§1 : un
constat : il y a un écart entre les idées et les faits
en politique, écart qui se vérifie en particulier
vis-à-vis du problème de la fidélité
à la parole donnée
On
retrouve donc ici la perspective de M. : non l’idéalisme
mais le réalisme (politique). Ce qui compte c’est l’efficacité
politique, valeur suprême. La suite du chap va justifier à
partir de ces principes l’infidélité à
la parole donnée
§2 : comment en fait se mène
le combat politique : l’homme et la bête
1)
pour être efficace, le pouvoir doit tenir compte de ce que
sont les hommes qui en sont les sujets,c'est-à-dire :
- des
êtres qui ont quelque chose de spécifique (des «
hommes ») : l’aptitude à respecter un ordre légal
et à avoir des sentiments moraux
- des
êtres passionnels qui n’obéissent qu’à
la force (des « bêtes »)
Il
faut donc pour les gouverner « savoir bien user de la bête
et de l’homme » (165/ 15-16). User de l’homme,
c’est faire appel à la loi ; user de la bête
va être défini dans le § suivant.
2)
M. ajoute que la tradition philosophique n’ignorait pas ce
précepte
C’est
ce que donnent à entendre les auteurs anciens qui nous disent
que les princes grecs comme Achille furent élevés
par Chiron, le plus sage des centaures, un centaure étant
un être fabuleux moitié homme et moitié cheval.
M. suggère peut-être ainsi que l’idéalisme
politique de la tradition philosophique n’était qu’une
façade.
§3 : les deux manières d’user
de la bête : le lion et le renard
1) M. précise à l’aide d’une nouvelle
métaphore ce qu’est « user de la bête »
C’est
se montrer tantôt lion, tantôt renard, i.e., faire usage
tantôt de la force, tantôt de la ruse. Dans ce chap,
M. insiste sur la ruse, la ruse portée à sa forme
extrême : l’infidélité à la parole
donnée, mais une infidélité habilement dissimulée
(= le parjure + la dissimulation du parjure).
2)
Qu’est-ce qui justifie aux yeux de M. le recours à
la ruse ?
Un
double constat relatif à la nature humaine :
- la
méchanceté des hommes : leur caractère passionnel
(ambition, goût du changement, etc.). Le prince n’a
pas à compter sur la loyauté de ses sujets. A lui
de prendre des précautions à cet égard, et
il n’a pas à attendre d’avoir été
trompé pour tromper
- la
crédulité et la naïveté des hommes, qui
donnent toute leur efficacité à la ruse du prince
§4 : en exemple de renard : Alexandre
VI. Leçon à en tirer : il faut savoir jouer sur l’opposition
de l’être et de l’apparaître
Deux
moments dans la progression de la pensée de M. :
1)
M. donne comme exemple de renard A. VI
2)
Il en tire la leçon suivante : il faut savoir jouer sur l’opposition
de l’être et de l’apparaître
(Notamment,
il va dire qu’il faut parfois que le prince revienne sur ses
promesses, mais il ne doit pas le montrer).
La
leçon peut se décomposer dans les deux éléments
suivants :
- il
faut toujours sauver les apparences de la moralité, à
cause de leur effet politique
- il
n’est pas toujours nécessaire ni même souhaitable
d’être moral (i.e., d’avoir les vertus définies
au chap XV par ce 1er critère d’appréciation
que constitue le jugement courant)
Faut-il
dire qu’il ne faut pas être vertueux mais seulement
le paraître ? M. dit qu’il est utile de paraître
pitoyable, fidèle, humain, droit, religieux, et de l’être
(166/ 30-31). M. partage-t-il le jugement populaire sur la valeur
des qualités morales ? Il dit seulement qu’il est «
utile » (166/ 30) d’être vertueux. Pourquoi ?
Sans doute parce qu’il est alors plus facile de le paraître.
Un
point est en tout cas très clair : il n’est pas souhaitable
d’être toujours vertueux ; ce serait politiquement préjudiciable.
Cf. l’exemple de C. Borgia, qui n’hésite pas
à trahir la parole donnée en faisant tomber les Orsini
dans un guet-apens à Sinigoglia.
§5 : justification du précepte
concernant l’opposition de l’être et du paraître
: « dans le monde, il n’y a que du vulgaire »
(167/ 20)
Deux
éléments à considérer dans cette affirmation
:
1)
le « vulgaire » : que faut-il entendre par là
?
La
foule par opposition à l’élite, la foule aveugle
ou myope par opposition à une élite clairvoyante.
C’est le sens de l’opposition entre :
- «
voir » et « percevoir »
- «
juger par les yeux » et « juger par les mains »
Or
que voit la foule ? Ce qui est voyant : le résultat de l’action
politique. Que ne perçoit-elle pas ? les moyens mis en œuvre.
Autrement dit, en politique, il n’y a que le résultat
qui compte. Constat peut-être pessimiste…
2)
« dans le monde il n’y a que le vulgaire »
Autre
constat pessimiste. Sens de ce passage : le prince n’a pas
à redouter les gens clairvoyants, qui auraient « perçu
» les aspects discutables de sa politique, parce que ces gens
sont peu nombreux et qu’ils ne pèsent d’aucun
poids auprès de la foule, si le prince a su se gagner celle-ci
par certains résultats voyants de sa politique.
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