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Seconde
Méditation
C-LA NATURE DE LA CONSCIENCE CHEZ DESCARTES
:
la rupture avec la conception antique/ vitaliste de l'âme
Après les quatre premiers alinéas,
Descartes utilise le doute seulement à propos de ses propres
croyances. Mais, il s'agit avant tout de rejeter la thèse
aristotélicienne selon laquelle l'âme est ce qui fait
qu'une chose est vivante.
Pour Descartes, la conscience n'est autre que l'esprit,
elle englobe tout le domaine de la pensée. L'âme
= seulement principe de la pensée consciente. (conscience
= âme sans corps) cf.; dernière thèse : il y
a bien réduction de la conscience à un pouvoir intellectuel
de connaître
Le dualisme affirme la scission radicale entre
deux domaines, esprit et matière, âme et corps.
On a d'un côté le domaine du purement
spirituel, étranger à l'espace, indivisible : c'est
l'intériorité pure. De l'autre, ce qui est purement
géométrique et mécanique, le corps, fragment
d'étendue, indéfiniment divisible; domaine de l'extériorité.
(Modèle d'intelligibilité des êtres physiques
: l'automate, système de poulies et de ressorts) : ie, les
mouvements du corps peuvent s'expliquer de manière purement
mécanique La pensée est entièrement libre par
rapport à la matière et inversement : les processus
matériels peuvent se produire indépendamment de la
pensée, et vice-versa. Possibilité d'un fonctionnement
complet de l'âme et/ou du corps, indépendamment de
l'autre.
Mais le dualisme est en fait quelque chose de plus
complexe qu'il ne le paraît au premier abord, puisque
s'il est l'affirmation d'une scission entre deux grands domaines
de la réalité, il est aussi l'affirmation d'une certaine
union entre deux parties de ces genres de réalités
: le corps et l'âme dans l'homme. Descartes est en effet obligé
de rendre compte de l'union "vécue" entre l'âme
et corps (cf.. sentiments, passions, etc.). L'union de ces deux
substances est un fait irréductible.
Cela donne :
1) les esprits sont des choses réelles
d'un genre fondamentalement différent des choses
matérielles
2) les propriétés mentales
et états mentaux sont des propriétés
et états des choses immatérielles
3) certains corps tels que les êtres
humains sont étroitement liés à des
esprits
NB : Ne pas confondre ce dualisme avec le dualisme
"vulgaire" ou "populaire" , pour qui le
corps est une sorte de réceptacle, dans lequel l'âme
est localisée (car Descartes ne dirait pas ça, étant
donné que l'esprit n'a pas de propriétés physiques)
Or, problème : comment peut-on affirmer
que deux domaines complètement différents puissent
avoir l'un sur l'autre une quelconque influence?
Réponse : dans le Traité des passions,
il dit que l'union se situe dans la glande pinéale,
au centre du cerveau. Sorte de carrefour où se rencontrent
les deux ordres de réalité, par lequel les esprits
animaux ( minuscules corpuscules circulant dans le sang) arrivent
au cerveau, puis repartent dans le corps.
Objections unanimes : au 17e,
tout le monde va se mettre à discuter de ce problème.
Si âme et corps sont deux réalités distinctes,
ayant des caractères bien spécifiques et complètement
différents, alors, on ne voit pas comment il peut y avoir
interaction; cela reste quand même un mystère.
Exemple : Leibniz :dit que la solution cartésienne
pour expliquer cette union, celle de l'interaction, introduit une
rupture dans les lois de la nature. Comment peut-on affirmer sans
absurdité que quelque chose d'immatériel puisse avoir
un effet matériel; et vice-versa?
Autre exemple : pour Descartes, quand je
veux lever la main, ce qui cause le mouvement du corps, ce n'est
pas vraiment quelque chose de corporel ou d'inscrit dans le fonctionnement
corporel; mais c'est un acte de la volonté qui cause ce mouvement,
ie, quelque chose qui n'est qu'une propriété de la
substance mentale immatérielle que je suis (ie, l'esprit).
La distinction est première, et l'interaction/ union, seconde.
Cela revient bien à introduire une rupture
dans le processus causal, faire intervenir quelque chose de mystérieux,
dont on ne sait pas comment il peut bien avoir quelque efficace
dans monde physique (car : il va de soi que seules des entités
physiques peuvent normalement entrer en interaction)
Pour Leibniz, la seule solution est son hypothèse
de l'harmonie préétablie : qui stipule que Dieu
a, de toute éternité, donc, par avance, accordé
entre elles les deux réalités, de telle sorte que
ce qui se passe dans l'une ait automatiquement des répercussions
dans l'autre, mais, sans qu'elles aient aucune influence causale
: parallélisme psychophysique, ie : à chaque événement
corporel correspond un événement mental.
Aujourd'hui, on refuse le mental pour les mêmes
raisons que celles qui avaient mené Leibniz à refuser
l'interaction causale. Ie, parce que le mental constitue une
anomalie dans le monde physique. Ainsi, on a plutôt tendance
à réduire le mental au physico-chimique, aux neurones
(cf. Changeux, L'homme neuronal, 1983) : plus d'"esprit",
mais que des neurones. Il s'agit d'un "matérialisme
éliminativiste" : les phénomènes mentaux
ne sont rien d'autre que des phénomènes physiques;
les termes mentaux ordinaires ne désignent rien de réel,
et ne sont qu'un mythe que nous projetons sur les structures de
notre comportement. Par là, on est censé se débarrasser
définitivement du dualisme interactionniste, ie, de idée
d'une substance mentale qui aurait des effets physiques.
L'âme a avant tout à voir avec la
vie : tout ce qui est vivant a une âme. Elle est en effet
définie, cf. De Anima, II, 1, comme étant "la
réalisation première d'un corps qui a potentiellement
la vie".
Distinction acte premier et acte second
: quelqu'un peut avoir acquis une capacité, par exemple,
un savoir, et ne pas l'exercer toujours : on dit que c'est un acte
premier; par contre, on parle d'acte second quand cette capacité
est effectivement, en train, d'être exercée
Ici : l'âme est l'acte premier du corps vivant,
elle fait de lui, un être vivant; elle est donc ce qui fait
qu'un corps potentiellement vivant l'est effectivement, elle est
ce qui fait qu'il peut exercer ses fonctions vitales (le rend capable
d'exercer ses fonctions)
Exemple : si l'il était un animal,
son âme serait la vue
Autrement dit : l'âme n'est pas la vie elle-même,
mais ce par quoi nous vivons, elle est un "principe vital".
L'âme est donc le principe d'organisation et de fonctionnement
du corps. Il y a dès lors autant d'âmes que de genres
d'êtres organisés.
| Végétaux
= âme nutritive |
|
|
| Fonctions végétatives
( croissance, assimilation, respiration, reproduction)
Assure la perpétuation des formes corporelles,
le maintien de la vie |
fonctions sensitive
et motrice
ce qui fait qu'on peut ressentir de la peine
et du plaisir, et se mouvoir |
ce qui fait qu'on
pense et raisonne |
Cela donne une vision continuiste de la nature,
car chaque niveau inférieur se trouve englobé dans
le niveau supérieur; pas de rupture entre les genres d'être
(même si Aristote reconnaît la spécificité
de l'âme humaine qui est rationnelle)
Pas du tout dualisme : pas d'âme sans
corps puisque l'âme est quelque chose de biologique, qui
a avant tout à voir avec la vie; donc, contrairement à
Descartes, il n'y a pas à chercher le pourquoi, le comment,
de l'union âme et corps (alors que l'union unit ce qui est
séparé, il y a ici unité). L'âme est
faite pour user du corps, et le corps est fait pour être son
instrument
2) La certitude
des actes de conscience.
Cf. morceau de cire : je me connais moi-même
plus sûrement que les corps extérieurs, et même,
plus facilement, car, la conception des corps est non pas sensible
mais abstraite Ce dualisme fait comprendre comment il est possible
que quand la conscience se retourne sur elle-même pour se
penser, elle puisse être immédiatement certaine de
ce à quoi elle a accès : pour Descartes, avoir conscience
de soi, c'est se connaître soi-même.
3) La conscience
réifiée : la substance pensante, le moi métaphysique.
a)la conscience est une substance pensante (nous
avons déjà vu avec dualisme, identité conscience
et pensée; maintenant, nous allons voir que la conscience
est substance pensante, ce qui est une thèse encore
plus forte).
En effet, qu'est-ce qu'une substance?
C'est une chose au sens philosophique : c'est ce
qui fait qu'une chose reste une et la même à travers
divers changements (Descartes en donne un exemple dans l'épisode
du morceau de cire : il y a quelque chose qui subsiste dans tous
les changements d'un corps quelconque). La substance, c'est ce qui
sert à relier les qualités, qui est au-delà
d'elles.
Exemple : Socrate est chauve, il est assis, il
marche, etc. : la substance, c'est le substrat qui reçoit
ces qualités, qui fait que Socrate, malgré tous les
changements qui lui arrivent, reste toujours le même (cf.
sub, au-dessous, et stare, rester)
Dire que le Je pensant est une substance pensante,
c'est donc dire que les états mentaux, qui lui appartiennent,
sont ce qui arrive à cette substance; et que au-delà,
il y a quelque chose , un moi, ou l'âme, qui sert à
les relier, qui les retient, qui en est l'origine, etc.
Étant donné dualisme, c'est une chose
immatérielle, et nous avons donc la chose mystérieuse
dont nous parlions dans l'introduction
b) appliquons le principe de la certitude absolue
des actes ou contenus de conscience : on obtient alors la thèse
selon laquelle on pourrait avoir, par la conscience, accès
à ce moi intérieur caché au fond de nous, que
les autres ne verraient pas.
Problème : Descartes sent-il vraiment, comme
une présence immédiate, la présence de ce moi?
Regardons bien ce que dit Descartes : il passe du "je pense"
à "je suis une substance pensante" : or, si dans
la première proposition nous nous situons sur un plan psychologique
(nous avons affaire à la conscience que j'ai de moi-même
au moment où je pense), nous avons affaire, dans la seconde
proposition, à un moi "ontologique" (métaphysique),
qu'aucune expérience psychologique ne saurait justifier.
En fait, la "déduction" cartésienne, le
passage du je pense que je suis, au je suis pensant, et au "je
suis une substance pensante", ne se justifie que si Descartes
fait un raisonnement :a) il part de la notion de substance comme
présupposé (ie : toute propriété nécessite
pour exister une substance dans laquelle elle inhère); b)
et de son dualisme : les propriétés matérielles
inhèrent dans une substance matérielle, et les propriétés
mentales inhèrent, de même, dans une substance mentale,
immatérielle.
Ce raisonnement est le suivant :
(1) une chose est composée de
ses propriétés, plus une substance sous-jacente
à laquelle elles appartiennent
(2) s'il y a une propriété
alors il doit y avoir une substance à laquelle
elle appartient (cf. Principia, I, 52)
(3) une pensée est une propriété
(notamment, le doute)
(4) s'il y a une pensée, alors,
il y a une substance à laquelle elle appartient
: Je, Ego, Moi
Problème : c'est que, évidemment,
Descartes est censé ne rien présupposer acquis, et
s'opposer notamment à la tradition scolastique, issue d'Aristote
: or, la notion de substance, d'attributs, etc., est directement
issue de son bagage intellectuel. Descartes échoue donc à
douter de tout (il pense à travers la tradition dans laquelle
il a été habitué de penser, si bien qu'il ne
voit pas que la notion de substance ne va pas de soi, que c'est
une croyance ou du moins une position philosophique). Cf. Locke,
Essais sur l'entendement humain, II, 23. Nous sommes
donc finalement en présence d'un problème typiquement
métaphysique : le moi n'est plus un fait (psychologique,
doué d'une évidence supérieure au monde des
corps) mais un terme érigé en absolu (mais Descartes
fait comme si c'était réellement un fait psychologique
certain, qu'il sent avec une évidence parfaite, contre laquelle
le malin génie ne peut rien, qu'il est un moi pensant, quand
il fait usage de sa conscience pour se regarder soi-même).
Ou bien le "je" est le "je" du je pense, ou
bien il est le "je" du "je suis"; mais alors,
il n'est plus le "je" engagé dans le "je pense"
Nous sommes à un autre niveau
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