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Vertigo
d'Hitchcock (1958)
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créée le 5/04/ 2006
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Lycéens au cinéma, année 2005-2006,
701 (TL)
Liens
avec le programme de philosophie :
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liens associés
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Questions
posées aux élèves :
•
On dit d’Hitchcock que c’est un « maître
du suspense », qu’en pensez-vous ?
o Pistes :
- les
trucages ne sont-ils pas grossiers ? le récit, invraisemblable
?
- pourquoi
rompre le suspense avant la fin ?
- le
dénouement n’est-il pas décevant ?
•
« Vertigo », étymologiquement, désigne
le « tournoiement », le « tourbillon »
: essayez de repérer les occurrences visuelles du titre
•
Hitchcock a toujours revendiqué l’image contre
le langage ; en quoi le film illustre-t-il ce point de vue du
cinéaste sur son art ?
•
Le thème du film selon vous ?
•
Madeleine, un « profil » : en quoi cela a –t-il
une résonance « platonicienne » ?
-
Fiche distribuée
aux élèves dans le cadre du cours sur l'art
- Un travail d'élève
: Carolyn,
TL
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-
La
fiche distribuée dans le cadre de mon cours sur l'art
Le cinéma, un art visuel
(Hitchcock serait donc bien l’un des plus grands cinéastes
!)
•
Des images plutôt que des dialogues…
Hitchcock
a selon Truffaut (in Hitchcock-Truffaut, Ramsay, 1953), bien
compris ce qu’il appelle la loi essentielle du cinéma
: « tout ce qui est dit au lieu d’être montré
est perdu pour le public ». En effet, il a choisi de
tout exprimer visuellement. H. prétend avoir très
vite expérimenté « une méthode
qui consistait à écrire le film dans ses moindres
détails mais sans y intégrer une seule phrase
de dialogue » (idem, p. 78).
•
… pour « parler » de quoi ? De la
réalité humaine !
Il
serait même « le seul cinéaste à
pouvoir filmer et à nous rendre perceptibles les pensées
d’un ou de plusieurs personnages sans le secours du
dialogue » (idem).
Le
fait de privilégier l’image et non le dialogue,
permet en effet de mieux se concentrer sur l’essentiel,
sur les pensées profondes des personnages. Prenons
un exemple : dans la vie quotidienne, plus précisément,
dans les conversations qui nous occupent au quotidien, l’essentiel
ne se « passe » pas dans les dialogues, mais dans
les regards échangés, dans les expressions du
visage, etc. Là se trouvent nos désirs inavoués,
nos sentiments les plus profonds tels que la jalousie, la
peur, la mélancolie, etc.
o
Ainsi Hitchcock passe-t-il beaucoup de temps à filmer
les regards
o de même, le principe du décalage entre image
et dialogue est souvent utilisé
o Cf. Hitchcock lui-même : « Lorsqu’on
raconte une histoire ay cinéma, on ne devrait recourir
au dialogue que lorsqu’il est impossible de faire
autrement. Je m’efforce toujours de raconter une histoire
par la succession des plans et des morceaux de films entre
eux » (idem).
o Attention, H. ne filme pas seulement les regards ou les
gestes, cela ne suffirait pas à nous faire saisir
les émotions, la vie intérieure, des personnages
! Il utilise ce qu’on appelle la caméra subjective,
qui recourt à l’opposition champs/ contre-champs
(cf. langage de la caméra, plus important que le
jeu des acteurs, à qui H. demandera d’être
le plus neutre et tranquille possible)
•
Hitchcock est l’héritier du cinéma
muet, dont il revendiquera toute sa vie l’influence
o Le cinéma muet : cf. sur ce sujet le magnifique
roman de P. Auster, Le livre des illusions
o L’expressionisme : cf. le film La nuit du chasseur
et bien sûr les œuvres des peintres expressionistes
tels que Munch
•
Cf. texte sur le caractère social du langage
chez Bergson (dernière partie du cours sur le langage)
:
Ce
que l’on ne peut dire de manière explicite,
on peut le montrer par d’autres moyens que les concepts
: par des moyens artistiques ; c’est un langage (il
y a signe, il y a transmission d’un message) mais
ce n’est pas un langage au sens strict du terme –NB
: des philosophes, comme Sartre par exemple, ou Heidegger,
ont essayé de « dire » la mort, le désir,
etc., bref, la réalité humaine, mais ont-ils
vraiment réussi ? ne sont-ils pas contraints d’employer
des métaphores ?
•
A lire sur le site philocours. com pour de plus amples
informations :
- quelques notes sur la conférence de Merleau-Ponty,
Le cinéma et la nouvelle psychologie : que veut dire
le film ? (Conférence du 13 mars 1945 à l'institut
des études cinématographiques, parue dans
Sens et Non Sens) –dans la rubrique « dossiers
», « cinéma et philosophie », Textes
- le corrigé de dissertation : « L’œuvre
d’art manifeste-t-elle un absolu ? »
Le
maître du suspense
•
Principe majeur du suspense : il s’agit
de donner au public une information que les personnages
de l’histoire ne connaissent pas encore ; grâce
à ce principe, le héros en sait plus long
que le héros et peut se poser avec plus d’intensité
la question : « comment la situation va-t-elle pouvoir
se résoudre ? »
o conditionnement du public
o musique souvent dissonante
o clarté et simplicité : « certaines
situations de suspense sont compromises quand le public
ne comprend pas clairement la situation » (cf. décors
confus, non reconnaissance des lieux, costumes trop semblables
des acteurs, si bien qu’on a du mal à les différencier…)
« et, pendant que le spectateur essaie de reconstituer
la vérité, la scène se déroule
et elle est vidée de toute émotion. Il faut
clarifier constamment ». (idem, p. 75) ; « il
s’agit non seulement de clarifier mais aussi de simplifier
»
Vertigo,
Un film visuel, expressionniste (on figure des états
d’âme par l’exagération des traits,
les couleurs, etc.)
Couleurs |
Rouge
: générique, bar, bijou…
Vert
: robe, voiture…
couleur
de la mort : gazon du cimetiere, église espagnole,
néons de l’hôtel Empire ; cf.
métamorphose de Judy : elle est illuminée,
au sortir de la salle de bains, d’une étrange
lumière verte (image spectrale), la même,
quasiment, qu’on retrouve autour de Madeleine
la première fois que Scottie la voit
|
Profil |
•
c’est priver Madeleine de regard, c’est
la priver d’existence, de réalité…
• cela montre que Scotie est amoureux d’une
idée de femme, pas d’une femme concrète….
|
Spirale |
Cf.
leitmotiv (chignon, escalier,…)
• cheminement de la vie
• désir maniaque de connaître la
vérité à tout prix (la spirale
tourne autour de la vérité, du centre,
s’en approche, puis s’en éloigne…
cela provoque le vertige !)
|
Musique
|
o parfois romanesque
o dissonante quand prend conscience qu’il
aime une morte
|
Comment Hitchcock dépeint-il
l’amour ?
Il
est de l’ordre de l’illusoire :
| La
scène de discussion avec Midge (chapitre 3) |
ironie
et psychanalyse (canne, escabeau, allusions de Midge..)
|
| La
scène de l’apparition de Madeleine (chapitre
5) |
•
Porte : nouveau monde
• monde des apparences : miroir, portrait, profil,
couleurs criantes sur le fond desquelles émerge
Madeleine… |
| Scène
du clocher (chapitre 20) |
•
champs-contre-champs sur le regard de Scottie : caméra
subjective ! (on vit donc la scène de son point
de vue, sans réellement voir grand-chose ! on vit
l’événement, on ne le voit pas vraiment
!)
• cf. scène célèbre de la douche
dans Psychose |
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|
Un
travail d'élève : Carolyn, TL
-
D’après moi, malgré peut-être quelques
reproches qu’on peut lui faire à propos de ce
film, Hitchcock ne se départit pas de son titre bien
mérité de « maître
du suspense ». Les trucages sont peut-être
un peu grossiers (on voit parfaitement lors des premières
scènes que le décor du fond n’est sans
doute en tout et pour tout qu’un bout de carton, que
lorsque John suit Madeleine en voiture c’est un écran
qui projette des images à l’arrière de
la voiture, etc...), mais à l’époque les
cinéastes n’avaient pas encore de moyens plus
perfectionnés, moins grossiers. Et puis ce ne sont
que quelques détails que l’on peut pardonner,
qui n’ont aucun intérêt quant au récit.
Celui-ci est dans l’ensemble bien mené, même
si l’on peut regretter la longueur répétitive
des scènes où John file Madeleine, mais cela
ne nuit en rien au suspense, au contraire, Hitchcock nous
laisse le temps de nous interroger sur ce qui va suivre, laisse
monter la pression : « Mais que fait-elle ? Où
peut-elle bien aller encore ? Est-elle possédée
à cet instant par l’esprit de Carlota ? ».
La musique quant à elle, orchestre parfaitement le
suspense, oppressante et stridente. Elle nous emporte avec
le récit presque contre notre gré, et nous parle.
Par exemple, lorsque Scottie patiente dans la chambre d’hôtel
de Judy, attendant la vision de la métamorphose, seule
la musique peut nous guider dans l’action et nous révéler
son état d’esprit. Puis il sort sur le palier,
et la musique se fait plus présente, anticipant l’arrivée
soudaine de Judy-Madeleine, au bout du couloir. La musique
joue le même rôle tout au long du film, et particulièrement
lors du générique. Celui-ci participe pleinement
de la mise en condition du spectateur : le visage féminin,
l’œil larmoyant, rouge tout à coup, puis
les spirales de multiples couleurs...tout cela est assez déroutant,
et nous met mal à l’aise dès l’entrée.
Le
suspense, enfin, est à son apogée lors de la
scène de l’escalier, à la fin, lorsque
John traîne péniblement Judy en haut de la tour,
ce qui nous paraît presque interminable. Lorsqu’ils
sont enfin en haut, d’un coup, étonnement, le
suspense prend fin : l’ombre noire, la peur, le cri
déchirant...Judy est tombée. Ne reste alors
que le visage de John, horrifié, pour comprendre, et
la caméra se retire, nous laissant à notre incertitude.
« Elle est morte ? Mais comment est-ce possible ?? ».
C’est la fin, soudain, qui laisse le spectateur moitié
effaré, moitié étonné : il n’a
pas eu le temps de réaliser.
Je dirais que le cinéaste réussit parfaitement
à gérer le suspense dans son film, à
nous mener vers le dénouement, tâtonnant dans
l’inconnu. C’est aussi ce qu’il nous signifie
lors de ses apparitions dans ses films : il est le seul maître
du destin de ses personnages, il décide de tout, et
a les capacités de nous berner, nous spectateurs ;
mais n’oublions pas, toutefois, que tout n’est
que cinéma.
Cette maîtrise, Hitchcock nous la montre également
en coupant son film en deux parties distinctes. La première,
une sombre histoire d’espionnage, d’enquête,
la possible réincarnation d’une morte...qui se
conclut par la mort de Madeleine. La seconde, hantée
par le fantôme de cette dernière, et la description
de la névrose d’un homme, qui essaie de reconstituer
l’image de celle dont il était passionnément
épris, qui se conclut pareillement, par la mort de
Madeleine, où du moins de son image, car c’est
Judy qui meurt. Conscient du parallélisme entre les
deux parties, le spectateur s’attend à ce dénouement,
mais c’est pourtant en même temps une surprise
totale, qui nous laisse dans l’état d’excitation
et de peur où nous avait mené le suspense !
Lorsque les lumières se rallument dans la salle, toutefois,
on se prend à penser qu’une happy end aurait
été bien surprenante, et qu’au point où
nous avait emmené Hitchcock, aurait décrédibilisé
tout son travail de mise en condition du spectateur. Tout
ceci concourt à la qualité de « maître
du suspense » du cinéaste.
-
La spirale est une représentation
fréquente du phénomène de vertige, ou
de l’hypnose. On la trouve plus ou moins dissimulée
tout au long du film, et ce dès le générique,
où, tournoyantes, les formes courbes prennent toutes
les couleurs et participent de l’inconfort du spectateur,
associées à la musique. On la retrouve également
dans le chignon de Carlota, adopté par Madeleine, puis
repris par Judy à la demande de Scottie, car cette
coiffure forme une part essentielle dans la reconstitution
de l’apparence de son amour. La spirale est aussi dans
l’escalier qui tourne et tourne pour arriver enfin au
sommet du clocher,…et éventuellement, on peut
retrouver le vertige dans la scène de filature de Madeleine,
où John parcourt mille rues et se perd dans le dédale
de Los Angeles ; dans la scène du baiser avec Judy,
où la rotation de la caméra autour du couple
nous montre l’illusion soudaine de l’homme qui
revient à la grange de l’hacienda, lieu de son
baiser avec la fausse Madeleine. On retrouve ce vertige, toujours
aussi obsédant, dans le cauchemar de Scottie…
-
S’il est un intérêt
du cinéma et des arts audio-visuels en général,
c’est bien qu’ils sont audio et visuels. L’image
peut alors être plus qu’un support pour les paroles,
elle fait partie intégrante du travail du cinéaste.
Car ce n’est pas qu’avec un bon scénario
qu’on fait un bon film. Comme disait Hitchcock, «
pour faire un bon film, un faut adapter un mauvais roman ».
Il explicite alors le rôle du cinéaste qui doit
avant tout travailler l’image, avant que le langage. C’est
un travail qu’il montre à travers ce film, où
presque tout est dit grâce aux images. Non pas que Vertigo
soit un film muet, où très peu parlant, mais on
sent nettement que c’est l’écran qui prime,
plus que la bande-son. Tout le travail au niveau des couleurs,
des décors, des lumières, des expressions des
acteurs… Par exemple, la scène au restaurant Ernie’s,
la première « rencontre » entre John et Madeleine,
est entièrement muette : le son est là, mais les
acteurs ne se parlent pas. C’est la même chose lors
des filatures de Madeleine par John, où tout nous est
montré par les images ; même la première
scène n’a d’autres mots que « Prenez
ma main ! » ; c’est la même chose dans la
scène où John aperçoit Judy dans la rue…
On ne peut pas dire que le langage n’est ici que purement
fonctionnel et qu’on pourrait s’en passer, au contraire.
En tout cas il est clair que l’image est extrêmement
travaillée chez Hitchcock, et les mots – surtout
entre Madeleine, Judy et John – presque forcés.
-
Cerner le film dans un thème
est assez complexe, car il est découpé en 2
majeures parties. La première est une enquête
de détective sur la soi-disant réincarnation
d’une morte dans l’esprit de son arrière
petite fille, qui va la pousser au suicide. Au programme :
filature, enquête, preuves, mystères… C’est
donc d’avantage un polar qu’autre chose. La seconde
partie retrace le parcours du détective à la
suite de l’enquête qui s’est terminée
sur un suicide. Est alors contée la névrose
d’un homme entièrement soumis à sa folle
passion pour l’image d’une femme, jusqu’à
la destruction de tout. Si les procédés de mystère
et de suspense sont repris, le thème tourne d’avantage
autour du personnage de John, obsessionnel. Après le
visionnage du film on est surpris par la rapidité d’élision
de la première partie, car toute l’histoire de
Carlota est alors entièrement remisée, elle
était au cœur de la première partie mais
on s’est rendu compte qu’elle n’était
en réalité qu’un prétexte. On peut
donc dire que tout le film tourne autour de la seconde partie,
qu’elle est le principal axe, l’essentiel du film.
Cela rejoint un peu le titre : toute cette première
histoire qui paraissait rationnelle n’est plus pour
John qu’un vertige dont les réminiscences vont
l’entraîner vers la destruction, et de nouveaux
vertiges, car son agoraphobie est guérie, mais pas
l’autre vertige qui l’emporte avec Judy : la folie.
Je dirais alors que le thème central, qui en recouvre
d’autre, est l’obsession pour une image, une folie
qui pousse jusqu’aux limites.
-Nous
n’avons jamais vraiment « vu » Madeleine,
à part dans la vision du souvenir de Judy, où
on l’aperçoit bâillonnée et tenue
par son mari qui la projette sur le toit de l’église,
et qui tombe sous les yeux de John. Sinon, elle n’a été
qu’une image, un masque, porté par Judy. Mais avant
même de savoir cela, que remarquons-nous chez «
Madeleine » ? Au dîner chez Ernie’s, une femme
élégante, de bonne tenue, ni vraiment souriante,
ni vraiment ennuyée… impassible. Son regard est
fuyant, du moins le croit-on, mais c’est parce qu’elle
ne doit pas voir John, par les yeux duquel nous la voyons elle.
Une correcte femme d’homme d’affaire en somme, dont
il ne nous est possible que de voir le profil, car elle n’est
pas l’observateur (John), mais l’observée…
Le lendemain nous la suivons de loin avec John : elle est de
marbre, comme pendant le dîner. Son regard s’échappe
parfois, Scottie y voit une interprétation de sa soi-disant
possession par l’esprit de son arrière grand-mère,
Carlota. Ce n’est qu’au contact de Scottie, après
la noyade dans la Baie de San Francisco qu’elle est d’avantage
caractérisée. Elle sourit, parle, ne se souvient
pas… Discrètement, elle déploie son charme,
son mystère, surtout, pour attirer Scottie. L’aboutissement
est la promenade dans les bois et au bord de la mer, quand,
enfin, tous deux se rapprochent. Captivé par cette femme,
ce mystère, John n’a pour projet que de l’aider
à résoudre cette affaire, et il est pris. Le plan
soigneusement préparé par Elster grâce à
Judy s’exécute à la perfection, jusqu’au
bout, et c’est un homme ruiné, anéanti,
privé de son objet d’adoration, qui se retrouve
à l’hôpital après le « suicide
»…
Quelques mois plus tard, peut-être années, Scottie
erre toujours dans le peu d’endroits de San Francisco
qui lui rappellent l’être perdu. Un jour devant
le fleuriste où il avait jadis suivi Madeleine, il aperçoit
une femme ressemblant vaguement à celle-ci. Il la regarde,
comme il regarde toutes les femmes qui lui ressemblent dans
d’autres endroits. Mais celle-ci possède quelque
chose de particulier, et Scottie en est frappé. Son profil
réveille en lui des souvenirs. Un profil qu’il
suit comme il en avait suivi un il y a longtemps. Il va jusqu’à
rencontrer cette femme, puis dîner avec elle. On dirait
qu’il ne cherche alors qu’à passer un peu
de temps auprès d’une femme qui lui en rappelle
une autre, cela est agréable, Judy va jusqu’à
croire qu’il pourrait tomber amoureux d’elle, et
non plus de l’image, du souvenir de la morte. Seulement,
il cherche autre chose, et cela, elle le comprend après
le dîner, lorsqu’elle se place de profil en face
de la lumière verte de l’hôtel. Dès
lors, Scottie n’aura de cesse que de chercher à
retrouver la Madeleine dans son intégralité, à
travers l’image qu’il lui reste d’elle : ses
vêtements, sa coiffure... L’image de la morte le
captive, c’est presque comme si elle l’avait hypnotisé,
emprisonné dans une obsession, une névrose dont
il ne cherche pas à se défaire, mais qu’il
cherche à assouvir. C’est dès lors comme
une perfection qu’il cherche à atteindre à
tout prix, ne sachant pas vraiment où tout cela va le
mener, un peu comme le prisonnier libéré de ses
chaînes entreprenant son ascension vers l’idée
de Beauté, d’Amour…aveuglé par sa
lumière. Son seul référant : le profil
de Madeleine, une perfection qu’il cherche à atteindre,
transformant la totalité de l’apparence de Judy.
Il cherche à retrouver le profil aperçu la première
fois, chez Ernie’s. Madeleine est en réalité
une image à atteindre, quête dans laquelle Scottie
se perdra autant qu’il perdra toutes les femmes autour
de lui.
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