Pour résoudre ce problème, Locke ne part pas des
droits imprescriptibles des individus, mais de l'autorité
politique. Les deux critères de la légitimité
de celle-ci sont les suivants :
(1)
le pouvoir du magistrat ne peut aller que jusqu'où il peut
prouver son droit à être obéi (ie : ne peut
légiférer dans un domaine où son pouvoir
est nul)
(2)
le seul but (et donc la seule compétence) du magistrat
doit être de préserver la vie, les biens et la liberté
des sujets
Puis il applique ces critères aux genres d'opinions et
d'actions des hommes, afin de voir jusqu'où nous pouvons
faire et penser ce que nous voulons sans que le magistrat puisse
intervenir :
1)
les opinions spéculatives et le culte divin : liberté
sans aucune limite.
En effet,
a) les opinions spéculatives :
Critère
(1) : l'entendement de l'homme ne se commande pas (nous ne choisissons
pas nos croyances)
Critère
(2) : n'ont aucune conséquence sur les rapports interhumains
(n'entraînent ni trouble pour l'Etat, ni d'inconvénient
pour les voisins).
b) Le culte divin (son lieu, son temps, ses modalités)
:
Critère (1) :
-le magistrat est un homme comme moi et ne peut donc pas mieux
savoir que moi où est la vraie religion
-le
choix du moyen du salut est un choix intime et volontaire; vouloir
l'imposer, donc recourir à la contrainte en ce domaine,
est inutile, contradictoire
Critère (2) :
-le
but du pouvoir n'est pas le salut éternel mais mon bien
être dans ce monde (cf. séparation Eglise-Etat)
-n'est
à l'origine (en lui-même) d'aucune action susceptible
de troubler la communauté
2) Les opinions pratiques.
Exemples :
a)
élever ses enfants à sa guise; travailler quand
on veut; la polygamie; le divorce;
b)
mais aussi : l'habillement
Réponse :
a)
en ce domaine, on ne peut tout tolérer, car les convictions
se contredisent; dès lors, les lois aussi, et donc, plus
de lois (plus d'entente possible entre les hommes)
b) par contre, ici, les seules circonstances qui limitent le droit
à la tolérance sont quand les hommes font intervenir
(cela vaut d'ailleurs du culte religieux et des opinions spéculatives)
d'autres doctrines dangeureuses pour la société
(cf. ceux qui se veulent seuls sujets du pape; qui veulent former
des partis distincts et hostiles au gouvernement en place (dans
ce cas, les habits ne sont plus indifférents, ni les opinions
spéculatives, ni le culte : qui peuvent devenir un moyen
de ralliement)