Introduction
Nous
soulèverons dans ce cours deux questions :
(1)
Une question éthique : peut-on faire ce que l’on veut
du vivant ? Ie, des êtres vivants en général,
mais aussi, de mon corps, de mes organes ?
•
Cf. bio-éthique : réflexion critique sur les connaissances
scientifiques dans le domaine de la vie, et surtout, sur leurs applications
pratiques (précision : si la bio-éthique est une discipline
récente, aux confins de la philo, du droit, et de la théologie,
on a tout de même depuis toujours réfléchi de
manière critique sur ce que l’on pouvait faire ou ne
pas faire dans le domaine de la vie : cf. interdiction, qui a d’ailleurs
longtemps retardé les progrès scientifiques, de disséquer
des cadavres ; serment d’Hippocrate)
• Il semble que en ce domaine tout ne soit pas permis : on n’a
pas le droit de vendre son ou un corps, en totalité ou en partie,
etc. Questions du genre : peut-on breveter le vivant ?
•
Il est clair que le « peut-on » ne signifie pas la possibilité
; il s’agit justement de savoir si malgré la possibilité
ouverte par la science, on a le droit de…
•
Ici, il s’agit d’un problème plus large : celui
de la technique
(2)
Une question ontologique : qu’est-ce que le vivant ? Est-ce
un objet comme les autres, ou bien un être doté de qualités
spécifiques, qui en feraient par exemple un être digne
de respect ?
•
Définition du vivant :
o organisme, ensemble constitué par des éléments
ou organes remplissant des fonctions différentes et coordonnées
o définition plus « technique » : ensemble unifié
et relativement autonome, présentant des fonctions spécifiques
: la reproduction, l’action de se nourrir ; la résistance
à l’extérieur, en même temps que le besoin
d’être en relation continuelle avec lui
• Quoi d’exceptionnel dans cette définition ? :
pour être organisé, un être ne doit-il pas avoir
quelque chose comme une âme… ou être produit, peut-être,
par quelque chose comme une âme ?
• On se demandera ici si la finalité dont paraît
être doté cet être est réelle, ou seulement
une illusion toute humaine
La
réponse à (1) doit donc passer par une réponse
à (2), ce qui fera l’objet du cours. Après quoi
nous pourrons répondre à (1) dans notre conclusion.
On veut d’abord savoir de quel genre d’être on parle,
et ensuite on se demandera si c’est seulement parce que la technique
remet en question la condition humaine et sa terre d’accueil….
Si
l’on interroge aujourd’hui un étudiant en sciences,
il nous dira que l’être vivant n’est pas un être
exceptionnel. Cette réponse était déjà
celle de Descartes au 17e, et domine aujourd’hui les livres
scolaires. On appelle cette conception le mécanisme. Qu’est-ce
que le mécanisme ?
I-
Le mécanisme cartésien : le corps-machine
Lisons
le texte suivant de Descartes.
Descartes,
Les principes de la philosophie, IV, art. 203 :
(…)
toutes les choses qui sont artificielles, sont avec cela naturelles.
Car, par exemple, lorsqu’une montre marque les heures
par le moyen des roues dont elle est faite, cela ne lui est
pas moins naturel qu’il est à un arbre de produire
ses fruits. (…)
|
Définition
générale du mécanisme : ensemble de
pièces agencées pour produire ou transmettre un mouvement.
Caractéristique
essentielle du mécanisme cartésien : postule
que les êtres vivants sont comparables à des machines.
La structure des êtres vivants est comparable à celle
des poulies et autres leviers qui composent les machines : leur agencement
est descriptible de manière purement physique, sans qu’il
soit nécessaire de supposer un principe intelligible supérieur.
Un être vivant est de la matière en mouvement, point.
On ne met pas l’accent sur la distinction matière vivante
et inerte, qui ne suppose pas de saut fondamental.
NB
: c’est la définition du vivant communément acceptée
en biologie : le vivant ou les phénomènes vitaux s’expliquent
sans intervention de la finalité, par des causes efficientes
ou des propriétés physico-chimiques.
Conséquence
: les animaux n’ont pas d’âme ; un être vivant
n’ayant rien de spécifique, on ne voit pas en quoi on
pourrait bien alors parler de « droit à la vie ».
On peut faire ce qu’on veut d’un animal !
Précisons
qu’il y a une petite ambiguïté dans cette théorie
: Descartes veut-il dire que le corps vivant est réductible
à la matière et au mouvement, c’est-à-dire,
qu’il une machine ? Ou bien qu’on n’a besoin de
rien d’autre pour le connaître ?