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Epictète, Entretiens
Dans tout ce qui ne relève pas de ton libre-arbitre,
sois plein d’assurance, mais dans tout ce qui en relève,
tiens-toi sur tes gardes. Car si le mal est dans un jugement
ou dans une volonté coupables, c’est contre ce
jugement et contre cette volonté seuls qu’il
faut se tenir en garde ; et si toutes les choses qui ne relèvent
pas de notre libre-arbitre, et qui ne dépendent pas
de nous ne sont rien par rapport à nous, il faut user
d’assurance vis-à-vis d’elles. C’est
ainsi à nos précautions que nous devons notre
assurance.
Les choses en elles-mêmes sont indifférentes,
mais l’usage que nous en faisons n’est pas indifférent.
Comment donc tout à la fois maintenir son âme
dans la tranquillité et dans le calme, et faire avec
soin ce que l’on fait, sans précipitation comme
sans lenteur ? On n’a qu’à imiter ceux
qui jouent aux dés. Indifférents sont les points,
indifférents sont les dés. Comment savoir, en
effet, le dé qui va venir ? Mais jouer avec attention
et habileté le dé qui est venu, voilà
ce qui est mon affaire. De même, dans la vie, ce qu’il
y a d’essentiel, c’est de distinguer, de diviser,
c’est de se dire : « les choses extérieures
ne sont pas à moi, mais ma faculté de juger
et de vouloir est à moi. Où donc chercherai-je
le bien et le mal ? Au dedans de moi, dans ce qui est à
moi ». Ne dis jamais des choses extérieures qu’elles
sont bonnes ou mauvaises, utiles ou nuisibles, ni quoi que
ce soit de ce genre.
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Introduction
Epictète répond ici à une question classique
dans la philosophie morale classique : celle de savoir comment bien
vivre. Il s’agit donc pour l’auteur de défendre
un idéal de sagesse (celui des stoïciens). Pour ce faire,
il s’appuie sur une conception du monde : il y a des choses
qui dépendent de nous (c’est le domaine de l’esprit)
et des choses qui ne dépendent pas de nous (c’est le
domaine des choses extérieures à nous, de «
ce qui est », de « ce qui arrive »). Afin de bien
vivre, d’être heureux, « tranquille », il
faut savoir ce qui est en notre pouvoir. Jusqu’où s’étend
donc le pouvoir de l’homme en ce monde ? Peut-il toujours
faire face sereinement à ce qui arrive, peut-il donc être
dénué de tout souci ? La réponse de l’auteur
est positive : il nous dit que l’homme est libre d’acquiescer
ou non à ce qui arrive, et que même si les choses extérieures
ne dépendent pas de lui, il peut donc avoir une certaine
maîtrise de cette extériorité. La question de
la sagesse, ou du « bien vivre », permet donc de défendre
une conception de la liberté selon laquelle elle réside
dans l’exercice de notre esprit. Plus précisément,
la liberté consiste pour Epictète à savoir
se servir de sa raison pour comprendre les événements.
(Point de méthode : tu vois ici que
l’annonce du plan n’est pas toujours nécessaire,
surtout quand le texte n’est pas spécifiquement une
démonstration serrée, comme c’est le cas ici.
Je n’ai pas insisté, ci-dessous, sur la structure logique,
je n’ai notamment pas renvoyé aux lignes précises,
car tu l’as en général bien fait).
Commentaire du texte
Partie I (1er §)
Epictète énonce ici un principe de sagesse morale
; il s’agit de nous apprendre comment bien se comporter dans
la vie, et à bien savoir user de notre liberté (ici,
réponse à la question de savoir ce que fait Epictète
dans le 1er §) : citer, ici, la première phrase, avant
de l’expliquer en détail.
Dans cette phrase, Epictète met l’accent sur l’assurance
dans la vie procurée par l’attitude stoïcienne.
Le terme d’assurance renvoie au problème du bonheur
: comment vivre sans souci ? En effet, être plein d’assurance,
c’est avoir confiance, c’est croire fortement en quelque
chose, ne pas en douter. Etre assuré de quelque chose, c’est
savoir que l’on ne pourra jamais être pris en défaut
en ce qui concerne cette chose. Etre assuré, dans la vie,
c’est savoir avec certitude que tout arrivera toujours en
accord avec notre volonté. C’est donc bien être
tranquille, heureux.
Ce terme renvoie également au problème
de la liberté : pouvons-nous vivre sans souci ? -D’ailleurs,
Epictète emploie le terme de libre-arbitre : qu’est-ce
que le libre-arbitre ? (je n’y réponds pas, car je
voudrais que tu me le dises !). Si oui, comme semble le soutenir
Epictète, comment ? Jusqu’où va notre pouvoir
en ce domaine ?
A cette question, Epictète répond en faisant la différence
entre deux domaines de l’existence humaine : il y a ce qui
ne relève pas du libre-arbitre, et ce qui en relève
(point de méthode : ici, pour expliquer
les propos de l’auteur, tu peux, et même tu dois, te
servir du reste du texte).
Qu’est-ce qui ne relève pas du libre-arbitre ? Pour
le savoir, il nous faut d’abord définir le libre-arbitre.
Nous avons deux termes importants, dans le texte, qui peuvent nous
permettre de l’expliquer : « jugement » et «
volonté ». Le libre-arbitre renvoie donc à l’esprit,
à la raison, c’est-à-dire, à notre faculté
de réfléchir et de discerner, de comprendre –plus
précisément, de comprendre le monde, le cours des
événements, « ce qui arrive ». Il renvoie
également à la volonté, qui elle aussi est
une faculté de l’esprit, mais qui est plus du côté
de l’action que de la réflexion. Il s’agit d’agir,
de prendre des décisions, en connaissance de cause (ce
terme aussi, j’aimerais que tu le creuses ! ). Tout
ce qui relève du libre-arbitre fait donc partie de l’esprit
de l’homme. C’est le domaine des choses qui relèvent
de nous, ie, qui à la fois viennent de nous et dépendent
de nous.
Par suite, ce qui ne relève pas du libre-arbitre, c’est
ce qui ne vient pas de nous, ce qui ne dépend pas de nous.
Il ne s’agit pas de l’esprit, mais du monde extérieur.
C’est ce qui nous arrive, ce qui nous échoit. Par exemple
: notre couleur de peau, notre métier, notre nationalité,
etc. Ou encore : le fait qu’il y ait une tempête ne
dépend pas de nous, ne vient pas de nous, alors que la phrase
: « il y a eu une tempête, parce que telles et telles
conditions ont été réunies », vient bien
de nous (même si on peut dire, certes, que s’il n’y
avait pas eu de tempête, on n’aurait pas pu penser/
dire cela ; mais ce n’est pas la tempête qui nous a
dicté cette pensée, qui n’arrive pas comme n’importe
quel événement du monde…).
Il y a donc, grosso-modo, ce qui vient de l’esprit, et ce
qui vient du monde.
Dans quel domaine avons-nous le plus d’assurance ? Il semblerait
que ce soit dans le domaine de l’esprit, puisqu’ici,
nous sommes dans le domaine de ce qui vient/ dépend de nous.
Or, ce n’est pas ce que nous dit Epictète. Il dit au
contraire que c’est dans le domaine de ce qui ne dépend
pas de nous que nous sommes pleins d’assurance. Cela signifie
que nous n’avons rien à craindre des événements,
quels qu’ils soient : ils n’ont pas le pouvoir de nous
rendre malheureux. Epictète nous dit donc ici que les choses
qui ne dépendent pas de nous ne peuvent être, en elles-mêmes,
ou à elles seules, une cause de souci pour l’homme.
Ce ne sont pas elles qui sont en cause quand nous sommes malheureux.
Cf. ci-dessus : Epictète dit bien que les choses extérieures,
qui arrivent indépendamment de notre volonté et de
notre jugement, « ne sont rien par rapport à nous »,
ce qu’il reprend dans le deuxième § en disant
que « les choses en elles-mêmes sont indifférentes
». Les choses qui arrivent sans dépendre de nous ne
s’opposent donc pas à notre bonheur, ni à notre
liberté. Cela, parce que notre liberté n’a rien
à voir là-dedans, justement –ni le bonheur.
Il n’y a par exemple pas de rapport direct entre pleurer sur
la mort d’un être cher, ou se lamenter de ne pas être
riche, et le fait de la mort ou de la pauvreté. Ni la mort
ni la pauvreté n’ont, en « soi », la valeur
qu’on leur prête. Elles ne sont, cf. plus bas, ni bonnes
ni mauvaises, ni utiles ni nuisibles.
Transition :
Ces faits ne peuvent donc nous créer du souci ; mais alors,
d’où nous vient donc le souci, qui, lui, est quand
même présent, face à la mort, à la pauvreté,
etc. ? C’est en répondant à cette question qu’Epictète
va pouvoir nous faire comprendre pourquoi le domaine dans lequel
nous n’avons pas d’assurance, si ce n’est à
force de travail, d’effort, de « précautions
», est celui de l’esprit.
Partie II (2nd §)
Ce que va nous dire ici Epictète, afin de mieux nous faire
comprendre son principe moral, c’est que le malheur, les soucis,
mais aussi le bonheur, ne viennent pas de l’événement
en lui-même, mais de notre jugement sur l’événement,
et donc, de l’usage que nous faisons de ce qui arrive. Autrement
dit : ce ne sont pas les événements en eux-mêmes
qui causent le bonheur ou le malheur, mais nous-mêmes…
Toute la difficulté d’atteindre la sagesse va consister
à savoir bien faire usage de notre liberté, ce qui
est un exercice difficile.
Citer la première phrase du 2nd § pour détailler
ce point. Epictète veut nous dire ici que quand quelque chose
arrive, cet événement, comme nous l’avons dit
plus haut, n’est rien par rapport à nous. Il est «
indifférent » : ie, cf. plus bas dans le texte, «
ni bon ni mauvais, ni utile ni nuisible ». Ce qui n’est
pas indifférent, c’est l’usage que nous en faisons,
ie, le jugement que nous portons sur l’événement.
C’est nous qui décrétons un événement
bon ou mauvais, utile ou nuisible ; ces valeurs viennent donc uniquement
de l’homme, elles n’appartiennent pas aux choses. Cf.
notre exemple ci-dessus : c’est nous qui nous lamentons d’une
tempête, de la mort, de la perte d’un objet, etc. Mais
nous pouvons tout aussi bien décider de faire bon usage de
notre jugement, et décider de ne jamais nous lamenter, étant
donné que les choses sont indifférentes. D’ailleurs,
savoir que les choses sont indifférentes, donc, ni bonnes
ni mauvaises, ni utiles ni nuisibles, devrait pouvoir nous aider
à les affronter, car on sait alors qu’il ne rime à
rien de les déclarer telles ! Pourquoi alors ne pas acquiescer
à tout ce qui arrive, à la mort comme à une
naissance par exemple ? A la tempête comme au temps de grand
soleil ? C’est bien là l’idéal du sage
stoïcien, qui veut par là nous donner la clef du bonheur.
Nous n’avons rien à attendre, en ce domaine, des choses
extérieures, mais tout de notre rapport aux choses (donc
: de nous-mêmes !).
Le problème est que le bonheur réside dans le bon
usage que nous faisons de nos jugements, or, c’est notre jugement
qui est faillible, car nous avons du mal à admettre que les
choses sont en elles-mêmes indifférentes, et qu’il
est donc insensé de s’en lamenter ou de s’en
réjouir ! C’est pour cela même que, en ce domaine,
qui au départ nous paraissait être « certain
», il faut faire preuve de précautions : c’est-à-dire,
ne pas se précipiter dans notre jugement, toujours réfléchir
avant de porter un jugement.
L’assurance est certes possible, mais à condition de
s’exercer (à juger). Cf. phrase suivante. La fin du
texte nous livre la méthode d’Epictète pour
parvenir au bonheur et se dégager de tout souci. Ie, pour
acquérir une assurance dans le domaine le plus faillible
de notre existence. Comment faire ? L’homme a-t-il vraiment
le pouvoir d’avoir de l’assurance dans le domaine d’où
peuvent lui venir ses soucis ? Est-il si libre que ça par
rapport à l’influence du « dehors » ? Peut-il
s’affranchir de l’emprise des événements
sur son âme ?
Pour y répondre, Epictète recourt à une métaphore,
celle du jeu de dés, qui renvoie au jeu de hasard. Le dé
que l’on lance va s’arrêter sur un chiffre qui
ne dépend pas de nous, et qu’on n’a aucun moyen
de savoir à l’avance. A ce jeu, on peut perdre ou gagner
sans qu’on n’y soit pour rien… Toutefois, une
fois que le dé est arrêté sur tel chiffre, il
faut bien faire avec. Il faut savoir que même si nous perdons,
cela n’est pas important. Ce qui l’est, c’est
notre réaction face à ce qui se passe. A force de
s’entraîner à lancer le dé, nous pouvons
apprendre à nous habituer à faire face à ce
qui arrive… Nous devons donc agir dans la vie comme nous le
faisons quand nous jouons aux dés. Il faut essayer de tirer
profit de ce qui arrive, en toutes circonstances. C’est cela,
« être habile ».
Nous pouvons donc bien exercer notre liberté afin d’être
heureux. En effet, il dépend de nous de faire bon usage de
ce qui arrive ; pour ce faire, il nous faut sans cesse nous répéter
à nous-mêmes : cf. fin du texte, à citer.
Problèmes possibles
- Le pouvoir de l’homme est-il si grand
? est-il possible de ne pas subir les événements ?
- cela rejoint le problème de savoir si la mort d’un
proche, par exemple, n’est pas en soi un malheur : tout dépend
de l’importance que l’on donne à la vie !
- la liberté est-elle intérieure ? (ce que tu as choisi)
- critique de l’attitude de résignation du stoïcien
: on ne doit rien changer en ce monde, puisque tout est indifférent
(ce qui veut dire, au bout du compte, que tout est bien, même
la mort, même la guerre !) –ici, tu pouvais développer
des choses sur la doctrine stoïcienne, qui seraient mieux venues
que dans le commentaire
Conclusion
Tu dois reprendre rapidement la thèse
centrale de l’auteur et dire si on peut ou non conclure en
sa faveur.
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