INTRODUCTION
- question ontologique : quelle est la nature du réel ? de
quoi la réalité est-elle faite, au-delà des apparences
sensibles ?
-
existe-t-il bien deux genres de réalité distincts ?
En moi mais aussi en général, dans le monde ? Ou bien
n’est-ce qu’une illusion ?
I- Le dualisme : il existe
deux sortes de réalités distinctes, et autonomes…
Intuitivement, on croit qu’il existe deux principes distincts
dans la réalité, mais surtout en nous ; on répond
à la question de savoir de quoi nous sommes faits, de manière
dualiste : nous croyons que nous possédons à la fois
un esprit et un corps, il y a d’un côté l’âme,
l’esprit, de l’autre le corps, la matière.
| L’esprit
(spiritus) |
Le
corps |
| siège
des états mentaux de toute sorte = penser, imaginer, sentir
; tout ce qui se passe dans notre tête = intériorité.
Se définit par opposition à la matière, ie,
comme immatériel… et par conséquent, éternel. |
n’est
que l’habitacle provisoire de l’esprit qui s’en
échappe à la mort. |
Pourquoi croyons-nous cela ?
A-
la "psychologie populaire" ou "psychologie du sens
commun"
Nos
explications psychologiques ordinaires supposent que nos croyances,
désirs, intentions et autres états mentaux sont des
causes de nos comportements et entretiennent les uns avec les autres
des relations causales. La plupart d’entre nous croyons que
ces états mentaux sont d’une nature différente
de celle corps et de ses activités : les états mentaux
sont conscients alors que le corps et ses activités ne le sont
pas.
Le spirituel et le matériel semblent avoir des propriétés
plutôt différentes et sans doute irréconciliables.
Les évènements mentaux ont une qualité subjective
qui leur est associée, alors que les évènements
physiques n’en ont évidemment pas. Par exemple, qu’est-ce
que l’on ressent lorsqu’on se brûle le doigt ? A
quoi ressemble le ciel bleu ? A quoi ressemble une musique agréable
? Les philosophes appellent qualia ces aspects subjectifs de l’esprit.
Il y a quelque chose à quoi ressemble une couleur, une brûlure,
et ainsi de suite ; les qualia interviennent dans ces évènements
mentaux. L’argument est alors que ces qualia semblent particulièrement
difficiles à ramener à quoi que ce soit de physique.
B- Descartes : un dualisme exacerbé Descartes radicalise
la distinction « populaire »
1)
« Je pense, j’existe »
Fondement indubitable de toute connaissance : l’ego, le «
je pense ». Douter c’est penser ; je ne puis en douter.
Donc cette pensée est réelle. Par conséquent
le je qui pense est réel.
2)
Conséquence : que suis-je ? une chose qui pense, une âme,
un esprit, une conscience (cf. Seconde Méditation)
a)
je suis une chose qui pense
L'esprit qui doute s'appréhende lui-même et se met devant
le verbe exister : "moi donc à tout le moins, ne suis-je
pas quelque chose » ? Pour répondre à cela il
essaie divers sujets, les choses, son corps, etc., mais à chaque
fois, de bonnes raisons font lever un point d'interrogation. Il pose
"je suis" et essaie tous les attributs possibles en se demandant
si le "je" peut subsister sans eux Résultat : la
pensée seule ne peut être détachée de moi
b) qu'est ce qu'une chose pensante?
"Une
chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut,
qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent".
Descartes,
Discours de la Méthode, IVe partie.
Puis,
examinant avec attention ce que j'étais, et voyant
que je pouvais feindre que je n'avais aucun corps et qu'il
n'y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse, mais
que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n'étais
point, et qu'au contraire, de cela même que je pensais
à douter de la vérité des autres choses,
il suivait très évidemment et très certainement
que j'étais, au lieu que, si j'eusse seulement cessé
de penser, encore que tout le reste de ce que j'avais jamais
imaginé eût été vrai, je n'avais
aucune raison de croire que j'eusse été, je
connus de là que j'étais une substance dont
toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et qui pour
être n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune
chose matérielle ; en sorte que ce moi, c'est-à-dire
l'âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement
distincte du corps, et même qu'elle est plus aisée
à connaître que lui et qu'encore qu'il ne fût
point, elle ne laisserait pas d'être tout ce qu'elle
est.
|
3)
le corps, pure extériorité mécanique (la thèse
du corps-machine)
Qu’est-ce le corps si on veut le concevoir de manière
claire et distincte ? Le corps est une substance étendue en
longueur, largeur, et profondeur. D’où la conception
du corps vivant mécaniste : le corps est une machine, un assemblage
de pièces et de rouages, comme une horloge n’est rien
d’autre qu’un ensemble formé seulement de roues
et d’engrenages.
Bilan
: le dualisme cartésien
l’âme
ou l’esprit est une substance pensante (simple, n’occupant
aucun espace assignable, indivisible)
On ne peut couper une idée en deux ! |
le
corps ou la matière est une substance étendue
(divisible, sans pensée ni intériorité)
; la matière : ce qui est susceptible d’occuper
un étendue et de subir des mouvements.
On
peut ainsi concevoir la moitié d’un corps ou
le ¼ d’un corps |
Unité,
identité Sujet, ipséité, ie, dotée
d’unité centrale : l’âme est un sujet,
car
- elle peut rapporter tous ses actes à elle-même,
comme un centre ou point fixe ;
-
elle est toute entière en chacun de ses actes
-elle est la même tout au long de la durée |
Aucune
unité, aucune identité réelle : ainsi
deux morceaux de corps sont le même corps
Pas
d’unité centrale : pas présent en chacune
de ses parties, caractère discontinu (unité
de composition, d’assemblage, de fonction) |
| l’âme
ou l’esprit, est du côté de la liberté
; l’esprit a la capacité d’initier des mouvements
sans être causé par rien du tout (ainsi je peux
prendre l’initiative de me jeter d’un train juste
pour prouver que je suis libre, sans que rien ne m’y contraigne). |
Le
corps est du côté du déterminisme, de la
nécessité |
Cette
représentation du corps ne cessera de hanter l’imaginaire
occidental
-
Cf. le corps pour la médecine : on répare le corps,
on opère des greffes…
-
La distinction médecine généraliste et psychanalyse/
psychologie : on va mal quelque part dans le corps, on voit un médecin
du corps… on va mal quand on est « déprimé
», quand l’âme est triste, on va voir un médecin
de l’ « âme »
II-
Les difficultés du dualisme
A- Le mystère de l’union
1) l’homme est un composé d’esprit
et de matière
a) Problème : Le corps ne m’est pas extérieur
comme n’importe quelle chose du monde ! Nous faisons constamment
l’expérience des relations entre les deux
Exemples de relations causales :
(1) un événement corporel (se piquer) a pour effet un
événement mental (ressentir une douleur)
(2) Un événement mental (penser : « c’est
l’heure de se lever ») est la cause d’un événement
corporel (se lever)
Exemples
d’imbrication totale :
cf.
expériences diverses de la douleur, de la faim, du toucher,
de la fatigue, etc.
-
la douleur : le « je » regarde-t-il le corps souffrant
comme un objet jeté à distance de lui ? Non, le «
je » n’est pas hors du corps, il est en et avec lui !
C’est bien la totalité de mon être qui souffre,
ce n’est pas moi ET mon corps, c’est moi en tant que totalité
incarnée, être de fusion …
b) l’union vécue chez Descartes Descartes était
conscient de ces problèmes :
Descartes,
Abrégé des Méditations Métaphysiques,
1647
«
L’âme de l’homme est réellement distincte
du corps et toutefois (…) elle lui est si étroitement
conjointe et unie qu’elle ne compose que comme une même
chose avec lui »
|
Descartes,
Méditations Métaphysiques, VI
La
nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur,
de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé
dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire. Mais,
outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement
et tellement confondu et mêlé, que je compose comme
un seul tout avec lui. Car, si cela n’était, lorsque
mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de
la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais
j’apercevrais cette blessure par le seul entendement,
comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose
se rompt dans son vaisseau. |
Ainsi,
nous ne constatons pas mais nous éprouvons ce qui affecte mon
corps. Nous n’enregistrons pas la douleur, la soif, la faim,
comme le ferait le pilote qui consulte les cadrans de son tableau
de bord, elles sont vécues au plus profond de notre être.
Au-delà de la dualité conçue, il y a l’unité
vécue ; l’union des deux substances n’est pas simple
juxtaposition mais fusion. Entre l’âme et le corps, mêlés
au point de ne plus faire qu’un, l’interaction est intime
et permanente, le corps agit sur l’âme et l’âme
agit sur le corps. Il a d’ailleurs affirmé l’unité
particulière et réelle du corps humain
2)
Comment expliquer dans ce cadre l’interaction des deux substances
? Comment expliquer que deux réalités sans commune mesure
ni point de contact peuvent s’influencer l’une l’autre
?
Comment
mes volontés, processus immatériels, pourraient-ils
se traduire en gestes, ie, en mécanismes, en réalités
matérielles et spatiales ?
Comment
expliquer également les émotions (passions de l’âme)
ie, que l’âme subisse les effets du corps ?
Comment
se peut-il que l'expérience consciente puisse mettre en mouvement
un corps, i.e. un objet matériel doté de propriétés
physico-chimiques ?
Comment
peut-on vouloir être la cause du fonctionnement de nos neurones
et de la contraction de nos muscles, de sorte qu'ils réalisent
ce que nous nous proposons de faire ?
a)
la solution cartésienne
Dans le Traité des passions de l’âme,
Descartes dit que l'union se situe dans la glande pinéale,
au centre du cerveau. Sorte de carrefour où se rencontrent
les deux ordres de réalité, par lequel les esprits animaux
(minuscules corpuscules circulant dans le sang) arrivent au cerveau,
puis repartent dans le corps. La causalité esprit/corps est
donc possible : elle s'effectue dans la glande pinéale.
Descartes,
Traité des passions de l’âme, article
37 : « Comment il paraît qu’elles sont toutes
causées par quelque mouvement des esprits »
Et parce que le semblable arrive en toutes les autres passions,
à savoir, qu’elles sont principalement causées
par les esprits contenus dans les cavités du cerveau,
en tant qu’ils prennent leur cours vers les nerfs qui
servent à élargir ou étrécir les
orifices du coeur, ou à pousser diversement vers lui
le sang qui est dans les autres parties, ou, en quelque autre
façon que ce soit, à entretenir la même
passion : on peut clairement entendre de ceci pourquoi j’ai
mis ci-dessus en leur définition qu’elles sont
causées par quelque mouvement des esprits. |
Statut
des passions : se situent aux confins de l’âme et du corps
: elles relèvent des choses dont nous faisons l’expérience
en nous-mêmes (ce sont des pensées) mais pourtant, elles
ne sont pas produites par l’âme, mais par le corps. Si
ce sont bien des pensées, elles se distinguent donc des pensées
créées par l’âme même, à savoir,
les « volontés ».
Cause
immédiate ou prochaine : mouvement de la glande pinéale
qui se situe au centre du cerveau
Cause
de ce mouvement = esprits animaux
Cause (la plus lointaine dans l’ordre du vécu mais première
dans l’ordre chronologique) de ce mouvement : un objet qui agit
sur nos sens
Descartes
parle d’une institution naturelle entre les mouvements des esprits
animaux, qui nous disposent à nous comporter ou à agir
de telle façon Rles passions disposent notre âme à
vouloir les choses auxquelles elles préparent le corps. La
nature a institué un mouvement des esprits animaux qui se communique,
à telle occasion, à la glande pinéale, et agite
l’âme de la façon requise… Une passion est
associée par nature ou habitude à un certain mouvement
des esprits animaux, qui va se déclencher pour causer en l’âme
une réaction appropriée dans telle circonstance.
Cf. la peur : la vue d’une chose effrayante nous dispose ou
nous incite à fuir. Plus exactement :
1- perception d’un objet effrayant : processus physiologique
qui
2- met en mouvement un processus physiologique supplémentaire
3- ce qui conduit au comportement caractéristique de la peur
: événement mental causé par un 3e processus
physiologique
Mais
disposer ou incliner n’est pas nécessiter : il y a ainsi
la possibilité pour l’âme de changer ces associations
(dissocier une passion d’une volonté et l’associer
à une autre).
Conséquence
quant au dualisme cartésien : il stipule certes la distinction
et l’indépendance des substances, mais l’union
des deux en l’homme
b)
Problème : comment l’interaction est-elle possible ?
-Cela
ne fait que déplacer le problème :
Si la glande est corporelle, comment l’âme immatérielle
peut-elle agir sur elle ? Si âme et corps sont deux réalités
distinctes, ayant des caractères bien spécifiques et
complètement différents, alors, on ne voit pas comment
il peut y avoir interaction; cela reste quand même un mystère.
Comment peut-on affirmer sans absurdité que quelque chose d'immatériel
puisse avoir un effet matériel; et vice-versa?
Ainsi, pour Descartes, quand je veux lever la main, ce qui cause le
mouvement du corps, ce n'est pas vraiment quelque chose de corporel
ou d'inscrit dans le fonctionnement corporel; mais c'est un acte de
la volonté qui cause ce mouvement, c’est-à-dire,
quelque chose qui n'est qu'une propriété de la substance
mentale immatérielle que je suis (c’est-à-dire,
de l'esprit). Cela revient à introduire une rupture dans le
processus causal, faire intervenir quelque chose de mystérieux,
dont on ne sait pas comment il peut bien avoir quelque efficace dans
monde physique (car : il va de soi que seules des entités physiques
peuvent normalement entrer en interaction)
- le lieu même de l’interaction n’est pas très
clair
Par exemple, le fait de se brûler les doigts cause de la douleur.
Apparemment, il y a une chaîne d’événements,
partant de la brûlure de la peau, conduisant à la stimulation
des terminaisons nerveuses, puis à un (ou plusieurs) événements
ayant lieu dans un endroit particulier du cerveau, pour finalement
terminer par la sensation de douleur.
Mais la douleur n’est pas supposée être localisable.
Alors, où est-ce que l’interaction a lieu ? On se retrouve
avec une relation causale très étrange. La cause est
localisée en un lieu donné, mais l’effet n’est
localisé nulle part.
-
Comment l’interaction se produit-elle ?
l’idée
même d’un mécanisme expliquant le lien entre le
mental et le physique serait, au mieux, très étrange.
En effet, comparons-le à un mécanisme que l’on
comprend.
Prenons
une relation causale très simple, comme par exemple ce qui
se produit lorsque la bille blanche cogne la bille noire au billard
américain, et la fait aller dans le trou. Ici, on peut dire
que la bille blanche a une certaine quantité de mouvement quand
sa masse traverse la table de billard à une certaine vitesse,
puis que cette quantité de mouvement est transférée
à la bille noire, qui se dirige alors vers le trou.
Comparons
maintenant cette situation avec ce qui se produit dans le cerveau,
où l’on voudrait qu’une décision entraîne
le déclenchement de certains neurones et ainsi entraîner
le mouvement de mon corps.
L’intention
« Je vais traverser la pièce » est un événement
mental et, en tant que tel, ne possède aucune propriété
physique comme une force. Si elle n’a pas de force, alors comment
pourrait-elle entraîner le déclenchement d’un quelconque
neurone ? Est-ce par magie ? Comment quelque chose ne possédant
aucune propriété physique pourrait-il avoir le moindre
effet physique ?
A
cela, on pourrait répondre de la manière suivante :
« en effet, il y a quelque chose de mystérieux dans la
manière dont l’interaction entre le mental et le physique
a lieu. Mais le fait qu’il y ait quelque chose de mystérieux
ne signifie pas que l’interaction n’a pas lieu. Simplement,
il y a une interaction, qui a lieu entre deux sortes d’événements
totalement différents. »
Transition
: bref, si la matière nous paraît être une évidence
(encore que, cf. Descartes et son malin génie), mais l’esprit
ne serait-il pas après tout qu’une illusion ? ne serait-il
pas qu’une manière commode de parler, due à l’ignorance
où nous sommes des véritables causes ?
III- le matérialisme
: ne serais-pas qu'un corps ?
Définition : tout est matière. L’esprit est soit
une illusion, soit un certain degré de matière, soit
de la matière « tout court ».
A-
le matérialisme de Marx : l’esprit est l’effet
ou le résultat de processus matériels économiques
Les conditions matérielles de la société déterminent
notre mode de pensée, mais aussi tout ce qu’on attribue
à l’esprit en général (la morale, politique,
le droit, la religion, l’art, la philosophie).
Conditions
matérielles = forces économiques et sociales.
Exemple
: dans l’Antiquité, la connaissance était considérée
comme théorique : on ne s’occupait pas de ses applications
pratiques. Ce mode de pensée est lié à l’organisation
de la vie quotidienne sur le plan économique. Seuls les esclaves
travaillaient, donc, l’efficacité était dévaluée,
au profit de la pensée pure
détermine
Matière (ou conditions de vie « matérielles »)
= infrastructure
Esprit = superstructure conditions de production (ressources naturelles
= climat, matières premières) moyens de production (outils,
appareils, machines) rapports de production (répartition du
travail, statut des propriétaires)
Les idées, pensées, la culture, l’art, la politique,
le droit, la religion, etc., ne sont que le reflet de l’infrastructure
Est le reflet de
C’est
la matière, ou ses transformations, qui transforme(nt) l’histoire,
pas les idées ou pensées des hommes.. Cependant, on
parle de matérialisme « dialectique » : cela signifie
que la superstructure, même si elle ne peut avoir de vie autonome,
peut à son tour influencer l’infrastructure.
B-
le matérialisme contemporain : l’esprit est l’effet
ou le résultat de processus cérébraux
C’est
un matérialisme scientifique, qui règne dans ce qu’on
appelle les « sciences cognitives » : ces sciences ont
pour but d’appliquer à l’esprit les méthodes
d’investigation des sciences de la nature (il s’agit donc
de naturaliser l’esprit).
1) origines de cette nouvelle science (neuropsychologie)
- Gall, père de la phrénologie, qui a localisé
les facultés mentales : pour lui, chaque fonction mettait en
jeu une structure cérébrale spécifique, dont
le volume était d’autant plus important que la faculté
correspondante était développée. D’où
sa théorie des bosses du crâne, mais aussi son principal
apport : l’idée de la localisation des facultés
mentales
- en 1861, Broca nous expose le cas de Mr Leborgne, qui pouvait dire
seulement « Tan » mais comprenait ce qu’on lui disait
; on a découvert une atteinte de l’hémisphère
gauche.
- Le cas célèbre de Phinéas Cage décrit
par Damasio dans L’erreur de Descartes :
P. Gage était un ouvrier en bâtiment ; en 1848, lors
d’une explosion, une barre de métal d’un diamètre
de plus de 2,5 cm traversa sa boîte crânienne, détruisant
les aires d’association de ses lobes frontaux. Avant cet accident,
il était connu comme un homme décent et consciencieux
; après, il fut décrit comme infantile et irrévérencieux.
Il était incapable de contrôler ses impulsions et se
livrait constamment à des planifications qu’il abandonnait
ensuite.
Cas
qui montre bien l’impact des lésions du lobe frontal
et temporal sur la personnalité (lésions qui entraînent
des changements de comportement constituant la personnalité
des individus- la personnalité renvoyant à la fois à
ce qui fait la réputation d’une personne, la façon
qu’on a de la percevoir, et aux attributs psychologiques durables
qui créent cette réputation).
Damasio
en a déduit que le cortex joue le rôle d’inhibiteur
des émotions. C’est lui qui nous évite d’être
l’esclave perpétuel de nos pulsions et impulsions. Lobe
frontal = lieu de contrôle de soi. Si un cerveau lésé
peut créer une âme lésée, alors c’est
que nous n’en sommes pas responsables ! La personnalité
réside dans le cerveau, pas dans l’âme ! Une part
de la personnalité serait innée et certaines personnes
sont nées avec des tendances à se comporter de manière
antisociale ou indifférente envers autrui.
2) le réductionnisme esprit et cerveau
cf. Changeux, L'homme neuronal, 1983 : il n’y a pas
d'"esprit", mais que des neurones. Ou encore : l’esprit
est identique au cerveau.
Il
s'agit d'un "matérialisme éliminativiste":
les phénomènes mentaux ne sont rien d'autre que des
phénomènes physiques; les termes mentaux ordinaires
ne désignent rien de réel, et ne sont qu'un mythe que
nous projetons sur les structures de notre comportement. Par là,
on est censé se débarrasser définitivement du
dualisme interactionniste, c’est-à-dire, de l’idée
d'une substance mentale qui aurait des effets physiques.
Dans
une telle perspective, l'explication psychologique peut être
considérée comme scientifiquement redondante par rapport
à l'explication physique, même si elle est commode en
pratique.
Exemple
: comment explique-t-on les maux de l’adolescence quand on est
neuropsychologue ?
Nouvel
Observateur, 15-21 septembre 2005 (Sur les travaux du neurologue
Giedd)
Pourquoi
les adolescents ne raisonnent-ils pas comme les adultes, s’ils
ont les mêmes cellules grises ? Pourquoi passent-ils
leur temps à se mettre en danger, à changer
de personnalité, à s’identifier à
des desperados ou à écouter les Spice Girls
? Bref, comment expliquer qu’un cerveau mature produise
une conduite immature ? Longtemps, la science a recouvert
cette question d’un voile pudique. Faute de pouvoir
ouvrir la boïte noire du cerveau adolescent, on se rabattait
sur les explications psychologiques. On imaginait que la situation
particulière du jeune, à la fois sur les plans
physiologique, mental et social, l’empêchait d’avoir
l’attitude raisonnable que ses neurones auraient dû
lui dicter. On sait désormais qu’il n’en
est rien : le cerveau des adolescents n’est pas plus
achevé que leur corps ! Et son développement
incomplet aide à comprendre bien des aspects du comportement
et de l’état d’esprit propres à
cet âge charnière. (…) au cours de l’enfance
et l’adolescence, la densité de matière
grise varie de manière importante, commençant
par augmenter pour ensuite diminuer progressivement. (…)
Le développement du cerveau obéit à deux
principes antagonistes : « le premier est la surproduction.
Le cerveau produit plus de cellules et de connexions qu’il
ne peut en survivre, grâce à une abondance de
nutriments, de facteurs de croissance et d’espace disponible
dans le crâne. Cette surproduction est suivie d’une
élimination par la compétition féroce
à laquelle se livrent les cellules et les connexions.
Seul un petit pourcentage d’entre elles vont survivre
et gagner ». (…) le lobe frontal, que l’on
considère souvent comme le « centre de décision
» du cerveau (…) est impliqué dans la planification,
la stratégie, l’organisation, la mobilisation
de l’attention, la concentration. « En gros,
c’est la partie du cerveau qui nous distingue le plus
de la bête, dit Giedd. C’est celle qui a changé
le plus au cours de l’évolution humaine, qui
nous permet de faire de la philosophie, de penser sur la pensée
ou de nous interroger sur notre place dans l’univers…
Pendant l’adolescence, cette partie n’est pas
terminée. Ce n’est pas que les ados soient stupides
ou incapables. Mais il est en quelque sorte injuste d’attendre
d’eux qu’ils aient des niveaux adultes d’organisation
ou de prise de décision avant que leur cerveau soit
achevé ».
Courrier
International, n° 717, 29 juillet au 18 août 2004
(idem)
La dernière zone cérébrale à subir
l’élagage neuronal et à trouver sa forme
et ses dimensions adultes est le cortex préfrontal,
siège de ce qu’on appelle les fonctions exécutives
Rprévoir, se fixer des priorités, organiser
ses pensées, réprimer ses pulsions, peser les
conséquences de ses actes. En d’autres termes,
la dernière partie du cerveau à se développer
est celle qui est capable de prendre une décision de
ce type : « je finis mes devoirs, je descends la poubelle
et ensuite j’enverrai un texto à mes copains
pour aller au cinéma ». (…) « à
partir du moment où nous avons commencé à
savoir très précisément où et
quand les modifications cérébrales se produisaient,
nous avons pu élucider le mystère : le problème
est simplement que la partie du cerveau qui responsabilise
les ados n’est pas encore finie de se développer
».
Nouvel
Observateur, 15-21 septembre 2005-12-12 (L. Rotenberg, psychothérapeute,
spécialiste de l’adolescence)
Ces
progrès apportent un enrichissement incontestable.
Ainsi, en France, des recherches menées à Ste
Anne ont permis de voir que dans la dépression il y
a des régions du cerveau qui ne fonctionnent pas, et
que lorsqu’on administre un antidépresseur, une
partie des cellules inactives sont restimulées. C’est
intéressant de visualiser de telles données,
auxquelles on n’avait pas accès quand le seul
moyen d’observer le cerveau était l’examen
post mortem. Mais en même temps ces travaux ne nous
disent pas comment il faut traiter un patient dépressif.
Je me méfie d’une conception du tout biologique
qui aboutirait à surexploiter les résultats
scientifiques. (…) C’est une des tendances actuelles
dans les milieux psychiatriques. Pour ma part, j’appartiens
à une génération où l’on
essaie de tenir compte de tous les éléments.
Je trouverais absurde de ne pas m’intéresser
aux nouveaux développements scientifiques, mais la
référence à la psychanalyse, à
des notions de base comme le complexe d’OEdipe, reste
valable.
|
Mais que vaut ce matérialisme ?
IV- Critiques du matérialisme
: la réduction de l’esprit à la matière
n’est pas tenable
A-Critiques
d’ordre logique
comment
l’esprit peut-il venir de la matière ? qu’est-ce
qui dans la matière peut aboutir à la création
de l’esprit ? la matière peut-elle penser ?
si on a besoin de recourir au concept d’esprit pour expliquer
les comportements humains, alors pourquoi ne correspondrait-il à
rien ?
Ainsi,
ne se moquerait-on pas du physicien qui prétendrait rendre
compte d’un match de football en terme de corps en mouvements,
définis par leurs masse et leur vitesse ?)
la science ne peut vraiment objectiver l’esprit ou prouver que
l’esprit est matériel et n’est que le nom que nous
donnons à des phénomènes dotés pour nous
(humains) d’importance.
Cf. techniques d’imagerie cérébrale (tomographie
à émission de positrons) : elles peuvent nous faire
voir (donc localiser) la zone du cerveau mise en branle quand nous
pensons, faisons des calculs logiques, jouons d’un instrument
de musique, etc. Mais pas ce à quoi nous pensons, et surtout,
ce qu’est la pensée (comment elle naît, etc.)
On
peut faire ici la distinction cause et condition : par exemple, le
piano produit de la musique : dira-t-on alors que le piano est la
cause et la musique l’effet ?
Le piano est un moyen, ce sans quoi quelque chose (la musique) ne
peut être réalisé (condition) La cause c’est
ce qui produit l’existence et qui rend raison.
La
cause de la musique (par exemple du 21ème concerto de Mozart)
c’est sa pensée, son génie.
De
même, le corps, ou le cerveau, est la condition de l’esprit,
mais n’en saurait être la cause (et donc, que l’esprit,
s’il doit avoir une assise corporelle, n’y est pas réductible).
Bergson,
L’âme et le corps, coll. Profil, pp.
67-68 ; 71
Celui qui pourrait regarder à l’intérieur
d’un cerveau en pleine activité, suivre le va-et-vient
des atomes et interpréter tout ce qu’ils font,
celui-là saurait sans doute quelque chose de ce qui
se passe dans l’esprit, mais il en saurait peu de chose.
Il en connaîtrait tout juste ce qui est exprimable en
gestes, attitudes et mouvements du corps, ce que l’état
d’âme contient d’action en voie d’accomplissement,
ou simplement naissante : le reste lui échapperait.
Il serait, vis-à-vis des pensées et sentiments
qui se déroulent à l’intérieur
de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit
distinctement tout ce que les acteurs font sur la scène,
mais n’entend pas un mot de ce qu’ils disent.
Sans doute, le va-et-vient des acteurs, leurs gestes et attitudes,
ont leur raison d’être dans la pièce qu’ils
jouent ; et si nous connaissons le texte, nous pouvons prévoir
à peu près le geste ; mais la réciproque
n’est pas vraie, et la connaissance des gestes ne nous
renseigne que fort peu sur la pièce, parce qu’il
y a beaucoup plus dans une fine comédie que les mouvements
par lesquels on la scande.
L’activité cérébrale est à
la vie mentale ce que les mouvements du bâton du chef
d’orchestre sont à la symphonie. La symphonie
dépasse de tous côtés les mouvements qui
la scandent ; la vie de l’esprit déborde de même
la vie cérébrale…
|
B-Critique
d’ordre éthique : le matérialisme nie la liberté
et détruit la notion de responsabilité
Cf.
analyse de Damasio à propos de Phinéas Cage : on n’a
donc finalement plus aucun mérite quand on agit moralement
(d’ailleurs que veut dire ici agir « moralement »
?) ; et on est malade plutôt qu’immoral, quand on agit
de manière non morale… Cf. explication scientifique de
l’adolescence : quand on agit correctement on n’a aucun
mérite, et quand on agit mal ce n’est pas de notre faute
!
C-
Dépassement du matérialisme et du dualisme : le monisme
de Spinoza : l’unité de l’être humain
Le
corps et l’esprit ne sont-ils pas qu’une seule et même
chose, vue sous deux aspects différents … ? Tout état
de l’homme sera simultanément mouvement dans le corps
et idée dans l’âme.
Spinoza
Ethique, III, 2, Scholie. Traduction B. Pautrat, Paris, le Seuil,
1988
L’esprit et le corps, c’est une seule et même
chose, qui se conçoit sous l’attribut tantôt
de la pensée, tantôt de l’étendue.
D’où vient que l’ordre ou enchaînement
des choses est un, qu’on conçoive la nature sous
l’un ou l’autre de ces attributs, par conséquent
que l’ordre des actions et passions de notre corps va
par nature de pair avec l’ordre des actions et passions
de notre esprit : ce qui ressort également de la manière
dont nous avons démontré la proposition 12 de
la deuxième partie. Or, encore que les choses soient
telles qu’il ne reste pas de raison de douter, j’ai
pourtant peine à croire que, à moins de prouver
la chose par l’expérience, je puisse induire les
hommes à examiner cela d’une âme égale,
tant ils sont fermement persuadés que c’est sous
le seul commandement de l’esprit que le corps tantôt
se meut, tantôt est en repos, et fait un très grand
nombre de choses qui dépendent de la seule volonté
de l’esprit et de l’art de penser. Et, de fait,
ce que peut le corps, personne jusqu’à présent
ne l’a déterminé, càd l’expérience
n’a appris à personne jusqu’à présent
ce que le corps peut faire par les seules lois de la nature
en tant qu’on la considère seulement comme corporelle,
et ce qu’il ne peut faire, à moins d’être
déterminé par l’esprit. Car personne jusqu’à
présent n’a connu la structure du corps si précisément
qu’il en pût expliquer toutes les fonctions pour
ne rien dire ici du fait, que, chez les bêtes, on observe
plus d’une chose qui dépasse de loin la sagacité
humaine, et que les somnambules, dans leurs rêves, font
un très grand nombre de choses qu’ils n’oseraient
faire dans la veille ; ce qui montre assez que le corps lui-même
par les seules lois de sa nature, peut bien des choses qui font
l’admiration de son esprit. Ensuite, personne ne sait
de quelle façon ou par quels moyens, l’esprit meut
le corps, ni combien de degrés de mouvement il peut attribuer
au corps, et à quelle vitesse il peut le mouvoir. D’où
suit que, quand les hommes disent que telle ou telle action
du corps naît de l’esprit, qui a un empire sur le
corps, ils ne savent ce qu’ils disent, et ils ne font
qu’avouer en termes spécieux qu’ils ignorent
sans l’admirer la vraie cause de cette action. Mais ils
vont dire, qu’ils sachent ou non par quels moyens l’esprit
meut le corps, que pourtant ils savent d’expérience
que si l’esprit n’était pas apte à
penser, le corps serait inerte. QU’ensuite ils savent
d’expérience qu’il est au seul pouvoir de
l’esprit tant de parler que de se taire, et bien d’autres
choses qui, par suite, dépendent à ce qu’ils
croient du décret de l’esprit. Mais pour ce qui
touche au premier point, je leur demande si l’expérience
n’enseigne pas aussi que, si le corps, inversement, est
inerte, l’esprit en même temps est inapte à
penser ? Car, quand le corps repose dans le sommeil, l’esprit
en même temps que lui demeure endormi, et n’a pas
le pouvoir de penser comme dans la veille. Ensuite, tout le
monde a, je crois, fait l’expérience que l’esprit
n’est pas toujours également apte à penser
sur le même objet ; mais que, selon que le corps est plus
apte à ce que s’excite en lui l’image de
tel ou tel objet, ainsi l’esprit est plus apte à
contempler tel ou tel objet. Mais ils vont dire que des seules
lois de la nature considérée seulement en tant
que corporelle, il ne peut pas se faire que l’on puisse
déduire les causes des édifices, des peintures
et des choses de ce genre, qui se font par le seul art des hommes,
et que le corps humain à moins d’être déterminé
et guidé par l’esprit, ne serait pas capable d’édifier
un temple. Mais j’ai déjà montré,
quant à moi, qu’ils ne savent pas ce que peut le
corps, ou ce qu’on peut déduire de la seule contemplation
de sa nature, et qu’ils ont l’expérience
d’un très grand nombre de choses qui se font par
les seules lois de la nature et qu’ils n’auraient
jamais cru pouvoir se faire, sauf sous la direction de l’esprit,
comme sont celles que font les somnambules en dormant, et qu’ils
admirent eux-mêmes quand ils sont éveillés
|
1) Le contexte
But de l’Ethique : connaître la nature humaine, afin de
bâtir sur une elle la véritable morale (pas d’idéalisme).
Connaissance rationnelle, discursive (modèle mathématique).
Spinoza
affirme dans l’Ethique (surtout dans le livre II) l’unité
du corps et de l’esprit. L’homme est A LA FOIS étendue/
matière, et pensée/ esprit.
Ne
nous y trompons pas : c’est une philosophie unitaire de l’existant
humain, pas la somme de deux réalités différentes.
L’esprit ne sera pas ajouté au corps pour l’animer,
le mettre en mouvement (ce qu’on a encore chez Aristote ?)
La conséquence en sera une théorie de l’affectivité
originale par rapport à la tradition qui le précède,
puisque cette affectivité sera le fondement de la nature humaine,
et de la morale (cf. « le désir est l’essence de
l’homme »).
Modèle
de la réalité : une seule nature, spirituelle et matérielle,
qui n’est autre que Dieu (théorie de l’immanence
: « deus sive natura) ; cette Substance se manifeste sous une
infinité d’attributs, qui sont ses manières d’être.
L’étendue et la pensée sont dans ce contexte deux
expressions distinctes d’une même substance. A l’intérieur
de cette nature (l’homme est une partie de cette nature), on
a l’être humain, qui se caractérise par l’unité
corps/ esprit, et par le désir.
Pour bien comprendre ce que signifie cette unité esprit-corps,
suivons son raisonnement. Dans l’Ethique II, 11, nous avons
la description de la réalité effective de l’esprit
(ie, pas d’une idée).
Qu’est-ce
que l’esprit humain ?
2)
L'esprit humain est l’idée d’une chose singulière
existant en acte.
Traduction :
-
Esprit =idée = pas concept mais activité de penser=activité
de conscience (pas âme !)
-
cette activité de penser, cette idée, a un objet
-
cf. Husserl : « toute conscience est conscience de quelque chose
» (rapport à quelque chose d’autre qu’elle-même)
a) pas d’autonomie, pas de substantialité de
l’esprit : l’esprit ou activité de conscience
est toujours rapport au monde extérieur
b) premier objet de cette conscience/ esprit : le corps (le
sien)
Le rapport au monde extérieur s’appuie donc toujours
sur le lien étroit idée/ corps. Le contenu principal
de la conscience est son corps. L’esprit humain EST la conscience
du corps. Je suis conscience de mon corps.
c) Ça ne veut pas dire que l’esprit serait le
reflet passif du corps mais que l’esprit est la même chose
que le corps mais en un langage différent (cf. notion de parallélisme)
L’esprit va enchaîner des connaissances, va désirer
; le corps, lui, va enchaîner des mouvements.
Parallélisme : pas de relation de production, de relation causale
: mais identité, ie, quand il y a des événements
dans le corps, il y a des événements dans l’esprit.
Un seul événement s’exprime de deux manières.
d)
Comment ça fonctionne ? Quelles sont leurs relations ?
Tout événement du corps est perçu par l’esprit.
Perçu, c’est-à-dire pas compris, pas connu : ce
rapport peut être mal compris, mal interprété.
En soi, l’esprit perçoit tous les événements
du corps ; comment ? Par les idées des affections du corps.
Idées = conscience des modifications du corps.
Affection
= pas relatif à l’affectivité mais désigne
une transformation, un mouvement, du corps (des humeurs, du sang)
Autrement
dit, la conscience perçoit le corps par la conscience interprétative
des événements du corps.
Exemple
: un ulcère de l’estomac ne sera conscient que quand
il entrera en crise ; l’ulcère va être conscient
; sous quelle forme ? sous la forme d’une brûlure, qui
est l’idée, la conscience, d’un événement
qui se passe dans l’estomac, et qui n’est pas une brûlure
mais un processus chimique.
On
voit bien ici que l’événement physique est autre
dans le vécu psychique… Une modification du corps est
perçue par une interprétation.
Bref
: la conscience est toujours conscience des événements
du corps, et cette conscience, ou, les idées des affections
du corps sont d’abord confuses. (Evénements : pas oxygénation,
digestion ? En tout cas événements de la vie de tous
les jours….). Nous n’avons une conscience claire ni des
événements organiques, ni des événements
affectifs…
Ce
qui signifie que la conscience n’est pas forcément claire,
n’est pas forcément connaissance (réflexion claire
qui comprend ce qui se passe, comment, et pourquoi).
Par
contre, toute affection du corps peut être connue, devenir un
concept clair. Ie : la conscience confuse de notre quotidien peut
devenir l’objet d’une connaissance. (Avoir une idée
de l’idée !)
Avantages : nouvelle médecine ? un corps, non plus objet mais
sujet ?
Cf.
phénomènes placebo et nocebo
- maladie de Parkinson : faire croire au malade qu’on lui injecte
de la dopamine sous forme de cachet stimulerait probablement les derniers
neurones capables d’en fabriquer, et supprime (momentanément
au moins) les tremblements
- les quelques cas de guérison de cancers à Lourdes
s’expliquent par un état d’extase mystique qui
déclencherait une production massive de substances anticancéreuses
-
les pensées négatives d’un patient peuvent contrecarrer
l’évolution d’une maladie
Cf.
méthode Meizières en kiné… = le corps sujet
!
Conclusion
Il nous paraît donc abusif de se débarrasser de l’esprit,
mais avouons pourtant que nous ne savons toujours pas vraiment ce
qu’il peut être précisément !
On
peut même retourner la critique scientifique de l’esprit
contre leur croyance en l’existence de la matière : la
matière existe-t-elle vraiment ? Comment en être si sûr
après tout ?
Cf.
Descartes et l’expérience du morceau de cire : la matière
n’est pas si concrète que ce que l’on pourrait
croire ! N’est-elle pas un concept qui nous permet de réunir
entre elles de multiples sensations ? Si on la perçoit, n’y
a-t-il pas tout un travail de l’esprit ?