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Accueil > Corrigés > Machiavel, Le prince, chap XVIII , " comment les princes doivent garder leur foi "

Machiavel, Le prince, chap XVIII , " comment les princes doivent garder leur foi "

page créée le 01/01/2003

 

 

Résumé:

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I- Situation et objet du chapitre

Le chap XVIII continue le sujet annoncé au début du chap XV : celui des vertus et des vices des princes. Le chap XV a envisagé les vertus et les vices en général ; le chap XVI la libéralité et la parcimonie ; le chap XVII la cruauté et la pitié ; le chap XVIII s’occupe de la fidélité à la parole donnée.

On va donc retrouver ici le problème des rapports entre morale et politique. D’autres questions vont aussi être avancées, notamment celle de la " raison d’Etat " (raison d’Etat = considérations invoquant l’intérêt supérieur de l’Etat pour justifier une action contraire aux règles de droit habituelles ou aux règles morales reconnues).

 

II- Analyse du chapitre

 

1er § Un constat : il y a un écart entre les idées et les faits en politique, écart qui se vérifie en particulier vis-à-vis du problème de la fidélité à la parole donnée.

On retrouve donc ici la perspective de M. : non l’idéalisme mais le réalisme (politique). Ce qui compte c’est l’efficacité politique, valeur suprême. La suite du chap va justifier à partir de ces principes l’infidélité à la parole donnée

 

2ème § Comment en fait se mène le combat politique : l’homme et la bête

 

a) pour être efficace, le pouvoir doit tenir compte de ce que sont les hommes qui en sont les sujets, i.e.

- des êtres qui ont quelque chose de spécifique (des " hommes ") : l’aptitude à respecter un ordre légal et à avoir des sentiments moraux

- des êtres passionnels qui n’obéissent qu’à la force (des " bêtes ")

Il faut donc pour les gouverner " savoir bien user de la bête et de l’homme " (165/ 15-16). User de l’homme, c’est faire appel à la loi ; user de la bête va être défini dans le § suivant.

 

b) M. ajoute que la tradition philosophique n’ignorait pas ce précepte

C’est ce que donnent à entendre les auteurs anciens qui nous disent que les princes grecs comme Achille furent élevés par Chiron, le plus sage des centaures, un centaure étant un être fabuleux moitié homme et moitié cheval. M. suggère peut-être ainsi que l’idéalisme politique de la tradition philosophique n’était qu’une façade.

 

3e § Les deux manières d’user de la bête : le lion et le renard

a) M. précise à l’aide d’une nouvelle métaphore ce qu’est " user de la bête "

C’est se montrer tantôt lion, tantôt renard, i.e., faire usage tantôt de la force, tantôt de la ruse. Dans ce chap, M. insiste sur la ruse, la ruse portée à sa forme extrême : l’infidélité à la parole donnée, mais une infidélité habilement dissimulée (= le parjure + la dissimulation du parjure).

 

b) Qu’est-ce qui justifie aux yeux de M. le recours à la ruse ?

Un double constat relatif à la nature humaine :

- la méchanceté des hommes : leur caractère passionnel (ambition, goût du changement, etc.). Le prince n’a pas à compter sur la loyauté de ses sujets. A lui de prendre des précautions à cet égard, et il n’a pas à attendre d’avoir été trompé pour tromper

- la crédulité et la naïveté des hommes, qui donnent toute leur efficacité à la ruse du prince

 

4ème § Un exemple de renard : Alexandre VI. Leçon à en tirer : il faut savoir jouer sur l’opposition de l’être et de l’apparaître

Deux moments dans la progression de la pensée de M. :

 

a) M. donne comme exemple de renard A. VI

 

b) Il en tire la leçon suivante : il faut savoir jouer sur l’opposition de l’être et de l’apparaître

(Notamment, il va dire qu’il faut parfois que le prince revienne sur ses promesses, mais il ne doit pas le montrer).

La leçon peut se décomposer dans les deux éléments suivants :

- il faut toujours sauver les apparences de la moralité, à cause de leur effet politique

- il n’est pas toujours nécessaire ni même souhaitable d’être moral (i.e., d’avoir les vertus définies au chap XV par ce 1er critère d’appréciation que constitue le jugement courant)

Faut-il dire qu’il ne faut pas être vertueux mais seulement le paraître ? M. dit qu’il est utile de paraître pitoyable, fidèle, humain, droit, religieux, et de l’être (166/ 30-31). M. partage-t-il le jugement populaire sur la valeur des qualités morales ? Il dit seulement qu’il est " utile " (166/ 30) d’être vertueux. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il est alors plus facile de le paraître.

Un point est en tout cas très clair : il n’est pas souhaitable d’être toujours vertueux ; ce serait politiquement préjudiciable. Cf. l’exemple de C. Borgia, qui n’hésite pas à trahir la parole donnée en faisant tomber les Orsini dans un guet-apens à Sinigoglia.

 

5e § Justification du précepte concernant l’opposition de l’être et du paraître : " dans le monde, il n’y a que du vulgaire " (167/ 20)

Deux éléments à considérer dans cette affirmation :

 

a) le " vulgaire " : que faut-il entendre par là ?

La foule par opposition à l’élite, la foule aveugle ou myope par opposition à une élite clairvoyante. C’est le sens de l’opposition entre :

- " voir " et " percevoir "

- " juger par les yeux " et " juger par les mains "

Or que voit la foule ? Ce qui est voyant : le résultat de l’action politique. Que ne perçoit-elle pas ? les moyens mis en œuvre. Autrement dit, en politique, il n’y a que le résultat qui compte. Constat peut-être pessimiste…

 

2) " dans le monde il n’y a que le vulgaire "

Autre constat pessimiste. Sens de ce passage : le prince n’a pas à redouter les gens clairvoyants, qui auraient " perçu " les aspects discutables de sa politique, parce que ces gens sont peu nombreux et qu’ils ne pèsent d’aucun poids auprès de la foule, si le prince a su se gagner celle-ci par certains résultats voyants de sa politique.

 

 


 

 

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