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Précision terminologique : l’esprit et la matière sont des termes très généraux. Ont donc à voir avec nos définitions de la réalité. L’âme et le corps sont des termes plus « concrets », et concernent plutôt l’être humain. Nous prendrons ici ces termes comme synonymes. Problématique : Ces concepts se pensent en général en opposition l’un à l’autre. Cette distinction conceptuelle est-elle pertinente ? Faut-il penser le monde comme mettant en opposition deux sortes d’être complètement distincts l’un de l’autre ? Nous avons déjà esquissé cette interrogation dans le cours sur la conscience, approfondissons-là davantage…
Esprit (spiritus) : siège des états mentaux de toute sorte = penser, imaginer, sentir ; tout ce qui se passe dans notre tête = intériorité. Se définit par opposition à la matière, ie, comme immatériel… et par conséquent, éternel. Le corps n’est que l’habitacle provisoire de l’esprit qui s’en échappe à la mort. •
Cf. religion
• L'âme a avant tout à voir avec la vie : tout ce qui est vivant a une âme. Elle est en effet définie, cf. De Anima, II, 1, comme étant "la réalisation d'un corps qui a potentiellement la vie". L’âme se dit alors, non pas « spiritus », mais « anima » Signification : l'âme est ce qui fait qu'un corps potentiellement vivant l'est effectivement, elle est ce qui fait qu'il peut exercer ses fonctions vitales (elle le rend capable d'exercer ses fonctions).L’âme, principe vital, fait fonctionner et organise le corps. Plus précisément, l'âme est faite pour user du corps, et le corps est fait pour être son instrument. Exemple : si l'œil était un animal, son âme serait la vue. • On nomme cette doctrine l’hylémorphisme Tout ce qui existe est un composé de matière et de forme, la forme désignant l’âme. Pourquoi recourir à quelque chose de l’ordre de l’âme pour expliquer l’organisation du vivant ? Parce que l’on a du mal à concevoir qu’un corps puisse maintenir son organisation sans quelque chose capable de se maintenir, et capable d’agir selon certaines fins –or, la matière « pure » semble incapable de pouvoir accomplir tout cela… • Il y a dès lors autant d'âmes que de genres d'êtres organisés
On est ici loin du dualisme : pas d'âme sans corps puisque l'âme est quelque chose de biologique, qui a avant tout à voir avec la vie. Il y a unité totale du corps et de l’âme, l’un ne peut exister sans l’autre. C’est à partir de Descartes que la distinction âme et corps se fait aussi tranchée. C’est d’ailleurs pour critiquer le vitalisme qu’il édicte son dualisme, dans les Méditations Métaphysiques. Il faut cesser de prêter au corps des qualités qui sont en totale contradiction avec son concept véritable…
• l’âme ou l’esprit est une substance pensante (simple, n’occupant aucun espace assignable, indivisible) • le corps ou la matière est une substance étendue (divisible, sans pensée ni intériorité) ; la matière : ce qui est susceptible d’occuper un étendue et de subir des mouvements. NB : contrairement au dualisme populaire, on ne conçoit pas que le corps puisse être le réceptacle de l’âme, puisque ce serait une contradiction logique de localiser l’âme dans un espace ! • Le corps est du côté du déterminisme, de la nécessité, l’âme ou l’esprit, de la liberté ; l’esprit a la capacité d’initier des mouvements sans être causé par rien du tout (ainsi je peux prendre l’initiative de me jeter d’un train juste pour prouver que je suis libre, sans que rien ne m’y contraigne). On donne les causes d’un phénomène physique, on donne les raisons d’un phénomène spirituel.
• l’homme est un composé d’esprit et de matière
Le corps agit sur l’âme par les sensations/ les passions et l’âme agit sur le corps par la volonté. Exemples : (1)
un événement corporel (se piquer) a pour effet un événement
mental (ressentir une douleur). • Comment expliquer dans ce cadre l’interaction des deux substances ? Comment expliquer que deux réalités sans commune mesure ni point de contact peuvent s’influencer l’une l’autre ? Réponse : dans le Traité des passions, Descartes dit que l'union se situe dans la glande pinéale, au centre du cerveau. Sorte de carrefour où se rencontrent les deux ordres de réalité, par lequel les esprits animaux (minuscules corpuscules circulant dans le sang) arrivent au cerveau, puis repartent dans le corps. La causalité esprit/corps est donc possible : elle s'effectue dans la glande pinéale. • Critique (notamment, celle de Leibniz) Dès le 17e, tout le monde va se mettre à discuter de ce problème. Si âme et corps sont deux réalités distinctes, ayant des caractères bien spécifiques et complètement différents, alors, on ne voit pas comment il peut y avoir interaction; cela reste quand même un mystère. Exemple : Leibniz dit que la solution cartésienne pour expliquer cette union, celle de l'interaction, introduit une rupture dans les lois de la nature. Comment peut-on affirmer sans absurdité que quelque chose d'immatériel puisse avoir un effet matériel; et vice-versa? Ainsi, pour Descartes, quand je veux lever la main, ce qui cause le mouvement du corps, ce n'est pas vraiment quelque chose de corporel ou d'inscrit dans le fonctionnement corporel; mais c'est un acte de la volonté qui cause ce mouvement, c’est-à-dire, quelque chose qui n'est qu'une propriété de la substance mentale immatérielle que je suis (c’est-à-dire, de l'esprit). Cela revient bien à introduire une rupture dans le processus causal, faire intervenir quelque chose de mystérieux, dont on ne sait pas comment il peut bien avoir quelque efficace dans monde physique (car : il va de soi que seules des entités physiques peuvent normalement entrer en interaction) Pour Leibniz, la seule solution est son hypothèse de l'harmonie préétablie, qui stipule que Dieu a, de toute éternité, donc, par avance, accordé entre elles les deux réalités, de telle sorte que ce qui se passe dans l'une ait automatiquement des répercussions dans l'autre, mais, sans qu'elles aient aucune influence causale réelle. L’interaction n’est qu’une apparence, due à l’action cachée de Dieu. On appelle cela, aujourd’hui, le parallélisme psychophysique : théorie qui stipule qu’à chaque événement corporel correspond un événement mental. Transition : Dire que l’âme est spirituelle c’est dire qu’elle est complètement séparée du corps : mais alors comment peuvent-ils interagir l’un sur l’autre ? La solution de Leibniz n’est, avouons-le, pas vraiment plus satisfaisante que celle de Descartes ! Dès lors, ne faut-il pas mettre en doute le dualisme ? Ne serait-il pas plus pertinent d’accepter une position moniste, qui stipulerait que la réalité est unique ? Pour accéder à la suite du cours, vous devez entre votre code dans la zone ci-dessous
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