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Comment justifier la croyance en dieu ? Par la raison ou par la foi?

page créée le 25/09/2003

 

 

 

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INTRODUCTION


I- LA RÉPONSE THÉISTE : ON PEUT JUSTIFIER LA CROYANCE EN L’EXISTENCE DE DIEU PAR LA RAISON.


II- OBJECTIONS AU « THÉISME »


CONCLUSION


BIBLIOGRAPHIE

 

 



Avertissement

Ce cours sur la religion est plus précisément un cours sur les rapports entre la raison et la foi. J’expose les deux grandes thèses concernant ces rapports : le théisme, et le fidéisme. La première considère que la foi, si elle n’est pas justifiée par la raison, est absurde, et, bien sûr, présuppose qu’il est possible de justifier par la raison la croyance en Dieu. La deuxième considère au contraire que la foi se suffit à elle-même et par conséquent n’a pas besoin d’être justifiée par la raison ; de toute façon, c’est une tâche impossible à la raison.

L’aspect général du cours vient de ce que j’estime ne pas pouvoir trop me prononcer sur l’expérience religieuse, que je ne pourrais comprendre, faute de l’avoir jamais connue. De plus, ce cours est délicat, et il me semble que le premier devoir du professeur de philosophie est de chercher à ne froisser aucune conviction personnelle (attention : par « conviction personnelle », ici, je n’entends nullement l’opinion, le préjugé, qu’il est par contre de notre devoir d’essayer de vous enlever. Par exemple, je fais la différence entre « croire que les races sont inégales », qui est une opinion fausse, non fondée, et « croire en Dieu » -évidemment, à condition que celui qui ait cette croyance ne veuille pas l’imposer de force aux autres, et reconnaisse à son tour que celui qui ne croit pas en Dieu n’a pas « tort » ; ce qui me paraît être pratiquement impossible, mais j’en ai déjà assez dit sur ce point)

Note sur l’emploi des termes de « foi » et de « croyance » :

En général, ces deux termes ne sont pas synonymes. La notion de croyance est plus vaste : la croyance désigne un assentiment à des affirmations dont la démonstration est insuffisante, ou bien dont je ne connais pas les fondements. Je peux croire que le père noël existe, que la neige est blanche, que Jeanna d’Arc a existé, que la terre est ronde, etc. La croyance n’exclut pas le doute, bien au contraire : la croyance s’oppose, avons-nous dit, au savoir démontré. La foi, elle, n’exclut pas le doute, et se dit en général des affirmations religieuses. Normalement, la question de l’insuffisance des preuves ne se pose pas à propos de la foi.

J’ai pris le parti, ici, de les employer comme synonymes. Quand on dit « je crois en Dieu » et « j’ai la foi » (en Dieu), les deux  expressions ont bien le même sens. Et cela ne vaut pas que du domaine religieux : en effet, on emploie souvent certes le terme de croire pour sous-entendre qu’on n’est pas certain, mais on l’emploie aussi très souvent pour montrer qu’on est convaincu.

J’ai profité pour parler de Darwin : ce cours rejoint ici la notion du « vivant », qui est à votre programme (plus précisément : le problème de la finalité naturelle). Je l’ai déjà abordé dans le cours sur l’histoire.


Introduction

Cette question pose le problème de la compatibilité entre la foi et la raison. Il s'agit de savoir si la raison doit jouer le rôle de justification, au sens de validation, des croyances religieuses. La croyance dépend-elle du fait que nous ayions de bonnes raisons d'y croire?

         I- La réponse théiste : on peut justifier la croyance en l’existence de Dieu par la raison.


        1) Définition du théisme

            Pris généralement, le terme « théisme » désigne (en anglais) le non athéisme philosophique, armé d’un arsenal de preuves rationnelles de l’existence de Dieu.
            
    2) Synonymes

a)  la « religion des philosophes »

Cf. le « Dieu des philosophes » (in cours sur les Méditations métaphysiques de Descartes)

b) la « religion naturelle » :

« Naturelle » s’oppose d’abord à « révélée » ; la religion naturelle est la connaissance de l’existence de Dieu par la raison, donc, en droit, par tout homme. Mais nous verrons plus loin que la religion naturelle a d’autres significations

c) le « déisme »

Souvent, également, synonyme de « déisme » (en tant que croyance rationnelle en l’existence de Dieu).

A partir du XVIIIe, les deux termes vont se distinguer :

Diderot, Essais sur le mérite et la vertu, Hermann, I, 297:

le déiste est « celui qui croit en Dieu, mais qui nie toute révélation ; le théiste au contraire est celui qui est près d’admettre la révélation et qui admet déjà l’existence d’un Dieu. »

Personnellement, je trouve que cette distinction n’est pas vraiment fondée, et je considérerai donc dans la suite les deux termes comme voulant dire la même chose. Je m’intéresse d’ailleurs ici essentiellement à l’aspect qui leur reste commun : il s’agit de la croyance en la possibilité de prouver rationnellement l’existence de Dieu.

        3) Les preuves de l’existence de Dieu

Cf. St Anselme, St Thomas, Locke. Ils vont proposer des preuves (a priori, a posteriori, etc.) et considérer qu'elles sont correctes. On trouve généralement trois grands types de preuves ou d’arguments :

        a) l’argument ontologique, qui est basé sur la seule raison

        Il n’est pas basé sur l’observation du monde, ou sur une autre forme d’évidence externe, mais sur la définition du mot “Dieu” : ainsi, il stipule que “si vous comprenez ce que Dieu est, vous comprenez qu’il existe”.

Saint Anselme, dans le Proslogion, emploie ce type d’argument, tout en précisant bien que cet argument n’est pas ce qui peut le faire croire en Dieu, mais que c’est sa croyance qui le mène à comprendre l’existence de Dieu d’une manière particulière -en l’occurence, d’une manière qui le mène à conclure que Dieu doit exister.

        Cf. Proslogion,  second chapitre :

(1) Dieu est défini comme  “l’être le plus réel, tel que rien de plus grand ne peut être pensé”

(2) or, quelque chose est plus grand s’il existe que s’il n’existe pas

(3) donc, si Dieu est la plus grande chose (au sens d’absolue, de parfaite) imaginable, il doit exister
        
        b) L’argument cosmologique, basé sur le fait général de l’existence du monde

        b1) l’argument du premier moteur :

        (1) tout ce qui se meut est mû par quelque chose

        (2) ce moteur est à son tour mû par quelque chose d’autre

        (3) mais cette chaîne de moteurs ne peut aller à l’infini, sinon, les mouvements n’auraient pu commencer

        (4) par conséquent il doit y avoir un premier moteur, causant le mouvement en toute chose, sans être lui-même mû

        (5) ce moteur non mû est ce que le sens commun appelle Dieu.

        b2) L’argument du possible et du nécessaire :

        (1) les choses individuelles viennent à l’existence et cessent d’exister

        (2) par conséquent, à un moment, aucune d’elles n’existait

        (3) mais quelque chose vient à l’existence seulement comme le résultat de quelque chose d’autre qui existe déjà

        (4) par conséquent il doit y avoir un être  dont l’existence est nécessaire.1

        c) L’argument « du design », basé sur certains traits particuliers du monde

        Le monde est ici considéré comme une machine, et on dit que l’agencement harmonieux des parties entre elles “prouve” l’existence d’un artiste parfait.

C’est ce qu’on appelle théologie/ religion 2  naturelle : de la considération des choses créées, résulte l’existence de Dieu (d’un Dieu créateur) ; nul besoin de révélation pour le savoir. C’est la connaissance qu’on a de Dieu et de ses attributs par les lumières de la raison et de la nature, en remontant de l’ordre des choses à un être ayant telle ou telle qualité.

        Il est intéressant de faire ici un petit historique de la notion de religion naturelle.

c1) Ce sont les stoïciens qui sont à l’origine de la notion de religion naturelle : Sénèque, Lettre 117, §6

Sénèque, Lettre 117, §6 :

Par ailleurs, nous autres stoïciens attachons beaucoup d’importance à ce que tous les hommes s’accordent à présumer 3 ; selon nous, qu’une chose soit crue de tous plaide en faveur de sa vérité. Par exemple, entre autres arguments, l’existence des dieux est inférée du fait que tous les hommes ont une idée des dieux et qu’aucune nation ne s’est écartée des lois et de la morale au point de ne pas croire à des divinités. Lorsque nous discutons de l’éternité de l’âme, c’est une raison de poids à nos yeux que le consentement de l’humanité pour craindre ou vénérer les défunts. Or, si je peux invoquer ici la conviction générale, on ne trouve personne qui ne pense pas que la sagesse est un bien et qu’être sage, aussi.

Conseil : lisez également Cicéron, De la nature des dieux.      

        Pour comprendre ce texte, il faut connaître la théorie des « notions communes » des stoïciens. Les notions communes sont des « représentations anticipatives forgées par tous les hommes à partir de l’expérience par un travail de comparaison de la raison ». C’est ce que tout homme, en exerçant sa raison, doit déduire de l’expérience. Conséquence de cette théorie :  le consentement universel est le signe probable de la vérité.

        Passant au crible les notions communes concernant la religion, et essayant par là de distinguer les véritables notions communes des préjugés, on peut déterminer les points communs à toute religion, le noyau de la religion, ce sur quoi doivent s’accorder tous les hommes en tant qu’hommes et surtout en tant qu’êtres raisonnables :

- existence d’un ou de dieux (preuve de l’existence de Dieu par l’ordre du monde et son caractère harmonieux)

- justification de la providence par la perfection du corps humain et l’adaptation des organes à leur fonction

- nécessité d’un culte exprimant reconnaissance et révérence (la religion naturelle pose que ce culte réside dans l’attitude intérieure de la pensée, ou dans la volonté d’honorer Dieu par la pratique de la vertu ; les cérémonies sont reléguées au second plan)

Problème : cette notion commune, en sa particularisant dans les sociétés et au cours de l’histoire, va créer des différences de culte (cf. l’interdit de certains aliments) ; est-ce que toutes ces croyances et institutions religieuses se valent ? –Non, car la croyance peut se dégrader en crédulité et le culte en superstition. De toute façon, les notions communes servent justement de critère pour séparer la vraie piété de la superstition.  (En l’occurrence, le vrai culte va être assimilé à la vie droite, morale).

c2) Newton et l’émergence de la théologie naturelle au 18e

Newton, Principes de philosophie naturelle (1687).

Après avoir décrit le mouvement des planètes, il ajoute :

« cet arrangement aussi extraordinaire du Soleil, des planètes, et des comètes, n’a pu avoir pour source que le dessein et la seigneurie d’un être intelligent et puissant. Si de plus les étoiles « fixes » sont les centres de systèmes semblables, toutes dépendront de la seigneurie d’un Seul, puisqu’elles seront construites selon le même dessein… »   

et il précise :

«  Cet Etre gouverne tout, non en tant qu’âme du monde, mais en tant que Seigneur de tout ce qui est. A cause de sa seigneurie, on a coutume d’appeler le seigneur Dieu « Pantocrator » ».

 

Cf. fait que Newton recherchait les lois de la nature, i.e., les uniformités qui se manifestent entre les phénomènes. Cette unité et cette rationalité des lois de la nature va être considérée, pendant près de deux siècles, comme étant la preuve de l’existence de Dieu.

Conséquence : la théologie n’est pas séparée de la philosophie/ science. (et, bien entendu, la foi et la raison sont pensées en continuité, non en discontinuité)

c3) W. Paley, Natural theology ; or Evidence of the Existence and Attributes of the Deity collected from the Apparences of nature (1802).

Objet : prouver l’existence d’un dessein divin et montrer que le monde se trouve agencé pour assurer du mieux possible, le bonheur des êtres crées, et, surtout, de l’espèce humaine.

W. Paley (Op. cit.) :

« Il ne peut y avoir de dessein (design) sans quelqu’un pour le former (a designer) ; d’invention sans inventeur ; d’ordre sans choix ; d’arrangement sans être capable de ranger ; d’utilité (subserviency) et de relation à un but (purpose), sans quelque être qui puisse se fixer un but ; de moyens convenant à une fin, sans que la fin n’ait jamais été envisagée, et que les moyens ne lui aient été ajustés (accomodated to it). Ajustement, disposition des parties, utilité de moyens en fonction d’une fin, rapports des instruments à un usage impliquent la présence d’une intelligence et d’un esprit.»

Il a trouvé un terrain de choix pour ses démonstrations dans l’histoire naturelle et plus particulièrement dans l’anatomie.

Le parfait ajustement des parties d’un organisme –leur  « adaptation » les unes aux autres ainsi qu’au milieu- ne doit-il pas être regardé comme le signe d’un dessein (design) de la nature ?

Plus généralement, l’ordre de cette nature, y compris dans ses perturbations passagères, offre à l’esprit de l’homme la preuve irréfutable de l’existence d’un Dieu prévoyant.

        Il croit donc à ce que Lovejoy a nommé « l’échelle des êtres » : i.e., un ordre de la nature, dont le sens se trouve prédéterminé.

NB : les arguments cosmologique et téléologique suggèrent donc qu’il y a des caractéristiques du monde qui mènent l’esprit à ce qui va au-delà de l’expérience : c’est ce à quoi on serait conduit quand on se demande « quelle est la cause de toute chose? Pourquoi le monde est-il comme il est? », etc.


        II- Objections au « théisme »

On peut considérer que ces arguments / preuves ne peuvent justifier la croyance en Dieu. Aucune preuve de l'existence de Dieu n'a jamais été considérée comme satisfaisante par tous ceux qui étaient capables d'en reconnaître la validité.

A- La preuve ontologique emporte-t-elle notre adhésion ?

1) L’argument ontologique échoue à prouver l’existence de Dieu

Kant, dans la Critique de la Raison Pure, critique cet argument, en réponse directe à Descartes, qui avait maintenu, dans sa version de cet argument (Méditations métaphysiques), que de même qu’il est impossible de penser un triangle sans trois faces et un angle, de la même manière, il est impossible de penser Dieu sans affirmer son existence nécessaire.

        Kant est d’accord avec le point de départ de la preuve ontologique :

        (1) si vous avez un triangle, alors il doit avoir trois angles (un triangle sans cette propriété est une contradiction)

Mais il n’est pas d’accord avec sa conclusion ; la prémisse ne mène pas nécessairement à la conclusion de Descartes, car :

        (2) si vous n’avez pas le triangle, vous n’avez pas non plus ses trois angles.

Les angles du triangle sont nécessaires, du fait qu’ils sont une partie de la définition du triangle ; mais cela ne dit rien au sujet de l’existence actuelle du triangle : la nécessité n’est pas un trait du monde, mais seulement de logique ou de définition.
        
Ainsi, ce qu’il est permis d’affirmer, c’est l’argument suivant :

        (1) si vous acceptez Dieu, il est logique d’accepter son existence nécessaire;

        (2) mais vous n’êtes pas obligés d’accepter Dieu.

        2) Objection à Kant

Mais ne peut-on pas objecter que les deux situations (celle du triangle et celle de Dieu) ne sont pas parallèles?

C’est ce que rétorquerait Descartes, pour qui “Dieu” est un concept unique. C’est en tout cas ce qu’il répondit à Gaunilo, qui lui avait objecté que si l’argument d’Anselme était vrai, alors, l’île parfaite dont il avait l’idée, devrait aussi nécessairement exister. Descartes  répondit qu’une île est une chose limitée, et que vous pouvez toujours imaginer des îles de plus en plus parfaites, à l’infini. Alors que l’être tel qu’aucun être plus parfait ne peut être pensé, s’il pouvait être pensé comme un non-existant, pourrait aussi être pensé comme ayant un début et une fin, mais alors, il ne serait plus l’être le plus parfait qui puisse exister.4

        3) On peut défendre Kant en disant que la preuve ontologique est minée  à sa base, en ce qu’elle présuppose que  l’être se démontre

Cf. Hume, Enquête sur l’entendement humain, Section IV, première partie :

« Tous les objets de la raison humaine ou de nos recherches peuvent naturellement se diviser en deux genres, à savoir les relations d’idées et les faits. Du premier genre sont les sciences de la géométrie, de l’algèbre et de l’arithmétique, et, en bref, toute affirmation qui est intuitivement ou démonstrativement certaine. Le carré de l’hypoténuse est égal au carré des deux côtés, cette proposition exprime une relation entre ces figures. Trois fois cinq est égal à la moitié de trente exprime une relation entre ces nombres. Les propositions de ce genre, on peut les découvrir par la seule opération de la pensée, sans dépendre de rien de ce qui existe dans l’univers. Même s’il n’y avait jamais eu de cercle ou de triangle dans la nature, les vérités démontrées par Euclide conserveraient pour toujours leur certitude et leur évidence.
Les faits, qui sont les seconds objets de la raison humaine, on ne les établit pas de la même manière ; et l’évidence de leur vérité, aussi grande qu’elle soit, n’est pas d’une nature semblable à la précédente. Le contraire d’un fait quelconque est toujours possible, car il n’implique pas contradiction et l’esprit le conçoit aussi facilement et aussi distinctement que s’il concordait pleinement avec la réalité. Le soleil ne se lèvera pas demain,  cette proposition n’est pas moins intelligible et elle n’implique pas plus contradiction que l’affirmation : il se lèvera. Nous tenterions donc en vain d’en démontrer la fausseté. Si elle était démonstrativement fausse, elle impliquerait contradiction et l’esprit ne pourrait jamais la concevoir distinctement. »

On ne peut établir l’existence d’un fait ou d’un être, autrement qu’en prenant appui sur l’expérience. L’être ne se démontre pas et n’est jamais, par définition, nécessaire.

Dès lors, la preuve ontologique n’est pas valide (puisque l’être ne se démontre pas), de même que l’argument cosmologique, qui, avons-nous vu,  remonte de la contingence à la nécessité pour affirmer que Dieu est une cause nécessaire (puisque l’être n’est jamais nécessaire).

C’est d’ailleurs le présupposé de la  critique kantienne de la preuve ontologique, puisque Kant affirme dans la Critique de la Raison Pure que  l’existence n’est pas un prédicat.

Kant, Critique de la raison pure, Ed. Puf Quadrige, pp. 429-30

« Etre n’est évidemment pas un prédicat réel, i.e., un concept de quelque chose qui puisse s’ajouter au concept d’une chose. C’est simplement la position d’une chose ou de certaines déterminations en soi. Dans l’usage logique, ce n’est que la copule d’un jugement. Cette proposition : Dieu est tout-puissant, renferme deux concepts qui ont leurs objets : Dieu, et toute-puissance ; le petit mot « est » n’est pas du tout encore par lui-même un prédicat, c’est seulement ce qui met le prédicat en relation avec le sujet. Or, si je prends le sujet (Dieu) avec tous ses prédicats (dont la toute-puissance fait partie) et que je dise : Dieu est, ou il est un Dieu, je n’ajoute aucun nouveau prédicat au concept de Dieu, mais je ne fais que poser le sujet en lui-même avec tous ses prédicats (…)
Quand donc je conçois une chose, quels que soient et si nombreux que soient les prédicats par lesquels je la pense (même dans la détermination complète), en ajoutant, de plus, que cette chose existe, je n’ajoute absolument rien à cette chose. (…)
Par conséquent, la preuve ontologique (cartésienne) si célèbre, qui veut démontrer par concepts l’existence d’un Etre suprême, fait dépenser en vain toute la peine qu’on se donne et tout le travail que l’on y consacre ; nul homme ne saurait, par de simples idées, devenir plus riche en connaissances, pas plus qu’un marchand ne le deviendrait en  argent, si, pour augmenter sa fortune, il ajoutait quelques zéros à l’état de sa caisse. »

Si vous décrivez une chose de façon complète, vous n’ajoutez rien à cette description en disant “et elle existe”. L’existence n’est pas un concept, un attribut de l’objet à côté des autres. C’  est juste une façon  de dire qu’il y a la chose, avec toutes ses qualités. Ainsi n’y a-t-il pas de différence entre le concept de « 100 thalers » dans votre imagination, et le concept de « 100 thalers » dans votre porte-monnaie. Seulement, dans un cas, ils existent, et dans l’autre, ils n’existent pas. Et une existence n’est pas quelque chose qui se définit, qui se déduit, mais quelque chose qui se constate (cf. texte Hume ci-dessus). Si je dis : « cette chaise existe », le concept d’exister ne se déduit pas de la définition de la chaise. Je ne peux pas tirer par analyse l’existence de la chaise de sa définition. L’existence ajoute au concept sa propre réalité.

Donc, la preuve ontologique ne prouve pas que Dieu existe, et ne peut nous faire croire en Dieu ; elle n’a convaincu, et ne peut convaincre, personne. Elle ne peut en fait convaincre que ceux qui sont déjà convaincus…Or, ceux-ci croient « parce qu’ils croient » !Autrement dit : elle échoue à justifier la croyance en Dieu.

B- L’impossibilité du recours à l’expérience pour prouver l’existence de Dieu


1) Critique de la preuve « par le design » : Hume, Dialogues sur la religion naturelle.

Dans cette œuvre, la question religieuse est abordée dans l’optique de la connaissance scientifique. Hume s’oppose en effet au théisme, sous sa forme de religion naturelle, pour lequel la religion serait affaire de connaissance. Il montre que la raison ne saurait acquérir aucun savoir rigoureux sur la divinité, sur l’origine du monde, etc.5

Il s’oppose donc à la preuve de l’existence de Dieu dite « par le design », qui est le pilier de toute religion naturelle. Cette dernière croit pouvoir remonter des lois de la nature, qui sont rationnelles, unifiées, etc.,  à la Divinité, entendue comme intelligence créatrice, en arguant du fait qu’elles prouvent l’existence d’un dessein  (divin). On irait d’un monde-machine  à un Dieu architecte. cf. Textes de Newton et de Paley

        Critique de la preuve du « design »6

Voici comment Hume expose cette preuve :

(1) l’univers ressemble à une machine (objet de l’art humain)

(2) d’où la similitude de leurs  causes
        
(3) une machine est due à une intelligence, à un dessein
        
(4) l’univers également, en vertu de (1) et (2)

        Voici en quoi cette preuve est contestable :

- cet argument n’est valide que si seule la raison elle seule peut engendrer l’ordre ; cela ne va pas de soi, c’est un présupposé

- de plus, il est valable seulement si on admet une affinité réelle de pensée entre Dieu et l’homme ; or, cela revient à rabaisser l’homme à une créature  (que faire en effet, alors, de l’infinité, de la perfection, de l’unité divines ?).

- enfin, il suppose que les ouvrages de l’homme ressemblent au monde, ce qui est contestable !

Bref, pour Hume, la religion naturelle n’est qu’un délire de l’imagination qui cherche à se donner les apparences de la raison. C’est de l’anthropomorphisme.

2) Darwin, L’origine des espèces  : la sélection naturelle « prouve » que l’agencement de causes finales n’est que le fruit du hasard…

        Hume a su déceler ce qui n’allait pas dans les arguments de la théologie naturelle ; les découvertes de Darwin permettent de confirmer son « intuition » philosophique. Darwin a en effet montré, à travers sa théorie de la sélection naturelle, que les fameuses « adaptations » des organismes à leur milieu ne présentaient nullement l’impeccable perfection postulée par les théologiens –donc, ne présupposent pas l’existence de Dieu…

        Petit rappel rapide de la conception darwinienne des espèces :

        a) La définition darwinienne de l’espèce

        D’abord, Darwin rompt avec le postulat de l’immutabilité des espèces.

Conséquence :  abandon du postulat de leur création séparée –puisqu’elle n’est concevable que si chaque espèce vivante est conforme à un type original (une essence stable et bien déterminée) fixé dès sa création7 .

Pour Darwin, l’espèce n’est pas un type donné par rapport auquel les individus présenteraient plus ou moins de conformité. Au contraire, ce sont les individus qui se modifient, et les espèces se forment ou se déforment à partir de ces modifications8 .  

    b) L’abandon des causes finales : contre Paley

En conséquence, Darwin décide d’abandonner tout recours aux causes finales (= finalité naturelle)9  pour expliquer les phénomènes, même si ces phénomènes sont vivants.

Cf. texte dans lequel Darwin démonte point par point l’argumentation de Paley, et  substitue explicitement à l’idée d’un horloger ou artisan divin la métaphore d’une nature imprévoyante, quoique s’avérant excellente bricoleuse. Il s’agit de l’histoire chaotique mais réussie des organes reproductifs des orchidées :

« Bien qu’un organe ait pu, à l’origine, ne pas être formé dans un but bien précis, s’il remplit à présent cette fonction, nous pouvons dire, à juste titre, qu’il a été spécialement conçu pour cela. Selon le même principe, si un homme a fabriqué une machine dans un but bien précis, mais a utilisé pour sa construction de vieilles roues et poulies, des ressorts usagers, en ne leur faisant subir que de légères modifications, on doit dire de cette machine, dans son ensemble, avec toutes ses pièces constitutives, qu’elle a été spécialement conçue dans le but visé. Ainsi dans la nature toute entière, presque tous les organes de chaque être vivant ont probablement servi, dans des conditions légèrement modifiées, à des buts divers, et ont joué un rôle dans la machinerie vivante de nombreuses formes spécifiques anciennes, distinctes des formes actuelles.» 10

    c) La sélection naturelle explique ce que cherchait à expliquer la finalité naturelle

        C’est elle qui rend compte des mécanismes de la descendance. L’idée de « sélection », qu’il emprunte aux éleveurs11 , n’enveloppe aucune idée de choix, aucune intelligence de la nature :

Darwin, L’origine des espèces :

« On a dit que je parle de sélection naturelle comme d’un pouvoir actif ou d’une Divinité ; mais objecte-t-on à un auteur lorsqu’il parle de l’attraction de la gravité comme gouvernant (ruling) les mouvements des planètes ? Chacun sait ce que signifie et implique l’usage de telles expressions métaphysiques ; et elles sont presqu’inévitables si l’on veut être bref. Ainsi, une nouvelle fois, il est difficile d’éviter de personnifier le mot de Nature ; mais j’entends par nature, seulement l’action conjuguée (aggregate action) et le résultat de nombreuses lois de la nature, et par « lois » je désigne la séquence des événements en tant que nous les établissons.»

La « sélection » s’opère sur les petites modifications qui se trouvent affecter les organismes individuels ; à un moment déterminé, telle modification apportera à un organisme donné un  avantage qui lui permettra de l’emporter sur les autres dans la lutte que se livrent nécessairement les êtres vivants pour s’approprier les moyens d’existence ; cette modification se transmettra à sa descendance qui  se répandra au détriment de la formation antérieure. La transformation des formes vivantes apparaît ainsi comme le résultat de l’accumulation continue et progressive de ces modifications insensibles.

        Par sa théorie de la sélection naturelle, Darwin n’affirme donc nullement que la nature présente le témoignage d’un dessein divin, mais au contraire, elle est le fruit du hasard. En effet, les petites variations sur le lot desquelles apparaît le tri dont résulte la transformation apparaissent par hasard  (« by chance »), au sens où elles ne sont dirigées ni par un plan prédéterminé, ni par les seules modifications du milieu. Les petites variations sur lesquelles opère la sélection affectent les individus de façon aléatoire et ne se transmettent à leur descendance qu’en fonction de l’avantage qu’elles confèrent éventuellement à l’organisme considéré dans sa lutte avec les autres organismes pour s’approprier un milieu donné12 . La réussite d’une forme vivante donnée à l’issue de ce « tri » ne signifie nullement qu’elle soit en elle-même plus « parfaite » qu’une autre ; il s’agit d’une réussite temporaire et relative à un état donné  du milieu biotique.

3) Remarque : si ces preuves n’échouaient pas, alors, cela irait contre la foi en Dieu

Contrairement à Kant ou aux empiristes logiques en général, on ne va pas conclure, du fait que toutes les preuves pour prouver l’existence de Dieu et donc justifier la croyance en Dieu on échoué, qu’il est par conséquent absurde ou impossible de croire en Dieu.

a) En effet, la thèse selon laquelle seul ce qui est vérifiable a du sens est un présupposé, et n’est pas elle-même vérifiable

        Cette thèse est appelée  « vérificationnisme ». Cf. le positivisme logique (années 1930-40).

Pour eux, n’a de sens ou ne peut être vrai (avoir du sens étant la même chose qu’être vrai…), soit ce qui peut logiquement être démontré (vérités formelles : logique et mathématque) soit ce qui peut empiriquement être établi (vérités de fait : science). Cf. de nouveau, le texte de Hume issu de l’Enquête sur l’entendement humain, section IV, ci-dessus

Dès lors, on ne peut rien affirmer au sujet de Dieu, et toute déclaration dans laquelle se trouverait le mot Dieu n’aurait pas de sens. Dieu est en effet au-delà de toute expérience possible, et il est un être réel, non une entité logique. Ainsi, la proposition « Dieu créa le monde » n’aurait pas plus de sens que le charabia le plus incompréhensible.
 
 Mais cela ne tient que si leur présupposé même, à savoir, que  ce qui est doué de sens est synonyme de prouvé empiriquement ou bien de non contradiction logique, est fondé.

Or,  on s’est ainsi très vite aperçu que le principe de vérification entraîne le rejet, non seulement des formulations théologiques privées de signification, mais encore, d’un grand nombre d’énoncés scientifiques, sans parler d’un grand nombre d’énoncés d’ordre éthique, esthétique ou métaphysique, de telle sorte que ce principe manquait totalement de fondement.

Pire encore : on réalisa bien vite que ce principe contenait sa propre réfutation. Demandez-vous seulement, par exemple, si la phrase « une proposition sensée doit pouvoir en principe vérifiée expérimentalement » est elle-même capable de se vérifier empiriquement. Bien sûr que non ! On ne trouvera nulle part assez de preuves empiriques pour attester cette vérité. Par conséquent, cette phrase est, selon son propre critère, un assemblage de mots sans signification qui ne devrait guère retenir l’attention du théiste, ou au mieux, elle est une définition arbitraire que le théiste a la liberté de rejeter.

b) La critique radicale de toute affirmation concernant Dieu ne vaut que si ceux qui émettent ces affirmations, adhèrent eux-mêmes au présupposé vérificationniste

        A savoir, si ceux qui disent croire en Dieu croient émettre par là des affirmations de fait. Cf. aujourd’hui les créationnistes, qui affirment que la Genèse raconte ce qui s’est réellement passé.

Or, les énoncés théologiques sont-ils bien des énoncés de fait ?

Il est nécessaire de répondre par la négative, car si on essaie de prouver l’existence de Dieu à la manière satisfaisant un empiriste logique,  alors, Dieu devient une partie du monde, et il n’est plus Dieu (Dieu est toujours supposé être. un genre d’existence radicalement différent de tout autre). Si on pouvait prouver Dieu, l'idée même d'avoir foi en Dieu n'aurait aucun sens! On ne parlerait pas de croyance, de foi, mais de science, de connaissance. On peut donc dire qu’il est absurde et contradictoire de chercher à rendre compte Dieu, et de notre croyance, par l’intermédiaire de la raison, ou par le recours à l’expérience.

Il faut donc dire, contre les vérificationnistes, que tout ce qui a du sens ne s’identifie pas strictement avec ce qui est vrai. Et que le discours religieux a du sens : il permet ou essaie de rendre compte d’une certaine expérience, celle du croyant. Il ne faut en aucun cas prendre à la lettre les propos de celui qui essaie de rendre compte de son expérience religieuse, mais les considérer comme des analogies, des métaphores, etc.

Problèmes concernant l’application d’une telle solution à la religion :

- faut-il alors soutenir que la proposition « Dieu créa le monde » n’est qu’une manière d’exprimer la crainte ou l’admiration ressentie devant l’immensité de l’univers ? Le problème de cette thèse (émotiviste) est qu’elle ne rend compte, ni du discours biblique, ni de celui du simple croyant… En parlant ainsi, ils veulent bien dire que Dieu a créé le monde !

- il paraît alors facile d’affirmer comme les mystiques que Dieu est transcendant à toutes les catégories de la pensée et du langage humains ; le problème c’est qu’alors il est impossible de formuler des vérités à son sujet, et même de formuler quoi que ce soit ; or, n’est-ce pas ce que prétend la théologie, et tout discours religieux ?

C- L’objection fidéiste

Il me semble que le fidéisme permet de répondre à cette question.

Définition du fidéisme : « doctrine qui, au nom de la suffisance absolue de la foi, rejette toute justification rationnelle des dogmes ; elle s’oppose au rationalisme, religieux ou philosophique ».13  

1) La croyance en Dieu n’est pas justifiable

Les fidéistes remettent en question le présupposé même des rationalistes : qu'est-ce que qui justifie qu'une croyance n'est admissible que si on peut en donner des raisons? C'est un présupposé ! Peut-être après tout n’est-il pas justifié de chercher à justifier Dieu par la raison. Peut-être que ce qui est de l’ordre de la foi est irréductible à la raison.

Dès lors, on aurait moyen de sauver la croyance en Dieu, puisque le fait que l’on ne puisse justifier Dieu par la raison, ne voudrait nullement dire que toute croyance en Dieu est injustifiée.

Partant de cette remise en cause possible du présupposé des théistes, i.e., de la thèse selon laquelle rien ne prouve que la croyance en Dieu doit être justifiée (rationnellement), les fidéistes vont donc soutenir que la justification de la croyance en Dieu n'est pas d'ordre rationnel. La raison n’a pas le rôle de validation ou de justification de notre croyance, mais elle sert seulement à parler de celle-ci, de ce à quoi on croit.

Voici quelques auteurs fidéistes :

2)  Kirkegaard

 La croyance en Dieu est une affirmation de base qu'on accepte sans preuves. La croyance en Dieu est une question de confiance, d'amour, de donation de soi, de choix existentiel,…

        Je vous renvoie à ses œuvres.

3) Pascal, Les Pensées 14  

        Même si par la raison on peut arriver à la croyance en l’existence de Dieu, ces preuves ou ces raisons de croire sont inutiles :
 
- elles ne conviennent pas à l’esprit de l’homme (Fr. 190)

- ne conduisent pas à croire en Jésus-Christ qui seul donne le salut –et c’est cela qui importe

- seul Dieu donne la foi, et dans le cœur (Fr. 424 ; 588 ; 7)

Pascal, Les Pensées, Fr. 449 :

Et c’est pourquoi je n’entreprendrai pas ici de prouver par des raisons naturelles, ou l’existence de Dieu, ou la Trinité, ou l’immortalité de l’âme, ni aucune des choses de cette nature ; non seulement parce que je ne me trouverais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis ; mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. Quand un homme serait persuadé que les proportions des nombres  sont des vérités immatérielles, éternelles et dépendantes d’une première vérité en qui elles subsistent, et qu’on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup avancé pour son salut.
Le Dieu des chrétiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de l’ordre des éléments ; c’est la part des païens et des épicuriens. Il ne consiste pas seulement en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suite d’années à ceux qui l’adorent ; c’est la portion des Juifs. Mais le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu des chrétiens, est un Dieu d’amour et de consolation ; c’est un Dieu qui remplit l’âme et le cœur de ceux qu’il possède ;  c’est un Dieu qui leur fait sentir intérieurement leur misère, et sa miséricorde infinie ; qui s’unit au fond de leur âme ; qui la remplit d’humilité, de joie, de confiance, d’amour ; qui les rend incapables d’autre fin que de lui-même.

       Bref, Pascal est bien fidéiste : pour lui, la raison est inapte à nous faire accéder à Dieu ; croire le contraire repose en définitive sur une mauvaise définition de ce qu’est Dieu : le Dieu des philosophes peut bien être l’objet de la raison, pas celui des chrétiens.


Dernières objections au fidéisme :

Comment une telle affirmation devrait-elle nous conduire à adopter telle conception de Dieu plutôt que telle autre,  puisqu'on ne rend pas clair ce en quoi on croit ? Quand on dit qu'elle est injustifiable, est-ce que ce n'est pas seulement parce qu'elle est confuse, indéterminée? Or, en quoi l'indétermination d'une croyance la justifierait-elle mieux que des raisons qu'on pourrait en donner?

Conclusion

        Finalement, quelle solution apparaît être la plus satisfaisante ? Au nom de la croyance philosophique fondamentale, selon laquelle il y a une vérité, nous devons trancher ! Il nous semble que la position fidéiste soit plus soutenable, plus défendable, que la position théiste. Si en effet Dieu pouvait se prouver par la raison, sous sa forme strictement logique ou empirique, alors, sans doute Dieu ne serait pas Dieu, et il n’y aurait plus de foi, ni de croyance, en Dieu.

Disons que la position fidéiste rend mieux compte : de la spécificité de la religion, plus précisément, de l’expérience religieuse ; et également de la nature de la croyance. A suivre donc (prochain « cours » : qu’est-ce que la croyance ? Est-ce que toute croyance, en tant que telle, est irrationnelle ?)

Bibliographie


Anselme (St), Proslogion, Ed du Cerf, T. I
Cicéron, De la nature des dieux
Hume, Dialogues sur la religion naturelle, Profil, n° 705-6 ; Enquête sur l’entendement humain, surtout la section IV
Kant, Critique de la raison pure, Puf Quadrige
Kirkegaard
J. Lagrée, La religion naturelle, Puf Philosophies, 1991
D. Lecourt, L’Amérique entre la Bible et Darwin, Puf Quadrige, n°256
Pascal, Pensées, Ed Lafuma


 NOTES

  1 Kant objectera  qu’une cause non causée est une impossibilité, en se basant sur sa théorie de la causalité, qui stipule qu’elle est imposée aux choses du monde par notre esprit. En effet, si l’idée de causalité est imposée à la réalité extérieure par nos esprits, elle ne peut devenir la base pour une preuve de l’existence de Dieu. Nous pouvons seulement connaître les choses telles qu’elles nous apparaissent, non comme elles sont en elles-mêmes. Mais on peut « sauver » ces arguments en disant qu’ils nous « montrent » que Dieu est considéré comme une chose au-delà de toutes choses, et qui pourtant est impliquée dans toutes ces choses.
2  Normalement, il faut distinguer les termes de « théologie » et de « religion ». La théologie désigne le discours sur Dieu ; la religion, elle, désigne la croyance en Dieu, ainsi que  les rites concernant les moyens d’accéder à Dieu, de le vénérer, etc. Conséquence : on n’est pas obligé de croire en Dieu pour être théologien (ainsi certains philosophes, ceux qui démontrent l’existence de Dieu, font bien de la théologie). Mais en ce qui concerne la religion naturelle, il me semble que les deux termes ne se distinguent plus vraiment. En effet, la religion naturelle n’est nullement une religion empirique particulière, mais elle est le noyau commun à toute religion. D’ailleurs, n’avons-nous pas vu ci-dessus que parmi ses synonymes, on trouve « la religion des philosophes », et le « théisme », qui est une position, non religieuse, mais théologique ?  
3  Note dans le texte : « la présomption (praesumptia, prolêpsis) est un germe d’idée, inné chez tous, que l’expérience développera ; certaines expériences font aussi germer chez tous la conviction (vraie) que des dieux existent ; par exemple, l’ordre du cosmos, ou l’existence de cultes (on ne peut pas rendre de culte à ce qui n’existe pas) ; d’où viendrait  l’existence des cultes –nous dirions : des religions- si les dieux n’existaient pas ? D’où sortirait une pareille unanimité dans la religiosité, si la religiosité ne reposait sur rien ? ».
4  L’existence est pour Anselme, une partie nécessaire de l’idée de Dieu (cf. chapitre 4). Dieu n’est pas pensé comme un objet parmi les autres : le mot de “Dieu” n’est pas utilisé comme le nom de quelque chose. Dieu n’est pas un “objet”, et par conséquent, n’existe pas de la même manière que les autres choses. Dès lors, on peut dire que la chose la plus parfaite d’Anselme est une intuition, liée à la nécessité que, s’il y a des degrés de perfection, il est nécessaire qu’il y en ait un plus parfait. Dans cette optique, cet argument n’est plus seulement logique, et on peut peut-être le sauver ?
5  Kant est exactement du même avis, quand il soutient que la raison théorique ne peut démontrer l’existence de Dieu.
6  Question directrice : cet agencement de causes finales ne pourrait-il pas n’être que le fruit du hasard ?

7  Cette conception était très importante pour l’Eglise, car elle permettait d’isoler l’homme de tous les autres vivants, conformément au texte des Ecritures. Le botaniste Linné (1707-1778) en avait donné une version « rationnelle » et moderne. Cela est facilement compréhensible : a-t-on jamais vu apparaître de nouvelles espèces ?
8  C’est pourquoi la théorie de Darwin n’est pas une « théorie de l’évolution », mais des « descendances avec modifications »
9  Cf. cours histoire, le chapitre sur le vivant, à l’intérieur de l’explication du texte de Kant
10  Stephen Jay Gould, dans Le pouce du panda, les grandes énigmes de l‘évolution, Livre de Poche,  1982, a donné en exemple de ce texte celui du pouce du panda : anatomiquement parlant, ce n’est nullement un pouce, parce qu’il n’est pas un doigt ; mais il s’est construit, façonné à un usage de pouce, en partant d’un os du poignet, sous l’effet de la sélection naturelle.
11  L’interprétation finaliste de la sélection naturelle vient de ce que Darwin invoque, pour en rendre compte, l’activité des éleveurs et des horticulteurs, donc, se réfère à l’activité humaine. Mais est-ce une simple analogie destinée ) se faire comprendre, ou bien, selon ses propres termes, « pour être bref » ? De nombreux textes de Darwin incitent à penser cela. Il prend en effet toujours bien soin de distinguer les espèces domestiquées et artificielles des espèces naturelles, même quand il les compare. Mais la sélection naturelle suggère bien que la nature travaillerait pour le bien de l’espèce, i.e., sa meilleure adaptation possible aux conditions du milieu.  Ainsi, si Darwin élimine bien la finalité sous la forme d’un agent externe personnifié, voire divinisé, il le réintroduirait finalement à l’intérieur même d’un mécanisme…
12  L’origine des espèces, chapitre 5.
13  Encyclopédie philosophique universelle, Les notions philosophiques, Puf, T. I
14  Ed. Lafuma

 

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