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Introduction
Nous avons soupçonné, à
la fin de cours-histoire,
que lhistoire nest pas une science, car elle ne nous
dit pas comment est le passé en soi, mais elle le reconstruit.
Elle est, a-t-on dit, subjective, et non objective. Nous avons donc
présupposé que la science, elle, se caractérise
par une objectivité totale, et que les faits quelle
décrit nous disent comment est réellement le monde
en dehors de nous. Elle est le modèle supposé de la
connaissance " vraie " du monde.
NB : Cest ce que croit le
sens commun, cf. les pub qui se servent du cachet " cest
scientifique ", pour nous faire acheter le produit. " Cest
scientifique " est synonyme de " cest prouvé ",
" cest vrai ", " on ne peut pas le réfuter ",
etc.
Sous sa forme raffinée, cette
opinion commune prend le nom de scientisme : théorie
selon laquelle la science nous donne une vérité absolue
et indiscutable ; et qui a pour conséquence le rejet
de toutes les autres formes culturelles (lart, la religion,
la philosophie), ainsi que les autres mentalités, hors du
domaine de la connaissance.
Origine : Auguste
Comte.
Or, les faits scientifiques sont-ils
vraiment, contrairement aux faits historiques, non construits par
lhomme ? Sont-ils entièrement objectifs et " vrais " ?
Nous allons y répondre en réfléchissant sur
les questions suivantes : Comment faisons-nous lacquisition
des théories scientifiques ? Les déduisons-nous
directement de lexpérience, ou bien la précèdent-elles ?
I.e., sont-elles la copie conforme du réel, ou bien une reconstruction
de ce réel ?
Mais quest-ce quune théorie
scientifique ?
Prenons par exemple la théorie
astronomique suivante : " les planètes tournent
selon des ellipses autour de leur soleil ".
Une théorie scientifique :
1) se présente donc sous la
forme dun énoncé universel ; elle
porte sur la totalité des événements dun
type particulier, en tous lieux et en tout temps : ainsi, toutes
les planètes, quelles quelles soient, tournent toujours
autour de leur soleil suivant une orbite elliptique ;
2) explique le comportement des choses (connaissance
du monde, description du réel)
3) prédit ce qui va arriver
(on ne connaît pas seulement pour connaître mais aussi
pour agir ; la théorie scientifique nest donc
pas une connaissance désinteressée contrairement à
la philosophie et au sens le plus ancien de théorie).
I- La conception
naïve de la théorie scientifique : les theories
sont issues de lexperience
A-
Linductivisme naïf.
1)
Lobservation sans préjugés (ou subjectivité
versus objectivité).
Lopinion (cest bien une
opinion car on ne sait pas encore si elle est fondée) la
plus répandue concernant lélaboration des théories
scientifiques est celle selon laquelle on doit partir de lobservation
sans préjugé. Le scientifique idéal doit rendre
compte fidèlement de ce quil voit, entend, etc., en
accord avec les situations quil observe, et doit être
dénué de tout préjugé. Il doit se laisser
conduire par lexpérience, par les faits. Cest
le seul moyen pour ne pas projeter ses croyances, préjugés,
intérêts, dans le réel.
| A. B. Wolfe, " Functional Economics ",
in The Trend of Economics, R.G. Tugwell éd.,
Alfred Knopf, New York, 1924 : le scientifique idéal
est un observateur sans préjugés (in Chalmers,
op. cit., pp.34-35).
" Essayons dimaginer un esprit doué
dune puissance et dune étendue surhumaines,
mais dont la logique soit semblable à la nôtre.
Sil recourait à la méthode scientifique,
sa démarche serait la suivante : en premier lieu,
tous les faits seraient observés et enregistrés,
sans sélection, ni évaluation a priori de leur
importance relative. En second lieu, les faits observés
et enregistrés seraient analysés, comparés
et classés, sans hypothèses ni postulats autres
que ceux quimplique nécessairement la logique
de la pensée. En troisième lieu, de cette analyse
des faits, seraient tirés par induction des énoncés
généraux affirmant des relations de classification
ou de causalité entre ces faits. Quatrièmement,
les recherches ultérieures seraient déductives
tout autant quinductives, et utiliseraient les inférences
tirées dénoncés généraux
antérieurement établis. "
Autre
texte : Claude
Bernard, Introduction à létude de la
médecine expérimentale, Ed Delagrave, :
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Si cette opinion est fondée,
elle a pour conséquence linductivisme = manière
empiriste de rendre compte de lélaboration/origine
des théories scientifiques. Le premier à lavoir
soutenue : F.Bacon. Les énoncés universels sont
issus de lobservation dune multitude de cas particuliers.
Cest donc lexpérience qui précède
la théorie, et en est lorigine et la base.
Pour savoir si lopinion selon
laquelle la science se caractérise par une observation sans
préjugés est fondée, nous allons analyser la
nature et la valeur du raisonnement inductif.
2)
Induction et déduction.
Le raisonnement inductif soppose
au raisonnement déductif.
a) Linduction
Raisonnement qui consiste
à partir des cas particuliers et à généraliser
à partir deux.
Exemple :
(1) t1 est (y), t2 aussi,
t3 aussi,
tx (y)
(2) donc tous les t sont verts.
b) La déduction
Raisonnement qui part du général
pour aller vers le particulier.Et plus précisément,
qui part de propositions tenues pour vraies pour en tirer des inférences.
Exemple :
(1) tous les hommes sont mortels
(2) or, Socrate est un homme
(3) donc Socrate est mortel
NB : ce serait un raisonnement
non valide si on avait dit " nombreux " au lieu de " tous
les ".
En général, on dit que
la déduction est un raisonnement seulement formel,
i.e., qui na rien à voir avec le réel ;
il est lobjet de la " logique ", science du raisonnement.
Ce que ne permet aucunement de savoir la déduction, cest
si les prémisses sont vraies ou non. Tout ce quelle
nous permet de dire, cest que si elles sont vraies, alors,
la conclusion lest aussi (i.e., de déduire des énoncés
à partir dautres énoncés).
Exemple :
(1) tous les chats ont cinq pattes
(2) Gromatou est mon chat
(3) Gromatou a cinq pattes
Est un raisonnement valide, car si
(1) et (2) sont vraies, alors, (3) lest aussi.
3)
Linductivisme scientifique.
Voyons maintenant en quoi consiste
linductivisme scientifique (inductivisme un peu plus sophistiqué
que celui du sens commun), qui est, nous lavons dit, le modèle
le plus couramment présenté pour expliquer la découverte
et lélaboration des théories scientifiques.
| (in
Chalmers, Qu'est-ce que la science ?,Ed la découverte,
Paris,1987p.28)
|
a) Première
phase : de lobservation à la théorie
1-Point de départ : collection,
par lobservation, de tous les faits
2-ensuite, généralisation
des faits observés, obtenue par induction
Exemple : On chauffe à
de multiples reprises du métal, et on constate quà
chaque fois, il se dilate ; on en conclut que le métal
chauffé se dilate.
Le passage des prémisses à
la conclusion est rendu légitime par trois conditions :
1- le nombre de constatations formant
la base de la généralisation doit être
élevé (les faits doivent être collectés
en grand nombre)
En effet, on ne saurait légitimement
conclure à la dilatation de tous les métaux chauffés
sur la base dune seule observation dune barre de métal
qui se dilate ; de même, on ne va pas conclure que tous
les Australiens sont alcooliques si on observe un individu de cette
nationalité soumis à cette dépendance. Il ne
faut donc jamais se hâter pour formuler des conclusions !
2- les observations doivent être
répétées dans une grande variété
de conditions
Il ne suffit pas dobserver à
de nombreuses reprises une barre de métal unique, ou de garder
sous observation à longueur de temps un australien se saoulant
toutes les nuits ou tous les matins. Il faut, pour que la généralisation
soit légitime, que les conditions de lobservation soient
différentes. Il faut chauffer des métaux différents,
des barres de fer longues ou courtes, etc., à haute et basse
pression, haute et basse température. La généralisation
ne sera légitime que si le métal se dilate dans toutes
ces conditions
3- aucun énoncé dobservation
ne doit entrer en conflit avec la loi universelle qui en
est tirée
Selon linductiviste, la science
se base donc sur le principe dinduction, qui est le suivant :
" si un grand nombre de A ont été observés
dans des circonstances très variées, et si on observe
que tous les A sans exception possèdent la propriété
B, alors tous les A possèdent la propriété
B " .
b) Dernière
phase : la déduction.
Une fois en possession de lois et de
théories universelles, un scientifique devra en tirer diverses
conséquences qui seront des explications et des prédictions.
Par là, on revient à lexpérience initiale,
mais à travers la théorie, et par une déduction.
Chaque prédiction remplie de succès est une confirmation
expérimentale de la théorie.
Exemple :
(1) de leau à peu près
pure gèle à environ 0°C (si on lui en laisse le temps)
(2) le radiateur de ma voiture contient
de leau à peu près pure
(3) si la température tombe
en dessous de 0°C, leau du radiateur de ma voiture va geler
(si on lui en laisse le temps)
Une théorie scientifique est
donc, dans cette conception, toujours en relation directe avec lexpérience,
qui a le premier et le dernier mot.
B-
Les faiblesses de linduction
1)
difficulté purement logique : dans une inférence
inductive, la vérité des prémisses ne garantit
pas la vérité de la conclusion
Exemple : la dinde inductiviste
de Russell
Dès le matin de son arrivée
dans la ferme pour dindes, une dinde saperçut quon
la nourrissait à 9h00 du matin. Toutefois, en bonne inductiviste,
elle ne sempressa pas den conclure quoi que ce
soit. Elle attendit donc davoir observé de nombreuses
fois quelle était nourrie à 9h00 du matin,
et elle recueillit ces observations dans des circonstances fort
différentes, les mercredis et jeudis, les jours chauds
et les jours froids, les jours de pluie et les jours sans pluie.
Chaque jour, elle ajoutait un nouvel énoncé dobservation
à sa liste.
Elle recourut donc à un raisonnement
inductif pour conclure : " je suis toujours nourrie
à 9h00 du matin ". Or, cette conclusion se révéla
fausse quand, un jour de noël, à la même heure,
on lui tordit le cou.
Leçon de lhistoire :
le raisonnement inductif se caractérise donc par le fait
que toutes les prémisses peuvent être vraies et pourtant
mener à une conclusion fausse. Si à tel moment la
dinde a constaté quelle a été nourrie,
il se peut toujours que le moment daprès, elle ne le
soit pas. Linduction est un raisonnement non fondé
logiquement.
Problème : si la science
est fondée sur une démarche inductive, alors, elle
nest pas fondée !
2)Deuxième
difficulté : le choix (et la sélection) des données.
De plus, la clause des " circonstances
fort variées ", à laquelle tiennent tant les
inductivistes, est elle-même criticable . En effet, ce
que les inductivistes ignorent, ou ne rendent en tout cas nullement
compte, cest que sil y a des données à
recueillir, et ce, dans des circonstances fort variées, toutes
les données nont pas dintérêt, de
même que toutes les circonstances.
| On ne peut observer sans " préjugés ",
et le scientifique qui essaierait de le faire, naboutirait
à aucun résultat : Chalmers, op. cit.,
pp.66-67 un exemple dexpérimentation
en laboratoire (Hertz).
" imaginons Heinrich Hertz, en 1888, effectuant
lexpérience électrique qui lui permit
d être le premier à produire et à
détecter des ondes radio. Sil avait été
parfaitement innocent en effectuant ces observations,
il aurait été obligé de noter non seulement
les lectures sur différents mètres, la présence
ou labsence détincelles à différents
lieux critiques dans les circuits, etc., mais aussi la couleur
des mètres, les dimensions du laboratoire, le temps
quil faisait, la pointure de ses chaussures, et un
fatras de détails sans aucun rapport avec le type
de théorie qui lintéressait et quil
était en train de tester. (Dans ce cas particulier,
Hertz testait la théorie électro-magnétique
de Maxwell pour voir sil pouvait produire les ondes
radio quelle prédisait). " |
Linductiviste dira alors quil
faut recueillir seulement les faits significatifs. Mais ce
dont alors il ne rend justement pas compte, cest quun
fait ne sera significatif quen fonction dune théorie
ou dune question que je pose.
Cf. Hempel : " en bonne
logique, on ne peut qualifier de significatifs des faits ou des
découvertes empiriques que par rapport à une hypothèse
donnée ". Il est impossible de recueillir tous les
faits significatifs, si on ne connaît pas les hypothèses
par rapport auxquelles ces données prendront signification.
| Cf. suite de lextrait de Chalmers
: " lun des facteurs que jai écarté
comme nettement " hors sujets " était en
fait au cur même du sujet. La théorie
testée avait pour conséquence que la vitesse
des ondes radio doit être identique à celle
de la lumière. Or, quand Hertz mesura la vitesse
de ses ondes radio, il trouva à plusieurs reprises
quelle différait de celle de la lumière.
Il ne parvint jamais à résoudre cette énigme,
dont la cause ne fut comprise quaprès sa mort.
Les ondes radio émises par son appareil se réfléchissaient
sur les murs de son laboratoire, revenaient vers son appareil
et interféraient avec ses mesures. Les dimensions
du laboratoire étaient bel et bien un facteur essentiel ".
|
3)
Pas dobservation sans théorie
On peut donc répondre aux inductivistes
quils ont une conception très naïve des rapports
entre théorie et expérience. Lidée dune
expérience indépendante de toute théorie, qui
serait un simple enregistrement neutre, na pas de sens. Toute
observation ou expérience présuppose des connaissances
qui déterminent ce que nous observons.
Exemples :
Supposons lénoncé
suivant :
(1) " regardez, cest terrible,
le vent pousse le landau du bébé vers la falaise ! ".
Cet énoncé, qui paraît être une pure observation,
suppose des théories, et des connaissances : on sait
que le bébé sera écrasé sil tombe
de la falaise, et que cest le vent qui pousse le landau.
Supposons maintenant lénoncé
suivant :
(2) " le faisceau délectrons
est attiré vers le pôle magnétique de laimant ".
Cet énoncé est du même ordre que le premier,
mais suppose la maîtrise de théories plus complexes :
il faut savoir ce que sont les propriétés de laimant,
ce que signifient " électron ", " aimant ",
etc.
(3) Prenons encore un exemple scientifique
: le fait de regarder à travers un téléscope :
le non expert ne verra quun amas informe de tâches noires
et brillantes, lexpert verra autre chose (il " lira ",
grâce à son travail, limage).
(4) Galilée,
quand il a fait rouler des boules sur un plan incliné, n'a
pas découvert la loi du mouvement : il fallait qu'il ait
déjà eu l'idée de sa théorie, avant
de faire cette expérience.
NB : l'expérience a ici le rôle
de test de la théorie, pas de découverte.
Dans lexpérimentation, qui est toujours l'expérience
au sens de test d'une théorie, il y a donc toujours lempreinte
dune théorie. Exemple : lexpérimentation
en chimie est la matérialisation dune hypothèse.
Lexpérience scientifique nest possible quavec
un savoir théorique. On ne passe pas de lexpérience
à la théorie scientifique puisquil faut déjà
avoir la théorie pour faire lexpérience scientifique.
Commentaire de tous ces exemples
: ce que voient les observateurs, les expériences
subjectives quils vivent en voyant un objet ou une scène,
nest pas déterminé seulement par les images
qui se forment sur leur rétine, mais aussi par lexpérience,
le savoir, les attentes et létat général
de lobservateur. Sinon, ils verraient tous exactement la même
chose. Quand on observe quelque chose, cest avec nos propres
expériences que lon a un contact immédiat, pas
avec limage qui se forme sur notre rétine. Attention :
cela ne signifie pas que nous voyons ce qui nous plaît, mais
que ce que nous voyons nest pas déterminé
par ce qui est observé. Il en est exactement de même
en science : le scientifique qui fait une expérimentation
a un rapport immédiat avec des théories, pas avec
le monde tel quil est en soi.
Enjeu : on peut donc se demander
si la différence entre expérience et théorie
a beaucoup de sens : toute expérience est immédiatement
théorique (qu'elle soit commune ou scientifique).
Conclusion :
le modèle inductiviste en science est dit " naïf "
car il ne semble pas pouvoir rendre compte de lélaboration
des théories scientifiques, ni en général de
la façon dont lesprit humain acquiert ses connaissances,
ses représentations du monde. Il est en effet doublement
erroné : à la fois logiquement, et au sens où
aucune connaissance, aucune théorie ne peut être issue
de lobservation. Il semblerait que ce soit plutôt la
théorie qui précède lexpérience.
Dès lors, ne faut-il pas recourir
à un autre modèle ? Nous avons dit que le contraire
de linduction, cest la déduction : peut-être
que la découverte des théories se fait alors de manière
plutôt déductiviste ?
II- Les
théories ne precedent-elles pas lexpérience ?
1)
Critique de linductivisme naïf : Hempel, Eléments
dEpistémologie.
| Travail élèves :
comment Semmelweis élabore-t-il sa théorie ?
En quoi cette découverte ne peut-elle être expliquée
par le modèle inductiviste naïf ? |
Voici comment a lieu la recherche scientifique :
a) Le problème.
Le problème qui sest posé
au médecin Semmelweis est le suivant : un pourcentage
élevé de femmes qui accouchaient dans son service
contractaient une affection grave et souvent fatale, la " fièvre
puerpérale ". Dans le service dà côté,
pas de problème.
b) La recherche
dhypothèses
Pour chercher la ou les causes de cette
fièvre mortelle, Semmelweis ne collectionne pas des observations,
mais des hypothèses. En effet, il commence par examiner les
différentes explications qui avaient cours à lépoque (=solutions
ou explications possibles) :
-les influences épidémiques
(cela impliquerait que lépidémie est sélective)
-lentassement (or, pas de différence
entre les deux services)
-les blessures causées par la
maladresse des étudiants
-explication psychologique (le prêtre)
Finalement, un accident lui fit découvrir
la cause de ce phénomène : empoisonnement du
sang dû à la matière cadavérique. Les
étudiants ne se lavaient pas les mains avant laccouchement,
alors quils avaient manipulé des cadavres.
c) Mise
à lépreuve de son idée/hypothèse
Son hypothèse est confirmée
en mettant à lépreuve sa conséquence
logique. La question que se pose un scientifique, une fois élaborée
lhypothèse qui pourrait résoudre le problème
(conjecture) est celle de savoir sil y a des effets directement
observables qui se produiraient si lhypothèse était
vraie. Si la conjecture est bonne, alors, certains événements
doivent se produire et doivent être observables.
(1) si H est vraie, I lest également
(2) mais I nest pas vraie
(3) donc H nest pas vraie
Exemple :
(1) si ce sont des étudiants
en médecine qui provoquent la septicémie, alors, la
diminution du nombre détudiants doit provoquer la baisse
de la septicémie ;
(2) or, ce nest pas ce qui se
produit,
(3) donc, lhypothèse est
fausse.
NB : plus tard, il découvrit
que son hypothèse était elle aussi fausse ; la
matière en décomposition dorganismes vivants
pouvait elle aussi, en effet, causer cette fièvre. Cela signifie
que même si plusieurs implications dune hypothèse
ont été confirmées par un test minutieux, lhypothèse
peut être fausse.
d) Le modèle
hypothético-déductif comparaison avec le modèle
inductiviste
| Modèle inductiviste :
1-expérience
2-généralisation
3-théorie |
Modèle hypothético-déductif :
1- rencontre dun problème
2- formulation dhypothèses / théories
3- recours à lexpérience (test de lhypothèse)
4- réfutation ou corroboration de lexpérience
|
Contrairement au modèle
inductiviste, cest la théorie qui précède
lexpérience. Les hypothèses et théories
scientifiques ne sont nullement dérivées des faits
observés, mais inventées pour en rendre raison.
(NB : nous sommes ici à
lopposé de Descartes et de tous les rationalistes du
17e, pour lesquels, selon " limagination
est la folle du logis ", et à lopposé de
la connaissance : ici, limagination est créatrice
dhypothèses permettant de décrire le réel).
Lexpérience (théorisée !)
ne sert que de procédé de validation de la théorie.
Si on a un contre-exemple, alors, l'hypothèse est réfutée.
NB : Bien sûr, on part du
réel mais du réel comme problème (on
en revient donc toujours au même point : à savoir,
que la théorie précède et détermine
lexpérience, car quelque chose ne peut être problématique
quà la lumière dune théorie).
Il faut avoir une idée préalable
de ce quon recherche. Lobservation nest pas neutre,
mais elle doit être dirigée par une hypothèse
préalable. Lhypothèse précède
donc toujours lobservation. Dès lors, il est faux de
dire que la science consiste à collecter des faits afin den
tirer une généralité.
NB : de nouveau, note sur l'imagination
: les hypothèses ne sont pas inventées de toute pièce
par l'imagination, mais elles sont formulées de telle façon
quon puisse faire une expérience pour la réfuter.
On peut donc substituer le modèle
hypothético-déductif au modèle inductiviste
naïf.
2)
Popper et le falsificationnisme (lexpérience est
réfutatrice, mais pas vérificatrice)
Mais les expériences peuvent-elles
vraiment nous dire si notre théorie est vraie (la " prouver ")?
Cela semble contestable, puisquon a vu avec Hempel qu'une
expérience peut très bien confirmer l'hypothèse,
alors que cette hypothèse est fausse.
a) Falsifiable
signifie d'abord réfutable et s'oppose à vérifiable.
Thèse de Popper : ce qui
fait la spécificité des théories scientifiques,
cest quelles sont falsifiables ou réfutables,
non pas vérifiables.
|
Le raisonnement type de la démarche scientifique
est le modus tollens.
si H alors E et que non E alors non H modus tollens
valide
si H alors E et que E alors H modus ponens non valide
Si on n'a pas le droit, logiquement, de tirer des théories
de lobservation, on peut en déduire quelles
sont fausses. En effet, le premier raisonnement est valide
: cela signifie bien qu'on peut réfuter une
théorie en montrant que ce quelle dit devoir
se produire ne se produit pas, mais on ne peut pas vérifier
une théorie, puisque ce nest pas parce quil
se produit ce quelle dit devoir se produire que lhypothèse
est la bonne. |
b) Exemples
d'énoncés falsifiables et non falsifiables; la falsifiabilité
comme clarté
Exemples :
(1) il ne pleut jamais le mercredi
(2) soit il pleut, soit
il ne pleut pas le mercredi
(1) est falsifiable parce quil
suffit quil pleuvre un mercredi pour quil soit falsifié
(2) non falsifiable, car vrai, quel
que soit le temps quil fait
Un énoncé infalsifiable
est un énoncé qui ne peut jamais entrer en conflit
avec une observation ; conséquence : ne nous apprend
rien sur le monde. Une loi scientifique doit donc être du
genre (1).
Exemple :
(3) " toutes les planètes
décrivent des ellipses autour du soleil " :
cet énoncé est falsifiable,
car il exclut les orbites carrées ou ovales
Une théorie nest scientifique
que si elle est falsifiable : i.e., on doit connaître
quel est lévénement qui, sil se produisait,
nous mènerait à renoncer à lhypothèse,
ou à moins, à la transformer. Lexigence essentielle
de la démarche scientifique nest donc pas la vérité,
mais la clarté dans la formulation des hypothèses,
puisque cette clarté est une condition nécessaire
pour déterminer quels sont les événements observables
qui permettent de la falsifier.
c) La falsifiabilité
comme critère de démarcation entre la science et les
pseudo-sciences.
La falsifiabilité va jouer, pour
Popper, le rôle de démarcation entre les théories
scientifiques et non-scientifiques. Cf. psychanalyse, astrologie,
etc. : ce sont des pesudo-sciences car on ne peut pas les réfuter
(cf.cours
inconscient).
Plus une théorie est falsifiable,
meilleure elle est.
Exemple :
(4) " Mars se déplaça
autour du soleil selon une ellipse "
(3) " Toutes les planètes
se déplacent autour du soleil selon une ellipse "
(3) est plus falsifiable que (4), puisquelle
la contient ; de plus, si (4) nest pas falsifiable, cela
nimplique pas que (3) ne lest pas.
d) La science
n'est pas vraie mais au mieux vraie provisoirement.
Donc, dans la démarche scientifique,
on ne " prouve " pas les théories. Dans le meilleur
des cas, on les réfute. Ainsi, le progrès scientifique
consiste à sapercevoir des erreurs et non à
accumuler des certitudes. Une théorie non falsifiée
nest pas " vraie ", ou, si elle est vraie, elle
ne lest que provisoirement. Une théorie qui
passe victorieusement les tests expérimentaux est dite confirmée
ou bien corroborée. Les théories scientifiques
sont des hypothèses, ie, des essais ou tentatives d'explication
du monde.
e) Modèle
d'explication falsificationniste.
Conclusion II : on a
donc vu qu'il est plus fondé logiquement de dire que les
théories scientifiques précèdent l'expérience,
plutôt que de dire qu'elles en sont issues. Nous avons détruit,
en effet, le présupposé de l'inductivisme naïf,
qui est celui de l'existence d'une expérience ou d'une observation
"neutre", sans préjugés, sans aucun a priori. Au bout
du compte, on a remis en question la distinction même entre
théorie et expérience : en effet, il n'y a pas d'expérience
sans théorie.
III- La
sous-détermination des théories par lexpérience :
le holisme scientifique
Ce que je vais montrer ici cest
que le modèle de Popper est lui-même contestable. L'expérience
ne peut même pas réfuter /falsifier une théorie.
1)
Faut-il avoir confiance dans le critère de falsifiabilité ?
a) 1ère
difficulté : si le test expérimental doit permettre
de falsifier la théorie, ce test doit être totalement
indépendant de la théorie.
En effet, sinon, d'abord, l'expérimentation
sera tout aussi faillible que la théorie, et ne sera pas
capable de confirmer ou de réfuter la théorie; (j'insiste
: c'est une expérimentation, non une expérience " brute ",
qui est mise en rapport avec la théorie); et ensuite, ce
sera un cercle vicieux : on chercherait en effet à confirmer
la théorie
par la théorie elle-même!
b) 2ème
difficulté : il est parfois impossible de savoir si
le test expérimental a été correctement effectué,
et si par conséquent il réfute bien la théorie
2)
Le holisme scientifique (Quine)
Philosophe anglo-saxon contemporain.
Critique les théories épistémologiques qui
reposent sur la croyance dans la possibilité de sassurer
que nos théories scientifiques sont les bonnes, les vraies ;
et même, ne sont pas fausses. En effet, étant donné
ce que nous venons de dire, ce nest pas aussi simple que ça.
| " lensemble de la science
est comparable à un champ de forces, dont
les frontières seraient lexpérience.
Si un conflit avec lexpérience intervient à
la périphérie, des réajustements sopèrent
à lintérieur du champ. Il faut alors
redistribuer les valeurs de vérité à
chacun de nos énoncés. La réévaluation
de certains énoncés entraîne la réévaluation
de certains autres, à cause de leurs liaisons logiques
quant aux lois logiques elles-mêmes, elles ne
sont que des énoncés situés plus loin
de la périphérie du système. Lorsquon
a réévalué un énoncé,
on doit en réévaluer dautres, qui lui
sont peut-être logiquement liés, à moins
quils ne soient des énoncés de liaison
logique eux-mêmes. Mais le champ total est tellement
sous-déterminé par ses frontières,
cest-à-dire par lexpérience,
quon a toute liberté pour choisir les
énoncés quon veut révaluer, au
cas où intervient une seule expérience contraire.
Aucune expérience particulière n'est, en tant
que telle, liée à un énoncé
particulier situé à l'intérieur de
ce champ, si ce nest à travers des considérations
déquilibre concernant la totalité
du champ ".
Quine, Les deux dogmes de lempirisme. |
a)
Thèse de Quine
Modèle holiste de la connaissance,
qui apparaît comme un vaste champ de force : toutes
nos connaissances sont liées entre elles, on ne peut les
séparer les unes des autres. Non seulement elles sont interdépendantes,
mais en plus, elles ont toutes plus ou moins, de loin ou de près,
un rapport avec l'expérience. Même la logique et les
mathématiques. On a mis ces dernières au centre de
notre savoir, parce qu'on en a besoin pour la plupart des connaissances.
Mais : dabord, on aurait pu y mettre autre chose, et
ensuite, la logique et les mathématiques pourraient très
bien être différentes que ce quelles sont. Exemple :
étant doné les conséquences de la physique
quantique, certains ont dit quil fallait changer notre logique ;
cf. " le
chat de Schrödinger
" : on peut penser que
dans la réalité, les choses nobéissent
pas au principe de contradiction, mais peuvent être en même
temps elles-mêmes et leur contraire. Mais cest trop
bizarre de penser comme ça. Si on ne les change pas, et si
on les met au centre de notre savoir, cest parce que cest
purement pratique, et quon a pris lhabitude de penser
selon les lois de la logique classique.
b) Conséquence
concernant le rôle de l'expérience et son prétendu
rôle falsificateur
Toute hypothèse que lon
élabore pour essayer de rendre compte dun fait (polémique),
est liée à lensemble de la connaissance. Donc,
quand on teste une hypothèse, ce n'est pas seulement
cette hypothèse qu'on teste, mais aussi, tout un arrière-fond
scientifique/culturel. On dira donc que le modèle de Popper
ne tient pas parce que pour constituer une hypothèse, on
recourt à dautres hypothèses (qu'on en soit
conscient ou non!).
NB : ces hypothèses peuvent
être des instruments, des hypothèses empruntées
à dautres domaines de la science, des hypothèses
concernant la façon dont on doit mener lexpérience,
etc.
Exemple : revenons à l'hypothèse
de Semmelweis :
(1) la fièvre puerpérale
est provoquée par un élément infectieux
(2) si (1) est vraie alors, si les
personnes qui donnent des soins aux patientes se lavent les mains
dans une solution de chlorure de chaux, la mortalité due
à la fièvre sera réduite
Or, (2), qui est censée être
la preuve de (1), est liée à l'autre hypothèse
suivante (=auxilliaire) :
(1') à la différence
de l'eau et du savon tout seuls, la solution de chlorure de chaux
détruit l'élément infectieux
| Le modèle holiste de la science
(de l'élaboration et du test des hypothèses)
est donc le suivant : si H1 et H2 etc. alors I ; et si non
I, alors soit H1 soit H, etc.
Comme toutes les connaissances sont liées, et sont
de plus toutes, à un degré ou un autre, sous-déterminées
par l'expérience, toute expérience, toute
observation que l'on va faire, va concerner, non pas une
hypothèse mais tout l'ensemble du savoir. Si bien
que lorsque lexpérience attendue ne se réalise
pas, on sait quon devra mettre en question certains
éléments de la connaissance. Mais rien dans
lexpérience elle-même ne détermine
ce qui est à mettre en question. On est incapable
de déterminer si cest lhypothèse
qui est falsifiée ou une des théories quon
a employées pour constituer cette hypothèse.
|
c)
Comment s'opère le changement de théorie?
Pour la même raison que dans
b), on va dire que puisque l'expérience renvoie à
tous les domaines de notre connaissance, que ceux-ci sont "sous-déterminés"
par l'expérience, on peut choisir librement ce qu'on
va devoir changer dans notre connaissance, au cas où une
expérience contredirait notre hypothèse.
Mais bien sûr, notre choix n'est
pas purement gratuit : le plus souvent, on agira de manière
économique. Quand une expérience infirme notre théorie,
on peut choisir de modifier la théorie le moins possible,
en restant le plus près possible de lexpérience
(car plus on va plonger à lintérieur de la connaissance,
plus ce quon va changer va nous obliger à changer de
choses). On préférera donc renoncer aux hypothèses
les moins éloignées de lexpérience, avant
de changer le sens des mots (le mot " nature " par exemple)
ou de renoncer aux lois logiques. Cela ne signifie nullement quon
ne peut pas y renoncer, mais que les conséquences
dun tel renoncement sont telles que lintérêt
que lon peut avoir à le faire est difficilement imaginable.
d) La science
et les hypothèses ad hoc
Ce genre de théorie concernant
l'élaboration des théories scientifiques implique
que la science fonctionne comme un mode de connaissance que Popper
aurait appelé "pseudo-scientifique".
En effet, elle n'est finalement pas
plus falsifiable que l'astrologie ou la psychanalyse.
De plus, elle peut souvent recourir
à ce qu'on nomme des "hypothèse ad hoc" : il s'agit
de l'ajout dun postulat supplémentaire à une
théorie, afin de la protéger dune falsification
menaçante. Comment est-ce possible ? Parce que lhypothèse
nest pas contrôlable indépendamment de la théorie.
Exemple : Eudoxe (astronome )
croyait que les sphères célestes étaient parfaites ;
or, les observations téléscopiques infirment cette
thèse ; pour la conserver à tout prix, il supposa
que les sphères sont invisibles.
NB : on ne dit pas que la modification
apportée à la théorie pour la protéger
de lexpérience est ad hoc si elle conduit à
de nouveaux tests, mais seulement si elle est destinée à
empêcher lexpérience de la détruire.
3)
La science est-elle vraie?
Dès lors, on peut se demander
à quel réel a affaire la science. Peut-on jamais avoir
affaire au réel tel quil est ? Pouvons-nous jamais
connaître le monde en soi, si même la science, supposée
être la connaissance la plus objective et la mieux fondée,
ne le peut pas ?
a) La science
nest-elle que convention ? -Le débat instrumentalisme
et réalisme.
La science et ses théories ne
seraient-elles pas alors seulement des conventions qui nous permettent
de parler commodément du monde ? Si les théories
ne sont pas, en effet, des reflets objectifs du réel, si
lexpérience ne peut quà grand peine les
fonder, alors, ne faut-il pas dire que ce ne sont que des fictions,
des modèles de la réalité qui nexistent
que dans notre esprit ?
Il y a plusieurs sortes de conventionalismes :
-extrême : les théories
scientifiques sont des constructions complètement arbitraires.
Il nest soutenu par personne, car il faut quand même,
au minimum, quune construction théorique saccorde
avec les observations, en rende compte, et permette des prédictions.
-faible : Poincaré, La
science et lhypothèse. La science nest pas
autorisée à dire nimporte quoi. Mais, comme
lexpérience na de sens que relativement à
une théorie, il devient alors possible de linterpréter
dans des langages ou des théories différentes et même
de la " corriger " pour quelle se laisse ainsi interpréter.
Une loi théorique pourra être alors être considérée
comme une définition, de sorte que si des faits la contredisent,
cela pourra vouloir dire, non que la loi est fausse, mais que les
faits incriminés ne tombent pas sous le coup de la définition.
Exemple : si on découvre
un corbeau blanc, cela ninfirme pas lénoncé
général " tous les corbeaux sont noirs "
mais cela veut dire que ce nest pas un corbeau.
Ici, ce qui importe, ce nest
pas la vérité des théories, mais la
cohérence de leur interprétation relativement
aux données, et la réussite des prédictions
quelles permettent. Une loi ou une théorie scientifique
nest quun langage commode pour rendre compte de lexpérience.
Cest un instrument utile, en tant quil permet
des explications et des prédictions, mais on ne se prononce
pas sur lexistence de cet instrument. (On nomme donc encore
ce conventionalisme un " instrumentaliste ")
Exemple :
(1) le géocentrisme soutient
que le soleil tourne autour de la terre, que la terre ne se meut
pas
(2) Lhéliocentrisme
soutient que la terre se meut, et tourne autour du soleil
(1) nest pas " faux " ;
cest une interprétation du mouvement apparent (observable)
des planètes. Elle est tout à fait cohérente,
car elle est en accord avec les données observables, et elle
permet des prédictions concernant la trajectoire des planètes,
les éclipses, etc.
(2) est une autre interprétation
cohérente des mêmes données, qui permet également
des prédictions.
Si on préfère (2) à
(1), cest parce que (2) permet de faire plus de prédictions :
elle est plus efficace que (1), mais pas plus " vraie ",
car cela voudrait dire quelle décrit comment est le
monde. On rejoint ici Quine, pour qui le critère de choix
des théories est un critère, non pas de vérité
objective, mais de commodité.
Note
historique :
Galilée et Copernic, ou : croyaient-ils que la terre
tournait ?
Le cardinal Bellarmin avait dailleurs " conseillé "
à Galilée de dire que les deux théories
étaient équivalentes, i.e., étaient
neutres eu égard à la réalité.
Mais Galilée était réaliste et il a
refusé. Avant lui, Copernic
avait été plus prudent et disait que lhéliocentrisme
nétait quune manière comme une
autre (i.e., comme le géocentrisme) dinterpréter
les phénomènes observables. Cf. Lettre-préface
de son ouvrage intitulé "De
la révolution des orbes célestes", dédiée
au pape Paul III.
Commentaire : L'un des premiers en
Europe, Copernic a fait revivre toute la tradition héllénistique
de l'astronomie mathématique et technique qui, dans
l'Antiquité, avait atteint son apogée dans
l'uvre de Ptolémée (l'Almageste).
Cette tradition essayait de "sauver les phénomènes",
au moyen d'hypothèses conformes à la physique.
Copernic a d'ailleurs adressé son ouvrage au petit
nombre d'astronomes contemporains qui avaient lu le traité
de Ptolémée. En effet, son but était
de réformer les techniques employées dans
l'Antiquité pour calculer les positions des planètes.
Ce n'est qu'ensuite qu'il a été amené
à "dire" que la Terre est en mouvement. La thèse
de Ptolémée n'étant pas très
satisfaisante, Copernic, a donc cherché à
résoudre ce problème. Il a lu de nombreux
philosophes; il a découvert que de nombreux philosophes
de l'Antiquité avaient mis la Terre en mouvement.
Il s'est demandé ce qui se passerait si on imaginait
ou faisait l'hypothèse du mouvement de la terre.
Il a donc essayé l'hypothèse du mouvement
de la terre à titre de supposition purement fictive,
et il a constaté qu'elle était capable de
sauver les phénomènes. En effet, si on imagine
que la Terre tourne, et que l'on regarde le mouvement des
planètes depuis une terre en mouvement, alors, on
peut dire que le mouvement qui nous paraît irrégulier
n'est en fait qu'apparent, et est en fait régulier.
Tout le problème est de savoir si Copernic écrit
en physicien, ou en géomètre. Ie, s'il cherche
à décrire la réalité profonde
des choses ou à en donner une explication satisfaisante
pour l'esprit. |
La science ne serait
dès lors pas une reproduction fidèle de la réalité
(contrairement à ce que dit le réalisme), mais
une interprétation de la réalité -conformément
au sens originaire de la théorie (" vue de lesprit ").
Argument en faveur de linstrumentalisme :
permet de comprendre que deux théories rivales puissent être
en accord avec les phénomènes, et faire des prédictions,
sans quon puisse vraiment savoir laquelle est la " bonne "
(i.e. : description du monde).
Objections (ou arguments en faveur
du réalisme):
-il nest pas pratiqué
par la plupart des scientifiques.
-de plus, comment se fait-il que les
théories soient efficaces, quelles réussissent
à faire des prédictions?
-Cf. Popper, in Conjectures et réfutations :
un instrumentaliste conséquent devrait abandonner tout recours
à lexpérience (il nen a pas besoin, puisquil
estime que sa théorie ne correspond à rien de réel).
Il mènerait donc à freiner et empêcher le progrès
scientifique.
b) La science,
si elle nest pas une convention, comporte de nombreux aspects
conventionnels. Lexemple des atomes.
Ce qui a mené à la conception
instrumentaliste, cest le fait que les théories scientifiques
sont très abstraites, et quelles contiennent des affirmations
concernant des entités invisibles, inobservables (mais qui,
bien entendu, ont des conséquences observables).
Exemple : un électron nest
pas un objet quon peut observer, pas même avec un microscope
électronique, qui ne permet den percevoir que les effets.
Un détecteur de particules permet, non pas de voir les particules,
mais de les détecter par les effets quelles induisent.
En effet, lélectron est un concept formé à
partir dune théorie, une élaboration purement
rationnelle qui est une réponse à un problème
théorique.
Ce nest pas en observant un atome
(chose dailleurs impossible) quon a pu observer ou constater
la présence dun noyau et dun ou plusieurs électrons
tournant autour. Cest en étudiant des réactions
chimiques, en établissant des classifications déléments,
quon a pu dabord supposer que latome nétait
pas, comme sa définition lindiquait, la plus petite
particule qui existe, mais quil était lui-même
composé de particules plus petites. Tout le travail délaboration
de latome est passé non par la perception, mais par
linvention, à partir de propriétés de
latome qui nont été découvertes
que par leurs effets indirects, lesquels nont été
eux-mêmes constatés que parce quon les avait
déduits de ces premières hypothèses. On a proposé
des modèles de latome, et on les a étudiés
(cherché les conséquences physiques et chimiques)
et vérifiés expérimentalement. Si la perception
est ici intervenue, ce nest que celle des signes donnés
par des appareils de mesure, pas dobjets.
On sest dit alors que les théories
ne sont que peut-être que des fictions ou instruments commodes
pour faire des calculs, prédire des évènements.
Mais que les entités qu'elles postulent n'existent pas :
ce sont des hypothèses
Note
historique : la formation du concept d'atome au 19e.
Au 19e, il y eut, en France, un grand débat
entre scientifiques : les atomes (=particules ultimes
et indivisibles de la matière) existent-ils ou non ?
Si le problème se posait, cest que latome
était invisible.
But de l'introduction de l'hypothèse atomique :
expliquer que les corps, à léchelle
macroscopique, se combinent selon des quantités discrètes.
Cette hypothèse supposait que la matière était,
à léchelle microscopique, constituée
dunités élémentaires et insécables,
chacune se combinant en duo et en trio, et dont le poids
pouvait être calculé.
Caractéristique : on rend compte du
visible en modélisant linvisible. On propose
un modèle de la réalité, mais ce qui
est observable, ce sont seulement les conséquences
de ce modèle, qui lui est invisible. Tout ce qu'on
sait, c'est que si on postule que la matière est
formée d'atomes, alors, on doit constater dans la
réalité tels effets; ce sont eux que la théorie
teste.
Intérêt : permettait décrire
la chimie sous forme concise.
Problème : au 19e, aucun
scientifique nosait coire à lexistence
des atomes. Cf. Berthelot : il avait empêché
la présence de ce mot à la fac et dans les
sujets dexamen, car croire aux atomes passait pour
une hérésie (scientifique). Cest au
début du XXe, grâce à J.Perrin, quon
a réussi à compter les atomes, et quon
a cru en leur existence.
Evidemment, on a tendance à dire que si ça
fonctionne comme elle le prévoit, alors, c'est qu'elle
est "vraie". Le problème, c'est qu'on peut très
bien avoir les mêmes effets observables avec d'autres
théories; de plus, je rappelle que l'expérience
en science, ne permet ni de confirmer ni à la limite
d'infirmer
|
Conclusion
Les théories scientifiques ne
sont pas issues de lexpérience, mais il faut plutôt
dire quelles la précèdent. Mais nous avons vu
que ce à quoi nous mène cette seconde thèse
concernant lélaboration des théories scientifiques,
ce nest pas à dire que les théories scientifiques
seraient issues purement et simplement de lesprit de lhomme,
sans aucun rapport avec le réel. Si lexpérience
nest pas le fondement de la science, reste quelle en
est le guide. Mais cest à labandon de la distinction
entre lexpérience et la théorie. En effet, elles
ne sont pas des domaines complètement séparés,
mais on peut dire quil ny a pas dexpérience
sans théorie et pas de théorie sans expérience.
Cette conséquence bouleverse
toutes les idées reçues concernant la science :
en effet, cette réponse nous mène à dire que
la science nest pas " vraie " au sens où
elle serait une copie fidèle de la réalité
(vérité-adéquation). Elle est tout autant " subjective "
que lhistoire, si par subjectif on entend une reconstruction
par lhomme de ce qui est décrit. La science est une
construction théorique, ce qui veut dire que lesprit
de lhomme est lui-même présent dans les théories
" scientifiques ". Cest un modèle
Dailleurs, depuis lavènement
de la théorie de la relativité et surtout de physique
quantique-,
les physiciens ont bien définitivement renoncé à
une objectivité forte et admis que la connaissance du réel
était liée à nos instruments de mesure et donc
à des théories. Ce qui signifie que lhomme ne
peut jamais connaître quun réel informé
par sa propre pensée, son langage, sa vision du monde. Le
réel en soi reste donc inaccessible.
Intérêt :
donner aux sciences humaines, à lhistoire, le droit
de sappeler " sciences " ! (En tout cas, on
na plus le droit de dire que cest parce que lhistoire
ne connaît pas le passé tel quil est en soi,
quelle nest pas une science).
Dernier problème :
il n'y a presque plus de différence un mythe et une science.
Cette thèse est-elle acceptable ? Ny a-t-il aucune
différence entre une science et une pseudo-science ?
Si, quand même : cf.fait que théories scientifiques
sont écrites en langage mathématique, et, quand même,
sont plus efficaces que la magie. Mieux vaut se reposer sur la théorie
astronomique pour prédire une éclipse de soleil que
de se reposer sur les dires dun sorcier. Cest plus sûr,
il y a plus de chances pour que ça marche.
1-Cf.Chalmers, op. cit., pp.34-35.
Et sa critique, p.67 : les observations et expériences
sont faites pour tester ou faire la lumière sur une théorie,
et seules les observations qui sy rapportent sont dignes dêtres
notées ; dailleurs, il faut noter que les théories
sont généralement conçues avant que soient
effectuées les observations nécessaires pour les tester.
2-Différence " général "
et " universel "
3-Exemple
: (cf.Chalmers, op. cit., p.32) la découverte des lois
de loptique (lois de la réflexion et de réfraction
de la lumière). On considère que ces principes généraux
sont tirés de lexpérience par induction, de
la façon suivante : on effectue de nombreuses expériences
de laboratoire, en faisant réfléchir les rayons lumineux
sur des miroirs ou sur des surfaces deau, en mesurant
les angles dincidence et de réfraction pour des rayons
lumineux passant de lair à leau, de leau
à lair, etc. On fait varier notablement les conditions
expérimentales, en répétant par exemple les
expériences avec de la lumière de différentes
couleurs, etc., jusquà ce que les conditions permettant
de légitimer la généralisation inductive des
lois de loptique soient satisfaites.
4- Cf. Hempel, Eléments dEpistémologie,
pp.17-18 ; et Chalmers, Quest-ce que la science ?,
pp.38 sq.
5-Il ne peut non plus être fondé
par lexpérience, car alors, on a un cercle vicieux
(on est en effet obligé de recourir à linduction
pour justifier linduction). cf. Hume, Enquête
sur lentendement humain,
6-Cf. Chalmers, op. cit., p.43.
7-Pourquoi pas même son âge
et le temps quil fait !
8-Eléments dépistémologie,
p.18.
9-Op. cit., p.68.
10-Cf.Chalmers, op. cit., p. 56 :
exemple de létudiant en médecine qui apprend
à lire une radiographie ; et aussi P.Feyerabend, Contre
la méthode, Points Seuil Sciences (n° S 56), pp.152-5, :
lauteur montre ici que lidée galiléenne
selon laquelle les images téléscopiques étaient
une image fidèle des phénomènes célestes
est apparue à lépoque comme un coup de force,
comme une véritable aberration.
11-On dira "influencé"
12-Alors qu'au début on avait
dit que contrairement à l'expérience commune, l'expérience
scientifique serait caractérisée par une observation
sans préjugés
13-Je veux montrer avec Hempel que
le rôle de lexpérience et de lobservation
nest pas celui quon croit : lexpérience
nest pas au fondement de la science, mais elle a seulement
un rôle de vérification.
14-Cela signifie que linduction
et la déduction ne concernent que la preuve, non la découverte.
15-Avec Popper, je veux montrer que
même la thèse de Hempel selon laquelle lexpérience
aurait un rôle vérificateur, nest pas tenable.
En effet, on ne peut établir la vérité dune
théorie à partir des faits dobservation.
16-Autre exemple : toute situation
de test est très complexe : les lois et théories
gouvernent les instruments utilisés ; ainsi, quand on
utilise un téléscope pour observer la position dune
planète (prévue par une théorie), la théorie
doit nécessairement prescrire lorientation quil
faut donner au téléscope pour voir la planète
à un instant donné. Dès lors, si la prédiction
savère " fausse ", alors, on ne sait pas
ce qui est faux : la théorie ? la description du
montage expérimental ? linstrument est-il fiable,
etc ?
17-on aurait d'ailleurs pu tirer cette
conséquence de la thèse selon laquelle tous les énoncés
d'observation sont emprunts de théorie ; Popper aurait donc
dû le savoir!
|