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Seconde
Méditation
I-
Le cogito : suis-je, moi qui doute ?
Pour aller plus vite dans l'explication, nous allons
lire le résumé que Descartes fait des Méditations
dans la 4e partie du Discours de la méthode
1) §1 : suis-je?
Fin du 1er alinéa, qui résume la
première méditation : le résumé de la
deuxième méditation commence à "mais,
aussitôt après..." pour se terminer à "nous
concevons distinctement". Problème : "suis-je?"
Ce que dit ici Descartes, cest que le doute
doit toutefois ("mais") sarrêter quelque part.
Cest que, en effet, si toutes mes pensées
ne sont que des illusions, il y a nécessairement un sujet
de lillusion, quelque chose qui est illusionné.
Largument pourrait être le suivant
:
(1) lillusion est une pensée
(2) il y a donc quelque chose qui pense
(3) il y a donc une chose pensante
Ainsi : le doute débouche sur la certitude
absolue, puisque plus je doute, plus je suis certain quil
y a quelque chose qui doute, et donc, je suis une chose pensante.
Remarque : la fin du 1er alinéa est-elle
un raisonnement de la forme :
Tout ce qui pense est
Or je pense
Donc je suis
Réponses :
a) si oui, alors, ce serait une pétition
de principe, puisque lon tiendrait pour acquis que "tout
ce qui pense est", et que lon supposerait résolu
par cet acquis le problème que lon pose
b) si le cogito était un raisonnement, puisque
lon doute des raisonnements, il ny aurait aucune raison
de ne pas douter de celui-là en particulier
Il ne peut donc sagir pour Descartes de démontrer
lexistence de la conscience, mais den avoir lévidence
intuitive (cf. Réponse aux secondes objections : "lorsque
quelquun dit : "je pense, donc, je suis", il ne
conclut pas son existence de sa pensée comme par la force
de quelque syllogisme, mais comme une chose connue de soi, il la
voit par une simple inspection de lesprit")
2) §2 : "que suis-je?"
1- je suis ce sans quoi je naurais pas dêtre
; donc, je ne suis pas autre chose quune conscience de penser,
distincte du corps dont je puis toujours feindre de douter
2-lâme est plus facile à connaître
que le corps puisque je ne puis douter ni quelle est (puisque
cest moi) ni de ce quelle est (pure pensée
II-
La substance pensante, ou le dualisme cartésien :
que suis-je, moi qui suis certain d'exister ?
A-
Je suis une chose qui pense
1) l'esprit doute : il cherche un sujet au
verbe exister.
Pour cela il essaie divers sujets, les choses,
son corps, etc., mais à chaque fois, de bonnes raisons font
lever un point d'interrogation
2) l'esprit qui doute s'appréhende
lui-même et se met devant le verbe exister : "moi donc
à tout le moins, ne suis-je pas quelque chose?
Problème : ce "quelque chose"
peut très bien m'entraîner dans le monde des choses
douteuses
3) ce qui arrête le
doute c'est la rencontre avec le je qui doute et contre lequel
aucun doute ne peut se retourner;
Philosophiquement, c'est lui qui est intéressant.
Le "je pense, donc, je suis" est donc le dévoilement
ontologique du "je" du "je pense"
4) le Je pense parce qu'il est (et non l'inverse)
: c'est une réalité pensante. Donc, à la
question "que suis-je," Descartes répond "une
chose qui pense"
Au début, la pensée n'était
que le signe que je suis, grâce auquel l'esprit se délivre
de la question "suis-je?". Ici, elle est le signe que
je suis pensée (approfondissement du "je suis")
5) Je suis une chose qui pense.
Au début, Descartes a posé le verbe
être, puis, il a essayé tous les sujets possibles en
se demandant si leur existence supportait la mise en interrogation
; maintenant, il pose "je suis" et essaie tous les attributs
possibles en se demandant si le "je" peut subsister sans
eux
Résultat : la pensée seule ne peut
être détachée de moi (le Je n'a donc pas été
saisi en train de penser par hasard : c'est sa manière d'être
essentielle, mais, pour le savoir, une exploration minutieuse du
je était nécessaire)
6) Il a montré que je suis; que je
suis une chose pensante; maintenant : qu'est ce qu'une chose pensante?
"Une chose qui doute, qui conçoit,
qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi,
et qui sent".
Ce sont les fonctions qu'on attribue communément
à l'esprit; or, ne sachant pas encore si les corps existent,
il doit laisser intacte la question : y a-t-il deux substances distinctes?
En attendant de le savoir, il faut habituer le
je à se penser pensant, à sa spiritualité.
C'est la fonction du morceau de cire, qui soutient
la distinction entre le sensible et le réel : objet réel
= objet intelligible, car essence des corps : étendue; donc
: toutes les fois que nous parlons de la réalité,
les sens et l'imagination doivent être dépassés,
même quand il s'agit de réalité matérielle;
à plus forte raison quand il s'agit de penser l'esprit
Réponses :
a) Rappel : Descartes a montré quil
est sûr dexister, car sil doute, un malin génie
ne peut lui faire croire à tort quil doute alors quil
ne doute pas effectivement (§4) ; exemple : si jai
mal quelque part, il ne peut me tromper, puisque la sensation de
douleur, je lai. Puis, il va chercher ce quil est (§5) ;
il répond quil est une chose qui pense, car tout le
reste dépend du corps, dont je ne suis pas certain quil
existe. Il va pourtant, à partir du §11 jusquà
la fin, se mettre à parler de la perception dun morceau
de cire, dun corps. Il cherche à savoir par quelle
faculté de connaissance on connaît la cire. Pourquoi
alors se met-il à parler des corps extérieurs ?
§ 10 :
- Nous savons que la connaissance de lâme
est plus certaine que celle des corps extérieurs (i.e., largument
de Descartes nous a donné de bonnes raisons et il nous a
convaincus) ; le problème, cest que nous
continuons à croire le contraire (nous ne sommes pas persuadés),
tout comme à la fin de la première méditation.
Il va donc ici recommencer en prenant le point de vue du sens commun,
en prenant un exemple concret.
- But : faire voir que lesprit est plus
aisé à connaître que le corps (cf. §
10 et 17)
b)
- § 8 : imaginer = " contempler
la figure ou limage dune chose corporelle " ;
façon de se rapporter aux choses qui est erronée ;
pour Descartes, on ne connaît pas de façon claire par
lintermédiaire du corps (qui ne peut avoir accès
quaux qualités apparentes et particulières des
choses)
§ 9 :esprit = " chose
qui doute, qui conçoit (entendement), qui affirme,
qui nie, qui veut, qui ne veut pas (volonté),
qui imagine et qui sent "
- Les sens ne saisissent rien de ce qui constitue
réellement la cire, et de ce qui fait que la cire est la
cire. En effet, tout cela peut disparaître, mais je dis pourtant
que cest la même. Ce quest réellement la
cire, je le sais par lentendement, faculté des concepts.
(Penser cest conceptualiser, cest donc connaître).
Conséquence : percevoir ce nest
pas voir mais comprendre ce que nous voyons, identifier des objets.
Les sens à eux seuls ne nous donnent pas la chose mais seulement
des qualités sensibles : rouge, forme, etc.
Donc : avoir conscience des choses cest
dabord avoir conscience de moi, qui les connaît. Connaissance de lesprit, plus facile que celle des corps, car première
et présupposée dans lautre ; elle est immédiate
3) Commentaire détaillé du passage
portant sur le morceau de cire.
Thème : comment peut-on connaître les choses
extérieures? Quelle faculté de connaissance est requise
pour cela?
NB : connaître : c'est voir les choses clairement et
distinctement, savoir la vérité.
Comment Descartes y répond-il?
En présentant trois options, trois réponses possibles,
qui vont être successivement examinées (l'élimination
de la première menant à la deuxième, etc.)
1- par les sens (organes corporels)?
2- par l'imagination (reproductrice, pas créatrice)?
3- par l'entendement (intelligence conceptuelle, entendement pur)?
- "Commençons ... nous voyons" :
Thèse du sens commun. Ce que nous
connaissons le plus distinctement c'est ce que nous donnent les
sens (organes corporels), ie, les corps avec leurs qualités
sensibles. Pour le sens commun, l'esprit enregistre passivement
les données sensibles : la connaissance dérive des
sens (préjugé empiriste).
- "Je n'entends ... celui-ci" :
Méthode pédagogique : il adopte
point de vue du sens commun et part de la connaissance d'un objet
concret (ce morceau de cire), non d'un objet abstrait (le morceau
de cire en général). Nous croyons connaître
une chose quand nous réussissons à en énumérer
les qualités sensibles.
- Le recours au morceau de cire : lexpérience
de pensée (de "Mais voici " à " son ")
Il fait une expérimentation (qui est une
expérience de pensée) avec un morceau de cire (plutôt
que de parler de la cire en général, il prend un morceau
de cire " concret "). Je l'approche du feu et
ses qualités changent ou disparaissent; pourtant tout le
monde continue à dire que c'est la même cire.
- Est-ce que je saisi la cire par les sens ? (" la
même ... demeure ")
Est-ce que cest les sens qui nous donnent cette connaissance,
et qui fondent le jugement de perception : " cest
la même cire que je vois malgré les changements et
la diversité de ses qualités sensibles " ?
Descartes va plutôt nous montrer quil est impossible
daffirmer l'identité de l'objet , si je ne dispose
que des sens. En effet, que me livrent mes sens concernant l'objet?
Des informations :
- multiples (odeur, saveur, etc.) = pas dunité, pas
de lien (je ne le sens pas)
- variables (elles sont changeantes, et disparaissent)
Nulle part mes sens ne me livrent donc quelque chose d'identique,
d'un, d'invariable. Les sens ne me donnent pas la chose comme "substance",
comme chose. Il faudrait pour cela qu'il y eut un organe corporel
qui me fasse sentir cette unité.
NB : Les qualités sensibles sont-elles nécessaires
à la connaissance d'une chose?
On répondra que c'est la condition sans quoi (nécessaire)
la chose ne m'est pas donnée, mais non par quoi elle m'est
donnée, révélée en son être essentiel.
En effet, autre nom des qualités sensibles : apparences,
vêtements : idée de déguisement (la chose est
cachée sous ses apparences, qui ne lui sont pas essentielles;
ce qui le montre, c'est qu'elle ne disparaît pas si l'on les
lui enlève; au contraire l'idéal est de la voir toute
nue, sans ses habits) : ainsi, quand vous changez de vêtement,
vous ne changez pas d'identité, vous restez vous-même.
Donc : la connaissance sensible connaît seulement les apparences
sensibles des objets; cette connaissance est donc accessoire, inessentielle.
On ne peut en rester là, car si le monde était disparate,
n'était qu'un amas de qualités sensibles, il changerait
sans cesse, il n'y aurait aucune stabilité. Il n'y aurait
plus de monde, mais un chaos, un tourbillon permanent (comme une
valse). C'est sans doute ce "non-monde" que "connaît
le petit enfant; c'est aussi le monde humien.
Sous-entendu : ce n'est donc pas la philo qui dit qu'il faut se
méfier de ses sens car le fait qu'on se rapporte à
un monde ordonné, qu'on dise que c'est la même cire,
qu'on se rapporte donc à quelque chose de permanent, signifie
que nous nous méfions inconsciemment des sens. Nous allons
toujours au-delà, si nous disons avoir affaire à des
choses, à un monde (un et permanent). Nous affirmons une
permanence, mais nous ne la voyons pas.
Raisonnement :
(1) les sensations nous donnent accès à de la variation
(2) or nous percevons, non un monde indifférencié,
instantané, ponctuel, changeant, mais un monde ordonné,
stable, permanent malgré les changements
(3) donc nous allons toujours au-delà de la sensation, c'est
par une autre faculté que nous percevons le monde
- Est-ce que cest alors par limagination que je
saisis la cire ?
Que reste-t-il de la cire, si on lui enlève ses vêtements?
Quelle est la substance de la cire, ie, ce qui reste derrière
ou malgré les changements? Peut-on imaginer ou concevoir
(penser à) la cire sans figure? Sans grandeur? Non : ce sont
donc les propriétés réelles de l'objet.
Figure : flexible et muable = capable de changer, de recevoir des
changements;
Grandeur : étendue (occuper une portion d'espace) mathématique
NB : la matière est définie de manière
mécaniste, comme étendue et mouvement
Or, limagination est-elle capable de me donner une idée
claire et distincte de la figure, de la faculté de recevoir
un nombre infini de changements ? Non : en effet, ces
changements que l'on peut imaginer résultent des données
de la perception, de ce qu'on a déjà vu. C'est donc
par définition limité. On dira indéfini et
non infini.
On peut concevoir que l'objet peut recevoir un nombre infini de
changements alors que l'imagination ne peut en anticiper qu'un nombre
fini. L'idée de flexible et muable est donc inaccessible
à l'imagination. Mais c'est normal : c'est une idée,
un concept!
§13 (suite)
Il passe à la question de savoir si cest par limagination
quon accède à lidée détendue.
L'étendue : essence des corps (corps en
général) (le mouvement est la propriété
qui en découle). Descartes va dire que je perçois
un corps en particulier, pas un corps en général.
Je ne peux que le concevoir. La connaissance du monde n'est pas
sensible, mais mathématique. Connaître le réel,
c'est le mettre en équations.
Conclusion : c'est par l'entendement que
je connais clairement et distinctement la cire. Connaître
ce n'est ni sentir ni imaginer mais concevoir.
Percevoir = percevoir des choses = pas passivité
mais interprétation, jugement. Je ne sens pas, je n'imagine
pas, que c'est la même cire, donc, une chose, mais je le conçois.
Il y a une interprétation, une activité, de l'entendement,
dans la connaissance des choses sensibles.
La connaissance n'est pas particulière et
sensible, mais générale. C'est grâce au concept
que je peux identifier un objet, le reconnaître.
Exemple : " ceci est un dé "
: comment savez-vous que c'est un dé? Par vos sens? Mais
vous ne voyez pas toutes ses faces en même temps! Ce nest
donc pas lobservation immédiate qui vous le dit mais
vous avez dabord lidée de dé, qui vous
permet de reconnaître que c'est un dé.
Il faut donc partir de l'essence des choses pour aller ensuite
à leur existence.
Enjeu : ne pas attribuer une âme aux
choses. En effet, on va pas se mettre à attribuer aux choses
ce qui est incompatible avec leur nature, par exemple avoir une
âme! Cf. fait que deuxième méditation correspond
à la construction dune nouvelle vision du monde, opposée
à conception cartésienne : le dualisme.
§ 14 : quelle est la cause qui me fait croire que ce
sont les sens qui me font percevoir? C'est le langage, tout simplement.
Critique : Descartes ne prend-il pas pour
acquis le point de départ des empiristes, ie, que nous n'avons
pas originairement affaire à des objets, mais à des
qualités sensibles? Une critique plus radicale, moins compliquée,
aurait été de dire que nous avons toujours affaire
à des objets. Cf. Merleau-Ponty.
Descartes revient à lesprit, et à
laffirmation de son existence et de la facilité de
sa connaissance, qui était lenjeu de toute cette parenthèse
sur le morceau de cire. Cest lesprit qui est à
la base/fondement de toute notre connaissance du réel. La
naissance du dualisme cartésien est donc en même temps
la naissance de ce quon appelle la philosophie du sujet, qui
mènera au subjectivisme transcendantal de Kant. Cest
le sujet qui fonde la connaissance ; quand on connaît,
lesprit nest pas assujetti au monde, il ne se contente
pas de le refléter. Cest lesprit qui commande
et informe le monde, et qui est au fondement de toute connaissance
véritable du monde. Cf. fait que lesprit agit même
là où on ne sy attendait pas : dans la
perception.
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