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Introduction
Définition
des termes
:
- Démocratie
: gouvernement du peuple par le peuple (démos = peuple
/kratos = pouvoir)
NB :
il ne faut pas confondre République et Démocratie
: ces deux concepts ne sont pas à mettre sur le même
plan :
- la République
désigne avant tout lobjet même du pouvoir politique :
le bien commun, la chose publique (" res publica ").
Par suite, bien sûr, cest lEtat de droit,
un gouvernement légitime (i.e. : le pouvoir ne
sexerce que sur des hommes libres, les lois ne sont
pas répressives mais plus précisément,
limitent les libertés afin quelles saccordent
entre elles et au bout du compte soient mieux assurées,
etc.).
| J.Bodin,
Les six livres de la République, Définition
de la République : (NB : il la définit
par sa fin )
I,
i : " Quelle est la fin principale
de la République bien ordonnée " :
" République est un droit gouvernement
de plusieurs ménages (= familles), et
de ce qui leur est commun, avec puissance
souveraine. (
) Nous avons dit en premier lieu,
droit gouvernement, pour la différence
quil y a entre les Républiques et les troupes
des voleurs et pirates, avec lesquels on ne doit avoir
part, ni commerce, ni alliance, comme il a toujours
gardé en toute République bien ordonnée.
(
) car le principal point leur fait défaut,
cest à savoir, le droit gouvernement selon
les lois de la nature. Cest pourquoi les Anciens
appelaient République une société
dhommes libres assemblés, pour bien et
heureusement vivre ; (définition dans laquelle
il manque, toutefois, les trois principaux points),
cest à savoir, la famille, la souveraineté,
et ce qui est commun en une République"
|
b)
La démocratie donne un contenu à la République :
elle désigne un titulaire du pouvoir politique ou de
la chose publique, à savoir le peuple.
Le
lien entre République et Démocratie est donc complexe,
et nullement un lien de synonymie : en effet, sil
va de soi que la démocratie est républicaine,
car elle est un Etat de droit, la République, elle, nest
pas nécessairement démocratique, loin de là
cf.fait que chez Bodin, le titulaire de la chose publique
est une personne unique, qui a les compétences nécessaires.
2) Régime
: synonyme de forme de gouvernement (manière de gouverner)
3)
Le moins mauvais : présuppose que le régime
de la démocratie, soit : n'est pas le meilleur
des régimes, et qu'il y en a un autre qui l'est; ou bien
que peut-être elle est le meilleur des régimes
existants, mais alors, si elle est seulement "le moins mauvais",
c'est que le régime le meilleur ne peut pas exister dans
la réalité. Théoriquement, ce serait bien
le régime idéal, mais dans la réalité,
seulement le moins mauvais. Nous allons donc ici nous interroger
sur ces deux aspects de la question.
I-
La démocratie : Le moins mauvais ou le pire des régimes ?
- Platon, La République (conseil : lire le
livre VIII)
A-
La question du meilleur des régimes politiques
Dans
cet ouvrage de " philosophie politique ",
Platon se pose la question de savoir quel peut être, parmi
les différents types de Constitutions qui sétaient
succédés, celui qui pourrait offrir à la
Cité le meilleur gouvernement . Il sinterroge donc
sur les conditions idéales auxquelles tout régime
politique, quel quil soit, doit répondre. Il ne
sagit pas de rendre compte de ce qui est, ie, des régimes
tels quils existent, mais de ce qui doit être, ie,
des régimes tels quils doivent être.
Le
sous-titre : "de la justice". LEtat le meilleur
sera en effet lEtat juste. Pour cela, Platon cherche quelles
sont les constitutions possibles, et laquelle est la meilleure.
1)
Les cinq constitutions possibles
Pour
lui, il y a cinq constitutions possibles :
- La
constitution parfaite, en laquelle tout est commun (femmes,
enfants, éducation, moyens de défense) et où
les gouvernants sont philosophes (thèse célèbre
des " philosophes-rois " = pouvoir et
sagesse sont réunis en une seule main). Il la nomme
parfois aristocratie.
Les
quatre autres sont imparfaites ; elles sont classées
par ordre décroissant :
- timocratie
(fondée sur lhonneur)
- oligarchie
(fondée sur lappétit des richesses)
- démocratie
(fondée sur légalité des riches
et des pauvres)
- tyrannie
(fondée sur le désir -négation même
de la politique car absence de lois)
2)
La loi de succession des régimes
Selon
Platon, il y a une logique interne qui gouverne la marche des
régimes. On passe de lun à lautre
selon cette logique (ie : cest inévitable).
Bien entendu, cette loi nest pas un progrès mais
une dégénérescence, c'est donc une loi
de corruption et de décadence : " tout
ce qui naît est soumis à corruption "
. Idée essentielle : soumise au temps, qui est la loi
du devenir, du monde sensible, lidée de constitution
parfaite ne peut que se dégrader, puis finalement sanéantir.
Ce qui est le plus intéressant pour notre propos est
que la démocratie se situe à la fin du parcours.
Elle est donc ce qui marque le passage à la désintégration
de la constitution idéale, et de la politique elle-même
(puisqu'elle donne naissance à la tyrannie).
B-
Pourquoi la démocratie est-elle lun des plus mauvais
régimes ?
NB: je dirais
même le plus mauvais, étant donné que la
tyrannie ne mérite pas dêtre appelée
un régime politique.
1)
La démocratie est dabord incapable de faire régner
la justice dans la Cité
Le
juste, pour Platon, résulte de lharmonie qui sétablit
en chaque homme entre les trois parties de lâme
ou qui sinstaure en chaque Cité entre les diverses
classes de citoyens. Or, dans la démocratie, cette harmonie,
par principe et par définition, fait défaut puisque
seule la classe populaire entend gouverner, ie, prendre un total
ascendant sur les deux autres. Il est par conséquent
essentiel à la démocratie quelle sinstalle
dans le déséquilibre.
2)
Ensuite, le peuple est par définition indigne de la politique
Elle
doit ainsi, inévitablement, se transformer en anarchie :
si tous en effet légifèrent et commandent, alors,
personne ne détient lautorité et nul nobéit.
Les vertus dordre et de discipline se perdent alors, et
sont remplacées par le désordre et lindiscipline.
a)
Démocratie et anarchie
Rappel :
le peuple souverain chez les grecs = pas tout le monde,
mais lensemble des citoyens (en sont exclus les
femmes, les enfants, les esclaves, les métèques).
Pourtant la dénonciation platonicienne de la démocratie
est dénonciation du peuple, qui est capable du pire,
et tyran en puissance. Cest quil ne prend pas le
terme de " peuple " en son sens positif.
Quand on parle de "peuple", il faut savoir distinguer entre
la foule et le grand nombre (plèthos) et le
peuple proprement dit (dèmos). Depuis Homère,
le terme " plèthos " désignait
la masse des gens qui, nétant pas beaux ni bons,
forment une foule aveugle et insensée quentoure
généralement le mépris. Par contre, dans
lAthènes du Ve siècle, le terme de " dèmos "
fut crédité par Périclès dun
sens plus positif : il reconnut que le peuple est capable
de choix raisonnable, même si souvent il tombe dans lirresponsabilité
en cédant soit à la colère et à
lemportement, soit à lapathie et à
lindifférence . Platon, lui, ne reconnaît
pas la différence. Disons que quand il parle de peuple,
il parle principalement de la plèbe.
Pour
lui, étant donné que la démocratie repose
sur le principe de la souveraineté du peuple, lanarchie
en est la conséquence inéluctable, et c'est pour
cette raison qu'elle donne naissance à la tyrannie :
| Platon,
La République, VIII, 557b
558 b.
" Eh
bien !A mon avis, la démocratie apparaît
lorsque les pauvres, ayant emporté la victoire
sur les riches, massacrent les uns, bannissent les autres,
et partagent également avec ceux qui restent
le gouvernement et les charges publiques ; et le
plus souvent ces charges sont tirées au sort.
(
) Maintenant, voyons de quelle manière
ces gens-là sadministrent, et ce que peut
être une telle constitution. Aussi bien est-il
que lindividu qui lui ressemble nous découvrira
les traits de lhomme démocratique.
En premier lieu, nest-il pas vrai quils
sont libres, que la cité déborde
de liberté et de franc-parler, et quon
y a licence de faire tout ce quon veut ?
Or il est clair que partout où règne cette
licence chacun organise sa vie comme il lui plaît.
On trouvera donc, jimagine, des hommes de toute
sorte dans ce gouvernement plus que dans aucun autre.
Ainsi, il y a chance quil soit le plus beau de
tous. Comme un vêtement bigarré qui offre
toute la variété des couleurs, offrant
toute la variété des caractères,
il pourra paraître dune beauté achevée.
Et peut-être beaucoup de gens, pareils aux enfants
et aux femmes qui admirent les bigarrures, décideront-ils
quil est le plus beau. Et cest là
quil est commode de chercher une constitution,
parce quon les y trouve toutes, grâce à
la licence qui y règne ; et il semble que
celui qui veut fonder une cité, ce que nous faisions
tout à lheure, soit obligé de se
rendre dans un Etat démocratique, comme dans
un bazar de constitutions, pour choisir celle
quil préfère, et daprès
ce modèle, réaliser ensuite son projet.
Dans cet Etat, on nest pas contraint de commander
si lon en est capable, ni dobéir
si lon ne veut pas, non plus que de faire la guerre
quand les autres la font, ni de rester en paix quand
les autres y restent, si lon ne désire
point la paix ; dautre part, la loi vous
interdit-elle dêtre magistrat ou juge, vous
nen pouvez pas moins exercer ces fonctions, si
la fantaisie vous en prend. Nest-ce pas une condition
divine et délicieuse au premier abord ?
(
) Tels sont les avantages de la démocratie.
Cest un gouvernement agréable, anarchique
et bigarré, qui dispense une sorte d'égalité
aussi bien à ce qui est inégal quà
ce qui est égal. "
|
Ainsi,
pour Platon, la démocratie ne possède pas une
constitution, mais est un " bazar aux constitutions ",
où chacun choisit de se conduire comme il convient. La
démocratie ne peut donc mener quau désordre
et à limmoralité, puisque la liberté
de tous, qui en est le fondement, est ici entendue en un sens
négatif : cest la " licence "
(droit de faire tout ce quon veut).
| (suite,
562 b- 564 a) : " Mais nest-ce
pas le désir insatiable de ce que la démocratie
regarde comme son bien qui perd cette dernière ?
I.e., la liberté ? En effet, dans une cité
démocratique, tu entendras dire que cest
le plus beau de tous les biens, ce pourquoi un homme
né libre ne saurait habiter ailleurs que dans
cette cité. (
) Lorsquune cité
démocratique, altérée de liberté,
trouve dans ses chefs de mauvais échansons, elle
senivre de ce vin pur au-delà de toute
décence ; alors, si ceux qui la gouvernent
ne se montrent pas tout à fait dociles et ne
lui font pas large mesure de liberté, elle les
châtie, les accusant dêtre des criminels
et des oligarques. Et ceux qui obéissent aux
magistrats, elle les bafoue et les traite dhommes
serviles et sans caractère. Par contre, elle
loue et honore, dans le privé comme en public,
les gouvernants qui ont lair dêtre
gouvernés et les gouvernés qui prennent
lair dêtre gouvernants. Nest-il
pas inévitable que dans une pareille cité
lesprit de liberté sétende
à tout ? Quil pénètre
dans lintérieur des familles, et quà
la fin, lanarchie gagne jusquaux
animaux ? Que le père saccoutume à
traiter son fils comme son égal et à redouter
ses enfants, que le fils ségale à
son père et na ni respect ni crainte pour
ses parents, parce quil veut être libre,
que le métèque devient légal
du citoyen, le citoyen du métèque, et
létranger pareillement. (
)Or, vois-tu
le résultat de tous ces abus accumulés ?
Conçois-tu bien quils rendent lâme
des citoyens tellement ombrageuse quà la
moindre apparence de contrainte ceux-ci sindignent
et se révoltent ? Et ils en viennent à
la fin, tu le sais, à ne plus sinquiéter
des lois écrites, afin de navoir absolument
aucun maître. Eh bien ! cest ce gouvernement
si beau et si juvénile qui donne naissance à
la tyrannie. (
) Ainsi, lexcès
de liberté doit aboutir à un excès
de servitude, et dans lindividu, et dans lEtat. "
|
Au
bout du compte, les discordes et les dissensions grondent. La
vie de la communauté nest plus possible. Au lieu
de libérer, la liberté se retourne contre ceux
qui linvoquent et les asservit au déferlement de
leurs désirs. Plus personne naccepte de règles
ou dobligations, plus personne ne veut obéir. Bref,
la Cité démocratique est en guerre avec elle-même.
b)
Démocratie
et ignorance
Autre
critique du peuple : à référer à
la thématique centrale de la République :
celle du " philosophe-roi ". De même
que lart de la médecine et que lart de la
navigation ne peuvent sexercer que si le pilote et le
médecin possèdent le savoir requis, lart
directif de lhomme politique est inconcevable sans la
connaissance théorique des vérités humaines
. Or, cette connaissance, pour être authentique, ne se
laisse pas diviser entre plusieurs individus ; a fortiori
ne se disperse-t-elle pas dans le " grand nombre ",
qui est "prisonnier de la caverne", donc, des apparences, des
préjugés. Bref : la foule est incapable daccéder
à la science du philosophe. Elle est par conséquent
incapable de gouverner (ou de se gouverner elle-même).
Le bon gouvernement est celui du roi-philosophe, qui seul a
accès à la vérité (au ciel des Idées)
.
Conclusion
Je
précise que Platon critique donc lidée
même de démocratie (ie, les principes qui nous
paraissent à nous avoir une valeur absolue : la liberté
et légalité de tous) . La Cité parfaite,
le meilleur des régimes, est donc la totale antithèse
de la démocratie. Faites donc attention : Platon
ne dit nullement que, en théorie, la démocratie
est le meilleur des régimes, mais que, dans les faits,
elle est le plus mauvais .
II-
La démocratie comme despotisme doux –Tocqueville, De la
democratie en Amerique
Platon
a inspiré la thèse de Tocqueville (puisque ce
dernier soutient que la démocratie porte en elle le germe
d'une tyrannie, même si ce n'est pas au même sens
que chez Platon). Ce que vous devez savoir, c'est que chez Tocqueville,
la démocratie est moins entendue comme constitution que
comme manière de vivre. La démocratie a pour lui
un sens strictement politique et un sens sociologique
A-
Définition de la "démocratie"
1)
caractéristique strictement politique : entendue
comme gouvernement du peuple par le peuple, son sens est intimement
lié à l'idée de liberté politique.
Le peuple prend part aux affaires publiques.
2)
caractéristique sociologique : "société
démocratique" = qui privilégie le bien-être
matériel plutôt que l'activité intellectuelle,
des habitudes paisibles plutôt que des vertus héroïques,
la sécurité plutôt que la gloire, bref,
l'"uniformité universelle" ( II, 400). C'est donc un
état de société plutôt qu'un système
politique.
La
première définition renvoie à la liberté
(politique), la seconde, à l'égalité des
hommes. Il faut savoir distinguer "égalité" et
"égalisation des conditions" :
L’égalité
proprement dite se situe au niveau politique et correspond à
l'abolition des privilèges (du moins, tout le monde peut
y accéder : ils sont fonctionnels, arbitraires, non plus
naturels; exemple : c'est après avoir passé un
concours que vous pouvez accéder à un poste de
fonctionnaire, mais avant de l'avoir passé et obtenu,
vous pouviez tous avoir la chance d'être fonctionnaire).
Idée, également, d' appartenance commune à
l'humanité (cf. droits de l'homme).
L'égalisation
des conditions se situe au niveau sociologique de la démocratie
: égalisation des hommes: c'est selon Tocqueville l'obsession
(une passion) des peuples démocratiques
Les
deux sont liées : en effet, c'est parce qu'il n'y a pas
de différences de condition entre les membres de la collectivité,
que le peuple peut détenir la souveraineté.
B-
Le vice interne de ce régime
La
démocratie est menacée du pire dès qu'à
l'égalité des conditions ne correspond plus un
régime de liberté politique. Sa thèse est
que l'égalité nuit à la liberté.
Plus précisément : que la démocratie, sous
sa forme moderne, nuit à la liberté, qui pourtant
en est le seul fondement. Bref : la démocratie s'auto-corrompt,
elle porte en elle le germe de sa propre destruction.
1)
C'est en fait une critique de l'individualisme
N'ayant
plus de goût que pour le bien-être, on va attendre
de l'Etat une seule chose, qu'il satisfasse ce désir,
étant ce qui nous importe le plus. On demande un Etat
fort qui puisse protéger notre personne et nos biens.
On va donner à l'Etat le soin de se soucier des intérêts
collectifs. Les occasions d'agir ensemble ont disparu. Au-dessus
de nous, de la masse du peuple indifférenciée,
l'Etat prend des décisions ayant à voir avec la
collectivité, sans prendre le soin de nous consulter.
2)
La démocratie dégénère donc en totalitarisme
: un Léviathan nouveau et inédit
| Tocqueville,
De la démocratie en Amérique, 1840,
Ed. Gallimard, 1968
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme
pourrait se produire dans le monde : je vois une foule
innombrable d'hommes semblables et égaux qui
tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer
de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent
leur âme. Chacun d'eux, retiré à
l'écart, est comme étranger à la
destinée de tous les autres : ses enfants et
ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce
humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est
à côté d'eux, mais il ne les voit
pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe
qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui
reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il
n'a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-là s'élève un
pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul
d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort.
Il est absolu, prévoyant, régulier et
doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle
si, comme elle, il avait pour objet de préparer
les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche,
au contraire, qu'à les fixer irrévocablement
dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent
pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir.
Il travaille volontiers à leur bonheur; mais
il veut en être l'unique agent et le seul arbitre;
il pourvoit à leur sécurité, prévoit
et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit
leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle
leurs successions, divise leurs héritages; que
ne peut-il leur ôter entièrement le trouble
de penser et la peine de vivre?
|
Portrait
de ce Léviathan : "absolu, détaillé, régulier,
prévoyant et doux…enfance". Cet Etat est décrit
comme un Père abusif, qui laisse ses enfants dans la
minorité au lieu de leur apporter ce qu'il faut pour
en sortir, pour devenir majeur. Unique dispensateur des plaisirs,
protecteur exclusif et administrateur pointilleux de ses sujets.
Etat-providence qui devient un Etat tout-puissant Signification
: la démocratie, quand elle porte les hommes à
se débarrasser de leurs responsabilités civiques,
peut avoir des effets infantilisants. Paradoxe constitutif des
démocraties modernes : d'un côté, on veut
jouir de notre vie privée; de l'autre, on veut un pouvoir
qui nous assure la sécurité dans le bien-être.
Conséquence
: l'Etat est un nouveau despote même s'il nous paraît
bienveillant; despote qui n'est plus à proprement parler
un tyran mais un tuteur très envahissant. Il est en fait
déshumanisant, car il nous déresponsabilise complètement.
On n'est plus citoyen.
C-
Y a-t-il un remède à la maladie démocratique?
Remède
préconisé par Tocqueville : créer
des associations (corps intermédiaires) Cela permettrait
aux individus de redevenir citoyens. En effet, ils participeraient
ainsi à des tâches communes. J’ai tout de même
un doute sur le succès d’un tel " médicament " ;
en effet, cf. ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis !
Et même ce qu'en dirait Rousseau : cela revient à
créer une sorte de volonté générale
mais opposée à l'Etat.
III-
Mais c'est pourtant le moins mauvais des régimes –Philosophie
politique moderne (17e)
En
effet il ne faudrait quand même pas oublier que la démocratie,
certes, est le gouvernement du peuple par le peuple, mais est
également caractérisée comme étant
le règne de la loi (donc un gouvernement légal)
et comme reconnaissant les "droits de l’homme" (qui ne sont
autre que la reconnaissance et le respect de l’individu, qui
est une véritable limite à l’exercice du pouvoir
de l’Etat). Je précise qu’ici, dans la philosophie politique
" moderne ", l’idée de démocratie
a une valeur absolue. Dans l’idéal, elle est le meilleur
des régimes politiques. (Le meilleur : idéal
au sens de ce vers quoi nous devons tendre). J'ajoute que dans
les faits, elle est le moins mauvais des régimes. Ie :
ce que, étant donné la condition humaine, nous
pouvons avoir de mieux.
A-
La nouvelle figure de la démocratie
Pourquoi
la démocratie apparaît-elle chez les modernes comme
le meilleur des régimes ?
1)
Historiquement, tout part de la crise anglaise entre le
roi et le parlement (16e-17e). On se met
à combattre l’absolutisme royal et défendre les
droits du peuple.
2)
Logiquement, on déduit la démocratie du
concept même de politique /République (ce qui n'allait
pas de soi, cf. introduction). La puissance publique ne peut,
par nature, appartenir à aucun individu mais à
l’ensemble des hommes. Cf. droit naturel : tous les hommes
sont égaux, donc, par nature, nul n’a juridiction sur
un autre. Dès lors, le prince n’est pas le détenteur
du pouvoir, mais à son service. C’est la communauté
entière qui est détentrice du pouvoir. Le peuple
peut enfin être souverain. On peut proclamer : " vox
populi vox Dei ".
B-
Caractéristiques (institutionnelles) principales de ce
nouveau concept de démocratie.
- la
notion de représentation -pensée sur le modèle
du mandat
Idée
selon laquelle les gouvernants, mandatés par les gouvernés,
doivent agir en leur lieu et place. Les mandataires n’ont
ni autorité politique ni initiative en matière
de gouvernement. Ils ne participent pas non plus au pouvoir
législatif. Leur mandat est révocable.
- la
notion de contrat social
Ce
n’est autre que l’idée du consentement du peuple au
pouvoir. C’est par le consentement à la vie civile
et la confiance qu’il accorde au pouvoir public que l’individu
se fait citoyen.
- la
notion de Constitution
Elle
apparaît pour la première fois chez Montesquieu,
dans De l’esprit des lois, sous la forme de la distinction
nécessaire des trois pouvoirs (législatif, exécutif,
judiciaire). Sa thèse est que le " pouvoir
arrête le pouvoir ". Ie, que la distinction
des pouvoirs permet de limiter, pour le bien public, le pouvoir.
Evite tout arbitraire. Cf. notions d’équilibre des pouvoirs
et de pluralisme des partis.
C-
La démocratie pure et idéale est le meilleur des
régimes politiques
1)
Rousseau, Du contrat social
NB
: l'originalité de Rousseau, parmi les penseurs modernes,
est de critiquer la notion de représentation. Pour lui,
une démocratie est directe ou n'est pas. Cf. cours Etat.
Cf.
notions-clefs : contrat social, volonté
générale, souveraineté du peuple
(puissance législative, porte sur le général),
soigneusement distinguée du gouvernement (= exécutif,
porte sur le particulier), distinction citoyen (=fait
les lois) et sujet (obéit aux lois), liberté
naturelle et liberté civile (on obéit aux
lois qu'on a nous-mêmes édictées).
C'est
une manière de penser la politique : Rousseau ne pense
pas qu'il y a eu réellement un contrat social, que nous
édictons nous-mêmes les lois, etc. Mais ce sont
les fondements du politique, ce qui rend légitime ou
ce qui rendrait légitime la politique. Rappel : cours
Etat, texte 1 : Rousseau ne fait que réfléchir
sur la politique; ses principes n'ont même pas pour but
d'être réalisés. Ce n'est pas de la politique,
mais une philosophie politique.
Ce
que vous devez bien comprendre, c'est que quand Rousseau affirme
que la démocratie est le régime idéal,
donc le meilleur, il se situe au niveau de ce qui rendrait légitime
un gouvernement. Mais jamais il ne pense que c'est quelque chose
de réalisable. Dans la réalité (ou dans
la pratique) la démocratie est un mauvais régime,
même le plus mauvais, puisqu'elle va contre ce qui fonde
la politique ou la République. Ainsi vaudrait-il mieux
dire que Rousseau défend l'idée de République,
mais pas vraiment celle de démocratie. Car dans la république,
la volonté générale l’emporte. Alors
que dans la démocratie, triomphent les volontés
particulières (ie : les membres sont des individus
avant d’être des citoyens). Il y a alors ingérence
des intérêts privés dans les affaires publiques.
Ainsi est-il mauvais que celui qui fait les lois les
exécute. Les hommes sont par nature incapables
de faire entièrement abstraction de leurs intérêts
particuliers. Il y a donc un véritable paradoxe de la
démocratie : elle doit être directe car une
représentation est incompatible avec la volonté
générale ; mais si elle est directe alors
elle est corrompue… Elle n’est donc pas possible. Ce n’est qu’une
Idée, ou un Idéal.
2)
En guise de conclusion ("ouverte") : la démocratie, régime
le moins mauvais…
D'abord,
parce qu'elle respecte les droits de l'homme, donc, les libertés
individuelles (droit de penser ce qu'on veut, etc.); l'égalité
de tous devant la loi. C'est un régime au service de
ou des hommes. Les lois sont avant tout faites pour notre bien;
si on recourt à la force, c'est seulement pour s'assurer
qu'elles soient appliquées.
De
plus, ceux qui sont "mandatés" (puisque nos démocraties
sont représentatives) doivent (normalement!) nous rendre
des comptes (= transparence du pouvoir).
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