| II-
Le contrat social : le fondement de l'Etat ce n'est pas la nature
mais la volonté.
| HOBBES
La cause finale, le but, le dessein, que poursuivirent
les hommes, eux qui par nature aiment la liberté
et l'empire exercé sur autrui, lorsqu'ils se
sont imposé des restrictions au sein desquelles
on les voit vivre dans les Républiques, c'est le souci
de pourvoir à leur propre préservation et de
vivre plus heureusement par ce moyen: autrement dit, de s'arracher
à ce misérable état de guerre qui est,
je l'ai montre, la conséquence nécessaire des
passions naturelles des hommes, quand il n'existe pas de pouvoir
visible pour les tenir en respect, et de les lier, par la
crainte des châtiments, tant à l'exécution
de leurs conventionsqu'à l'observation des lois de
nature.
La seule façon d'ériger un tel
pouvoir commun, apte à défendre les gens de
l'attaque des étrangers, et des torts qu'ils pourraient
se faire les uns aux autres, et ainsi à les protéger
de telle sorte que par leur industrie et par les productions
de la terre, ils puissent se nourrir et vivre satisfaits,
c'est de confier tout leur pouvoir et toute leur force a un
seul homme, ou à une seule assemblée qui puisse
réduire toutes leurs volontés, par la règle
de la majorité en une seule volonté.
Cela revient à dire: désigner un homme, ou une
assemblé pour assumer leur personnalité
et que chacun s'avoue et se reconnaisse comme l'auteur de
tout ce qu'aura fait ou fait faire, quant aux choses qui concernent
la paix et la sécurité commune, celui
qui a ainsi assumé leur personnalité,
que chacun par conséquent soumette sa volonté
et son jugement à la volonté et au jugement
de cet homme ou de cette assemblée. Cela va plus loin
que le consensus, ou concorde: il s'agit d'une unité
réelle de tous en une seule et même personne,
unité réalisée par une convention de
chacun avec chacun passe de telle sorte que c'est comme si
chacun disait à chacun: j'autorise cet homme ou cette
assemblée, et je lui abandonne mon droit de me gouver-
ner moi-même, a cette condition que tu
lui abandonnes ton droit et que tu autorises toutes ses actions
de la même manière. Cela fait, ta multitude ainsi
unie en une seule personne est appelée une REPUBLIQUE,
en latin CIVITAS. Telle est la génération de
ce grand LEVIATHAN, ou plutôt pour en parler avec plus
de révérence, de ce dieu mortel, auquel nous
devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection.
T. Hobbe, Léviathan, Philosophie politique,
Ed. Sirey, 1971. |
Propos inverse : on suppose des êtres
humains individuels (donc humains sans la cité) vivant séparément;
et on se demande comment on peut penser l'institution de la société
à partir de l'individu
Structure du texte :
1) état de guerre : il faut
s'en arracher
3) Léviathan, dieu mortel :
paix, protection
2) le passage de 1) à 3) se
fait par un pacte d'association, qui va produire le Léviathan.
1) lignes 1 à 9 : par
nature l'homme aime faire ce qu'il veut et faire d'autrui ce qu'il
veut. Or, on constate que cette tendance naturelle est limitée,
restreinte volontairement dans un Etat (République : res
publica). Pourquoi? C'est que cette tendance naturelle est destructrice
et conduit à un conflit de tous contre tous.
2) Lignes 16 à 27 :
Donc, l'Etat est un régulateur. Mais comment naît-il?
Par un pacte passé entre libertés individuelles :
-l.10 à 16 : la finalité
de l'Etat
-l.16-27 : pacte réciproque
et total.
3) Conséquences : lignes
27 à fin : l'Etat est une personne, un automate artificel
(cautionné par Dieu).
-Fiction, hypothèse
théorique, et non recherche historique (quel a pu être
l'état originel de l'homme?). Pour connaître la nature
véritable de l'homme, il faut en revenir à l'origine.
Essayer de le dépouiller du culturel. Cette origine servira
de norme pour juger de l'état actuel des choses (si notre
vie actuelle, dans un Etat, ne lui ressemble pas, alors, c'est qu'elle
n'est pas conforme à nature ou état naturel de l'homme).
-Note : origine = nature alors que pour Aristote finalité
= nature.
- différence état
et Etat : état= conditions, circonstances = ainsi, l'état
de nature est l'état dans lequel se trouvent les hommes quand
ils ne sont pas encore soumis à l'autorité politique,
quand ils ne vivent pas sous des lois, sous un pouvoir commun. S'oppose
à état civil.
-Individus solitaires, isolés
les uns des autres.
-Etat de liberté et d'égalité
des hommes (nul n'a reçu de la nature le droit de commander
(contre Aristote!)).
Chacun a donc naturellement les
mêmes droits (idée d'un droit de nature = fondé
dans l'humanité abstraite de l'homme). Hobbes parle d'un
droit (naturel) illimité : nous avons le droit :
-de faire tout ce que nous voulons,
-de prendre possession de tout ce
que nous voulons;
-et surtout, droit primordial (loi
naturelle ou de raison) de conserver notre vie (de tout faire pour
cela, de juger des moyens nécessaires et conformes à
la poursuite de cette fin naturelle-nous sommes en ce domaine les
seuls juges)
-Chacun a également les mêmes
forces, et les mêmes désirs : Hobbes parle de passions
fondamentales qui définissent l'homme : la convoitise, la
gloire. Tous veulent les mêmes choses, et surtout les choses
que veut autrui.
Or, si tous sont égaux et libres
de faire ce qu'ils veulent, de satisfaire tous leurs désirs
quand ils le veulent et comme ils le veulent, et si tous peuvent
comme ils le veulent décider des moyens leur permettant de
réaliser leurs désirs ou de se maintenir en vie, comment
vivre en paix, en sécurité?
Nous allons nous battre si nos désirs
se portent sur les mêmes objets (et même nous entretuer).
A n'importe quel moment, l'autre peut décider que ce qui
est le moyen nécessaire à la poursuite de son élan
vital, de ses désirs, c'est de me tuer moi. C'est son droit.
Ainsi, l'égalité,
la liberté, le droit naturels, sont négatifs :
-égalité : égal
pouvoir de tuer
-la liberté illimitée
: est-ce une liberté réelle si je suis susceptible
de mourir à chaque instant? Je vis donc dans la crainte perpétuelle
de la mort violente. La liberté absolue est la liberté
la plus menacée qui soit.
-un droit illimité n'est au
bout du compte un droit à rien du tout, puisque tous désirent
la même chose.
Bref : état de contradiction.
(seconde loi de raison -cf. fin =
donnée par Dieu); je la trouve en me rendant compte que la
liberté et le droit illimité engendrent une contradiction
fin/moyen (si je veux la fin = préserver ma vie, alors, il
me faut un moyen : la paix). Ie, ce que chacun découvre par
l'exercice de sa raison, c'est qu' il faut contraindre les tendances
destructrices naturelles à l'homme.
Par un pouvoir qui me tient en respect,
par la crainte du châtiment, ie, un arbitre, un juge, un tiers
= c'est l'Etat. (pouvoir commun = un même juge pour tous,
qui nous soit extérieur). En effet, sans cela, l'état
de guerre va continuer.
-paix civile : sécurité
int et ext
-confort (se nourrir, se conserver
et être heureux) = le confort "petit bourgeois"
Préserver ma vie et mes
biens.
Hobbes répond ici à
Aristote que ce n'est pas parce que l'homme désire
naturellement entrer en société, qu'il est naturellement
sociable, un "animal politique". Au contraire, c'est parce
qu'il n'est pas naturellement sociable, parce qu'il porte en lui
des tendances destructrices, qu'il doit inventer l'Etat. (Inventer,
instituer, décision libre) Etat, solution aux maux naturels
de l'homme. Donc, l'Etat est par définition une entreprise
contre nature : c'est un artifice. Il naît autrement que naturellement.
(Nous remettons cette liberté
dans les mains d'un arbitre, pour acquérir d'autres droits,
et une liberté limitée mais plus efficace)
- Pourquoi le seul moyen d'obtenir
la paix et de vivre en sécurité, est-il d'instituer
un pouvoir qui nous fasse peur?
C'est contenu dans l'idée même
de la loi naturelle qui dit "si tu veux la fin, veux aussi
les moyens". En effet, tous ont reçu de la nature ou
plus précisément de Dieu la raison qui les fait réfléchir
sur les moyens aptes à réaliser leur fin : vivre.
Ils vont donc se dire que comme le droit naturel illimité
que nous avons s'autodétruit, alors, il nous faut limiter
d'une façon quelconque ce droit.
Si nous faisons une promesse : je
te promets de ne rien faire qui aille contre la liberté et
contre droit, qui m'assurera que cette promesse sera toujours tenue?
Après tout, nous sommes toujours en possession de ce droit
de juger de ce qui est bien pour nous maintenir en vie.
Solution : il faut agir contre le
mal, contre la passion qui a le plus d'influence sur nous (si nous
voulons une situation de certitude, et non plus d'incertitude) :
la peur de la mort violente. S'il n'y a pas de pouvoir au-dessus
de nous qui nous punisse si nous enfreignons les règles que
nous nous sommes imposés, alors, nous ne nous sentirons pas
obligés de les respecter. Nous resterons à l'état
de nature.
- Non seulement ce pouvoir (commun)
doit nous faire peur, mais il doit détenir toute la force
et tout le droit qui nous appartenait à tous à l'état
de nature.
Pour que ça marche, il faut
que nous ne soyons plus rien : la seule façon, dit Hobbes,
d'ériger un tel pouvoir commun, c'est "de confier
tout leur pouvoir et toute leur force à un seul homme et
à une seule assemblée", ce qui se fait par
une série de pactes passés entre chacun de nous, au
profit d'un seul -au profit, ie : nous abandonnons tous nos droits,
toute notre force, à un seul, de façon totale et réciproque.
-bref : je m'annule dans l'Etat. L'Etat
détient tout le droit et la force de tous les hommes. Il
est tout puissant. Maintenant, nous devons lui obéir : c'est
lui qui va décider du droit, et c'est lui qui va décider
des peines à nous infliger si nous ne respectons pas ce droit.
C'est un arbitre. Il s'occupe de trancher tous les différends
qui mènent à un état d'insécurité.
(Position volontariste = est juste, est permis, ce que dit le souverain,
du seul fait qu'il est le souverain)
Problème : n'est-ce pas
un pacte de soumission?
-L'Etat repose sur la force et sur
la crainte; je n'ai plus rien, ma liberté est limitée,
mon droit aussi, je ne peux plus faire ce que je veux. Toujours
un rapport de forces (Etat ou juge = droit du plus fort?)
-De plus, cet Etat semble bien menaçant,
puisqu'il n'est pas lié par le contrat. Il est "au-dessus
des lois". On peut se demander comment les hommes ont bien
pu choisir de vivre une telle vie, qui se ramène à
vivre en commun sous des lois imposées par un tiers.
En obéissant à l'Etat,
à la puissance collective, je ne remplace pas un mal par
un autre mal. L'Etat n'agit pas à ma place, mais par moi
ou par tous.
Références dans
le texte : "confier
qui puisse réduire,
par la règle de la majorité (consensus, accord non
unanime mais suffisant). Cela revient à dire : désigner
(
) pour assumer leur personnalité; et que chacun
s'avoue comme l'auteur ou de tout ce qu'aura fait ou fait
faire, quant aux choses (
) celui qui a ainsi assumé
leur personnalité
".
En effet, personnifier = représenter
quelqu'un, jouer le rôle de quelqu'un d'autre (cf.persona,
masque = l'acteur joue le rôle de quelqu'un d'autre, le personnage
de la pièce; il parle et agit en son nom).
Ici, il y a un acteur, et des auteurs.
Les auteurs = chacun de nous. Le tiers, l'arbitre désigné
par chacun de nous = l'acteur. L'acteur agit en notre nom
et parle en notre nom. Parce que nous lui avons délégué
notre pouvoir d'agir et de dire. Il assume donc notre personnalité,
il nous personnifie, il nous représente. Chacun autorise
l'agent de l'Etat à décider et à agir pour
lui.
Il est mandataire : il porte
nos intérêts, veille sur eux, et peut légitimement
exiger de nous ce qu'il faut faire pour le bien de nos intérêts
synthétisés en intérêt général.
Il y a unité parce que
d'un côté il y a une multitude, des auteurs divers,
qui autorisent; de l'autre, celui qui est autorisé à,
est un acteur unique. Effet de miroir : on a l'impression d'être,
grâce à la personne unique du souverain qui juge et
décide à notre place mais aussi pour nous et en vertu
de notre accord, un Individu unique et unifié.
Conclusion : ce pouvoir est
légitime, et ne va pas contre notre liberté. En effet,
il représente ce que nous voulons véritablement, à
savoir, nous conserver en vie. Tout ce à quoi il nous force,
c'est à respecter nos conventions et la loi de nature/raison.
Au bout du compte, quand nous obéissons à l'Etat,
c'est à nous-mêmes que nous obéissons!
Métaphore (organiciste) qui
redouble la métaphore du théâtre. Montre comment
nous avons acquis une nouvelle organisation, un nouveau mode de
vie, qui n'est pas naturel. Il y a formation d'une sorte d'organisme
(à la fois artificiel et monstrueux), d'une personne collective,
qui réunit l'arbitre et les contractants en un tout.. Les
hommes sont, par le pacte social, métamorphosés en
corps de l'Etat, ayant pour âme le souverain.
Références dans
le texte : "qui puisse réduire toutes leurs
volontés en une seule volonté"; "cela va
plus loin que le consensus ou concorde : il s'agit d'une unité
réelle de tous en une seule et même personne";
"cela fait, la multitude unie en une seule personne est appelée
République. Telle est la génération de ce grand
Léviathan, de ce dieu mortel".
Multitude (individus de l'état
de nature) unis (artificiellement) en un tout (peuple, société).
Le léviathan, c'est un homme géant, un monstre, artificiel,
qui contient en lui tous les individus comme autant d'atomes réunis
en un tout et gouvernés par une âme (principe directeur
et unifiant) souveraine.
Souverain = âme
Corps = multiplicité des individus
C'est l'âme qui unifie le corps
(elle est permanente, non sujette au changement, c'est elle qui
fait que le corps est "un" corps malgré les changements
qu'il subit. Signification : les individus sont les organes, les
rouages, d'un grand automate. Il y a incorporation. ("corps
politique" : assuré par l'unité du souverain)
Donc :
-ce que j'ai perdu, je le retrouve
dans l'Etat, mais différemment (en mieux, car nous avons
mis nos forces et nos droits en commun)
-idée d'un mode d'existence
complètement différent (d'organisation) : nouveau
mode d'être que celui du vivre en commun : pas naturel du
tout, mais artificiel.. Métamorphose, changement de nature,
mutation totale. Etat de nature = multitude d'individus épars,
rivaux, et prêts à se détruire; ici : un peuple,
une entité politique gouvernée et unifiée par
un puvoir unique qui en fait l'unité.
Ce que veut Hobbes en insistant sur
l'unité : si le souverain n'est pas un, alors, le peuple
se disperse, revient à l'état de nature, et la sécurité
n'est plus assurée. Veut donc justifier le pouvoir absolutiste.
Problème : c'est notre
création, mais elle nous domine (monstre, dieu mortel); de
plus, la République, au bout du compte, ce n'est pas le peuple
mais celui par qui le peuple existe : le roi ou l'assemblée
Problèmes.
-si la loi est juste parce que le
souverain le dit alors pas de droit de rébellion.
-le je disparaît dans le Je
de l'arbitre (je ne peux plus parler, à moins que le souverain
ne m'y autorise). (pas de débat public)
-liberté = il ne me reste pas
grand chose (seulement "dans le silence de la loi")
-obéissance = définitive
Exercice : demander
aux élèves de distinguer totalitarisme, dictature,
et Etat absolutiste. Etat qui régente tous les domaines
de la vie. Etat non légitime, pouvoir pris par la force pour
briser pouvoir en place. Etat qui repose sur exercice raison d'Etat
= c'est le souverain qui seul peut décider de ce qui est
nécessaire pour le salut du peuple; on ne peut rien y faire,
etc.
Conclusion : au bout
du compte, l'Etat a bien un fondement (une base) légitime,
mais ensuite, plus aucun moyen de contrôle = au bout du compte,
le pouvoir politique m'échappe. L'idéal ne serait-il
pas que ceux qui instituent l'Etat soient eux-même détenteurs
du pouvoir politique?
Introduction.
C'est le problème que cherche
à résoudre Rousseau, et qu'il reproche à Hobbes
de n'avoir pas résolu. Il part des mêmes présupposés
que Hobbes -l'homme n'est pas naturellement sociable, ie, apte à
vivre en société; il va y entrer librement, donc le
fondement de l'Etat sera aussi la volonté; mais la nature
du contrat sera différente de celle de Hobbes. En effet,
ce que veut faire Rousseau, c'est trouver le fondement légitime
d'une autorité politique telle qu'elle rende les individus
aussi libres dans l'état social que dans l'état de
nature.
Toute la problématique de Rousseau
est à lire en fonction du reproche fondamental qu'il fait
à Hobbes dans Du Contrat Social, I, 4 : c'est une
liberté d'esclave que nous propose Hobbes : ne vit-on pas
en sécurité aussi dans les cachots?
Voyons comment il résoud le
problème que Hobbes n'a pas résolu, tout en partant
des mêmes prémisses.
Pour R., ce serait trop accorder à
l'homme que de lui supposer l'exercice de toutes ses facultés
avant ou sans la société (note : pour lui, Hobbes
prend l'homme, non à l'état de nature, mais à
l'état déjà civil). Pour lui, l'homme à
l'état de nature, c'est l'homme tel qu'il pouvait être
en sortant des "mains de son auteur". Ainsi, on ne peut
supposer ces hommes (cf. CS, I, 8) que comme des "animaux stupides
et bornés" :
a) stupides : pas encore exercice
de la raison (Il a bien une raison innée, mais elle n'existe
qu'en puissance : tant qu'on n'en a pas besoin, elle ne s'exerce
pas, car elle serait inutile); selon R., les seuls sentiments qu'on
peut attribuer à ces hommes, ce sont l'instinct de conservation
et la pitié, ou, l'amour de soi et l'amour des autres. Bref
il suit aveglément ses impulsions
b) "borné" : suivre
son instinct lui suffit, il n'a pas besoin de plus. Borné
= suffisant et limité : peu de besoins, donc, pas besoin
de prévoir par exemple
C'est donc aussi un animal tranquille
: il vit en solitaire, il est heureux, peu de besoins à satisfaire,
pas de contraintes, etc. Paradis terrestre!
Comment a-t-on pu passer de cet état
naturel d'indépendance à l'état civil, dans
lequel on obéit à une autorité commune? Pourquoi
en est-on sorti? Et quel peut en être le gain? (le 2e
état de nature, qui est en même temps première
société)
Ce n'est d'abord pas volontaire. Nous
en sommes sortis lentement et au cours d'une longue histoire chaotique,
ie, par une longue succession de rencontres et de hasards. L'histoire
naturelle va provoquer le changement des facultés de l'homme,
qui vont être obligées de s'exercer à cause
des circonstances extérieures qui vont les rendre nécessaires.
Amenés à se rencontrer
de plus en plus souvent : acquièrent la parole, la mémoire,
des idées morales, des sentiment (aimer les autres = devenir
faible);
D'où : multiplication besoins;
Il ne va plus pouvoir les satisfaire
sans l'aide des autres (cf; fait qu'ils sont nés au contact
des rapprochements nécessités par les changements
de la surface de la terre).
Or, ce besoin d'autrui va le
rendre plus faible, plus soucieux, moins libre; il dépend
des autres. Il devient aussi plus sournois : il apprend à
agir sous les yeux d'autrui, il veut lui plaire et dominer les autres.
C'est alors la domination du paraître sur l'être (moi
social, faux, versus moi profond, individuel, véritable).
Bref : nous sommes devenus des êtres doubles, en contradiction
avec nous-mêmes, et malheureux. Nous ne nous suffisons plus
à nous-mêmes.
Le faux contrat : on légalise
l'état de fait par peur de révolte des faibles (possession
= propriété (enclos des champs) = division des tâches
= enrichissement = asservissement). Pas légitime.
La socialisation est quelque chose
d'ambigü :
-sans elle, l'homme est un animal
: c'est elle qui l'a fait devenir homme
-mais, elle le corrompt au lieu de
le rendre heureux et libre. Avant, il était heureux, innocent,
il est devenu malheureux et méchant. C'est ici qu'on a l'état
de guerre de tous contre tous. La société est cause
de conflits.
Il faut donc se donner les moyens
de trouver comment rendre légitime et bénéfique
à l'homme une telle organisation sociale.
3) Le contrat
social (I, 6),Rousseau
| "
Je suppose les hommes parvenus à ce point où
les obstacles qui nuisent à leur conservation
dans létat de nature lemportent, par leur
résistance, sur les forces que chaque individu peut
employer pour se maintenir dans cet état. Alors cet
état primitif ne peut plus subsister ; et le genre
humain périrait sil ne changeait sa manière
dêtre.
Or, comme les hommes ne peuvent engendrer de
nouvelles forces, mais seulement unir et diriger celles qui
existent, ils nont plus dautre moyen, pour se
conserver, que de former par agrégation une somme de
forces qui puisse lemporter sur la résistance,
de les mettre en jeu par un seul mobile et de les faire agir
de concert.
Cette somme de forces ne peut naître
que du concours de plusieurs ; mais la force et la liberté
de chaque homme étant les premiers instruments de sa
conservation, comment les engagera-t-il sans se nuire et sans
négliger les soins quil se doit ? Cette difficulté,
ramenée à mon sujet, peut sénoncer
en ces termes
" Trouver une forme dassociation
qui défende et protège de toute la force commune
la personne et les biens de chaque associé, et par
laquelle chacun sunissant à tous nobéisse
pourtant quà lui-même et reste aussi libre
quauparavant. "
Tel est le problème fondamental dont
le contrat social donne la solution.
Les clauses de ce contrat sont tellement déterminées
par la nature de lacte que la moindre modification les
rendrait vaines et de nul effet ; en sorte que, bien quelles
naient peut-être jamais été formellement
énoncées, elles sont partout les mêmes,
partout tacitement admises et reconnues ; jusquà
ce que, le pacte social étant violé, chacun
rentre alors dans ses premiers droits et prenne sa liberté
naturelle, en perdant la liberté conventionnelle pour
laquelle il y renonça.
Ces clauses bien entendues se réduisent
toutes à une seule, savoir laliénation
totale de chaque associé avec tous ses droits à
toute la communauté. Car, premièrement, chacun
se donnant tout entier, la condition est égale pour
tous, et la condition étant égale pour tous,
nul na intérêt de la rendre onéreuse
aux autres.
De plus, laliénation se faisant
sans réserve, lunion est aussi parfaite quelle
peut lêtre et nul associé na plus
rien à réclamer car sil restait quelques
droits aux particuliers, comme il ny aurait aucun supérieur
commun qui pût prononcer entre eux et le public, chacun
étant en quelque point son propre juge prétendrait
bientôt lêtre en tous, létat
de nature subsisterait Et lassociation deviendrait nécessairement
tyrannique ou vaine.
Enfin chacun se donnant à tous ne se
donne à personne, et comme il ny a pas un associé
sur lequel on nacquière le même droit quon
lui cède sur soi, on gagne léquivalent
de tout ce quon perd, et plus de force pour conserver
ce quon a.
Si donc on écarte du pacte social ce
qui nest pas de son essence on trouvera quil se
réduit aux termes suivants : Chacun de nous met
en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême
direction de la volonté générale ; et
nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible
du tout.
A linstant, au lieu de la personne particulière
de chaque contractant, cet acte dassociation produit
un corps moral et collectif composé dautant de
membres que lassemblée a de voix, lequel reçoit
de ce même acte son unité, son moi commun,
sa vie et sa volonté. Cette personne publique qui se
forme ainsi par lunion de toutes les autres prenait
autrefois le nom de Cité, et prend maintenant
celui de République ou de corps politique,
lequel est appelé par ses membres Etat quand
il est passif, Souverain quand il est actif, Puissance
en le comparant à ses semblables. A légard
des associés ils prennent collectivement le nom de
peuple, et sappellent en particulier citoyens
comme participants à lautorité souveraine,
et sujets comme soumis aux lois de lEtat. Mais
ces termes se confondent souvent et se prennent lun
pour lautre; il suffit de les savoir distinguer quand
ils sont employés dans toute leur précision."
|
§1 Question : pourquoi ne
pas revenir à l'état de nature? Parce que le retour
en arrière est impossible ("la nature humaine ne
rétrograde pas"). La nature a changé, la
constitution de l'homme également. Il faut donc trouver un
état civil tel qu'il puisse rendre la vie de l'homme non
seulement aussi bonne qu'elle pouvait l'être, et même,
meilleure qu'elle ne l'était.
Problème : comment sortir de
l'état de nature, devenu état de guerre, sans que
cela ne se solde par la perte de la liberté personnelle des
individus? Comment créér une autorité souveraine
qui garantisse la conservation des personnes et des biens sans qu'elle
porte atteinte aux libertés, donc de telle sorte que chacun
soit aussi libre qu'avant?
(Rousseau s'interroge ici, non sur
la façon dont le droit s'est formé mais sur la façon
il aurait dû se former; il veut rendre légitime ce
qui dans le Discours n'est qu'un faux contrat, une usurpation).
Difficulté : pourquoi Rousseau
dit-il que ce contrat consiste à aliéner tous ses
droits, et la liberté naturelle? (cf. Contrat social,
I, 4, où Rouuseau a critiqué le pacte d'association
de Hobbes, en disant que le peuple qui abandonne ses droits, et
surtout sa liberté naturelle, est esclave de son chef).
| Etat
de nature (1) |
Passage
: contrat social : abandon total et réciproque des
droits et libertés individuels (l.22-3)
|
Etat
civil (2) |
Lien
autorité Etat et liberté individuelle
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| "homme
de la nature": indépendant et solitaire
|
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"homme
de l'homme" : dépendant des autres
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Individu
|
|
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Homme
|
|
Membre
de la communauté (=ensemble des individus; souverain)
|
Ce
n'est pas une aliénation mais un échange avantageux
(l.24-33). Je reste libre, je ne perds rien car : a) tous
font la même chose (égalité), il n'y a
pas d'exception (personne ne garde ses droits naturels); b)
de plus, en se donnant à tous, on ne se donne à
personne, si bien que personne n'a de droits sur moi et moi-même
je n'ai de droits sur personne en particulier. Tous et chacun
pris à part nous sommes donc grâce au contrat
social mutuel, à l'abri de toute soumission et de toute
dépendance particulière.
Cf.aussi fait
que je ne contracte en fin de compte qu'avec moi-même
: ie, moi, comme homme ou individu, je contracte avec moi
comme membre du souverain |
|
Volontés
particulières
Préférences
personnelles impulsions, appétits égoïstes
par définition (je ne veux que ce qui me plaît
à moi comme individu particulier)
Loi
naturelle
Liberté
naturelle (=licence) : droit illimité à tout
ce qui vous tente et que vous pouvez atteindre ("possession"
naturelle); borné par les forces de l'individu (qui
sont inégales) |
|
Sujet
Citoyen
A des devoirs
a des droits
Obéissance
fait la loi
(passive)
(actif)
Volonté
générale
Attribut
de la com-
munauté,
personne
morale.
Toujours
volonté
du peuple as-
semblé
Objet
: le bien de tous
et
l'intérêt commun.
Loi civile
(de raison)
Liberté
civile et morale
-Dépendance
de la seule volonté générale
-
propriété, égalité (Cf I,9)
-
maîtrise des instincts primitifs, grâce à
réflexion, recul
|
Obéissance
libre : je suis libre tout en obéissant à la
loi car j'obéis à une décision dont je
suis l'auteur (liberté=autonomie =cf.I, 8 : "l'obéissance
à la loi qu'on s'est prescrite est liberté";
une loi "hétéronome", qui vient non
de nous mais d'une volonté extérieure, est une
contrainte, non une obligation ou un devoir proprement dit)
Comme citoyen,
je veux l'intérêt général; les
lois sont l'expression de cet intérêt; donc,
je ne peux que vouloir comme sujet ce que je veux comme citoyen,
et je ne peux donc que vouloir faire ce que les lois ordonnent.
Les lois ne sont rien d'autre que ma liberté véritable
(qui est rationnelle : "l'impulsion du seul appétit
est esclavage"). Nous voyons enfin où est notre
bien véritable. Etre libre, ce n'est pas suivre son
intérêt particulier car il ne correspond qu'aux
préférences immédiates, qui ne sont pas
toujours notre véritable interêt (cf. fumer).
Conséquence
: on ne peut s'opposer à la volonté générale
sans perdre sa liberté et donc sa qualité d'homme,
puisque être libre, c'est vouloir ce que veut la volonté
générale. Si un individu s'oppose à la
loi, le reste de la communauté le forcera à
y obéir
ce qui revient à le "forcer
à être libre" (IV, 2)! Donc : pas de droit
du citoyen à l'opposition, car on ne peut pas s'opposer
à ce qu'on veut/à soi-même. Mais cela
ne peut être un problème que si les lois sont
l'expression de la domination d'une majorité sur une
minorité (ce qu'elles ne sont pas censées être
selon Rousseau) |
Je me suis donc donné, par
le contrat social, au peuple souverain qui décidera, par
ses lois, de la partie de mes droits et biens qu'il me reversera.
Ie : ma liberté est limitée par la loi. Mais cela
ne veut rien dire d'autre que je cette liberté ne sera limitée
par personne. En effet, cf. Rousseau, Contrat social, II,
6 : la loi, qui n'est que l'expression de la volonté générale,
est abstraite, universelle (à la fois dans son contenu =
objet général; et dans son origine = généralité
du peuple), ie, impersonnelle. Elle ne lèse personne car
elle ne s'applique à personne en particulier mais à
tous. Elle exclut donc le privilège et implique la stricte
égalité devant elle. Elle libère parce qu'étant
impersonnelle, nous garantit que nous ne dépendront de personne.
Avantage : nous sommes sûrs
que la loi est juste.
Origine : tous, sans exception, sur
tous, sans exception : En effet, si chacun statue sur tous, je suis
compris dans ce "tous". Donc : personne ne va avoir intérêt
à imposer aux autres des charges qu'il ne serait pas prêt
à supporter pour lui-même; donc, il ne va vouloir que
des lois qui comportent un bien quelconque.
Par exemple : ce n'est pas un individu
avec tels intérêts particuliers (le bourgeois) ou telle
classe avec tels intérêts (les commerçants)
généraux par rapport à l'individu mais particuliers
par rapport à tous qui va décider d'une loi portant
sur les impôts que doivent payer les commerçants ou
les bourgeois ayant tel revenu! Ici, il y aurait de l'arbitraire
dans la loi (on déciderait sur des cas, certaines personnes
sur certaines personnes seulement, en s'en exceptant ou s'en s'y
mettant au contraire l'unique bénéficiaire, on serait
mû par des intérêts , la sympathie, la haine,
la pitié, etc).
Alors que si toute la procédure
reste abstraite, nous allons nous affranchir de toutes ces contingences,
et toujours se demander si c'est bénéfique à
tous, moi y compris, en faisant abstraction de ma condition sociale,
de mon sexe, etc. On doit ignorer, au moment de se pronconcer, si
concrètement on ressentira les inconvénients ou avantages
de la loi.
La loi est de la forme : "tous
les x doivent faire y" (on fait abstraction des circonstances
particulières, comme le nom d'un homme, d'un lieu, d'une
date, etc)
Exemple : (1)"il y aura telle
peine pour tel genre de délit"
(2)"telle autorité fixera
les impôts selon telle règle"
Note : Mais dans la vie courante,
il faut bien que ces lois s'appliquent et s'interprètent.
Qui va le faire?
Réponse : le peuple souverain
ne fait que faire les lois (pouvoir législatif). Mais il
ne les exécute pas, car ce serait faire quelque chose de
particulier. Celui qui les exécute (pouvoir exécutif),
c'est le gouvernement, le prince, qui est donc au service de nos
intérêts et de notre liberté. Seul il décide
du sort des individus, gère les situations concrètes,
mais, en étant tenu par les lois. Ce ne sont plus des lois
mais des décrets.
Exemples : (1') en vertu de (1) il
faut condamner Paul
(2') en vertu de (2) telle partie
de la population versera telle somme
Note 2 : nous sommes garantis aussi
de n'avoir que des devoirs qui correspondent à des droits
(exemple : l'obligation scolaire correspond au droit de participer
à la culture)
Conclusion
: la constitution de l'homme est certes altérée
mais également renforcée. (p.77). D'êtres sensibles
nous sommes devenus des êtres moraux et raisonnables. Ie,
d'animaux stupides et bornés, nous sommes devenus des êtres
humains (cf; penchants/raison, impulisons physiques/moralité
et droit). La société dénature donc l'homme
en même temps qu'elle l'humanise (donc, pour mieux l'humaniser).
Problème : un Etat dans
lequel le citoyen ne peut s'opposer aux lois est-il encore un Etat
digne de ce nom, un Etat juste? Certes, chez Rousseau, ça
marche parce que les citoyens sont raisonnables, éduqués,
et en petit nombre. Mais là où ces conditions ne sont
pas réunies, peut-il y avoir volonté générale?
Peut-on être sûr que les lois sont toujours l'expression
de la volonté générale? -cf. fait que pas de
démocratie directe possible. Pourquoi descendons-nous parfois
dans la rue pour déclarer que les lois sont injustes? (donc,
ne peuvent être reçues comme loi!)
ANNEXE : BODIN, LES SIX LIVRES DE LA RÉPUBLIQUE (1576).
Définition Etat : "République
est un droit de gouvernement de plusieurs ménages et de ce
qui leur est commun avec puissance souveraine".
L'Etat remplace le lien civil établi
sur la guerre et les conquêtes.
La souveraineté n'est ni impériale
ni seigneuriale.
1) L'empire : cf. Digeste; romains.
Sa première caractéristique est l'épée,
le glaive militaire. La fonction de l'imperator est donc militaire.
2) La seigneurie : (dominium) forme
dominiale du pouvoir.
Souvent, la seigneurie est acquise
par la guerre., le brigandage et le coup de force. Mais surtout,
c'est la "puissance en propriété" : les
relations publiques sont confondues avec les rapports individuels;
il amalgame les liens privés des hommes entre eux avec les
rapports qu'ils entretiennent avec les choses. Il traite les personnes
comme des biens, il exerce le pouvoir comme on use du droit de propriété.
Le dominium est l'asservissement, l'appropriation par le maître,
d'un corps humain comme sa chose.
3) La souveraineté : pouvoir
légitime.
a) contrairement au pouvoir 1), il
n'est donc pas fondé sur la force. Sa caractéristique
première n'est pas militaire mais civile (avant l'épée,
la balance ou épée de justice). La législation
l'emporte sur l'armée, la politique intérieure sur
l'extérieure.
b) la relation de maîtrise de
2) n'est pas l'équivalent de la relation politique.. On ne
doit pas traiter les sujets comme des esclaves ni tenir les hommes
pour des choses car les hommes sont à l'image de Dieu et
donc libres. La puissance n'est pas une propriété.
La puissance est une "fonction
publique" : elle n'appartient ni aux seigneurs, ni au prince,
ni à l'Etat. Elle EST l'Etat. Le prince n'a pas la propriété
du pouvoir parce que le pouvoir est un bien commun et par conséquent
n'est pas une propriété privée. Il est un lien
civil fondé sur la loi. Ainsi :
- le droit public n'est pas une émanation
du droit privé
- le rapport politique ne dérive
pas d'un rapport de propriété.
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