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Michel
Foucault, La volonté de savoir, tome I
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créée le 6/07/2009
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liens associés
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I-
Introduction
- Naissance le 15 octobre 1926 à Poitiers ; famille aisée,
beaucoup de médecins ; son père est un grand chirurgien
-
1943 : obtention du bac
- 1946 : normale sup
- 1948 : tentative de suicide, du fait de son homosexualité
; obtient sa licence de philosophie
- 1949 : obtient sa licence de psychologie
- 1950 : s’inscrit (comme beaucoup de normaliens de l’époque)
au Parti Communiste Français (PCF) –il quittera ce
mouvement en 1953
- 1951 : obtient l’agrégation de philosophie
- 1952 : obtient son diplôme de psychopathologie
- 1953 : obtient son diplôme de psychologie expérimentale
-
1953/ 54 : donne des cours de psychologie à l’université
de Lille
- 1955 : devient délégué culturel pour la
France à l’université d’Uppsala (Suède)
; il y sera lecteur de Français
- 1958 : quitte Uppsala pour Varsovie
- 1959 : enseigne à l’université de Hambourg
- 1960 : revient en France pour finir sa thèse de doctorat
; obtient un poste à l’université de Clermont-Ferrand
- 1961 : thèse sur la folie à la Sorbonne
- 1965 : enseigne la philosophie à Tunis ; il est anti-communiste,
à tel point que certains le considèrent comme de
droite
- 1968 : il revient en France et publie l’Archéologie
du savoir en réponse aux critiques qui lui ont été
adressées ; il devient le premier chef du département
de philosophie de l’université expérimentale
de Vincennes ; du fait qu’il nomme exclusivement des universitaires
de gauche, l’Etat retire son accréditation de cette
université ; il participe activement aux occupations des
bâtiments publics et aux manifestations
- 1970 : enseigne au Collège de France à Paris (fait
une leçon intitulée « L’ordre du discours
»)
-
1971 : participe, avec Jean-Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet,
à la création du GIP (Groupe d’Information
sur les Prisons), dont l’objectif est de permettre aux prisonniers
de faire entendre leur voix
-
Fin des années 70 : enseigne à Berkeley
- 25 juin 1984 : meurt du sida
-
Maladie mentale et personnalité (1954)
-
Histoire de la folie à l’âge classique
-folie et déraison (1961)
La
première préface écrite en 1961 tente de
définir l’objet du livre : trouver l’origine
de ce que nous considérons comme la folie depuis le XVIIIème
siècle. Foucault ne cherche pas ici à faire l’histoire
de la psychiatrie mais il cherche l’évolution de
l’exclusion, de la prise en charge et de l’enfermement
des fous. L’objet de sa recherche est donc de montrer le
passage de l’exclusion des lépreux au moyen âge
à l’enfermement des fous à l’âge
classique.
•
Au Moyen Age les fous sont encore intégrés dans
la vie sociale.
• A la Renaissance, le fou a pris une place prépondérante
au sein des marginaux.
• Au XVIIème siècle on en vient à
enfermer non seulement les fous mais aussi les pauvres, les
oisifs, les libertins débauchés : c’est
le « grand renfermement » et ils font tous partie
de la partie de la population qu’il convient de corriger.
Le fou côtoie alors le criminel et il finit par n’être
plus que le seul marginal enfermé, devenant alors sujet
d’étude. La folie devient maladie mentale, totalement
exclue derrière des apparences de liberté. C’est
la naissance de l’asile, la médicalisation et la
psychiatrie. Foucault explique que d’un point de vue économique
il devient vite évident qu’il y a un grand intérêt
à réintégrer dans la société
les dépravés et les pauvres.
Ce
qui a fait le succès de la pensée de Foucault est
d’avoir montré comment le pouvoir s’immisce
dans l’homme à travers les normes qu’il institue
dans la société. L’évolution de la
place du fou dans la société ne montre pas un progrès
au sens où il n’est plus enfermé comme au
XVIIème siècle pour être pris charge par la
médecine et « soigné », mais il devient
au contraire aliéné car exclu socialement quand
situé hors de la normalité. La rationalité
de l’âge classique a déterminé la raison
comme caractéristique première de l’homme
et l’a par-là même instituée comme norme.
Tout ce qui est hors de la raison devient alors anormal. Pour
Foucault, est en effet anormal tout ce qui s’écarte
de cette société normalisatrice et est puni d’exclusion
de la société, du genre humain. Or pour lui, «
cet homme normal est une création » écrit-il.
En
réfléchissant sur l’évolution du statut
de fou, Foucault montre que le pouvoir définit les normes
qui aliènent les individus en les poussant à s’intégrer
dans la norme et en excluant totalement ceux qui se situent hors
d’elle : les fous.
Sources
: \Philosophie politique, Communication et cultures Michel Foucault,
Histoire de la folie à l'äge classique.mht
-
Naissance de la clinique-une archéologie du regard
médical (1963)
Foucault montre comment se constitue le « regard médical
» par l’instauration d’un rapport de pouvoir
entre le médecin et ses patients.
Selon lui, la rupture est liée aux travaux de F. Bichat
qui font basculer l’expérience clinique vers l’expérience
anatomique. Avant ce dernier, l’observation ne portait que
sur le vivant ; après lui, c’est le cadavre qu’on
interroge pour mieux comprendre la vie. C’est donc en référence
à une négation radicale (la mort) que la médecine
moderne apparaît.
- Les
mots et les choses –une archéologie des sciences
humaines (1966)
Il s’agit de faire un examen critique des sciences humaines
et de la notion d’ « homme » en tant qu’objet
scientifique. Foucault part de l’idée que l’ensemble
des connaissances scientifiques d’une époque repose
sur une structure souterraine, une sorte de socle d’idées
préconçues (qu’il appelle épistémè)
qui détermine leur forme possible et leurs limites.
L’histoire des idées sur l’homme depuis le
Moyen Age est scandée en 3 temps :
- L’époque préclassique (16e), dominée
par la pensée de l’analogie
- L’époque classique (17 et 18e), caractérisée
par la préoccupation de l’ordre et du classement
- L’époque de la modernité (à partir
de 1800) au cours de laquelle surgit la notion d’histoire.
- L’archéologie
du savoir (1969)
Foucault
tente de récuser la notion d’auteur ou de sujet dans
l’histoire des idées, et de montrer que les discours
se produisent en quelque sorte d’eux-mêmes, de manière
anonyme, à partir de conditions politiques, économiques,
techniques, etc.
- L’ordre
du discours (1969)
- Surveiller
et punir : naissance de la prison (1975)
La prison est pour nous une évidence punitive, mais elle
n’émerge qu’à l’âge classique,
et elle correspond à l’émergence des sociétés
disciplinaires. Foucault retrace minutieusement la généalogie
de ces manières de punir :
-
D’abord ce fut la torture qui se donnait à voir dans
l’Ancien Régime comme une cérémonie
spectaculaire. Il s’agit avant tout de MARQUER LES CORPS
: écartelés, arrosés d’huile bouillante,
démembrés, les corps souffraient proportionnellement
à l’offense commise, d’où tout un art
de quantification des peines polarisé autour d’une
ultime référence, la personne royale.
Une
telle exhibition ritualisée du pouvoir royal s’explique
par l’identité consubstantielle de la loi et du souverain
si bien que toute violation juridique était interprétée
comme un crime de lèse-majesté, soit une offense
à la personne même du roi. C’est parce que
l’affront de la transgression de la loi introduisait un
déséquilibre entre le sujet et le roi qu’on
s’adonnait à une surenchère punitive : le
spectacle de la force du pouvoir devait éclater aux yeux
de tous à travers ces corps marqués à vif.
Mais
les limites d’une telle expression du pouvoir politique
se font vite ressentir.
Premièrement,
du fait du caractère éphémère du corps
supplicié : « Un corps effacé, réduit
en poussière et jeté au vent, un corps détruit
pièce à pièce par l’infini du pouvoir
souverain constitue la limite non seulement idéale mais
réelle du châtiment. » (p. 62) Le fonctionnement
de la pénalité devait à chaque fois être
réactualisé par des liturgies punitives à
la ritualisation minutieuse (défilés, haltes aux
carrefours, station à la porte des églises, lecture
publique de la sentence, agenouillement, déclarations à
hautes voix de repentir pour l’offense faite à Dieu
et au roi…etc).
Deuxièmement,
la répétition de ces marquages conduit à
reconsidérer les rapports entre l’âme et le
corps car si l’on marque le corps pour mieux atteindre l’âme,
cela signifie qu’il existe un rapport entre les deux, et
conséquemment la question de la hiérarchie ontologique
entre le corps et l’âme n’a plus sa place dans
une physique du pouvoir. Le risque était donc de disqualifier
la dignité de l’âme en croyant qu’on
pouvait l’atteindre par le corps.
-
Dans la seconde moitié du 18ème siècle on
s’attache à requalifier le sujet de droit :
on
rejette la profusion pénale, le gâchis. On cherche
non plus à marquer les corps mais à les insérer
dans un réseau de représentation de la loi : le
signe se substitue à la marque. Ce signe c’est celui
de la rédaction de codes qui viennent proportionner la
peine au crime. Le signe apparaît alors comme plus efficace
et moins arbitraire et surtout il tient compte de l’humanité
du corps criminel qu’on n’atteint pas directement.
La philosophie réformiste ne se perd donc pas dans le dédale
du sens : finis les rites surdéterminés symboliquement,
on dépouille le signe de son faste selon « la règle
de la certitude parfaite » pour arriver à des équivalences
punitives strictes. A tel crime, telle peine.
-
Cependant la prison va séparer certains corps du reste
de la société ; historique :
Dans
l’Ancien Régime, la prison c’était le
secret, c’est-à-dire le cachot, symbole justement
de l’arbitraire. Donc la prison semblait incompatible avec
toute cette technique d’équivalences punitives, de
transparence d’un code pénal. D’ailleurs le
souci même de proportionnalité qui émane de
celui-ci devait impliquer presque logiquement le rejet d’une
peine uniforme, modulée seulement par la durée.
Et pourtant… La prison au 19è s redistribue les données
: son objet n’est plus la circulation de signes, mais la
correction des comportements en agissant sur le corps lui-même,
non pour le démembrer, le réduire en poussière
mais pour le dresser, le remettre dans le droit chemin de la légalité.
On revient à une forme de prise en charge directe du corps.
C’est l’administration, notamment Napoléon
qui contribua largement à la diffusion des disciplines
dans l’appareil d’Etat y compris dans l’appareil
judiciaire. La prison se renouvelle alors en important ces techniques
éprouvées ailleurs pour (re)constituer le corps
obéissant et assurer l’ordre (dans l’armée
notamment). C’est cette provenance externe (la prison vient
du disciplinaire et non du juridique) qui explique que la prison
paraisse contradictoire avec la pensée juridico-politique,
humaniste, qui lui est contemporaine.
C’est
en prison que vont se jouer de manière plus connexe le
rapport entre savoir et pouvoir, ou plutôt entre voir et
pouvoir. La prison est approchée par Foucault à
la manière dont Bentham décrit le panopticon, il
s’agit pour lui d’un panoptisme carcéral, d’une
possibilité de tout voir. Le paradoxe de cette analyse
foucaldienne vient alors de ce qu’il insiste moins sur l’enfermement,
la manière dont on territorialise un espace de la peine,
de la souffrance que sur l’exposition du prisonnier aux
regards sans cesse présent des instances de contrôle.
"Autant
de cages, autantde
petits théâtres, où chaque acteur est seul,
et constamment visible"
La
prison moderne est un dispositif disciplinaire d’abord parce
qu’elle est la synthèse de deux grands modèles
politico-médicaux du Moyen-Age :
- l’exclusion dans un espace clos qui renvoie à l’exil
des lépreux, et
- les procédés de contrôle régulier
renvoient au quadrillage d’une ville pestiférée.
Cette synthèse produit donc l’espace disciplinaire
par excellence, le panoptique :
«
A la périphérie, un bâtiment en anneau ; au
centre, une tour ; celle-ci est percée de larges fenêtres
qui ouvrent sur la face intérieure de l’anneau ;
le bâtiment périphérique est divisé
en cellules, dont chacune traverse toute l’épaisseur
du bâtiment ; elles ont deux fenêtres, l’une
vers l’intérieur[…] l’autre, donnant
sur l’extérieur, permet à la lumière
de traverser la cellule de part en part. […]Par l’effet
du contre-jour, on peut saisir de la tour, se découpant
exactement sur la lumière, de petites silhouettes captives
dans les cellules de la périphérie. Autant de cages,
autant de petits théâtres, où chaque acteur
est seul et constamment visible »
Ce gain de lumière par rapport au cachot n’est donc
pas nécessairement à applaudir : là où
l’ombre permettait de prévoir les incursions dans
son intimité, la constante visibilité traque le
prisonnier dans ses moindres gestes. Car les surveillés
sont vus en permanence ou en tout cas ils croient qu’ils
sont toujours vus, ou qu’ils peuvent l’être
à tout moment sans prévenir. Certes donc le pouvoir
n’est pas immédiatement répressif mais la
violence qu’il recèle ne fait que se cacher derrière
une fonction, celle du regard omniscient. Et le pire dans l’histoire,
c’est que le panopticon est un modèle exportable
hors de prison : il peut s’appliquer à toutes sortes
d’institutions ayant à gérer des multiplicités
humaines. A quand une société gérée
sur le modèle de la prison ? Foucault, sombre, répond
incisivement : « Notre société n’est
pas celle du spectacle mais celle de la surveillance. (…)
Nous ne sommes ni sur les gradins, ni sur la scène, mais
dans la machine panoptique, investis pas ses effets de pouvoir
que nous reconduisons nous-mêmes puisque nous en sommes
un rouage. »
Aujourd’hui, on ne punit plus un acte, par exemple, un viol,
mais une individualité psychologique, par exemple, un pervers.
Cette individualité psychologique n’est qu’une
virtualité de comportements, des instincts et des anomalies,
une dangerosité. Bref : une « âme criminelle
».
-
Histoire de la sexualité (La volonté de savoir
: 1976, L’usage des plaisirs : 1979, Le souci de soi :
1984)
Il remonte ici aux sources antiques de la civilisation occidentale
pour comprendre l’homme comme sujet de désir, et
appréhender une histoire de la subjectivité à
travers les techniques du corps réglant le gouvernement
de soi et donc des autres.
Son problème principal est de savoir pourquoi et comment
la société occidentale est passée d’une
vérité sur le sexe relevant uniquement d’une
« ars erotica » (expérience du plaisir qui
n’est en rien liée à une utilité ou
à une norme de permissivité) à un savoir
sur le sexe (scientia sexualis). Pourquoi la question sexuelle
est-elle devenue en Occident une des clés de la connaissance
sur nous-mêmes ?
A partir de 1979, il passe ainsi d’une thématique
du pouvoir et de la domination à une analyse du gouvernement
(entendu comme conduite des autres et de soi).
-
Philosophe ou historien ?
Comme
il le dit lui-même dans L’usage des plaisirs, ses
travaux sont des exercices philosophiques, dont l’enjeu
est de « savoir dans quelle mesure le travail de penser
sa propre histoire peut affranchir la pensée de ce qu’elle
pense silencieusement et lui permettre de penser autrement ».
L’éclairage historique n’est pas là
pour mémoire : il vise à mieux comprendre le présent
pour pouvoir peut-être s’en affranchir.
L’histoire n’est pas, selon lui, un écoulement
linéaire et cumulatif d’événements.
Il existe des ruptures radicales dans l’histoire des idées.
C’est-à-dire : les objets que nous choisissons de
connaître et le savoir que nous en retirons sont relatifs.
Il n’existe pas de vérité qui transcenderait
les diverses époques de notre histoire. Toute forme de
savoir est relative (cf. ci-dessous concept d’épistémè).
D’où : pour définir les conditions de possibilité
du présent, il utilise une méthode à double
versant
-
Jusqu’en 1970, méthode archéologique (l’archéologie
du savoir)
Par
analogie avec le travail de fouilles, il s’agit de décrire
les conditions d’apparition et de fonctionnement des discours.
D’où vient notre discours sur l’homme ? sur
la sexualité ? Comment formons-nous un discours vrai sur
les choses ?
Exemple : dans Naissance de la clinique (1963), Foucault
s’attache à cerner le contexte d’émergence
du langage médical moderne à partir de la fin du
18e. Selon lui, la rupture est liée aux travaux de F. Bichat
qui font basculer l’expérience clinique vers l’expérience
anatomique. Avant ce dernier, l’observation ne portait que
sur le vivant ; après lui, c’est le cadavre qu’on
interroge pour mieux comprendre la vie. C’est donc en référence
à une négation radicale (la mort) que la médecine
moderne apparaît.
-
Puis méthode généalogique (la généalogie
du pouvoir)
C’est
à l’occasion d’un texte sur Nietzsche que Foucault
revient sur le concept : la généalogie, c’est
une enquête historique qui recherche « la singularité
des événements hors de tout finalité monotone
».
Il étudie les objets sociaux (prison, sexe, santé,
etc.) à partir des pratiques qui furent à l’origine
de leur institution.
•
L’héritage
de Nietzsche
•
L’opposition
à la conception de l’histoire de Hegel
Pas de continuité historique : cela s’oppose à
la conception hégélienne de l’histoire, selon
laquelle l’histoire a un sens. Il n’y a pas «
une » Histoire en laquelle se fondraient les événements
rétrospectivement reliés par un sens, mais des devenirs,
radicalement distincts, sans aucun principe d’unification.
-
Le savoir
- Le pouvoir
- Le sujet
-
Savoir et pouvoir :
Pour F., quand il y a du pouvoir, il y a du savoir, il n’existe
pas de savoir qui ne suppose pas en même temps du pouvoir.
Exemples :
- Médecine et santé publique
- Justice et criminologie
- Asile et psychiatrie
- Colonisation et anthropologie
- Biopolitique
:
Terme
qui rend compte de la mutation qui a eu lieu, selon Foucault,
à la fin du 18e et au début du 19e : le pouvoir
ne vise plus alors seulement à gouverner des individus
mais des populations à travers la gestion de la santé,
de l’hygiène, de la sexualité, de la natalité.
La gestion de la « vie » est devenue un objet politique
comme l’attestent les mesures dites de santé publique.
La biopolitique représente cette « médecine
sociale » qui s’applique à la population afin
d’en gouverner la vie : la vie fait désormais partie
des champs du pouvoir. (Elle va donc plus loin que la «
discipline » mais est son extension, cf. ci-dessous)
On a ici un dépassement de la traditionnelle opposition
société/ Etat, au profit d’une économie
politique de la vie en général.
-
Contrôle :
Série
de mécanismes de surveillance qui apparaissent entre le
18e et le 19e et qui ont pour fonction, non pas tant de punir
la déviance, que de la corriger, et surtout, de la prévenir
; dans l’Histoire de la sexualité, le contrôle
correspond à une forme de pouvoir différente de
la forme disciplinaire (dans laquelle il s’agit de redresser
et surveiller le corps des individus) : il y a alors en effet
intériorisation de la norme à un tel point que le
pouvoir pénètre dans les mailles de la vie (il y
a subjectivation, cf. ci-dessous)
-
La discipline : technique
politique des corps : à l’école, à
la caserne, à l’usine ; effort pour y répartir
les corps, les quadriller ; s’applique essentiellement aux
individus
-
Société disciplinaire
: soumission des corps, contrôle des gestes,
surveillance ; le pouvoir ne se localise pas dans des institutions
ou appareils précis (Etat, etc.) : ainsi, entre la maîtresse
et l’enfant, le contremaître et l’ouvrier, le
parent et l’enfant…
-
Epistémè : cadres de
pensée qui forment le soubassement des discours sur le
savoir, au sein d’une communauté humaine à
une période donnée. Dans Les mots et les choses,
il repère, à partir du Moyen Age, 3 grandes périodes
dans l’histoire de la pensée occidentale :
| Renaissance
|
Age
classique (17 et 18e)
|
19e |
| le
savoir du 16e est fondé sur le concept de ressemblance
: la science de l’époque consiste à décrypter
les signes inscrits sur les choses, et permet ainsi de retrouver
les traces de la création divine |
Premier
basculement dans l’ordre du savoir, puisqu’apparaît
un nouveau rapport entre les mots et les choses : on distingue
le signe de ce qu’il représente : ie, on sépare
le signifiant du signifié. |
Cette
pensée repose également sur l’ordre
et le classement.
Nouvel objet de connaissance : l’homme = sciences
humaines
Naissance
de la science économique, de la biologie
Notions
d’évolution (dans l’étude des
êtres vivants) et d’histoire (dans l’analyse
des sociétés humaines) |
| Par
exemple, on considère que, puisque la noix ressemble
à une tête, son écorce doit guérir
les plaies du péricrâne et son noyau, les maux
de tête intérieurs |
Ainsi,
des cartes et des tableaux sont réalisés pour
rendre compte du monde environnant |
Cf.
Linné et la première grande classification des
animaux et végétaux
|
-
Population : nouvel
objet du pouvoir ; ensemble d’êtres vivants et coexistants
qui présentent des traits biologiques et pathologiques
particuliers, et dont la vie elle-même est susceptible d’être
contrôlée afin d’assurer une meilleure gestion
de la force de travail
-
Pouvoir : ce terme
n’est pas conçu comme l’attribut exclusif de
l’Etat ou d’un groupe d’hommes ; le pouvoir
est diffus et non localisable en un lieu précis. Il faut
penser en termes de « micropouvoirs », lesquels sont
observables partout, de l’école à la famille,
en passant par les ateliers, et les prisons ou l’armée.
Là réside leur force : le pouvoir est omniprésent
et il vient de partout à tout moment pour favoriser l’ordre
public grâce à la surveillance et au dressage.
-
Sexualité :
La
sexualité est l’un des champs d’application
du « bio-pouvoir ». Il s’agit de décrire
la manière dont le pouvoir, à partir de la fin du
XVIIIe siècle, investit à travers des discours et
des pratiques de « médecine sociale » un certain
nombre d’aspects fondamentaux de la vie des individus :
santé, alimentation, sexualité...
Mais ce qui semble intéresser Foucault à partir
de la fin des années 70, c’est davantage le problème
posé par « les techniques de soi » et par la
possibilité des processus de subjectivisation que l’histoire
que l’histoire de la sexualité comme objet de véridiction
: l’érotique grecque présente la sexualité
plus comme un problème de choix qu’un lieu de vérité
de soi. Le passage par la culture antique a par conséquent
permis à Foucault de développer son analyse du pouvoir
hors du champ de la connaissance au sens strict, c’est à
dire au contraire dans un rapport à soi qui se donne avant
tout comme expérience de soi, comme ethos
-
La subjectivation : processus d’appropriation
par le sujet d’un ensemble de normes, de comportements,
et de fins
-
Technologies du soi : concept élaboré
dans les tomes 2 et 3 de L’histoire de la sexualité
;
Désignent les modes d’interaction entre les formes
de discipline exercées par la société et
d’autres opérations que les individus accomplissent
sur eux-mêmes ; il décrit ces dernières comme
des techniques : « celles qui permettent à des individus
d’effectuer, par eux-mêmes, un certain nombre d’opérations
sur leur corps, leur âme, leurs pensées, leurs conduites,
et ce de manière à produire en eux une transformation,
une modification ».
II- Analyse du chapitre
Montrer
que la loi, le droit, n’est qu’une forme historique
du pouvoir.
On
retrouve donc ici les questions typiquement foucaldiennes :
- Où s’exerce le pouvoir ? se situe-t-il vraiment
où on pense le trouver ?
- Qui exerce le pouvoir ?
- Quelles sont les formes qu’il peut revêtir ?
- Comment s’exerce-t-il ?
- Comment évolue-t-il dans l’histoire ?
Comme dans son œuvre SP, il utilise une méthode généalogique
: il se veut un diagnosticien qui examine les rapports entre pouvoir,
savoir, et corps, dans la société moderne.
Première
partie (§§ 11 à 12) :
les
transformations du pouvoir souverain
en bio-pouvoir |
But : montrer que le pouvoir moderne fonctionne différemment
du pouvoir souverain. C’est un pouvoir de gérer la
vie. La manière dont il exerce le pouvoir de tuer est par
conséquent différente de la forme juridique du droit
de mort.
A- Pouvoir juridique et
pouvoir disciplinaire (§§ 1 à 4)
Modèle
du pouvoir souverain (pénalité judiciaire)
–du moyen-âge à l’âge classique |
Pouvoir
moderne : dispositif disciplinaire
|
| Partage
du permis et de l’interdit, effectué par la loi
; référence à des textes juridiques =
ordre juridique |
Système
qui ne réprime pas mais rend possible ; référence
à une norme qui sépare les conduites entre
le normal et l’anormal (ou pathologique) = ordre moral
|
| Faire
mourir/ laisser vivre |
Faire
vivre/ laisser mourir
|
| La
société est un corps unifié par un pouvoir
venu d’en haut |
La
société est constituée de la hiérarchie
de différents pouvoirs : élèves/ enseignants,
détenus/ gardiens, etc. Ainsi les dispositifs de
classement à l’école sont apparus au
17e et sont une technique de pouvoir
|
| Pénalité
de la loi : sanction qui découle de l’infraction
au code pénal |
Pénalité
de la norme : conformité imposée par un regard
social
|
Ce
pouvoir moderne est paradoxalement moins coercitif que le premier
(en termes juridiques) mais en fait beaucoup plus invasif (en
termes normatifs).
En effet la norme tente d’atteindre l’intériorité
des conduites individuelles : elle ne se manifeste pas à
l’occasion d’actes précis et ponctuels, mais
s’applique à la totalité de l’existence.
Elle est par conséquent, diffuse, sournoise, indirecte.
Elle s’accompagne d’un dispositif du savoir qui les
présente comme vérités de nature. C’est
la médecine qui s’est ainsi instituée progressivement
comme instance majeure de diffusion des normes.
- Ainsi le premier espace disciplinaire complet est l’hôpital.
On a ici une répartition rigoureuse des malades dans l’espace
; une architecture ordonnée à des principes de surveillance
et de classification ; des visites régulières du
médecin.
-
On a aussi le pouvoir grandissant de la psychiatrie : elle est
l’instance sociale de diffusion des normes ; elle est science
de l’anormalité dangereuse ; un instrument d’hygiène
sociale
Le pouvoir moderne est une médicalisation de nos existences,
à travers la prévention –qui apparaît
avant l’apparition du « mal » !
B- Le pouvoir disciplinaire
1)
Société disciplinaire et capitalisme
a)
Quel est le but de la discipline ?
Cf. Surveiller et punir, Chapitre 1, les corps dociles
: « Ce qu’on peut appeler les « disciplines
» sont ces méthodes qui permettent le contrôle
minutieux des opérations du corps, qui assurent l’assujettissement
constant de ses forces et leur imposent un rapport de docilité-utilité
».
Cette discipline moderne n’utilise pas la violence physique
; elle opère sur le corps des individus afin d’augmenter
leur productivité.
b)
Les procédés de discipline
Répartition
des individus dans l’espace
(technique de pouvoir, et procédure de savoir) |
-
La clôture : spécification d’un lieu
hétérogène à tous les autres
et fermé sur lui-même ; exemple : le modèle
du couvent s’impose peu à peu dans les collèges
(=l’internat), le modèle de la caserne à
l’armée, les grands espaces manufacturiers
dans les usines. Il faut isoler, enfermer, les individus
pour les discipliner
-
Le quadrillage (« espace analytique ») : l’espace
disciplinaire est divisé en autant de parcelles qu’il
y a de corps ou d’éléments à
répartir ; à chaque individu sa place, et
en chaque emplacement, un individu. Il faut pouvoir à
chaque instant contrôler la conduite de chacun.
-
Les emplacements fonctionnels : on distribue et on cloisonne
l’espace avec rigueur
-
Interchangeabilité des éléments : l’unité
est le « rang » : place qu’on occupe dans
un classement ; en assignant des places individuelles, le
système rend possible le contrôle de chacun
et le travail simultané de tous
|
Le
contrôle de l’activité
(le temps et le corps) |
-
L’emploi du temps : contraindre à des activités
déterminées, régler les cycles de répétition
; on cherche aussi à assurer la qualité du
temps employé : contrôle ininterrompu, pression
des surveillants, annulation de tout ce qui peut troubler
ou distraire ; il s’agit de créer un temps
intégralement utile
-
Elaboration temporelle de l’acte : on augmente la
précision dans la décomposition des gestes
et des mouvements, on ajuste le corps à des impératifs
temporels. Le temps pénètre le corps, et avec
lui, tous les contrôles minutieux du pouvoir
|
La
mise en série des activités |
On
organise une série de classes à l’école,
on permet des promotions de carrière dans les entreprises…
avec l’idée que les individus peuvent monter
dans la hiérarchie disciplinaire. Idée d’un
temps évolutif, d’une maturation du savoir –bref,
d’un progrès.
|
La
composition des forces |
Le
tout est plus que la somme des parties ; l’articulation
maximise l’effet. Il faut organiser le corps social
comme une machine pour obtenir un appareil aussi efficace
que possible, en combinant au mieux les pièces |
c) Microdélits et micropeines
Exemples : école, armée : micropénalité
du temps : retards, absences ; de l’activité : inattention,
négligence ; de la manière d’être :
impolitesse, etc.
Micropeines
: cf. norme, classement (cours pouvoir p. 13 : partage en bonnes
et mauvaises notes, etc. ). La pénalité de la norme
compare, différencie, hiérarchise, homogénéise,
exclut ; bref : elle normalise.
On
hiérarchise (individualise) et homogénéise.
2)
Caractéristiques du pouvoir
On
peut parler d’un pouvoir en réseau. Il ne se détient
pas comme une chose, mais fonctionne comme une machinerie. Cf.
Foucault, Surveiller et punir, chapitre 2, « les
moyens du bon dressement » : « Il s’organise
comme un pouvoir multiple, automatique et anonyme ».
Multiple |
Automatique |
Anonyme
|
| Son
fonctionnement est celui d’un réseau de relations
de haut en bas, mais aussi jusqu’à un certain
point de bas en haut et latéralement ; ce réseau
fait tenir l’ensemble, et le traverse intégralement
d’effets de pouvoir qui prennent appui les uns sur les
autres : surveillants perpétuellement surveillés….
|
Le
pouvoir fonctionne comme une machinerie : c’est l’appareil
tout entier qui produit du pouvoir ; ce pouvoir se soutient
lui-même par ses propres mécanismes Il est discret
car il fonctionne en permanence et pour une bonne part en
silence ; il s’exerce en se rendant invisible…
|
…
par contre il impose à ceux qui s’y soumettent
une visibilité obligatoire (d’où les «
examens » : médicaux, scolaires) –l’examen
constitue le cas, objet pour une connaissance et une prise
pour un pouvoir : c’est l’individu tel qu’on
peut le décrire, le mesurer, le comparer à d’autres,
et cela, dans son individualité même ; c’est
aussi l’individu qu’on a à dresser, redresser,
normaliser, exclure, etc. |
3)
La biopolitique
C’est vers le milieu du 18e que Foucault date l’apparition
de technologies politiques visant à contrôler, modifier
et réguler les traits biologiques des populations (la natalité,
la mortalité, la fécondité, etc.)
Cette nouvelle forme de la politique permet à la fois d’homogénéiser
le corps social et de mesurer l’éventail des différences
individuelles en fonctions des écarts à la norme
: « une société normalisatrice est l’effet
historique d’un pouvoir centré sur la vie »
(La volonté de savoir).
La
norme : moyenne permettant de mesurer ce qui s’en approche
(le normal) et ce qui s’en éloigne (l’anormal)
| §1 |
Pouvoir
souverain = droit de vie et de mort (cf. Hobbes ; symbole
= le glaive) |
| §2 |
Transformation
des mécanismes de pouvoir :
- Gestionnaire de la vie
- Biologique
- Génocide |
| §3 |
Exemple
: peine de mort : pourquoi l’avoir abandonnée
? |
| §4 |
Faire
vivre ; conséquence : rejet de la mort |
| §5 |
Depuis
17e, le pouvoir sur la vie a pris deux formes
- Corps machine : discipline des corps (dressage, etc.)
- Corps-espèce : bio-politique des populations (naissance,
mortalité, santé, etc. –bref, contrôles
régulateurs) |
| §6 |
Administration
des corps et gestion calculatrice de la vie
Assujettissement corps et contrôle populations
Armée, école-démographie
Puis 19e : sexualité |
| §7 |
Bio-pouvoir
= élément indispensable du capitalisme |
| §8 |
Suite
; critique thèse M. Weber : pas morale ascétique
mais « vie dans histoire » |
| §9
|
«
cette transformation a eu des conséquences considérables
» |
| §10
|
Autre
conséquence du bio-pouvoir : l’importance de
la norme aux dépens du système juridique de
la loi |
| §11 |
La
vie plus que le droit est devenue l’enjeu des luttes
politiques
|
Seconde
partie : l’emprise du biopouvoir sur la sexualité |
A-
L’enjeu politique du sexe
La sexualité est le révélateur de la forme
de pouvoir moderne. Ce n’est pas le rapport à la
loi mais le rapport à la norme qui constitue notre expérience
moderne de la sexualité.
Pour Foucault, le sexe n’est pas la cause et la signification
première des plaisirs corporels. Le sexe n’est pas
une réalité physique, ni un invariant anhistorique
et universel de la nature humaine, mais une catégorie régulatrice
et normalisatrice. C’est un système historique de
discours et de pouvoir qui a produit ce qu’on appelle sexe
(dispositif de sexualité). Le pouvoir PRODUIT la sexualité.
- «
Preuve » par l’histoire :
Sexualité
au 18e = problème juridique |
Sexualité
au 19e : médicalisation de la sexualité
|
| Les
codes juridiques, jusqu’au 18e, ne quadrillaient que
la sexualité du couple marié ; c’était
là que jouaient les interdits les plus marqués,
les règles les plus rigoureuses. On n’a pas ici
de déviance par rapport à une norme, mais une
condamnation par rapport à un code : le problème
du sexe est de nature juridique |
Au
19e, on quadrille juridiquement la sexualité des
fous, des enfants, des criminels, alors que le couple marié
aura droit à plus de discrétion. Puis au final
la sexualité déviante ne relève plus
du juge mais du médecin
|
On
invente des perversions relativement à une norme naturelle
o l’homosexualité = nature viciée
o l’infidélité = idem
Exemple : l’instinct sexuel = ce serait une fonction naturelle
susceptible de dévier de sa finalité = conséquence
: la psychiatrie (perversions et anormalité) ; ici médecine
et justice fonctionnent ensemble = vastes institutions de pouvoir,
de l’hôpital à la prison
- Comment,
historiquement, le dispositif de sexualité a-t-il pris
son essor ?
On va de la loi du sang à la norme du sexe ; pour cela,
il a fallu s’arracher au pouvoir de la noblesse ; la sexualité
ne sera plus le signe distinctif de la bourgeoisie.
a) A l’origine, le système d’alliances
régissait les relations sexuelles
o
Système d’alliances = code juridique séparant
le permis de l’interdit en garantissant la transmission
du nom et du sang
o Principal objet : les relations matrimoniales
b)
Ensuite les bourgeois ont inventé la sexualité,
pourquoi ?
a.
La bourgeoisie doit affirmer son rang social car :
i. Statut précaire : pas de don du sang (aristocratie)
ii. Besoin permanent d’affirmation de sa supériorité
b.
Pour cela : la bourgeoisie se construit une sexualité qui
les distingue car :
i. Elle assure la pérennité de sa supériorité
sociale
ii. Elle développe la capacité de se contrôler,
la maîtrise des pulsions
c.
Diffusion de la sexualité :
i. Contrôle qui se développe au sein de la bourgeoisie,
par la bourgeoisie
ii. Puis diffusion dans les classes populaires
1. Implicite : prise de contrôle sur la vie (biopouvoir),
mise en place d’un système de contrôle social
2. Explicite : valeurs philanthropiques, nécessité
de diffuser une morale
c)
Aujourd’hui : démultiplication des sexualités
et contrôle médical
| §12
|
L’importance
du sexe comme enjeu politique (car il est accès à
la fois à la vie du corps et à la vie de l’espèce) |
| §13 |
La
politique du sexe = 4 grandes lignes d’attaque depuis
2 siècles
- Sexualisation de l’enfant
- L’hystérisation des femmes
- Contrôle des naissances
- Psychiatrisation des perversions |
| §14 |
Passage
de la sanguinité à la sexualité
Le
sang dans les mécanismes de pouvoir = juridique
Sexualité, pas réprimée mais en permanence
suscitée= bio-pouvoir |
| §15 |
Le
sexe chez Sade |
| §16
|
Il
n’y a pas eu à proprement parler relation de
succession entre sang et sexe
- Racisme
- Nazisme
- génocide |
§17 |
Alliance
sexualité et loi
psychanalyse |
B-Sexe
et sexualité, sexe et psychanalyse
Sexualité
|
Sexe |
construction
historique et politique apparue à un certain stade
du développement des sociétés occidentales
elle
correspond à l’invention d’un terme qui
caractérise un ensemble de pratiques (le mot apparaît
vers 1838)
elle
est le révélateur :
- de l’émergence d’une préoccupation,
d’une inquiétude
- de l’émergence d’un discours savant
sur les pratiques sexuelles (discours qui n’est plus
celui de la moralité ou de l’église,
mais de la science)
o
objectivisation par la science d’un domaine autrefois
réservé à la morale
o élaboration d’un savoir qui va différencier
le normal du pathologique, sur la base d’arguments
rationnels
ce
qui est nouveau c’est qu’elle est rapportée
au sexe |
construction
produite à des fins de régulation sociale
et de contrôle de la sexualité
dissimule
et unifie artificiellement une variété de
fonctions sexuelles disparates et sans liens les unes avec
les autres
il
passe pour une cause, une essence intérieure |
| §18
|
«
c’est parler de la sexualité comme si le sexe
n’existait pas » |
| §19 |
«
histoire des corps » |
| §20 |
L’idée
de sexe s’est formée à travers des stratégies
de pouvoir |
| §21 |
Comment le « sexe » s’est élaboré |
| §22 |
L’idée
de sexe permet de ne le penser que comme loi et interdit |
| §23 |
Sexe
et identité
Sexe et mystère
Sexe et mort |
| §24 |
Désir
du sexe |
| §25
|
|
- Sexualité,
aveu, et pouvoir
- C’est un domaine saturé par les interdictions et
les censures ;
cf. le capitalisme qui refuse au corps la jouissance et la dépense
inutile afin d’en extraire une puissance maximale de travail.
(Ainsi la bourgeoisie a réprimé la sexualité
des ouvriers pour que leur libido soit au service de la production
dans les usines… En réponse, la bourgeoisie s’est
d’ailleurs inventé une sexualité afin de s’en
distinguer socialement !)
On
n’en parle pas, on ne le met en pratique que dans la discrétion.
-
En même temps, c’est-à-dire, paradoxalement,
la mise en discours de la sexualité dans notre culture
s’est accompagnée d’une traque systématique
(et d’une invention) de nouvelles formes de sexualité
: à force de vouloir les détecter, on les suscite
! (cf. fait que le pouvoir ne réprime et n’interdit
pas : au contraire, il incite et produit). On recherche partout
le sexe, même où il pourrait ne pas se loger…
et il finit par s’y trouver !
FOUCAULT:
SEXUALITE, AVEU ET POUVOIR ( Référence : site
internet « Et in Arcadia Ego »)
Le pouvoir, tel que le représente Foucault : Eglise,
Etat, famille, parti etc… veut savoir ou, paradoxalement,
ne pas savoir. En matière de sexualité ce
fut souvent cette dernière option qui fut choisie.
Ne pas savoir les « déviances » sexuelles,
occulter les préférences particulières.
C’est une attitude qui s’explique aisément
dès que l’on sait que la part de sexualité
est la plus intime, la plus secrète, que nous ayons
à dévoiler, celle par laquelle nous accédons
à notre propre vérité.
Alors que chez les Grecs, les Chinois et les Orientaux,
la sexualité est avant tout ars erotica, dans la
société judéo-chrétienne elle
devient ars sexualis, soit dire, sous forme d’aveu,
la vérité sur nos désirs. Il n s’agit
pas de dire comment trouver le désir, mais bien avouer
ses désirs.
Pour Foucault, nous sommes devenu une société
hautement avouante : école, médecin, police,
psychanalyste, amis, soi-même, tout est prétexte
à l’aveu. Il devient, à la longue, une
manière de s’identifier auprès des autres,
de s’authentifier par rapport à soi-même.
D’où le paradoxe : avec la libération
sexuelle on cherche, en avouant sa sexualité, à
s’affranchir du pouvoir répressif qui empêche
de la dire et la vivre librement ; ce faisant on fait le
jeu du pouvoir qui veut savoir car, comme je l’ai
rappelé dans mon dernier papier, le pouvoir n’est
que dans la mesure où il sait ! Et la situation devient
paroxystique dès lors que le pouvoir va inciter à
l’aveu dans le cadre d’une « libération
» qu’il va, lui-même, orchestrer !
Avec l’aveu, c’est l’avouant qui devient
« sujet » dans les deux acceptions du terme.
Sujet avouant et sujet de l’autorité qui génère
l’aveu. Mais devenu sujet, l’avouant s’est
construit une identité qui, a son tour, devient gêne
de pouvoir. La boucle est bouclée, le serpent de
l’autorité s’est mordu la queue.
« Il faut être soi-même bien piégé
par cette ruse interne de l’aveu, pour prêter
à la censure, à l’interdiction de dire
et de penser, un rôle fondamental : il faut se faire
une représentation bien inversée du pouvoir
pour croire que nous parlent de liberté toutes ces
voix qui, depuis tant de temps, dans notre civilisation,
ressassent la formidable injonction d’avoir à
dire ce qu’on est, ce qu’on a fait, ce dont
on se souvient et ce qu’on a oublié, ce qu’on
cache et ce qui se cache, ce à quoi on ne pense pas
et ce qu’on pense ne pas penser. Immense ouvrage auquel
l’Occident a plié des générations
pour produire-pendant que d’autres formes de travail
assuraient l’accumulation du capital- l’assujettissement
des hommes ; je veux dire leur constitution comme «
sujets » aux deux sens du terme. » |
- Pouvoir
: pas une censure mais une incitation à l’aveu
- dispositif de contrôle social qui n’est pas basé
sur la répression et la censure
- tout au contraire : dispositif qui se caractérise par
:
o l’incitation à l’aveu, la transparence,
le discours sur soi
o le « sexe » bavard : on n’a jamais autant
parlé de sexualité
o mouvement encouragé par le discours sur la libération
sexuelle
-
La libération sexuelle est ainsi une ruse du pouvoir
- il y a eu une forme de libération, en réponse
à une morale trop pesante
- mais cette libération s’est accompagnée
d’une contrepartie : intériorisation subtile d’une
injonction à être transparents
- continuation de l’établissement de la « sexualité
» comme dispositif de contrôle social plutôt
que comme limitation de son pouvoir ; pouvoir basé sur
la visibilité : exemples : les homosexuels, la pornographie,
la mode des sextoys… et Facebook !
Mais nous ne sommes pas vraiment libres ! Le pouvoir contrôle
en nous donnant l’impression de ne pas être contrôlés
! (ultime exemple : l’éducation sexuelle dans les
écoles ?! –dit à quel âge on a nos premiers
rapports sexuels, etc.). C’est donc bien la forme moderne
de pouvoir que l’on retrouve ici : cette forme de pouvoir
est basée sur
- l’incitation à l’aveu, sur la visibilité,
plutôt que sur la censure et la répression
- il entretient un sentiment de liberté
- il se situe dans le domaine du plaisir, de l’amusement,
de l’émotion positive
Bref : on m’encourage à identifier la liberté
à la liberté de ma sexualité, et pendant
ce temps, je pense à autre chose qu’à ce qui
se passe dans le monde réel, ce qui laisse le champ libre
aux dominations politiques et économiques.
- Mais
pourquoi le sexe est-il devenu si important dans nos sociétés
selon F. ?
Cf. article de C. Chevalley : le désir n’a pas d’explication,
il survient ; à partir de cette émotion sans référence,
nous construisons un monde que nous croyons être un monde
privé. Si le sexe a pris une importance démesurée
c’est parce que nous avons l’illusion du caractère
privé de notre expérience de la sexualité.
Cf. Freud : pour lui le sexe n’est pas un besoin purement
physiologique ; la sexualité est rapportée à
l’histoire singulière du sujet : elle est par conséquent
l’indice du succès ou de l’échec à
nous constituer comme individus. La sexualité est devenue
pour nous, en conséquence, une sorte de marqueur de notre
personnalité
Or le sexe est un langage commun déterminé par bien
autre chose que l’histoire du sujet ; elle varie avec :
les lieux géographiques, les périodes historiques,
les couches sociales. Cf. gestes de la drague, vêtements,
allures de filles, trucs pour susciter la jalousie, etc.
Cf. aussi amplification libertaire de 1968 : hypothèse
selon laquelle une société non répressive
est possible (cf. Marcuse, Eros et civilisation)
|
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