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Introduction
On emploie communément lexpression
suivant laquelle " les apparences sont trompeuses "
-qui signifie que le réel nest pas ce qui apparaît,
que lêtre est au-delà des apparences. Or, il
revient à Platon davoir formulé le premier de
façon " savante " cette distinction.
Pour Platon, en effet, il convient dopposer les apparences
à la réalité, ou encore, le monde sensible
au monde des Idées. Cette distinction est à la fois
ontologique épistémologique, puisque si elle revient
dabord à distinguer divers degrés dêtre,
elle correspond également à divers degrés de
la connaissance. Pour illustrer cette opposition, Platon utilise,
dans République, Livre VI, une allégorie,
celle de la caverne .
I-
Le monde des apparences et le monde de lêtre
A-
Lallégorie de la caverne
Lisez le texte (op.cit.) de " Figure-toi
des hommes
" à " ombres des
objets perfectionnés. Cest de toute nécessité,
dit-il ".
Platon imagine des prisonniers enchaînés
au fond dune caverne sombre ; cette caverne symbolise
le monde sensible, celui dans lequel nous vivons ; les prisonniers,
cest nous. Platon " montre " que les sons
répercutés par les murs de la caverne seraient pris
pour les voix des ombres. Ces prisonniers prennent donc pour le
réel ce qui nest que le reflet dune image. Ils
sont dans lillusion totale. Cest pourquoi le monde sensible
est appelé " le monde des apparences " :
cest le domaine de lillusion. Nous croyons connaître,
veut nous dire Platon, le monde tel quil est vraiment, mais
en fait, nous navons accès quà son apparence.
Platon lui oppose un monde vrai, le monde des Idées.
B- Mais que sont le monde sensible et le monde des Idées ?
Pourquoi distinguer deux mondes ?
Pour bien comprendre la raison dêtre
de cette distinction, il faut préciser que Platon sest
voulu lhéritier de Socrate, ce philosophe mis à
mort par la cité athénienne, parce quil dérangeait
les citoyens, et surtout, les sophistes. Contre ces derniers, qui
soutenaient que toutes les opinions se valent, Socrate avait inventé
un remède : la question philosophique. Forme de questionnement
destinée à montrer à ses interlocuteurs que
ce quils croient savoir, ils ne le savent pas. Ils nont
que des opinions (=savoir non fondé, préjugé).
Cf. cours dintroduction à la philosophie, sur
la maïeutique (début septembre).
Socrate posait donc sans arrêt la question
" quest-ce que ". Exemple : quest-ce
que la beauté?
| Platon, Hippias majeur
Contexte : Socrate dialogue avec
Hippias. Ce dernier est en train de raconter à Socrate
que récemment, il a emporté un grand succès
concernant un discours concernant " les belles occupations
auxquelles un jeune homme doit se livrer ". Socrate
en profite pour le mettre à la question. Il raconte
à Hippias que récemment, en discutant avec un
ami, il avait blâmé des choses comme laides,
et dautres, comme belles. Or, quelquun lui a demandé : " Dis-moi,
Socrate, doù sais-tu quelles sont les choses
belles et quelles sont les choses qui sont laides ? Voyons,
peux-tu me dire ce quest le beau ? ".
Nayant pas réussi à répondre à
cette question (car Socrate " ne sait rien " !),
il va donc profiter dêtre en compagnie dun
savant, Hippias, qui prétend savoir ce quest
le beau. Il va revêtir le personnage de celui qui la
mis dans lembarras, et poser à Hippias les questions
quil aurait posées à Socrate sil
avait prétendu savoir ce quest le beau.
" Socrate : dis-moi maintenant,
étranger, poursuivra-t-il, ce que cest que cette
beauté
Hippias : le questionneur, nest-ce
pas, Socrate, veut savoir quelle chose
est belle ?
Socrate : je ne crois pas, Hippias,
il veut savoir ce quest le beau
Hippias : et quelle différence
y a-t-il de cette question à lautre ?
Socrate : tu nen vois pas ?
Hippias : je nen vois aucune
Socrate : il est évident que
tu ty entends mieux que moi. Néanmoins, fais
attention, mon bon ami : il ne te demande pas quelle
chose est belle, mais ce quest le beau.
Hippias : (
) le beau, cest
une belle fille
(
) Socrate : permets, Hippias,
que je prenne à mon compte ce que tu viens de dire.
Lui va me poser la question suivante : " allons,
Socrate, réponds. Toutes ces choses que tu qualifies
de belles ne sauraient être belles que si le beau
en soi existe ? ". Pour ma part,
je confesserai que, si une belle fille est belle, cest
quil existe quelque chose qui donne leur beauté
aux belles choses. " |
La bonne manière de répondre à
la question " quest-ce que ", ne consiste
pas à donner des exemples (dans le cas de la beauté,
on ne répond pas à la question quest-ce que
la beauté en répondant : une belle fille, une
belle marmite, une uvre dart, etc.). Mais elle consiste
à dire ce quest en soi, partout et toujours, la beauté,
ce qui peut sappliquer à tous les exemples. Cest
une définition, un concept
(NB : voilà pourquoi lexemple
est anti-philosophique : il est anti-conceptuel).
Platon, réfléchissant sur linvention
socratique de la définition, va dire que le " quest-ce
que ", cest lessence, la réalité,
de la chose définie. Ce qui revient à dire que la
définition nest pas quune définition de
mots, mais une chose réelle. Ainsi, la définition
de la beauté, cest la beauté.
La beauté existe, est une entité
réelle. Elle est une réalité permanente qui
existe indépendamment des mots. Ce nest pas seulement
un mot utilisé pour relier entre elles des réalités
individuelles qui se ressemblent, mais elle existe, et est une réalité
qui se situe au-delà des choses individuelles qui sont dites
être " belles ".
NB : cest un réalisme épistémologique,
qui consiste à réifier les concepts ou les significations
des mots. Si Platon fait ça, cest parce que dans le
monde tout est en devenir ; ainsi, si je dis de telle femme :
" elle est belle ", le problème est que
cet énoncé ne sera pas toujours vrai parce que la
femme dont je parle peut et va sans doute devenir laide ou moins
belle. Ainsi, ce qui gêne Platon, cest que si on na
rien de stable, rien ne peut fonder la connaissance ou les définitions.
Il faut quelque chose qui soit susceptible de fonder un savoir sûr
et certain ; comme dans le monde qui nous entoure, tout change
sans arrêt, alors, il faut quil y ait un autre monde
que celui-ci
Ce genre de réalités générales
est appelé " formes " ou " Idées ".
Ce sont les modèles, les " archétypes ",
dont sont issues les choses du mondes sensibles. Plus précisément,
les choses sensibles sont les exemplifications ou exemplaires de
ces copies toujours imparfaits par définition. Exemple :
la belle fille est un exemplaire de lIdée de Beau,
elle participe de la Beauté ; mais elle nest pas
la Beauté.
Lensemble de ces Idées forme le " monde
des Idées ", séparé du monde
sensible qui nen offre donc que la copie imparfaite. Dans
ce monde des Idées, Platon fait une hiérarchie :
la plus haute ou plus réelle des Idées, cest
lIdée du Bien. Cest le but même de la recherche
philosophique dy parvenir, au terme dune ascension appelée
" dialectique ".
II-
la sortie de la caverne ou laccession à la vérité
Lire suite du texte (op. cit.)
Platon, après avoir décrit la caverne,
va montrer quil est possible daccéder à
la connaissance (aux Idées). Il va montrer quels sont les
divers degrés de connaissance que lon doit parcourir
pour y accéder ; à ces divers degrés de connaissance,
vont correspondre divers degrés de lêtre Il faut
savoir que la raison pour laquelle Platon fait correspondre aux
divers degrés dêtre, divers degrés de
connaissance, est son réalisme épistémologique
(il passe sans cesse de la réalité à la connaissance,
pour ne pas dire quil les confond !).Conséquence :
vous allez voir que pour Platon, une connaissance a dautant
plus de valeur que son objet en a.
-
Le prisonnier qui parvient à se détacher (il représente
bien entendu le philosophe) commencera par refuser de regarder la
lumière, à cause de la souffrance causée par
léblouissement. Il ne demandera quà retourner
dans la caverne (cest difficile, de philosopher, de se débarrasser
de ses opinions !). Avec laccoutumance, toutefois, il
regardera dabord les figurines qui sont des copies dhommes
ou danimaux. Sa première tendance sera de les prendre
pour la réalité, pour les objets eux-mêmes.
Cest une croyance erronée, la plus répandue.
Puis, il va parvenir, lentement, à se détacher du
monde de lopinion et de la foi pour se tourner vers le monde
intelligible (monde des Idées). Celui-ci est représenté
par le Soleil.
B- Platon symbolise le tout par une ligne
Il divise cette ligne en différents segments,
qui représentent un type dobjets et la connaissance
qui les livre. A = objets visibles (connus par expérience
empirique) ; B = objets intelligibles (appelés tels
parce quils sont connus par lesprit). A lire suivant
la proportion suivante : b est à a comme d est à
c, comme B est A
Premier tableau : niveau ontologique :
les divers degrés dêtre
| a
Images :
Ombres,
Reflets naturels, uvres dart
|
b
Modèles de a:
Etres vivants et artificiels (un lit, un animal) |
c
Objet mathématique
(réalisme mathématique :
les nombres, les figures, etc., existent réellement,
indépendamment de notre esprit, et sont même
plus réels que les objets b) |
d
Idées pures
(Idée de lit, Idée danimal,
Idée de nombre, etc.) |
Deuxième tableau : niveau épistémologique :
les divers degrés de connaissance
| Illusion des sens (eikasia)
On confond les images avec les choses quelles
représentent (Platon naime pas les images, il
aurait beaucoup critiqué la télé, le
cinéma) |
Croyance (pistis)
On croit que le réel est ce que nous donne notre perception
sensible (on confond le sensible avec l'être). Rejoint
l'opinion (doxa) qui est un préjugé ("savoir"
non fondé) |
Raison (dianoia) ou
connaissance mathématique = hypothétique.
Opère par définitions, axiomes,
théorèmes, dont elle déduit des propositions
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Intelligence
(epistèmè) ou connaissance dialectique =anhypothétique ;
meilleur mode de connaissance : cest la vision
du réel tel quil est en soi. Obtenue en saffranchissant
des sens. |
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