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Accueil > Cinéma > L'homme sans passé

L'homme sans passé, de Kaurismaki : vos impressions, vos travaux

page créée le 18/01/2006

 

 

Lycéens au cinéma, année 2005-2006, 701 (TL)

Nous avons lié ce film au cours sur la conscience, dans lequel nous avons travaillé la notion d'identité personnelle et l'importance de la mémoire dans la construction de celle-ci.

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Questions posées aux élèves :

1) L’homme sans passé, critique de la thèse lockienne sur l’identité personnelle ? (il s'agit ici de savoir si les autres sont importants ou non pour la constitution de notre personne)

2) Un homme sans passé : négatif ou positif ? (en rapport avec l'existentialisme de Sartre)

3) Jugement personnel sur le film

  • Carolyn, TL

 

 


  • Carolyn, TL

1) L’homme sans passé, critique de la thèse lockienne sur l’identité personnelle ?

Locke a une conception de la conscience proche d’une simple définition de la mémoire, et d’un certain rapport que l’on entretient avec ses souvenirs. En tant que pur empiriste, il considère le passé comme une matière avec laquelle travailler dans le présent, car c’est grâce à ce passé et à tout ce que l’on a appris depuis la naissance (depuis la « tabula rasa »), que nous pouvons être ce que nous sommes à l’instant présent. Pour lui notre identité personnelle est profondément forgée par nos expériences passées. Mais voilà, dans les cas d’amnésie totale comme nous avons à faire dans ce film, cette thèse pose problème, car, si on suit le raisonnement de Locke, sans passé nous n’avons plus de repères, donc, plus d’identité personnelle… Mais comment est-ce possible ? Dans le cas du « marin perdu » d’Oliver Sacks, l’amnésie était plus « maladive » ; ce n’est pas le cas de l’amnésie de M. Lui n’est pas perdu, du moins plus après son réveil miraculeux à l’hôpital. Petit à petit, il apprend à se reconstruire par lui-même, un peu comme Sartre nous conseille de nous construire : en n’étant pas conditionné par notre passé, mais en regardant positivement et ouvertement vers l’avenir. Plus tard, lorsque nous apprenons en même temps que lui son passé, on apprend sa personnalité d’avant : il ne buvait jamais, était soudeur, vivait plutôt aisément… Et nous constatons que tout a changé pour lui, il n’est plus le même homme. Cependant je ne dirais pas que la thèse de Locke est totalement fausse. Car, autant qu’une certaine persistance des souvenirs de base (langue, géographie, etc., enfin il reste un être humain finlandais et capable), cette persistance ne s’étend pas aux souvenirs tels que le travail, la famille, et tout ce qui construit la vie quotidienne. La thèse de Locke s’arrête donc là où l’amnésie commence, mais tout de même, M est obligé de repartir de zéro en imprimant de nouvelles impressions dans sa « nouvelle » mémoire… Une notion de permanence totale des souvenirs est donc erronée, mais en partant de zéro il est tout de même possible de retrouver une vie. De plus, ce n’est pas que M qui se construit lui-même. Il y est aidé par le milieu où il vit, ses nouveaux amis, son nouvel amour… Bref la société alentour l’aide à se forger en lui donnant des opportunités (un travail, un logement, etc.).

2) Un homme sans passé… est-ce négatif ? Message du film :

Le sujet même du film, presque expérimental, est tourné vers la reconstruction d’un homme qui n’a plus rien, ni souvenir, ni même nom, perdu dans une ville qui ne lui est pas familière… Alors il repart de tout en bas, de toute façon, il n’a pas le choix, il doit partir du bas de l’échelle sociale, là où tout est à construire, là où on ne pose pas trop de questions sur votre réelle identité. On note une présence majeure des traces d’un certain passé, quelles qu’elles soient, dans la vieille musique rock américaine, dans les décors d’un autre âge des lieux de la ville (banque, bar…). Tout semble en reconversion, à l’image de M. C’est comme si la ville comme lui renaissait de ses cendres, tout document, en partant du passé commun, des vieux tubes… C’est M qui se construit par ses propres moyens, aidé aussi par des nouvelles relations. Il acquiert un logement, un travail, il finit par trouver une atmosphère qu’il aime, surtout grâce à la musique. Le film semble mettre en évidence qu’il est possible de se reconstruire entièrement, alors qu’on n’a pas d’identité. Mais il décrit aussi l’effort d’un homme pour parvenir à cette reconstruction, car il n’est pas aisé de repartir de zéro, surtout quand l’Etat, les institutions, s’en mêlent.

3) Intérêt du film

Ce film n’est pas du genre de ceux que l’on a l’habitude de voir. C’est comme un film qui aurait vieilli, lui aussi. Tout est à reconstruire. Les personnages sont relativement âgés, marqués par la vie, ils sont à la recherche d’un nouvel espoir, à l’image de M et d’Irma. L’intérieur de la ville est le plus souvent désert, la musique est d’un autre âge, mélancolique, nostalgique. L’atmosphère générale est lente, en suspens… tout se déroule comme si on attendait quelque chose de merveilleux, mais qu’à force de l’attendre, ce renouveau, on était blasé. Ainsi on vit paisiblement, loin de l’agitation constante d’une ville mondiale d’aujourd’hui. C’est vraiment frappant, surtout quand M se trouve en quelque sorte en difficulté : quand l’air vient à manquer dans la salle aux coffres de la banque, on en fait la remarque, stoïquement, puis M allume une cigarette… quand il est arrêté, il est imperturbable, dans sa cellule comme quand l’avocat prend sa défense… Lors de la scène du dîner avec Irma chez M, la comparaison paraît extrêmement douteuse, mais pendant la projection j’ai pensé à une sorte de vieux remake de Grease, des décennies plus tard, avec Irma, les cheveux blonds bouclés et son petit chemisier jaune, M les cheveux coiffés ramenés vers l’arrière, ses cigarettes, son expression… Je sais, c’est bizarre mais j’y ai pensé. Mais la comparaison s’arrête à l’apparence, et à la musique rock. Mais l’atmosphère est totalement différente, presque froide. Toutefois, malgré l’étonnante lenteur du film, le sujet est assez intéressant, c’est pourquoi d’ailleurs on peut presque qualifier ce film d’expérimental.

 

 

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