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Introduction
Si cette question se pose, cest parce que
les mathématiques sont considérées comme la
connaissance la plus certaine, comme méritant le plus pleinement
le titre de " science " et de " vérité ".
Ce quon ne met nullement en question, cest
que les mathématiques soient une connaissance.
Or, quest-ce quest-ce qui caractérise
une connaissance? Une connaissance se caractérise surtout
par le fait davoir un objet, et elle doit nous apporter des
informations sur cet objet (ses propriétés, etc.).
Les sciences naturelles (science physique, biologie,
chimie, histoire, etc.) sont bien des connaissances (à
tel point que, dun point de vue général, science
et connaissance sont des termes synonymes) : dune façon
générale, ce qui caractérise les sciences est
quelles ont un objet, même si, en grande partie, ces
objets sont constitués par des théories (par exemple,
en physique, les atomes, électrons, champs de gravitation,
en biologie, les cellules, les molécules, etc.). Elles nous
parlent de quelque chose, et nous font connaître les caractéristiques
de ces objets.
Nous estimons communément
que les mathématiques sont une connaissance, et une science.
Quels sont alors les objets des mathématiques ?
On pourrait répondre : des fonctions,
des isomorphismes, des polynômes, des nombres complexes, etc.
Il semble toutefois que ces " objets "
ne soient pas des objets au même sens que ceux des sciences,
i.e., quils ne rendent possible aucune expérience et
ne peuvent faire lobjet daucune expérience. Ainsi,
on ne fait pas lexpérience dun nombre mais dun
nombre donné de pommes, par exemple. Les mathématiques
nauraient donc pas dobjets réels. Ne faut-il
pas dire alors que le savoir le plus respecté, paradoxalement,
ne porte sur rien ?
Mais peut-être peut-on dire, pour sauver
les mathématiques, que ce qui fait quelles sont des
vérités sûres et certaines, cest justement
quelles nont pas dobjet ? Et quelles sont,
dès lors, des vérités dun type particulier?
Mais seront-elles encore des connaissances à
part entière? Pourront-elles encore nous permettre de connaître
quoi que ce soit? Ne seront-elles pas stériles, envisagées
du point de vue de la connaissance ? Ne serviront-elles pas à
tout autre chose quà connaître quoi que ce soit
?
Pour répondre à notre question, nous
devrons donc aussi répondre à la question de savoir
si les mathématiques ont un objet ; nous devrons donc
discuter des deux grandes positions sur ce point, qui sont les suivantes :
1)celle selon laquelle les math ont bien des objets
(mais on ne voit pas de quelle nature ils peuvent être)
2)celle selon laquelle les math nont pas
dobjet (mais on ne voit pas bien ce quelles nous permettent
de connaître et surtout pourquoi elles sont considérées
comme le domaine privilégié de la vérité)
Commençons par ce premier argument, puisque
cest de là que nous sommes partis.
I-
particularité des vérités logiques et mathématiques
A-
Les mathématiques ne sont pas une connaissance empirique
mais purement formelle, comme la logique
1)
Hume : les vérités analytiques et synthétiques
| Hume, Enquête
sur lentendement humain, IV, 1, § §
1 et 2
Tous les objets de la raison
humaine ou de nos recherches peuvent naturellement se diviser
en deux genres, à savoir les relations didées
et les faits. Du premier genre sont les sciences de la géométrie,
de lalgèbre et de larithmétique
et, en bref, toute affirmation qui est intuitivement ou
démonstrativement certaine. Le carré de
lhypothénuse est égal au carré
des deux côtés, cette proposition exprime
une relation entre ces figures. Trois fois cinq est égal
à la moitié de trente, exprime une relation
entre ces nombres. Les propositions de ce genre, on peut
les découvrir par la seule opération de la
pensée, sans dépendre de rien de ce qui existe
dans lunivers. Même sil ny avait
jamais eu de cerce ou de triangle dans la nature, les vérités
démontrées par Euclide conserveraient pour
toujours leur certitude et leur évidence.
Les faits, qui sont les seconds
objets de la raison humaine, on ne les établit pas
de la même manière ; et lévidence
de leur vérité, aussi grande quelle
soit, nest pas dune nature semblable à
la précédente. Le contraire dun fait
quelconque est toujours possible, car il nimplique
pas contradiction et lesprit le conçoit aussi
facilement et aussi distinctement que sil concordait
pleinement avec la réalité. Le soleil ne
se lèvera pas demain, cette proposition nest
pas moins intelligible et elle nimplique pas plus
contradiction que laffirmation : il se lèvera.
Nous tenterions donc en vain den démontrer
la fausseté. Si elle était démonstrativement
fausse, elle impliquerait contradiction et lesprit
ne pourrait jamais la concevoir distinctement. |
Commentaire
Hume distingue ici deux genres de connaissances
humaines, et deux statuts correspondant de vérités.
Dun côté, il y a les connaissances
qui portent sur le monde, sur la réalité concrète.
On peut y ranger les connaissances empiriques, les sciences de la
nature, etc. De lautre, il y a les connnaissances logiques
et mathématiques, qui elles ne portent pas sur le monde,
ni par conséquent sur des entités réellement
existantes, mais sur les idées de notre esprit et leur mise
en relation.
Conséquence :
a)
les premières connaissance sont des vérités
synthétiques
Exemples de vérités synthétiques :
" le soleil se lèvera demain " ;
" la lune tourne autour de la terre ".
Deux caractéristiques majeures :
- Portant sur le monde, elles sont variables, car
le monde peut toujours changer. Il peut très bien y avoir
une catastrophe nucléaire, si bien que le soleil ne se lèvera
pas demain ; ibido pour la lune
Ces vérités
peuvent donc devenir, de vraies quelles étaient, fausses.
- Elles sont a posteriori, i.e., on a besoin, pour
les vérifier, de recourir à lexpérience.
On ne peut pas savoir que la lune tourne autour de la terre, si
on ne la pas observé. Ibido pour le soleil.
b) Les secondes
connaissances sont appelées vérités analytiques
Hume en donne deux exemples, qui sont exclusivement
de nature mathématique :
(1) le carré de lhypothénuse
est égal au carré des deux côtés
(2) trois fois cinq est égal à la
moitié de trente
Caractéristiques majeures, par rapport aux
vérités synthétiques :
- Ne portant pas sur le monde, elles ne sont pas
sujettes à changement, elles ne peuvent savérer
fausses demain. Elles sont toujours, i.e., nécessairement,
vraies. Vérités éternelles.
- On na nullement besoin, pour les connaître,
de recourir à lobservation du monde extérieur.
Elles sont a priori.
Bien sûr, on peut donner des exemples non
mathématiques de ces vérités :
(3) la licorne na quune corne sur la
tête
(4) les célibataires ne sont pas mariés
(5) une chose (a) ne peut être en même
temps elle-même et son contraire (non a)
Toutes ces vérités sont analytiques
en ce que, pour les vérifier, on na nullement besoin
de recourir à lexpérience, mais on peut se contenter
de développer la signification du premier terme, ; on
obtient alors, par déduction, le second terme.
2)
Les mathématiques sont donc de nature logique
Cela paraît aller de soi, cf.fait que dans
le programme de Terminale, on met ensemble logique et mathématiques
: on présuppose bien quil y a une raison fondamentale
de les mettre ensemble, et que parler de lune, cest
parler de lautre.
Afin de voir quels sont leurs caractères
communs, nous allons étudier rapidement chacune de ces deux
disciplines.
a)
Quest-ce que la logique formelle ?
a1) Une science du raisonnement valide
La logique formelle est une science qui détermine
quelles sont les formes correctes de raisonnement (" propositions ").
Elle sintéresse à leur validité, et celle-ci
se détermine en considérant la forme de ce raisonnement,
non sa matière (contenu). Pour ce faire, on va donc symboliser
les propositions.
a2) Eléments de la logique formelle aristotélicienne
Chez Aristote, linventeur de la logique (cf.
Premiers et seconds analytiques), une proposition se décompose
en sujet (ce de quoi on affirme), prédicat (ce qui est affirmé),
copule (qui lie les deux). NB : seuls le sujet et le prédicat
sont symbolisés (par S et P).
Une proposition a une quantité (universelle
ou particulière) et une qualité (affirmative ou négative),
ce qui, par combinaison, donne pour les mêmes termes 4 propositions
(carré logique) :
(1) tout S est P
(2) nul S nest P
(3) quelque S est P
(4) quelque S nest pas P
On peut relier les valeurs de vérité
de ces propositions opposées :
- les deux universelles ne peuvent être vraies
ensemble ( mais elles peuvent être fausses ensemble)
- si une universelle est vraie, la particulière
de même qualité lest, et la vérité
dune proposition entraîne la fausseté de celle
qui possède une quantité et une qualité opposée.
Aristote appelle le raisonnement logiquement valide,
un syllogisme. Caractéristiques majeures du syllogisme :
- une suite de trois propositions telle quune
fois les deux premières (prémisses) accordées,
la troisième (conclusion) ne peut être refusée.
- il repose sur trois termes : la conclusion
seffectue parce quun terme commun aux deux prémisses
permet de relier les autres termes.
- suivant la disposition de ce moyen terme (M),
on a différentes figures : MA, MB, BA (première
figure) ; AM, BM, BA (deuxième figure) ; MA, MB,
BA (troisième figure) ; AM, MB, BA (quatrième
figure)
- les figures donnent lieu à différents
modes selon la quantité et la qualité de leurs propositions
(exemple : tout M est A, tout B est M, donc tout B est A, mode
de la première figure)
La syllogistique sefforce de démontrer
sur ces schémas quels sont les modes valides, i.e., ceux
pour lesquels, les prémisses étant vraies, la conclusion
lest. Pour être valide, un syllogisme doit être
conforme au schéma dun mode valide ; la validité
dun raisonnement quelconque dépend uniquement de sa
forme.
Donc : la logique est une science autonome,
qui a un objet propre, les formes de démonstration. Mais
cet objet na pas de contenu. La logique ne nous apporte pas
dinformations, ne décrit rien
a3) Eléments de logique contemporaine
La logique aristotélicienne sera plus tard
" améliorée " ; elle a en
effet des limites, comme par exemple de symboliser seulement les
individus (Socrate), les espèces (lhomme), les concepts
(mortel), quelle met en relation, et dont elle analyse leurs
relations.
Aujourdhui, cest lensemble des
trois éléments aristotéliciens qui est lélément
(proposition élémentaire), et est donc lélément
mis en relation avec dautres (propositions élémentaires).
On symbolise ces propositions élémentaires
par p, q, r. Elles sont reliées par des opérateurs
propositionnels : ou, et, non, si alors, ssi, eux-mêmes
représentés par des symboles. On peut les qualifier
seulement de vraies ou fausses.
Exemple :
(1) je suis au pôle nord = p
(2) il fait froid = q
(3) si je suis au pôle nord alors il fait
froid = p.q
a4) Stérilité de la logique :
la validité logique na rien à voir avec la vérité
matérielle
La déduction ou le syllogisme est un raisonnement
seulement formel, i.e., qui na rien à voir avec le
réel. Ce que ne permet aucunement de savoir la déduction,
cest si les prémisses sont vraies ou non. Tout ce quelle
nous permet de dire, cest que si elles sont vraies, alors,
la conclusion lest aussi (i.e., de déduire des énoncés
à partir dautres énoncés).
Exemple :
(1)tous les chats ont cinq pattes
(2)Gromatou est mon chat
(3)Gromatou a cinq pattes
Est un raisonnement valide, car si (1) et (2) sont
vraies, alors, (3) lest aussi. Mais bien entendu il est faux
matériellement.
Conclusion a) : la logique est donc purement
formelle, elle napporte pas de connaissance sur le monde,
elle na pas vraiment dobjet propre. Et elle est stérile,
au sens où elle ne peut nous apporter de connaissances.
b)
Nature du raisonnement mathématique
Dans le texte de Hume étudié ci-dessus,
nous avons vu que le raisonnement mathématique consiste à
établir des relations entre certains "objets" ou
"définitions" (hypoténuse, triangle, cinq,
etc.) : ainsi disait-il :
"Le carré de lhypothénuse
est égal au carré des deux côtés,
cette proposition exprime une relation entre ces figures. Trois
fois cinq est égal à la moitié de trente,
exprime une relation entre ces nombres."
Mais comment opère-t-on cette mise en relation
? Par des procédés logiques, ie, par une "démonstration"
: cf. ce texte célèbre de Platon, qui résume
bien la méthode mathématique :
| Platon, La
république, VI, 510, c, d
Ceux qui travaillent sur
la géométrie, sur les calculs (
), une
fois qu'ils ont posé par hypothèse l'existence
de l'impair et du pair, celle des figures, celle des trois
espèces d'angles (
), procèdent à
l'égard de ces notions comme à l'égard
des choses qu'ils savent ; les maniant pour leur usage comme
des hypothèses, ils n'estiment plus avoir à
en rendre nullement raison, ni à eux-mêmes,
ni à autrui, comme si elles étaient claires
pour tout le monde ; puis, les prenant pour point de départ,
parcourant dès lors le reste du chemin, ils
finissent par atteindre, en restant d'accord avec eux-mêmes,
la proposition à l'examen de laquelle ils ont bien
pu s'attaquer en partant. |
Ce qui est essentiel : le respect du principe de
non-contradiction, règle essentielle de la logique. C'est
la logique qui guide donc le raisonnement mathématique. Toutes
les propositions quénonce les mathématiques
peuvent se tirer les unes des autres par les règles de la
logique formelle.
C'est bien ce que fait la géométrie
d'Euclide : quand on énonce quelque chose sur les objets
de la géométrie (plans, lignes, points) et leurs relations
appartenir, être situé entre, être congru) on
le fait par déduction, en veillant à ce que cet énoncé
soit une conséquence logique de ce qu'on a posé au
départ (système d'axiomes qui les régit). Premier
système hypothético-déductif
Si le raisonnement mathématique est déductif,
alors, il est de nature logique. Il respecte la logique, et il est
formel. De plus, on ne peut pas dire quil nous apporte une
connaissance sur le monde
(du moins, cela paraît bizarre
quil puisse le faire ; mais cest ce qui sera discuté
plus tard).
c) Points communs
de la logique et des mathématiques
Logique et mathématiques sont donc purement
formelles, elles ne portent pas sur le monde empirique, et nont
aucun contenu; dans les deux cas, on manipule des symboles formels,
abstraits, en les mettant en relation par des relations de type
" logique ", elles aussi abstraites; par conséquent,
on ne parlera pas strictement à leur égard de vérité
mais de validité
Une telle thèse a inspiré dailleurs
des programmes de réduction des mathématiques à
la logique. On insiste alors fortement sur le côté
abstrait des mathématiques. Ce sont :
- le logicisme (Russell et Whitehead, Frege, mais
aussi Leibniz) : cherche à construire déductivement
les mathématiques à partir dun langage logique
élémentaire.
- le formalisme (Hilbert, mais aussi Pascal) :
la " pensée " mathématique na
dexistence que dans les systèmes décriture
qui la manifestent (i.e., sur le papier) ; tout est rédutible
à des symboles logiques, dépourvus de contenu ;
et les mathématiques sont entièrement démontrables,
non contradictoires (i.e., conformes à norme logique suprême)
NB : Je ne mattarde pas sur ces deux
programmes, car ma question nest pas de savoir si les mathématiques
sont ou non réductibles à la logique. Et puis, le
cours serait encore plus long quil ne lest déjà !
B-
Logique et mathématiques ne sont pas des connaissances au
sens strict
Problème : logique et mathématiques
ne sont pas des connaissances à part entière, puisquelles
nont pas de caractère informatif. Elles nont
à voir quavec les règles de lesprit ;
elles ne parlent donc que de lesprit, et nont pas dobjet.
Ce sont soit :
- des conventions, des normes pour penser correctement,
- ou bien des lois naturelles de la pensée
(mais la nature peut-elle être source de normes ? il
semble quon puisse parler de lois naturelles de la pensée
en recourant à la sélection naturelle, cf. cours religion,
partie sur Darwin).
Mathématiques et logique servent alors seulement
à savoir raisonner, à penser correctement. Ce nest
que de façon indirecte quelles servent la connaissance :
elles nous montrent comment utiliser notre esprit pour connaître
la réalité. (Aristote appelait sa logique un " organon "
= instrument).
Ce sont seulement des auxilliaires pour la connaissance.
1)
la logique, auxilliaire de la connaissance
Voici quelques textes :
| Guillaume
dOccam, Prolégomènes du Commentaire
sur les livres de lart logique, trad. française
R. Galibois, Publications du Centre dEtudes de la
Renaissance, Université de Sherbrooke (Québec),
1978, pp. 54-55 :
Troisièmement, il
faut traiter de lutilité de cette science.
Il faut savoir à ce sujet que cette science sert
à de multiples fins, dont lune est la facilité
de discerner entre le vrai et le faux. Car si on possède
parfaitement cette science, on juge facilement de ce qui
est vrai et de ce qui est faux, lorsquil sagit
de ce que lon peut savoir par le moyen des propositions
connues de soi. Comme il nest nécessaire, en
effet, en de pareilles matières, que de procéder
avec ordre, en allant des propositions connues de soi à
ce qui en découle finalement, et comme la logique
enseigne semblable processus discursif, il en résulte
que, grâce à elle, on écouvre facilement
le vrai en de pareilles matières et que, pour la
même raison, on discerne facilement le vrai du faux.
La logique est encore utile
en ce quelle permet de répondre promptement.
Car cette science enseigne à discerner ce qui est
incompatible avec la chose proposée, ce qui en est
le conséquent, ce qui en est lantécédent ;
une fois connues ces trois choses, cest en toute facilité
quon nie lincompatible, quon concède
le conséquent et quon répond que lantécédent
est non pertinent, en raison de sa nature. Cet art enseigne
aussi la solution de tous les arguments qui pèchent
dans la forme ; et il nest pas possible, en quelque
science que ce soit, dinférer sophistiquement
à partir de propositions vraies quelque chose de
faux, sans que, grâce aux règles certaines
quenseigne la logique, on ne décèle
facilement pareille défaillance, ce qui est impossible
sans la logique ou sans son emploi ; et par conséquent,
ceux qui ignorent cette science prennent de nombreuses démonstrations
pour des sophismes, et, inversement, accueillent à
titre de démonstrations bien des sophismes, faute
de savoir distinguer entre le syllogisme sophistique et
le démonstratif.
La logique sert encore à
rendre facile de percevoir la valeur des mots et la façon
propre de parler. Car grâce à cet art, on sait
facilement ce que disent les auteurs au sens littéral
du discours, ce quils disent, non en un sens littéral,
mais selon la façon courante de parler ou daprès
leur intention particulière, ce que lon dit
proprement, ce que lon dit métaphoriquement ;
et cela est surtout nécessaire à tous ceux
qui sappliquent à comprendre les paroles dautrui ;
car ceux qui interprètent toujors au sens littéral
et propre tous les propos des auteurs, tombent dans de nombreuses
erreurs et dinextricables difficultés. |
Lectures conseillées : Arnauld et Nicole,
La logique de Port Royal ; Descartes, Regulae (Règles
pour la direction de lesprit)
2)
les mathématiques, auxilliaires de la connaissance
Cf. Platon, République : celui
qui prend lhabitude de faire des raisonnements mathématiques
prend lhabitude de se détacher des sens, du monde sensible.
Or, pour lui, lêtre véritable nest pas
sensible mais intelligible. Les mathématiques nous permettent
donc daccéder au monde intelligible, à la science
de lêtre.
II-
le statut ontologique des mathematiques
Mais les mathématiques ne sont-elles que
jeu de lesprit, ou lois naturelles de la pensée ?
Sont-elles vraiment de même nature que la logique ?
Enjeu : si on découvre que non, alors,
on pourra alors dire quelles sont bien une connaissance à
part entière.
Plusieurs raisons fondamentales nous inclinent
à croire que les mathématiques ne sont pas strictement
réductibles à la logique. On en relève principalement
trois.
A-
léchec des programmes de reduction des mathematiques
a la logique appelle à chercher un
autre fondement que la logique pour penser les mathématiques
1)
Léchec du formalisme : le théorème
de Gödel
1931 : Gödel établit lexistence,
à lintérieur de tout système formel,
comme celui de Hilbert) qui suppose larithmétique élémentaire,
et même à lintérieur du système
formalisé de larithmétique, dune proposition
vraie mais non démontrable (i.e., non déductible des
axiomes). Les mathématiques ne sont pas entièrement
formalisables, et donc sans doute pas de nature logique.
Impossibilité de démontrer la non-contradiction
dun système formel à laide des seules
ressources quil contient lui-même.
Cela mène à penser que les mathématiques,
contrairement à la logique, ont quelque chose de non formel.
2)
Kant, Prolégomènes
à toute métaphysique future qui voudra se présenter
comme science, I, § 2, c, ii : le jugement mathématique
nest pas analytique mais synthétique, car il nécessite
le recours à lintuition
| Kant, Prolégomènes,
I, § 2,c, ii
Les jugements mathématiques
sont tous synthétiques. Cest là une
proposition qui semble avoir à ce jour complètement
échappé aux remarques des analystes de la
raison humaine, qui semble même aller contre toutes
leurs attentes, bien quelle soit incontestablement
certaine et lourde de conséquences. Car comme on
trouvait que les raisonnements des mathématiciens
seffectuaient tous selon le principe de contradiction
(la nature de toute certitude apodictique lexige),
on se persuadait que les principes des mathématiques,
eux aussi, étaient connus à partir du principe
de contradiction ; grave erreur, car sil est
bien vrai quune proposition synthétique peut
être comprise selon le principe de contradiction,
ce nest jamais en elle-même, mais seulement
à la condition de supposer une autre proposition
synthétique dont elle peut être déduite.
Il faut tout dabord
remarquer que les propositions proprement mathématiques
sont toujours des jugements a priori et non pas empiriques,
puisquelles comportent une nécessité
qui ne saurait être tirée de lexpérience.
Si lon ne consent pas à maccorder cela,
eh bien je restreins ma thèse à la mathématique
pure, dont le concept implique déjà que
que ce nest pas une connaissance empirique quelle
contient, mais uniquement une pure connaissance a priori.
Au premier abord, on pourrait
bien penser que la proposition : 7 + 5 = 12 est une
proposition simplement analytique, qui découle du
concept dune somme de sept et cinq selon le principe
de contradiction. Mais quand on y regarde de plus près,
on trouve que le concept de la somme de sept et
cinq ne contient rien de plus que la conjonction de deux
nombres en un nombre unique, sans que par là soit
aucunement pensé quel est ce nombre unique qui les
englobe tous deux. Le concept de douze nest en aucune
façon déjà pensé par le fait
de penser simplement la conjonction de sept et de cinq,
et je peux bien mobstiner à analyser mon concept
dune telle somme possible, je ny rencontrerai
pas le douze. Il faut sortir de ce concept et le dépasser
en recourant à lintuition qui correspond à
lun des deux nombres, par exemple les cinq doigts
de sa main, ou cinq points (
) et en ajoutant au concept
de sept lune après lautre les unités
de cinq, données dans lintuition. On élargit
donc réellement son concept en par cette proposition
7 + 5 = 12, et au premier concept on en ajoute un nouveau,
quon ne pensait pas du tout dans le premier ;
cest-à-dire que la proposition arithmétique
est toujours synthétique, ce dont on est dautant
plus distinctement conscient quon prend des nombres
plus élevés ; car cela fait apparaître
clairement que nous pourrions tourner et retourner tant
quon voudra notre concept sans recourir à lintuition,
nous ne pourrions jamais trouver la somme.
Un principe quelconque de
géométrie pure nest pas davantage analytique.
Que la ligne droite entre deux points soit la plus courte,
cest une proposition synthétique. Car mon concept
de " droit " ne contient nullement la
grandeur, mais uniquement une qualité. Le concept
de " ce qui est le plus court " est
donc entièrement ajouté, et aucune analyse
ne peut le tirer du concept de ligne droite. Il faut donc
ici recourir à lintuition qui, seule, rend
possible la synthèse.
(
) Le caractère
essentiel de la connaissance pure mathématique
et celui qui la distingue de toutes les autres connaissance
a priori, cest quelle doit procéder
non pas du tout à partir de concepts, mais toujours
uniquement par la construction de concepts. Donc, puisque
dans ses propositions il faut quelle dépasse
le concept pour atteindre ce qui contient lintuition
correspondant à ce concept, en aucun cas ses propositions
ne peuvent ni ne doivent prendre naissance au moyen dune
analyse du concept ; cest-à-dire quelles
ne sont pas analytiques, mais sont toutes synthétiques.
|
Kant dirige ce texte contre le texte de Hume cité
en première partie. Si on a pu croire, dit-il, que les mathématiques
étaient des connaissances analytiques et donc de nature logique,
cest parce quelles sont a priori. A priori, i.e., nécessaires
(toujours vraies) et non tirées de lexpérience.
Mais elles ne sont en fait pas analytiques, car on ne peut, pour
reprendre lexemple de Kant, tirer le concept de 12 par seule
analyse des concepts de 5 et 7, et en recourant seulement au principe
de contradiction. Le mathématicien procède de façon
" intuitive ". Ce quest cette intuition,
nous y reviendrons dans la dernière partie.
En attendant, force est donc de constater que les
mathématiques sont donc irréductibles à la
logique. Nont-elles pas alors un contenu ?
B-
contrairement à la logique, les mathematiques semblent avoir
un contenu
En logique, nous venons de le voir, on ne mentionne
aucune propriété ou raltion particulière (il
ny est question que de propriétés P quelconques
et de relations R quelconques) ; et si on y mentionne des objets,
ce sont des objets quelconques a, b, c
Or, les énoncés mathématiques
concernent des propriétés et des relations particulières,
comme être pair, être premier, être plus grand
que, être parallèle à, etc. Et il est difficile
déchapper à limpression quon a affaire
à des objets.
Problème : sont-ce des objets comme
les objets sensibles, ou différents ?
1)
Le réalisme des mathématiques : Platon
Ils ne semblent pas être de type sensible.
Premier argument : où voit-on des triangles,
des nombres, etc., dans la nature ? On voit, certes, des choses
triangulaires, des ensemble de n pommes mais pas des triangles en
soi ou des nombres en soi, comme objets qui existeraient en plus
ou à côté des autres objets. Les objets mathématiques
ne peuvent pas être sensibles, car sils le sont, ils
ne peuvent pas être autonomes.
Deuxième argument : quand on fait des
mathématiques, on leur attribue des propriétés :
il semble donc bien que les objets mathématiques soient des
objets non concrets, non sensibles. On ny accède que
par la pensée.
Cf. Platon, suite du texte cité ci-dessus
:
| Platon, la République,
510 d
Les mathématiciens
"font usage de figures visibles, et sur ces figures
construisent des raisonnements, sans avoir dans l'esprit
ces figures elles-mêmes, mais les figures parfaites
dont celles-ci sont les images (
) ; ils cherchent
à voir les figures absolues, objets dont la vision
ne doit être possible pour personne autrement que
par le moyen de la pensée" |
Commentaire
Faire des math, cest accéder à
un monde transcendant : les math sont donc une connaissance
inouïe qui nest pas de type empirique .
Ce texte fonde les math à plus dun
titre :
1)il est sans doute le premier texte dans lequel
on sinterroge sur la spécificité des math, sur
le type de savoir qui les caractérise
2)il est le premier texte dans lequel on explicite
ce quest une démonstration mathématique, puisque
cest le premier texte qui, dans la tradition occidentale,
tend à penser les math comme le domaine par excellence de
la vérité. A partir de ce texte, les math seront présentées
comme lexemple même dune connaissance qui devrait
être imitée par les autres sciences. Cest la
naissance du " modèle mathématique de la
connaissance ".
3)Ce texte présente la première réflexion
sur ce que sont les objets mathématiques
Explication du texte.
Il faut ici renvoyer à la hiérarchie
platonicienne entre les types de connaissance et les types
dobjet
| Réalité
|
Objets
|
Types
de connaissance |
| Intelligible
|
Formes,
Idées, essences |
intelligence
(épistèmè) |
| |
objets
rationnels (objets mathématiques, axiomes par exemple)
|
raison
(dianoia)
|
| |
vivants
(animaux et hommes) et objets usuels |
Croyance
(pistis)
|
| Visible
|
images,
reflets (tableaux, statues, etc.) |
Illusion
|
Première remarque : pour Platon, une
connaissance a dautant plus de valeur que son objet en a ;
donc, à chaque type dobjet correspondra un certain
type de connaissance. Quant aux objets, ils ont eux-mêmes
plus ou moins de réalité. Plus ils relèvent
du sensible, moins ils ont de réalité, parce quils
ne sont eux-mêmes que des images dautres objets. Plus
ils sont situés près des essences, plus ils ont de
réalité.
Deuxième remarque : A est limage
de B, a est limage de b, b est limage de c, c limage
de d.
| En a et b,
il ny a à proprement parler aucune connaissance,
dans la mesure où on ne considère que des
images et des corps. |
En c, on a
une connaissance : la raison va rechercher quelles
sont les hypothèses quelle doit poser pour
parvenir à comprendre quelle est la nature des formes
des corps.
Cest, pour Platon, ce en quoi consistent
les math. Le mathématicien, pour avoir une connaissance
abstraite, aura une connaissance dobjets non sensibles
(ce que Platon appelle les " choses en soi ",
i.e., le triangle isocèle, la parité des nombres).
La démarche mathématique
consistera pour Platon à utiliser un certain nombre
dhypothèses pour mettre en évidence
les propriétés des figures mathématiques.
La connaissance mathématique, même si elle
se sert des figures sensibles, nest pas une connaissance
sensible, même en géométrie. |
En d, la connaissance
nest plus hypothétique. Au contraire, on part
des hypothèses posées par le mathématicien,
et on sélève jusquaux essences.
Ce qui fait la valeur supérieure de cette connaissance
par rapport à celle des mathématiques est
quelle nest plus une connaissance dimages,
mais des essences. Le mathématicien, pour connaître
les corps, se sert dimages intelligibles des essences.
Le philosophe, lui, sélève jusquaux
essences. Cest pourquoi la connaissance philosophique
nest pas démonstrative, comme celle du mathématicien,
mais intuitive. |
La connaissance mathématique, même
si elle nest pas la connaissance la plus élevée,
va jouer le rôle de relais pour accéder, à partir
du sensible, à la dialectique philosophique. A lentrée
de lAcadémie platonicienne, il est écrit :
" nul nentre ici sil nest géomètre ".
Même la connaissance mathématique est encore sensible,
mais elle a le mérite de reposer sur des faits qui ne sont
ni illusoires, ni changeants. Le triangle en soi, légal
en soi, etc., sont des réalités éternelles
pour Platon.
2)
critique du réalisme mathématique (le nominalisme)
Difficulté essentielle de cette thèse :
lidée est celle selon laquelle les math sont une connaissance
dobjets intelligibles, abstraits. Mais peut-il exister de
tels objets ? Tout ce qui existe nest-il pas individuel
et concret ?
a)
On peut ainsi se demander si le platonisme en mathématiques
ne consiste pas à réifier les outils mathématiques
forgés par le mathématicien.
Supposons la relation : a A b ; A = " égal
à " ou " est antérieur à "
ou nimporte quelle relation. Dans la mesure où les
objets qui peuvent entrer dans cette relation ont pour Platon moins
de réalité que la relation elle-même, la relation
est plus objective que les termes de la relation. Donc, les math
sont la connaissance de notions universelles (essentiellement des
relations) et non pas de réalités sensibles.
Réalisme : la relation, dit Platon,
est une réalité ontologique extra mentale qui a plus
de réalité que les éléments qui entrent
en relation
La difficulté, cest que Platon tient
ces notions universelles pour des réalités.
b) Y a-t-il des objets
universels ? (la critique nominaliste)
Le réalisme présente comme existantes
des réalités dont il nest pas possible de faire
lexpérience ; le nominaliste considère
que toute entité dont on postule lexistence doit être
réductible à une réalité singulière,
individuelle, dont on peut faire lexpérience.
Exemple : lidée dhumanité
Pour le réaliste, lhumanité
existe et est plus réelle que les individus humains qui lexemplifient
et en participent ; pour un nominaliste, lhumanité
est seulement lensemble de tous les êtres humains ;
mais ce nest pas une chose qui aurait des propriétés.
| Hobbes, Léviathan,
De la nature humaine, V, 6
Luniversalité dun même
nom donné à plusieurs choses est cause que
les hommes ont cru que ces choses étaient universelles
elles-mêmes, et ont soutenu sérieusement quoutre
Pierre, Jean, et le reste des hommes existants qui ont été
ou qui seront dans le monde, il devait encore y avoir quelque
autre chose que nous appelons lhomme en général ;
ils se sont trompés en prenant la dénomination
générale ou universelle pour la chose quelle
signifie. |
Croire que lidée dhomme correspond
à quelque chose de réel en dehors de notre esprit,
que ce soit comme entité existante en plus des hommes individuels,
ou comme ensemble de caractères essentiels (une essence),
cest être victime dune confusion issue du langage
lui-même. En effet, nous croyons spontanément quà
chaque mot, correspond une chose. Nous multiplions alors les entités
existantes.
Cf. Russell, Problèmes de philosophie ;
Platon et les Idées ; les critiques empiristes des notions
générales (concepts) et/ ou du langage en général ;
le corrigé dun texte de Nietzsche sur le langage ;
largument du " troisième homme "
(Platon ( !), Parménide, 132 a : sil
y a une Idée de ce qui est commun à plusieurs réalités
et si lIdée est une réalité, alors il
y aura une Idée de ce qui est commun à lhomme
sensible et à lhomme idéal, et encore une Idée
de ce qui est commun à ce troisième homme et aux deux
autres, et ainsi de suite à linfini, ce qui est absurde) ;
Aristote, Métaphysique, A, 6 à 9, M, 4 à
10 et N, 2.
Problème de savoir sil y a des " essences "
réelles, desquelles les choses participeraient
Ceci vaut donc également des prétendus
objets mathématiques. Manipuler les concepts de nombre, de
fonction, de triangle, etc., peut nous mener à croire en
lexistence de nombres, de fonctions, de triangles, en dehors
de notre esprit, et à croire même que ces objets de
nature mathématique forment un monde plus parfait que celui
des objets sensibles, qui nont pas de propriétés
idéales, qui changent sans cesse, etc. Mais ce nest
quune illusion, qui revient à réifier des concepts.
Il nexiste pas dobjets mathématiques.
C- la physique
mathématique
Constat :
les mathématiques se retrouvent dans toute connaissance physique
Elles ont donc un certain rapport à la réalité,
sous la forme dune application.
a) En quoi consistent
précisément ces applications des mathématiques
?
On peut les décrire de la façon suivante
: il sagit de prévoir le comportement de certains objets
du monde sensible dans des conditions données, compte tenu
des lois générales régissant ces comportements.
On fabrique un modèle mathématique de la situation
étudiée,
-
en attachant aux objets matériels
quon étudie des objets mathématiques qui
sont censés les représenter
-
et aux lois auxquelles ils sont soumis des
relations mathématiques entre ces derniers
Le problème initial est alors traduit
en termes mathématiques.
Si on peut le résoudre, de façon
exacte ou approchée, on traduit la solution en sens inverse,
ce qui " résout " le problème
posé.
b)
Exemple : le guidage des satellites artificiels et des fusées
interplanétaires
b1) Représentation mathématique
de lobjet-fusée
Un tel objet peut être représenté
par un point dans lespace,
-
muni dun coefficient représentant
sa masse, donc un nombre donné,
-
dont la position est repérée
par ses trois coordonnées par rapport à un
système daxes fixé (trois autres nombres)
-
enfin, linstant où on lobserve
est représenté par le temps, marqué
par une horloge, encore un nombre
Attention : on ne calcule ici que trois
nombres, les paramètres de la fusée, en fonction
dun quatrième paramètre, le temps. Mais
en général il y a beaucoup plus de paramètres,
et les relations entre eux sont bien plus compliquées
b2) Représentation mathématique
des forces qui sexercent sur la fusée
La fusée est soumise aux forces
de gravitation exercées par la Terre, la Lune, le
Soleil, et éventuellement dautres planètes;
dans le modèle ces forces sont représentées
par des vecteurs, dont les composantes sont connues en fonction
des coordonnées de la fusée.
b3) Représentation mathématique
du mouvement : la prédiction des phénomènes
est rendue possible par les mathématiques
La détermination du mouvement est
alors, en vertu des lois de la dynamique, traduite en un
modèle mathématique, la résolution
dun système déquations différentielles.
Les math disposent de méthodes qui
permettent de résoudre de façon approchée
un tel système, ie, de connaître à chaque
instant les valeurs des coordonnées de la fusée
avec une faible erreur. On peut donc prévoir avec
quelle vitesse et dans quelle direction il faudra lancer
la fusée pour lui faire décrire la trajectoire
que lon désire.
c)
Leçon à en tirer
Le fait que les mathématiques se
trouvent à la base de la physique ne doit-il pas
nous mener à distinguer les vérités
logiques des vérités mathématiques,
puisque les unes nous serviraient à connaître,
les autres, à tenir un discours rationnel ?
Alors, on semble pouvoir ici répondre
à notre question de départ quil y a
dans nos connaissances un type de connaissance vraiment
à part. Les mathématiques nous parlent du
monde, tout en étant à labri de toute
contestation empirique : nest-ce pas merveilleux ?
Mais comment rendre compte du fait que
les mathématiques, connaissance non empirique, i.e.,
non issue de lexpérience, mais de lesprit
de lhomme, et pour cette raison, connaissance à
labri de toute réfutation empirique, puisse
sappliquer à la connaissance du monde, nous
permettre de le connaître ? (cf. fait que grâce
à elles, la science physique a le statut de véritable
science).
On peut en donner deux solutions ou explications.
D-
La réalité ne serait-elle pas de nature mathématique ?
(Galilée)
La première explication de ce " miracle "
peut être que le monde lui-même est constitué
de manière mathématique. Cest la thèse
de Galilée.
1)
Le caractère révolutionnaire de lapplication
des mathématiques à la physique
a)
Rappel historique pour bien comprendre ce point : Galilée
est le premier à avoir mathématisé
la physique
-
| Historique
rapide
Avant le 17e, les mathématiques
se trouvaient seulement dans loptique des
miroirs, la statique, léquilibre des
corps flottants, qui ne paraissent pas remonter
avant le IV e siècle avant notre ère,
et lastronomie, dès les VI e. Ces applications
nutilisent toutefois que la géométrie.
Exemple : les Grecs, pour rendre compte des mouvements
des planètes sur la sphère céleste,
partaient dune idée a priori, à
savoir que seules les rotations uniformes autour
dun axe (ou, dans un plan, autour dun
point) étaient acceptables pour des astres
auxquels on attribuait une perfection supérieure.
Il simaginèrent ainsi un système de
sphères mobiles les unes par rapport aux
autres (épicycles : cercles dont le centre
décrit un autre cercle). Cf. aussi forme
de la terre, de la lune. Mais ils recouraient à
la géométrie, non pour expliquer mais
pour décrire.
Cest au 17e et
18e quon a pu commencer à
appliquer vraiment les math à la physique,
et cela, avec un grand succès : il sagissait
des lois de la mécanique et du mouvement
des planètes (la " mécanique
céleste ").
Aujourdhui, elles sont partout
: on les utilise pour les nouvelles théories
de lhydrodynamique, de lélasticité,
de lélectromagnétique, de la
thermodynamique, puis de la relativité et
de la mécanique quantique. On utilise le
calcul infinitésimal. |
b) Aristote
et limpossibilité dune physique mathématique
Il a bien fallu que Galilée explique comment
il peut bien se faire que les mathématiques puissent nous
aider à connaître le monde. A la fois parce que cest
en soi quelque chose détonnant, comme nous lavons
dit, mais aussi, parce quà son époque, on
était toujours sous lemprise de la représentation
du monde aristotélicienne, pour laquelle cétait
le comble de labsurde que de rendre compte de la réalité
en recourant à des concepts mathématiques, à
la quantité.
Problème tel quil se présente
à lépoque de Galilée : est-il
possible, dans les questions relatives aux choses de la nature,
datteindre une démonstration douée de rigueur
mathématique ? Pour Aristote, on ne doit pas chercher
à faire ça, parce que cest impossible. En
effet, la nature de lêtre physique est qualitative
et vague. Elle ne se conforme pas à la rigueur et à
la précision des concepts mathématiques.
Conséquence : la physique était
avant Galilée une philosophie naturelle, qui consistait
à énumérer les principales catégories
du mouvement (naturel, violent, rectiligne, circulaire).
Pour pouvoir aller contre cela, il a fallu dabord
bannir la perception comme source de connaissance, et ensuite,
donner des solutions mathématiques à des problèmes
concrets. Ainsi Galilée montra-t-il que le mouvement de
la chute des corps est sujet à la loi des nombres. Et cela
permit dapporter une solution à ce problème,
là où la philosophie naturelle échouait.
2)
Fondement ontologique de l application des mathématiques
à la réalité
Le fondement que va donner Galilée à
cette méthode dit le contraire dAristote. Si les
mathématiques nous permettent de mieux connaître
la réalité cest sans doute que la réalité
elle-même est mathématique !
| Galilée,
LEssayeur, VI, 232
La philosophie est écrite
dans ce livre immense perpétuellement ouvert devant
nos yeux (je veux dire : lunivers), mais on ne
peut le comprendre si lon napprend pas dabord
à connaître la langue et les caractères
dans lesquels il est écrit. Il est écrit en
langue mathématique et ses caractères sont
des triangles, des cercles, et dautres figures géométriques,
sans lintermédiaire desquels il est humainement
impossible den comprendre un seul mot. Si on ne les
comprend pas, on tourne vraiment en rond dans un labyrinthe
obscur. |
Si on doit mathématiser la physique, connaissance de la
nature, cest parce que la nature elle-même est de nature
mathématique. Les figures géométriques ne servent
pas seulement à décrypter lunivers, elles en
constituent la trame essentielle. Sous les événements
sensibles divers et changeant, se cache un ordre harmonieux, de
nature mathématique, et cest lobjet véritable
de toute science physique de lappréhender.
Cf. distinction qualités premières et secondes.
Manière de soutenir cette thèse : il compare
la nature à un livre. Mais alors, qui la écrit ?
Dieu ? Alors, théologisation des math ! Les math
rendent raison de lunivers parce que Dieu la créé
selon un plan mathématique.
Deux difficultés :
1) comment expliquer que nos facultés humaines de connaître
soient naturellement accordées et adéquates au monde
lui-même ? Nest-ce pas un miracle ?
On peut peut-être répondre que Dieu a bien fait les
choses, quil a créé les facultés humaines
de sorte quelles puissent connaître le fond de la réalité.
Il y a une sorte dharmonie préétablie entre
lhomme et le monde.
Problème : il faut croire en Dieu
Comment fait-on
si on ny croit pas et si Dieu nexiste pas ? Ne
faut-il pas séparere science et religion ?
2) mais justement : sommes-nous vraiment obligés de
dire que puisque les mathématiques sappliquent à
la physique, cest que lobjet de la physique, la nature,
est mathématique ?
E-
Kant et le synthétique a priori
On peut répondre à ces deux
questions en nous tournant vers une autre solution, qui invoque
lhomme et les structures de sa perception. Cest celle
de Kant.
1)
Si les mathématiques sappliquent au monde (synthétiques)
tout en étant nécessairement vraies (a priori), cest
parce quelles décrivent les structures de lesprit
humain, et que ce sont ces structures mêmes qui construisent
le monde tel que nous le connaissons.
Nous avons déjà vu, ci-dessus, que pour Kant, les
mathématiques sont de nature synthétique et non pas
analytique. Sa position est " intuitionniste " :
les mathématiques procèdent par construction de concepts
en recourant à lintuition. Mais quelle est cette intuition,
dont nous navons pas encore parlé ? Pourquoi est-ce
ce caractère qui rend compte à la fois du caractère
étrange des mathématiques, à savoir, que tout
en étant rigoureuses, et indépendantes de/ antérieures
à lexpérience elles sappliquent pourtant
à lexpérience ?
| Kant, Prolégomènes
à toute métaphysique future qui voudra se
présenter comme science, II, § 9, 10, et
Remarque I
§ 9 : Sil
fallait que notre intuition fût de nature à
nous représenter les choses telles quelles
sont en elles-mêmes, alors aucune intuition naurait
lieu a priori ; lintuition serait toujours empirique.
Car ce que peut contenir lobjet en lui-même,
je ne peux le savoir que sil mest présent
et donné. Il est vrai que, même dans cette
hypothèse, on ne peut pas concevoir comment lintuition
dune chose présente pourrait me donner à
connaître cette chose telle quelle est en soi,
puisque ses propriétés ne pourraient pas sacheminer
jusquà ma faculté de représentation ;
mais admettons que cela soit possible : une telle intuition
naurait pas lieu a priori, cest-à-dire
avant même que je me sois représenté
lobjet ; car, faute de pouvoir trouver un fondement
de la relation entre ma représentation et lobjet,
il faudrait donc la mettre au compte dune pure inspiration.
Donc la seule manière qui permette à mon intuition
de précéder la réalité de lobjet
et davoir lieu comme connaissance a priori, cest
quelle ne contienne rien dautre que la forme
de la sensibilité, forme qui, dans ma subjectivité,
précède toutes les impressions réelles
grâce auxquelles je suis affecté par des objets.
Car, que les objets des sens ne puissent être intuitionnés
que selon la forme de la sensibilité, je puis le
savoir a priori. Il sensuit que, sur les objets des
sens, des propositions sont possibles et valables, qui ne
concernent que cette forme de lintuition sensible ;
il sensuit en même temps, réciproquement,
que les intuitions qui sont possibles a priori, ne peuvent
jamais concerner dautres choses que les objets de
nos sens.
§ 10 : Ainsi cest
seulement la forme de lintuition sensible qui nous
permet dintuitionner a priori les choses ; mais
du coup elle nous permet seulement de connaître les
objets tels quils peuvent nous apparaître (à
nos sens) et non tels quils peuvent être en
soi ; et cette supposition est absolument nécessaire
pour quon puisse admettre comme possibles des propositions
synthétiques a priori (
).
Or lespace et le temps
sont les intuitions sur lesquelles la mathématique
pure fonde toutes ses connaissances et tous ses jugements,
qui se présentent à la fois comme apodictiques
et nécessaires ; car il faut que la mathématique
commence par représenter ses concepts dans lintuition
et la mathématique pure doit les présenter
dans lintuition pure ; cest-à-dire
quil faut quelle les construise dans lintuition,
sans laquelle (puisquelle ne peut procéder
que synthétiquement et non analytiquement, cest-à-dire
par analyse de concepts) il lui est impossible de faire
un pas : cest le cas tant que lui fait défaut
lintuition pure en laquelle seule peut être
donnée la matière pour des jugements synthétiques
a priori. La géométrie a pour fondement lintuition
pure de lespace. Larithmétique se forme
ses concepts de nombre par addition successive des unités
dans le temps, et surtout la mécanique pure ne peut
former ses concepts du mouvement sans recourir à
la représentation du temps. Or, ces deux représentations
sont de simples intuitions ; car si des intuitions
des corps et de leurs changements (mouvement) on met de
côté tout ce qui est empirique, cest-à-dire
tout ce qui relève de la sensation, il reste encore
lespace et le temps, qui par conséquent sont
des intuitions pures : elles fondent a priori les précédentes
et de ce fait on ne peut jamais les mettre elles-mêmes
de côté ; du fait même que ce sont
des intuitions pures a priori, elles démontrent quelles
sont de simples formes de notre sensibilité qui doivent
précéder toute intuition empirique, cest-à-dire
la perception dobjets réels, et conformément
auxquelles des objets peuvent être connus a priori,
mais à coup sûr uniquement comme ils nous apparaissent.
|
Dabord, contre Hume, cf. texte ci-dessus (partie I), il dit
que les mathématiques ne sont pas analytiques mais synthétiques.
Sens du mot de " synthèse " : construction,
recours à lintuition.
Mais il continue à dire quelles sont également
une connaissance a priori. I.e., elles ne sont pas issues de lexpérience,
et seront donc toujours vraies. Mais cela veut dire aussi, et plus
fondamentalement, quelles ont pour objet les intuitions pures.
Quest-ce quune intuition pure ? Cest la forme
des phénomènes, qui est aussi la structure de notre
esprit. Cf. espace et temps : a priori car précèdent
toute expérience, et en sont la condition même de possibilité.
Thèse générale de Kant sur les mathématiques
(je prends lexemple de la géométrie, qui est
celui que privilégie Kant) :
(1) la géométrie est une science de lespace
(2) or lespace est une forme de la sensibilité humaine ;
en effet, cf. théorie kantienne de lespace et du temps
(esthétique transcendantale)
Lespace nest ni un concept, ni une propriété
des choses (en soi) :
- pas des concepts : cf.exemple des deux gants, § 13
Prolégomènes : il y a une différence
de symétrie qui nest pas du tout repérable dun
point de vue strictement conceptuel, mais qui lest dans la
perception de lespace. On ne peut faire comprendre la distinction
main droite et main gauche par un concept, mais seulement par une
intuition.
- pas des propriétés des choses en soi : sils
létaient, on ne pourrait rien à savoir a priori ;
la seule manière de rendre compte de ce caractère
a priori, cest de dire quils appartiennent à
notre esprit, quils sont un cadre que lhomme impose
aux phénomènes ; mais alors, ils ne valent pas
des choses telles sont indépendamment de la façon
quelles ont dapparaître à lhomme :
cest ce que Kant veut dire en disant que lespace et
le temps ne sont pas des propriétés des choses (en
soi) mais des phénomènes (réalité extérieure
en quelque sorte construite par lesprit de lhomme, et
donc connaissable)
Lespace est donc une idéalité transcendantale :
Lespace est ce qui fait que les choses deviennent pour nous
des objets extérieurs. Lespace est une forme, une loi,
qui sapplique aux choses. Cest ce que
Kant nomme " idéalité transcendantale "
de lespace et du temps : ils sont non réels (idéaux)
mais ce sont les conditions de possibilité de toute expérience
(transcendantaux).
NB : Attention ! Lespace peut être dit " réel "
au sens où il est une propriété de toutes les
choses, mais il nexiste pas en dehors des conditions de mon
expérience.
(4) donc : la géométrie, science de lespace,
est une science de la manière dont les choses nous apparaissent,
de la manière dont lespace est vécu. (Cest
une structure commune à tous les objets qui va être
à la base de la géométrie. )
La géométrie pure sapplique aux objets des
sens (mais na rien à voir avec ce choses telles quelles
sont en elles-mêmes). Elle sapplique à lexpérience,
mais elle nen dérive pas. La géométrie
ne peut être modifiée par notre expérience.
Si elle est synthétique a priori, cest parce que dun
côté elle précède lexpérience
et ne peut être modifiée par elle, et de lautre,
elle sapplique à tous les corps. Elle a donc quand
même à voir avec la structure réelle du monde,
puisquelle est conformeà notre intuition de lespace !
Cela naurait pas de sens de confronter cette science à
lexpérience pour savoir si elle est vraie, et pourtant,
elle essaie de nous dire quelque chose à propos du monde.
On constate, mais on ne contrôle pas, la certitude de ses
axiomes dans lexpérience. Cest " vrai
par définition " quune ligne sera droite
dans la nature et dans la géométrie. Pas dévolution
possible, si lexpérience ne peut avoir dinfluence.
Résumé : la mathématique pure porte sur
les intuitions pures que sont lespace et le temps. Il suffit
de développer lintuition pure de lespace pour
avoir la géométrie, et lintuition pure du temps
pour avoir lalgèbre. Lespace et le temps sont
donc le fondement de toutes les propriétés mathématiques.
Ou : cest la forme des phénomènes qui est
à la base de toute la connaissance mathématique.
2)
Difficulté
La géométrie nest pas essentiellement euclidienne
(cest ce que croit Kant, qui ne connaissait que celle-là),
et ne décrit peut-être pas lespace de notre expérience,
mais un espace abstrait.
a) les géométries
non euclidiennes.
On objectera à Kant que lon ne pourrait pas même
les concevoir, si la géométrie était synthétique
a priori.
Voici lhistorique rapide de cette découverte.
Depuis toujours, laxiome euclidien des parallèles,
qui était la base même du système axiomatique
dEuclide, causait de graves soucis aux mathématiciens.
Cet axiome stipule que pour tout plan sur lequel il y a une droite
L et un point P situé hors de cette droite, il existe dans
ce même plan une droite L et une seule qui passe par
P et soit parallèle à L. Ce qui signifie que deux
droites ne peuvent avoir plus dun point commun. Sil
posait problème, ce nétait pas en tant que vrai
ou faux (il passait pour "évident ") mais
en tant quaxiome. Les mathématiciens cherchaient à
lui donner le statut de théorème, et donc, à
le dériver des autres axiomes. Ils pensaient dailleurs
avoir réussi à déduire ce postulat des autres
axiomes.
Or, grâce à linvention de la logique des relations,
au siècle dernier, on a pu découvrir que cette déduction
nétait pas une véritable déduction, puisquil
y entrait, subrepticement, un élément intuitif. De
plus, cette prémisse intuitive latente nétait
autre que laxiome des parallèles lui-même().
Cela a abouti, toujours au siècle dernier, à remettre
en question la thèse () selon laquelle la géométrie
serait, par définition, ou analytiquement, euclidienne.
En effet, ce quon a découvert, cest que laxiome
des parallèles est indépendant des autres axiomes
dEuclide. Il est impossible de lobtenir à partir
deux. Or, si laxiome des parallèles est indépendant
des autres axiomes dEuclide, alors on peut mettre à
sa place, sans contredire ces derniers, une proposition incompatible
avec lui. On sest donc mis à le remplacer par dautres
propositions, et à construire des systèmes daxiomes
tout nouveaux, appelés géométries non-euclidiennes
(qui eux, ne faisaient nullement appel à lintuition).
Citons pour faire bref les deux principales propositions de remplacement :
dabord, 1) on peut poser que dans un plan déterminé,
étant donné un point situé en dehors dune
droite, il ne passe par ce point aucune parallèle à
cette droite (Euclide dit quil en passe une et une seule) :
cest la solution de Riemann ;
ou bien 2) on peut poser quil passe plus dune parallèle
(on démontre que, sil en passe plus dune, il
en passera un nombre infini) : cest la solution de Lobachevsky
().
Tableau concernant les géométries
dEuclide, de Riemann et de Lobachevsky
Cliquez
sur l'image pour agrandir
Par conséquent, le choix euclidien ne débouche
que sur lun des systèmes géométriques
possibles. Autrement dit, contrairement à ce que croyait
Kant, du concept de "géométrie", on
ne pouvait logiquement déduire le concept d"euclidien ".
b) la confusion
géométrie pure et géométrie appliquée
Ne montrent-elles pas que la géo ne décrit pas
l'espace auquel nous avons affaire dans notre expérience?
Cf. critique de Carnap, in chapitre 18 des Fondements philosophiques
de la physique : Kant est passé à côté
de la distinction entre deux types de géométrie :
laxiomatique et la physique.
b1) La géométrie mathématique
La géométrie mathématique est analytique
a priori ; mais elle nest rien dautre quun
système déductif qui repose sur certains axiomes,
axiomes qui nont pas à recevoir dinterprétations
par référence à un monde existant. Ainsi,
la géométrie qui découle de la définition
de lespace euclidien ne nous livre aucune information
sur le monde. Elle dit simplement que si lon attribue
certaines propriétés structurales à un
système de relations donné, le même système
possèdera dautres caractéristiques déterminées
qui découlent logiquement de la structure posée
au départ. La géométrie mathématique
est une théorie de structure logique. Elle est complètement
indépendante de recherches scientifiques expérimentales
puisquelle ne traite que des implications logiques dun
ensemble donné daxiomes.
b2) La géométrie physique
En revanche, la géométrie physique traite de
lapplication de la géométrie pure au monde.
Ici, les termes de la géométrie euclidienne gardent
leur sens ordinaire. Ces termes renvoient à des structures
réelles de notre espace physique tout en faisant partie
du langage de la géométrie mathématique.
b3) Pas dénoncés synthétiques a
priori
Du fait que le scientifique et le mathématicien pur utilisent
les mêmes mots, on avait conclu à tort quils
pratiquaient le même genre de géométrie. Or,
lune est a priori et lautre a posteriori. Il ny
a pas dénoncé qui, doués dune certitude
de caractère logique, puisse nous renseigner également
sur la structure géométrique du monde
Conclusion
Les mathématiques rendent précises les connaissances
qui sen servent, cest tout : manière simple de
résoudre le problème de la physique mathématique
!
Oui, mais est-ce vraiment une façon définitive de
résoudre le problème ? Car il y a bien un problème
: pourquoi les mathématiques pourraient-elles être
à la base de la physique, et pas de lhistoire par exemple
?
Et ne sont-elles pas une drôle de connaissance, en ce que,
non tirée de lexpérience, elle sy applique
pourtant ?
Annexe :
faut-il interpréter la thèse de Galilée ontologiquement ?
Certains interprètes de luvre de Galilée
refusent cette interprétation ontologique.
Cf. L. Geymonat, Galilée, Seuil, Points Sciences,
pp. 150-53 : selon lui, si Galilée évoque ici
les math, cest seulement parce que celles-ci sont seules capables,
par leur rigueur, de nous conduire à la vérité
en nous évitant de nous perdre dans des songes. Les math
seraient donc pour lui intéressantes beaucoup plus comme
moyen technique (venant seconder la logique) que comme moyen métaphysique
(permettant dexprimer une réalité plus stable
et plus harmonieuse, sous-jacente aux fluctuations des phénomènes).
Geymonat insiste tout le long de son ouvrage que Galilée
sest intéressé aux mathématiques en tant
que méthode, i.e, en tant quelles peuvent garantir
la conduite logique de nos raisonnements. La légitimation
philosophique de cet emploi ne laurait soi-disant pas intéressé.
Fondement de la thèse de Geymonat : sappuie sur
le fait que le fil dircteur de LEssayeur est lopposition
dune vraie logique à une fausse dialectique (celle
de ses contradicteurs)
Jai des doutes que lon puisse soutenir la validité
méthodologique des mathématiques dans le domaine de
la connaissance scientifique, en ne légitimant pas cela philosophiqument.
Cest pourquoi je soutiens, ci-dessus, la thèse contraire.
|