourrie,
il se peut toujours que le moment d'après, elle ne le soit
pas. L'induction est un raisonnement non fondé logiquement
.
IV-
L'UTILISATION DES RÉFÉRENCES PHILOSOPHIQUES
- Il
est pratiquement nécessaire de recourir à vos connaissances
philosophiques : sans culture philosophique, vous ne faites pas
de dissertation philosophique, mais vous bavardez ; souvent, vous
ne pouvez même pas trouver le problème (cf. exercice
1 : essayez de le faire !)
Moi
qui suis prof de philosophie, quand j'entends l'énoncé
suivant : " on n'apprend pas la philosophie ", je pense tout de
suite à la fin de la citation de Kant, qui est " on apprend
seulement à philosopher " ; alors, je pense à la question
classique des rapports entre la science et la philosophie ; je pense
aussi à la conception antique selon laquelle le philosophie
est la première des sciences, et je vois alors le " problème
". Inutile de préciser que pour le novice, c'est plus difficile.
- La
difficulté, c'est la manière dont vous allez invoquer
ce bagage philosophique. Une référence ne doit en
aucun cas être un exposé, sinon, on est dans le domaine
de l'énumération, de l'exemple.
Le
pire, ce serait donc de faire ce genre de plan : I- (pour) Platon
; II- (pour) Spinoza ; III- (pour) Rousseau en réponse à
la question : " On a défini la démocratie comme
un système tout autant moral que politique ". Qu'est-ce à
dire ? ".
-
Ce qu'il faut, c'est que les auteurs ou les doctrines, les références,
etc., soient conviées par votre questionnement ; posez donc
d'abord une question, pourquoi pas celle-là même que
s'est posée l'auteur, et répondez-y alors à
l'aide de cet auteur
- Autre
difficulté : plutôt que de résumer la doctrine
de l'auteur, ce qui restera toujours trop général
et vague, il vaut mieux vous référer à un texte
ou argument précis; pour ce faire, je vous conseille de faire
des fiches portant sur de petits textes (si possible étudiés
en classe) et d'y marquer, tout au long de l'année, tous
les " thèmes " qu'ils permettent de traiter.
Bref,
le maître-mot, ici, est le suivant : la référence
à l'histoire de la philosophie ne doit pas exclure la réflexion
personnelle -autrement dit, elle doit être philosophique,
et non historique, sinon, votre dissertation est de l'histoire des
doctrines
Exemple
(commenté) de ce qu'il ne faut pas faire :
Voici
le plan d'une élève. Son sujet : "Est-il nécessaire d'avoir une
religion ?"
I-
Oui, il est nécessaire d'avoir une religion
A-
Bergson (religion statique et dynamique)
B-
Hegel (Dieu=immannet à l'histoire)
C-
Pascal (foi supérieure à la raison)
D-
Kierkegaard (retour aux sources évangéliques)
II-
Non, il ne faut pas de religion
A-Feuerbach
B-Marx
(opium du peuple)
C-Nietzsche
("Dieu est mort")
D-Comte
(la loi des 3 états)
Commentaire
: attention, il ne faut jamais faire de catalogue de doctrines ou
d'auteurs ! C'est une dissertation, pas un exposé ! Ici, le sujet
sert de prétexte à la récitation de thèses d'auteurs, au lieu de
donner lieu à la recherche de résolution d'un problème réel.
Donc,
il faut partir d'un problème, de questions personnelles, de concepts,
pas des auteurs !(Pour l'utilisation des auteurs, cf. question
169 sur le forum). Les auteurs devront être conviés en réponse
à tes questions, parce que, par exemple, ils utilisent telle définition
de la religion. Je conseille de ne pas utiliser plus de deux auteurs
par partie, et, le cas échéant, de ne mettre "ensemble" que des
auteurs ayant suffisamment de points communs (par exemple, une même
définition de la religion, mais aussi, et surtout, un présupposé
similaire). Il faut faire varier les réponses, selon les définitions
de la religion, et du mot " nécessaire ". Tu devrais ainsi facilement
trouver trois parties. Cf. question
164 sur le forum, pour une idée de plan sur ce sujet.
Note
sur l'utilisation des concepts : elle me paraît encore plus
impérative que l'utilisation des références aux auteurs ou mouvements
de pensée. Vous devez non seulement utiliser des définitions précises,
en cherchant toutes les caractéristiques des notions en jeu dans
l'intitulé, mais encore, vous référer à ce à quoi elles s'opposent.
Exemple : le concept de passion renvoie à la fois à la dimension
sensible de l'homme, à ses sentiments, à son rapport au monde, et
à quelque chose qui le déséquilibre (cf. l'amour-fou). C'est le
sentiment ou bien le sentiment dans sa dimension excessive. A quoi
s'oppose-t-il ? A la pensée, dans ses deux dimensions; à la raison,
mais seulement dans sa seconde dimension...
V-
L'INTRODUCTION
1)
Enoncé de l'opinion commune
2)
Opposer un contre-exemple
3)
Enoncé du problème (alternative)
4)
Dire que pour y répondre, il va falloir (cf. Socrate !) se
demander ce qu'est (le terme essentiel du sujet)
Tout
l'art consiste à insérer une analyse des termes du
sujet
Exemple
: "l'histoire n'est-elle qu'un roman?"
1)
Opinion commune : L'histoire relève davantage de l'uvre
de fiction, d'imagination, que de la connaissance scientifique.
Il n'est nul moyen de vérifier expérimentalement la
reconstruction du passé à laquelle procède
l'historien dont on soupçonne que la subjectivité
joue un rôle déterminant dans le choix des faits et
leur explication.
2)
Cette opinion ne permet pas, cependant, de rendre compte de tous
les cas possibles; on peut donc lui opposer son caractère
partiel : Cette identification de l'histoire à une fiction
réduit l'histoire à une imagerie d'Epinal. Mais l'histoire
en tant que discipline scientifique ne se réduit pas au récit
plus ou moins romancé de la vie des grands hommes : cette
histoire événementielle n'est que la surface, l'écume"
(selon l'expression de l'historien Fernand Braudel) de vagues beaucoup
plus profondes (mouvements démographiques, économiques)
qui ne peuvent être connus qu'au terme d'une recherche et
par un ensemble de méthodes qui ne diffèrent pas dans
leur principe de celles qui valent dans les sciences de la nature.
3)
A partir de la juxtaposition de l'opinion commune et de l'objection,
vous convertissez la question en alternative (c'est le problème)
: L'histoire n'est-elle qu'un roman ou peut-elle prétendre
à l'objectivité d'une science de la nature?
VI-
LA CONCLUSION
1)
Bilan (qu'avez-vous fait ? Qu'est-ce que votre développement
a apporté pour résoudre le problème ?)
2)
Donnez une réponse claire
3)
Conseil : il faut éviter d'élargir car alors, à
quoi vous aurait-il servi de circonscrire tel problème ?
EXERCICES
1)
Des textes suivants, lesquels sont philosophiques? Pourquoi?
1-
"Ivan Illitch voyait qu'il mourait et qu'il était désespéré.
Dans le fond de son âme, il savait bien qu'il mourait, mais
non seulement il ne parvenait pas à s'habituer à cette
pensée, il ne la comprenait même pas, il était
incapable de la comprendre.Cet exemple de syllogisme qu'il avait
pris dans un manuel de logique de Kieseweter : "Caïus est un
homme, les hommes son mortels, donc, Caïus est mortel", ce
raisonnement lui paraissait exact s'il s'agissait de Caïus,
mais pas de sa propre personne. C'était Caïus, un homme
en général, et il devait mourir. Mais lui n'est pas
Caïus, il n'est pas un homme en général; il est
à part, tout à fait à part des autres êtres
: il était Vania avec sa maman et son papa, avec Mitia et
Volodia, avec sa bonne, (
) Caïus connaissait-il l'odeur
de cette balle en cuir bariolé qu'aimait tant Vania?
"
2-
"Que sont tous les objets sensibles, et surtout ceux qui nous
séduisent par l'attrait de la volupté, ou nous effraient
par l'image de la douleur; ceux enfin dont le faste nous arrache
des cris d'admiration? Que tout cela est frivole, digne de mépris!
C'est un dégoût, une corruption, c'est la mort. Voilà
ce que doit comprendre la raison. Songe à ce que sont ceux-là
même dont les opinions et les voix nous donnent la gloire.
Qu'est-ce
que la mort? Si on la considère en elle seule; si, par une
abstraction de la pensée, on la sépare des images
dont nous la revêtons, on verra que la mort n'est rien qu'une
opération de la nature; or, quiconque a peur d'une opération
de la nature est un enfant."
3-
"L'analyse du "on meurt" nous dévoile sans équivoque
la manière d'être, dans sa banalité quotidienne,
de l'être-pour-la-mort. Celle-ci est comprise, dans une semblable
façon de parler, comme quelque chose d'indéterminé
qui, pour vous-même en attendant, est une réalité
non encore donnée, dont par conséquent la menace n'est
pas à craindre. Le "on meurt" propage cette opinion que la
mort concerne pour ainsi dire le "on". L'explication de la réalité
humaine qui a cours dans les propos des gens, déclare : "on
meurt"; parce qu'en disant "on meurt", chacun des autres et soi-même
en même temps peut s'en faire accroire ; oui, on meurt, mais,
chaque fois, ce n'est justement pas moi le "on", ce n'est personne.
Le "fait de mourir" est ainsi ramené au niveau d'un événement
qui concerne bien la réalité humaine, mais ne touche
personne en propre. Si jamais l'équivoque a été
faite des parleries quotidiennes, c'est bien ainsi dans le parler
sur la mort. Cette mort qui, sans suppléance possible, est
essentiellement la mienne, la voici convertie en un événement
qui relève du domaine public ; c'est à "on" qu'elle
arrive
Par une telle ambiguïté, la réalité
humaine
se met en état de se perdre dans le "On".
Le "On" justifie et aggrave la tentation de se dissimuler à
soi-même l'être-pour-la-mort, cet être possédé
absolument en propre."
2)
Définissez les termes et soulignez les concepts centraux
des énoncés de dissertation suivants
Pourquoi
oppose-t-on les actes aux paroles ?
Une
expérience de la liberté est-elle possible ?
Peut-on
s'affranchir de la subjectivité?
La
beauté peut-elle être naturelle?
3)
Transformez les questions suivantes en problèmes
L'uvre
d'art et l'objet quelconque
L'uvre
d'art et l'objet technique
Les
mathématiques et le réel
Objet
réel, objet scientifique
Le
pardon
Produire
et créer
Loi
physique, morale, juridique
Les
rapports du langage et de la pensée
4)
Comment trouver le problème à partir de vos propres
opinions (ce qui a priori n'est pas philosophique) ?
Vous
pouvez tirer un grand parti du défaut majeur de l'élève
apprenti-philosophe, à savoir de la tentation de la réponse
immédiate (non fondée, non interrogée) : par
exemple, si aux questions suivantes :
1-
Etre libre, est-ce accepter la nécessité ?
2-
L'homme est-il prisonnier de son passé ?
Vous
répondez : non, oui, peut-être, oui et non, faites
ceci :
- si
votre réponse est " oui " ou " non " : demandez-vous pourquoi,
et efforcez-vous d'imaginer les arguments que pourrait donner un
interlocuteur qui aurait répondu différemment
Exemples
:
1-
Etre libre, est-ce accepter la nécessité?
Je
réponds " non " parce que je pense qu'être libre c'est
être indépendant, agir, ne pas accepter passivement
ce qui advient, pouvoir choisir. Je suis libre quand et parce que
j'agis comme je veux.
Mais
on pourrait répondre " oui " : l'homme est soumis aux lois
naturelles, vit dans une société, dépend des
autres. Plus il devient conscient de sa place réelle, plus
il découvre que ce qu'il prenait pour un libre choix est
déterminé par des éléments indépendants
de sa volonté. Il cesse peu à peu de vouloir, il finit
par accepter ce qui est. Il est libre dans la mesure où il
connaît.
Ici,
vous avez le problème : " la liberté est-elle affaire
de volonté ou de connaissance ? "
- si
votre réponse est mitigée, radicalisez votre réponse,
imaginez ce qu'il en serait de la question si la réponse
est oui ou non
2-
L'homme est-il prisonnier de son passé?
Plutôt
que de dire " parfois, il est prisonnier de son passé ",
" parfois, il réussit à s'en détacher ; radicalisez
comme suit :
a)
il est prisonnier de son passé car tout ce qu'il est et tout
ce qu'il fait est lié à ce qui a précédé,
ce qui a précédé est donc cause de ce qui suit.
Cela veut dire : l'homme est un objet soumis au déterminisme
universel. C'est ce qui justifie la thèse selon laquelle
on ne peut échapper à son passé, si vous pensez
ça, alors, inconsciemment, vous pensez l'autre thèse
aussi.
b)
Il peut se libérer du passé parce qu'en étant
libre, il peut à tout instant recommencer, choisir une
autre voie, et donc si on n'est pas.. c'est qu'on n'est pas responsable
5)
Comment éviter le style anecdotique ? A l'aide des exemples
suivants, complétez le tableau :
|
|
N'écrivez
pas, par exemple ;
|
Mais
écrivez plutôt, par exemple :
|
|
Qu'est-ce que le travail ?
|
"Zola
décrit la vie misérable des ouvriers au 19e
siècle."
|
"Le
travail à la chaîne est le sujet de nombreux
films.Germinal offre une description saisissante
des conditions de travail dans les mines au 19e"
"Chaplin,
dans Les Temps modernes, fait percevoir le caractère
inhumain du travail à la chaîne"
|
|
Faut-il vouloir la paix à tout prix ?
|
L'histoire
nous apprend que renoncer à se battre n'aboutit pas
toujours à sauver la paix.
|
Les
" accords de Munich en 1938 " sont un parfait exemple, l'histoire
ultérieure nous le montre, de ce à quoi peut
aboutir un pacifisme à tout prix
|
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Quel usage le poète fait-il du langage ?
|
Le
poète utilise les mots d'une façon personnelle.
|
"
Le ciel est par-dessus le toit si bleu, si calme " : comment
distinguer cet emploi du langage de la phrase banale : il
fait beau, le ciel est bleu ?
|
|
La mort est naturelle. Est-ce évident ?
|
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|
|
Le pardon.
|
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