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I-
Situation et objet du chapitre
Le
chap XVIII continue le sujet annoncé au début du chap
XV : celui des vertus et des vices des princes. Le chap XV
a envisagé les vertus et les vices en général ;
le chap XVI la libéralité et la parcimonie ;
le chap XVII la cruauté et la pitié ; le chap
XVIII soccupe de la fidélité à la parole
donnée.
On
va donc retrouver ici le problème des rapports entre morale
et politique. Dautres questions vont aussi être avancées,
notamment celle de la " raison dEtat "
(raison dEtat = considérations invoquant lintérêt
supérieur de lEtat pour justifier une action contraire
aux règles de droit habituelles ou aux règles morales
reconnues).
II-
Analyse du chapitre
1er
§ Un constat : il y a un écart entre les idées
et les faits en politique, écart qui se vérifie
en particulier vis-à-vis du problème de la fidélité
à la parole donnée.
On
retrouve donc ici la perspective de M. : non lidéalisme
mais le réalisme (politique). Ce qui compte cest lefficacité
politique, valeur suprême. La suite du chap va justifier à
partir de ces principes linfidélité à
la parole donnée
2ème
§ Comment en fait se mène le combat politique :
lhomme et la bête
a)
pour être efficace, le pouvoir doit tenir compte de ce
que sont les hommes qui en sont les sujets, i.e.
-
des êtres qui ont quelque chose de spécifique (des
" hommes ") : laptitude à
respecter un ordre légal et à avoir des sentiments
moraux
-
des êtres passionnels qui nobéissent quà
la force (des " bêtes ")
Il
faut donc pour les gouverner " savoir bien user de la
bête et de lhomme " (165/ 15-16). User de
lhomme, cest faire appel à la loi ; user
de la bête va être défini dans le § suivant.
b)
M. ajoute que la tradition philosophique nignorait pas
ce précepte
Cest
ce que donnent à entendre les auteurs anciens qui nous disent
que les princes grecs comme Achille furent élevés
par Chiron, le plus sage des centaures, un centaure étant
un être fabuleux moitié homme et moitié cheval.
M. suggère peut-être ainsi que lidéalisme
politique de la tradition philosophique nétait quune
façade.
3e
§ Les deux manières duser de la bête :
le lion et le renard
a)
M. précise à laide dune nouvelle métaphore
ce quest " user de la bête "
Cest
se montrer tantôt lion, tantôt renard, i.e., faire usage
tantôt de la force, tantôt de la ruse. Dans ce chap,
M. insiste sur la ruse, la ruse portée à sa forme
extrême : linfidélité à la
parole donnée, mais une infidélité habilement
dissimulée (= le parjure + la dissimulation du parjure).
b)
Quest-ce qui justifie aux yeux de M. le recours à
la ruse ?
Un
double constat relatif à la nature humaine :
-
la méchanceté des hommes : leur caractère
passionnel (ambition, goût du changement, etc.). Le prince
na pas à compter sur la loyauté de ses sujets.
A lui de prendre des précautions à cet égard,
et il na pas à attendre davoir été
trompé pour tromper
-
la crédulité et la naïveté des hommes,
qui donnent toute leur efficacité à la ruse du prince
4ème
§ Un exemple de renard : Alexandre VI. Leçon à
en tirer : il faut savoir jouer sur lopposition de
lêtre et de lapparaître
Deux
moments dans la progression de la pensée de M. :
a)
M. donne comme exemple de renard A. VI
b)
Il en tire la leçon suivante : il faut savoir jouer
sur lopposition de lêtre et de lapparaître
(Notamment,
il va dire quil faut parfois que le prince revienne sur ses
promesses, mais il ne doit pas le montrer).
La
leçon peut se décomposer dans les deux éléments
suivants :
-
il faut toujours sauver les apparences de la moralité, à
cause de leur effet politique
-
il nest pas toujours nécessaire ni même souhaitable
dêtre moral (i.e., davoir les vertus définies
au chap XV par ce 1er critère dappréciation
que constitue le jugement courant)
Faut-il
dire quil ne faut pas être vertueux mais seulement le
paraître ? M. dit quil est utile de paraître
pitoyable, fidèle, humain, droit, religieux, et de lêtre
(166/ 30-31). M. partage-t-il le jugement populaire sur la valeur
des qualités morales ? Il dit seulement quil est
" utile " (166/ 30) dêtre vertueux.
Pourquoi ? Sans doute parce quil est alors plus facile
de le paraître.
Un point est en tout cas très clair : il nest
pas souhaitable dêtre toujours vertueux ; ce serait
politiquement préjudiciable. Cf. lexemple de C. Borgia,
qui nhésite pas à trahir la parole donnée
en faisant tomber les Orsini dans un guet-apens à Sinigoglia.
5e
§ Justification du précepte concernant lopposition
de lêtre et du paraître : " dans
le monde, il ny a que du vulgaire " (167/ 20)
Deux
éléments à considérer dans cette affirmation :
a)
le " vulgaire " : que faut-il entendre
par là ?
La
foule par opposition à lélite, la foule aveugle
ou myope par opposition à une élite clairvoyante.
Cest le sens de lopposition entre :
-
" voir " et " percevoir "
-
" juger par les yeux " et " juger
par les mains "
Or
que voit la foule ? Ce qui est voyant : le résultat
de laction politique. Que ne perçoit-elle pas ?
les moyens mis en uvre. Autrement dit, en politique, il ny
a que le résultat qui compte. Constat peut-être pessimiste
2)
" dans le monde il ny a que le vulgaire "
Autre
constat pessimiste. Sens de ce passage : le prince na
pas à redouter les gens clairvoyants, qui auraient " perçu "
les aspects discutables de sa politique, parce que ces gens sont
peu nombreux et quils ne pèsent daucun poids
auprès de la foule, si le prince a su se gagner celle-ci
par certains résultats voyants de sa politique.
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