|
Introduction
Ce
texte de Locke traite de la notion de personne, qu’il met
en rapport avec deux autres notions centrales : celles de conscience,
et d’identité personnelle. Quand on s’interroge
sur cette notion d’identité personnelle, on veut savoir
ce qui peut bien fonder la conscience qu’a un être humain
d’être, d’un bout à l’autre de sa
vie, la même personne (une et même), d’être,
pour reprendre les termes du texte, « le même que soi
», d’être un « soi-même ». Qu’est-ce
qui fonde l’identité personnelle et donc la personne
? A cette question, Locke répond : la conscience suffit à
elle seule à fonder l’identité personnelle et
donc la personne elle-même. Ce qui veut dire que la personne
ne suppose pas un « être » caché au-delà
des apparences, comme par exemple une âme, qui servirait à
unifier tout ce qui nous modifie au cours de notre existence (unité
subjective et non objective)
Il démontre sa thèse en partant dans un premier temps
d’une définition très générale
de la personne : est une personne un être pensant et donc
conscient, et qui se rapporte à lui-même comme étant
un seul et même être (lignes 1 à 3). Dans un
second temps, il en déduit que par conséquent pour
se considérer (pas « être » ! c’est
important !) comme la même personne en différents temps
et différents lieux on n’a besoin que de ça
: inutile de recourir à quoi que ce soit d’autre (cf.
« substance ») (lignes 3 à 12). Enfin, il pose
nettement, en conclusion, sa thèse concernant le fondement
de la notion de personne (et il la précise, cf., en plus
de conscience, mémoire).
I-
lignes 1 à 3 : réponse à la question : qu’est-ce
qu’une personne ? (définition très générale
; définition ontologique et non juridique)
a)
Comment la définit-il ? deux idées dans sa définition
: il la définit par la conscience et l’identité
personnelle
vous
pouvez ici vous contenter, dans un premier temps, de citer les deux
points qui selon Locke vont permettre de définir la notion
de personne.
- être conscient et raisonnable : (cf., et ne pas hésiter
à citer, « être pensant et intelligent, doué
de raison et de réflexion ») :
- « pouvoir se considérer soi-même comme soi-même,
une même chose pensante en différents temps et lieux
» (notion d’identité personnelle : se considérer
comme un être unique, et qui a une unité = notion subjective
de l’identité du soi = « ipséité
», rien à voir avec notion objective de l’identité
comme par exemple avoir un même patrimoine génétique,
l’identité sociale, ou même l’identité
d’un corps, etc. = tout ça c’est objectif au
sens où ça n’a rien à voir avec un rapport
que j’entretiens, de l’intérieur, avec moi-même
–mes pensées, mes sensations, etc.)
b)
Le sens commun du mot de « personne »
s’il
faut développer les définitions qu’on trouve
ici, et dire alors ce que ça veut dire que la personne est
(ou plus précisément est représentée
par) une conscience, et l’identité personnelle, dire
d'abord à quoi ça s'oppose (« avant de développer
cette définition, arrêtons-nous un instant sur définition
ou registre habituel de la notion de personne = juridique …
»), mais aussi en quoi justement ce qu’il dit permet
de mieux comprendre quel genre d’être il faut être,
pour être une personne :
Sens le plus courant du mot personne, registre habituel = domaine
juridique et moral : s’étonner du fait que la personne
n’est pas ici définie de façon morale et/ ou
juridique : normalement, quand on parle de personne, on entend par
là un individu, mais surtout un individu qui est porteur
de droits et de devoirs, et qui est considéré comme
auteur de ses actes, donc, comme responsable de ce qu’il fait
; Locke se demande donc ce qui peut permettre de fonder cette notion
morale et juridique de personne : pour être considéré
comme responsable de ses actes, que doit-on supposé être
? quel genre d’être ? (question métaphysique
ou plus précisément ontologique).
c)
une personne (juridique) est donc nécessairement un être
doué de raison, conscient de soi, et doté d’une
identité personnelle
Maintenant,
vous pouvez expliquer les deux caractères essentiels de la
personne selon Locke, en mettant en rapport ces caractères
avec la notion juridique de personne; vous pouvez passer à
ce point explicatif en posant la question suivante : « On
comprend maintenant pourquoi Locke va recourir au registre de la
conscience, et de l’identité personnelle, pour définir
la notion de personne. Ne faut-il pas être conscient de soi,
être capable de raison, et pouvoir se considérer comme
un seul et même être, pour être une personne ?
».
En effet, pour être responsable moralement et juridiquement,
- (première
idée) :
- il faut être capable de se rendre compte qu’on agit,
de rapporter ce qu’on fait à nous-mêmes ;
- pour cela (ici je développe ce qui est contenu implicitement
dans le vocabulaire mis en œuvre) il faut aussi être
capable de jugement, d’intelligence, bref, de « raison
» en un sens très large. On ne peut être tenu
pour responsable que d’une véritable action, c’est-à-dire,
de quelque chose qui est supposé naître d’une
décision réfléchie, non pas d’une pulsion
ou d’un instinct, c’est-à-dire, de quelque chose
qui arrive en vous plutôt que de quelque chose dont vous êtes
la véritable initiative –cf. ici notion de liberté-
Ce registre premier de la conscience ou de l’être pensant,
raisonnable, et intelligent, renvoie donc à la thèse
selon laquelle seul l’homme peut être considéré
comme une personne. Un animal n’ayant pas conscience de ses
actes et ne les assumant pas, ne peut être une personne ;
afin d’être une personne juridique, il faut donc aussi
qu’on soit un certain genre d’être et c’est
à cette question que répond Locke (c’est la
finalité de sa définition de la personne).
- (seconde
idée) : il découle de là qu’une personne
doit également pouvoir être identifiée comme
un seul et même être , donc, comme ayant une identité
personnelle. Qu’est-ce exactement que l’identité
personnelle ? D’abord, on trouve l’idée d’unité
et d’unicité. Mais il ne s’agit pas ici de savoir
si vous êtes un seul et même être en un sens objectif
et donc bien repérable (ce qui ne poserait aucun problème)
: cf. identité numérique (avoir un même corps
repérable dans l’espace) ; avoir une identité
sociale (un même nom, un n° de sécu, etc.) ; un
patrimoine génétique, etc. Quand on parle d’identité
personnelle, on se place sur le terrain de la subjectivité
(on développe ici ce qui a été signalé
plus haut). Ainsi, quand Locke dit que être une personne c’est
« se considérer soi-même… », il ne
dit pas que la personne serait un seul et même ETRE ! (Dans
ce cas par exemple, deux jumeaux ayant un patrimoine génétique
identique et exactement le même corps, seraient une seule
et même personne ; cela pose un véritable problème
moral car on peut imaginer par exemple qu’un de ces jumeaux
commette une action répréhensible en se faisant passer
pour l’autre…) Il s’agit ici d’un rapport
à soi : quand je me rapporte à moi-même, j’ai
besoin de me sentir intérieurement le même qu’hier.
C’est une identité (unité et unicité)
toute subjective, qui est vécue de l’intérieur
(même l’unicité, qui désigne le corps
: cf. fait que le corps vécu n’a rien à voir
avec le corps objectif : tant que toutes mes sensations ne peuvent
être unifiées je ne me sens pas un dans mon corps même
si objectivement, de l’extérieur, et du point de vue
des autres, il est bien un seul et même corps –cf. le
bébé). L’identité à soi suppose
la conscience qui permet d’unifier tout ce qui m’arrive
comme tout ce que je fais.
Transition
: Mais est-ce à dire que la conscience et donc la subjectivité
suffisent à définir la personne ? C’est ce que
va soutenir Locke dans le second temps du texte.
II-
lignes 3 à 12 : définition plus restrictive de la
notion de personne, qui s’appuie sur l’identité
conscience/ pensée : la personne provient UNIQUEMENT de la
conscience : ce n’est pas anodin ! d’ailleurs on voit
ici qu’il s’oppose à une autre conception de
la personne qui elle suppose, en plus de la conscience, le recours
à une autre notion : celle de substance (cf. Descartes)
C’est
avant tout cet aspect qui l’intéresse ici, et c’est
pour cette raison que quand il commence à développer
sa thèse sur ce que représente la notion de personne,
il s’arrête d’abord sur ce que c’est qu’être
conscient de ses actes et/ ou de ce qui nous arrive, bref, être
conscient de soi. Comme on va le voir, s’attacher au caractère
de l’identité personnelle, de la « mêmeté
», mènerait à soutenir une notion de la personne
à laquelle justement il veut ici s’opposer, celle des
rationalistes (cf. Descartes) qui la définissent comme une
substance pensante ; Locke étant empiriste et voulant justement
détruire le recours à toute idée de substance,
il s’attache donc exprès à un caractère
qui ne suppose pas d’y recourir : la notion de conscience.
Il insiste ainsi sur le fait que la conscience est inséparable
de la pensée, pour se permettre d’en déduire
sa thèse concernant la définition de la personne :
la personne se réduit à la conscience…
a)
sa conception est basée sur un postulat cartésien
insister
ici sur la notion de « réflexion » + «
conscience inséparable de pensée » = quel sens
du mot « conscience » est ici à l’oeuvre
? quel autre auteur on rencontre ici ? ; cf. Descartes et le cogito
: le « je pense donc je suis » et la certitude du sujet
pensant (et conscient de soi) sur lui-même : il est impossible
que l’homme ne sache pas qu’il pense, ou pense sans
penser
- cf.
conscience réflexive (conscience = perception par un homme
de ce qui se passe dans son propre esprit ; la pensée est
immédiatement présente à elle-même, intrinsèquement
réflexive ; la conscience est par définition identité
à soi = elle va donc pouvoir garantir identité personnelle)-
- certitude des actes conscients (cf. cogito)
b)
Locke coupe le cogito cartésien de sa conclusion (l’affirmation
de l’existence de la substance pensante, de l’âme),
afin d’affirmer sa thèse selon laquelle la personne
se réduit à la conscience
- le
cogito menait à dire, en effet, que j’existe comme
chose pensante, que j’ai une âme, moi qui pense et qui
suis certain d’exister par ce fait même : on ne peut
en effet concevoir qu’il existe des propriétés
sans sujet, donc, s’il existe des pensées il existe
un sujet qui pense, qui a ces pensées. Derrière le
cogito, on trouve donc chez Descartes une « substance pensante
», une « âme ». Mais qu’est-ce qu’une
substance ? cf. sub-stare = rester en dessous = ce qui reste au-delà
des changements, le permanent en nous, mais aussi, et surtout, le
support des changements : la substance est un « quelque chose
» qui retient le permanent, en quoi ou en qui réside
ce qui ne change pas : ainsi la substance pensante chez Descartes
est une chose pensante, une âme : il existe un être
réel en nous qui contient et garde la plupart des événements,
pensées, etc., qui nous arrivent au cours de notre vie :
ainsi, grâce à cette âme, on EST un seul et même
être, une seule et même personne
- pourquoi Locke se débarrasse-t-il de cette substance pensante
? parce que cette notion est trop obscure, trop « métaphysique
» au sens où elle n’est pas prouvable (tous les
philosophes empiristes déclarent comme dépourvues
de fondement une idée qu’on ne peut prouver par le
recours à l’expérience) ; où voyez-vous
donc, quand vous réfléchissez sur vous mêmes,
quand vous avez conscience de vous-mêmes, quelque chose comme
une âme ?
- donc, (conclusion non cartésienne !) : la reconnaissance
de soi suffit à définir la notion de personne ; l’esprit
n’est pas une chose pensante mais seulement un rapport qu’on
a avec soi-même ; conception non pas métaphysique mais
psychologique.
Transition
: La conscience suffit-elle cependant à faire l’identité
personnelle ? Suis-je alors responsable seulement de ce dont je
suis conscient dans l’instant présent ? -non, il faudra
finalement la mémoire.
III-
lignes 12 à 15 : conclusion, thèse de l’auteur
: pour être une personne, on n’a besoin de rien d’autre
que la conscience et la mémoire
Locke
voit bien ici les limites de sa thèse = il faut bien quand
même quelque chose pour remplacer l’idée qu’on
avait avec la substance, à savoir, une existence qui se maintient
au-delà de la sphère consciente ! Mais il va résoudre
le problème en restant sur le terrain même de la conscience
: la conscience ne se restreint pas au présent ! (cf. actions,
sensations et pensées passées). L’identité
personnelle s’étend jusqu’où va notre
mémoire. Mais la mémoire était finalement supposée
dans notion d’identité personnelle car on se rapporte
à nous comme un être « un et même »,
donc, on a besoin de la mémoire pour unifier les instants
épars de notre vie. C’est d’ailleurs à
proprement parler cette notion de mémoire, plutôt que
la notion de conscience, qui remplace la notion de substance ou
d’âme.
Conclusion
et « pointage » des problèmes
:
Résumé
de sa thèse : ce n’est donc pas la permanence d’une
chose qui pense, ou d’un être intelligent, qui fait
l’identité du soi, mais la réflexivité
de la conscience, qui accompagne toutes les pensées et par
laquelle nous ne pouvons percevoir sans apercevoir qu’on perçoit.
L’identité du soi est enveloppée dans l’acte
même par lequel nous sentons, pensons, voulons, en raison
de cette réflexivité. C’est parce que la conscience
accompagne toutes nos sensations et perceptions présentes
que chacun est à soi-même ce qu’il appelle «
soi-même » ; on peut alors se poser comme le même
être et penser son identité personnelle en termes de
mêmeté et d’un être pensant.
Problèmes :
- conscience qui ne s’arrête qu’à la pensée
et mémoire ; si j’oublie un pan de ma vie, alors je
ne suis plus la même personne ? (heureusement, alors, albums
photos, etc.) ; pas de recours au même corps : donc si on
me transpose dans un autre corps, je suis toujours le même…
Pose donc une série de problèmes insolubles, en refusant
de recourir à notion de substance/ âme/ ou tout simplement
d’extériorité… Trop certain du statut
à part de la conscience ! Cf. critique inconscient
- Ne se rend pas compte que notre passé est sans cesse reconstruit,…
- Evacue le rapport à autrui…
- Mais surtout, problème moral : si conscience fonde et constitue
la personne (sentiment que chacun a d’être sans interruption
la même personne), alors, peut-on imputer en toute justice
à un homme des fautes qu’il n’a pas eu conscience
de commettre ? (« mais c’est pas moi » !). Est-on
soi quand fait défaut la conscience de soi ? (certes, défaut
thèse cartésienne ou du recours à l’âme
c’est que c’est quelque chose de pas prouvable ou testable,
mais…)
Il serait ici injuste qu’un homme soit jugé pour des
fautes qu’il n’a pas conscience en toute bonne foi d’avoir
commises. (Si le même homme est affecté de deux personnalités
différentes, ou si une conscience vient à prendre
la place d’une autre sur le même support, ou même
si l’une et l’autre fonctionnent en alternance, bref,
si le soi devient un autre, les apparences restant inchangées
et ne pouvant signaler à qui que ce soit la modification
qui s’est produite à l’intérieur du même
corps humain, le problème qui se pose est celui de l’imputation
des actes de cet homme.
La justice humaine ne s’embarrasse pas des questions philosophiques
sur l’identité ; elle rend un homme responsable des
actes qui émanent de sa personne et il ne peut en être
autrement : l’homme qui a commis un forfait en état
d’ébriété est, du point de vue de la
loi humaine, le même que celui à qui s’applique
la sanction. On ne peut pas dire que le second paie à la
place du premier : c’est le même homme, ie, il est tenu
pour tel par ses juges.
Mais si « être soi » et « se reconnaître
comme soi » signifient exactement la même chose, la
question se pose et se posera toujours de savoir si je suis le même
quand je dors et rêve et suis éveillé et me
remémore mes rêves comme si c’étaient
ceux d’un autre. Cf. encore actions machinales ; ce que nous
regrettons d’avoir fait ou dit ; la maladie
|