| - causes de cette difficulté :
a) le prince n’a pas de forces à lui (armes d’autrui)
b) il n’a pas (généralement) le talent requis
(la « virtu ») (mais fortune d’un père)
- il donne plusieurs exemples, mais en développe un : celui
de César Borgia
LE CONTEXTE HISTORIQUE DE L’ACTION
DE C. BORGIA
- fils du pape Alexandre VI, il est une sorte de condottiere (chef
de guerre au service des seigneurs)
- les événements rapportés par M. s’étendent
de 1499 à 1503 (date de la mort d’Alexandre VI)
- la situation politique de l’Italie se caractérise
alors par la violence ; des forces s’affrontent :
a) présence de forces étrangères (françaises,
espagnoles) sur le sol italien
b) division entre les Etats italiens
c) division à l’intérieur des Etats pontificaux
(opposition entre grandes familles rivales, etc.) ; exemple : Orsini
: Borgia veut en venir à bout par le guet-apens de Sinigaglia
et les fait exécuter
L’ACTION DE C. BORGIA
1) Le récit de l’action (tel qu’il fut fait
par M)
Deux moments :
a) Premier moment
(118/ 01-119-20) le personnage central est Alexandre VI, qui nous
est présenté comme voulant doter son fils d’un
Etat (en Romagne, Etat pontifical). Le premier moment illustre la
thèse présentée au début du chap : on
a affaire à un prince qui conquiert son Etat grâce
à la fortune (l’aide de son père) et aux armes
d’autrui (celles des Français).
b) Deuxième moment : retournement dans le récit
(119/ 10 à 122/ 18) C. Borgia est en effet au premier plan.
Il change de stratégie : il recourt à ses propres
armes et compte sur son propre talent (cf. conditions étudiées
au chap. VI). Son action échouera cependant, mais à
cause d’événements imprévus : la mort
de son père et sa propre maladie suivie de sa mort.
2) Remarques sur le but et les moyens de l’action de C.
Borgia
a) le but
-assurer son propre pouvoir (intérêt privé)
- mais en même temps assurer le bien de la Romagne en la délivrant
des troupes étrangères et du pouvoir féodal
qui l’opprimait (intérêt public) ; but atteint
sinon visé
L’action de C. Borgia va donc dans le sens d’un intérêt
collectif.
b) les moyens
Ils se caractérisent par leur extrême violence (guet-apens
de Sinigaglia, pacification de la Romagne par un gouverneur sanguinaire
que C.B. fit cruellement exécuter)
RETOUR SUR LE LIEN ENTRE LE CHAP VI ET LE
CHAP VII
- l’opposition entre les deux chap telle qu’elle apparaît
au début du chap VII (cf. ci-dessus : § I) disparaît
dans la deuxième partie de ce chap : C.B. est présenté
comme un chef qui
a) s’appuie sur ses propres armes et son talent et
b) qui mène une action tournant au bien du peuple dont il
devient prince
- il s’ensuit à la fois :
a) une réhabilitation de C.B.
b) une démystification des liens fondateurs dont il a été
question au chap VI (Moïse, Cyrus, Romulus, Thésée)
: leurs méthodes politiques devaient être comme celles
de C.B., ce qui montre que c’est la réussite de leur
entreprise qui finit par les auréoler. Telle est la réalité
politique.
LA VERTU ET LA FORTUNE
Ces deux concepts, explicitement présents dans ce chap (N.B.
l’éd GF emploie le mot « talent »,
p. 117, l. 17, là où le texte italien utilise le mot
« virtu ») sont les deux concpets-clef à partir
desquels Machiavel explique l’histoire.
1) Qu’est-ce que la vertu (virtu) ?
- pas un concept moral (cf. Aristote, Ethique à Nicomaque)
- mais un concept politique : l’ensemble des qualités
qui rendent un homme propre à l’exercice du pouvoir
politique, i.e., essentiellement :
a) la force de caractère : une grande énergie mise
au service d’une grande ambition
b) le talent politique ou le sens politique : aptitude à
bien évaluer et à savoir exploiter une situation politique
2) La « vertu » se mesure avec la « fortune
» dans l’histoire
La « vertu » est d’une certaine manière
la caractéristique de celui qui réussit à maîtriser
la fortune, pour autant qu’on peut le faire, car la fortune
jouera toujours un rôle (cf. le cas de C.B.)
MORALE ET POLITIQUE
Le problème des rapports entre morale et politique apparaît
dans ce chap sur un exemple vécu, celui de C.B., le héros
machiavélien par excellence. Que faut-il en retenir ?
1) l’action de l’homme politique peut recourir, si
besoin est, à la violence et au crime
Il n’y a pas d’impératif moral inconditionnel,
situé au-dessus de la sphère du politique (comme chez
Kant)
2) cela ne veut pas dire que l’action de C.B. soit complètement
indifférente aux exigences de la moralité
Elle a en effet eu pour résultat de créer la paix
en Romagne.
NB : pour les rapports entre morale et politique, cf. le chap XV
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