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Toute croyance est-elle irrationnelle ?

page créée le 01/01/2003

 

 

Résumé:

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Plan

Introduction

I- la croyance comme insuffisamment fondée et opposée au savoir

II- La croyance comme assentiment

A- Les diverses formes de croyance analysées ci-dessus ne peuvent être dites toutes irrationnelles (en tout cas pas au même degré !)

B- La croyance comme assentiment –en quel sens la croyance peut être dite irrationnelle

III- Comment sauver les croyances les plus irrationnelles de l’absurdité ?

A- Est-ce que la croyance inductive est contraire aux normes logiques les plus élémentaires ?

B- Quelles croyances peuvent alors être dites irrationnelles ?

Conclusion

Annexe I : l’explication de la religion chez Marx et Nietzsche

Annexe II : l’argument du pari de pascal

 

Bibliographie

 


II- La croyance comme assentiment

A- Les diverses formes de croyance analysées ci-dessus ne peuvent être dites toutes irrationnelles (en tout cas pas au même degré !)

 

Nous venons de dire que toutes les croyances sont plus ou moins irrationnelles, car elles ne sont jamais entièrement fondées. Mais insistons maintenant sur le " plus ou moins ", qui est ici important. On montrera alors qu’il y a quand même y avoir une différence entre :

 

  1. croire qu’il va pleuvoir alors que l’on voit des nuages arriver, ou que la météo l’a annoncé la veille, et qu’on est au mois de mars
  2.  

    et :

     

  3. croire qu’il va pleuvoir alors qu’on est en plein désert en plein été ou que la météo a annoncé un vaste anticyclone.

 

Plus encore, entre croire (1) ou même (2), et

 

(3) croire que les soucoupes volantes existent alors que je sais que la science contredit toute possibilité d’existence ailleurs que sur la terre…

 

Si notre dernier exemple paraît effectivement contraire à la raison, en tant qu’il est dénué de toute raison et repose même sur une contradiction, le premier exemple paraît quand à lui rationnel. On ne peut comprendre comment on peut croire, adhérer à une représentation, tout en sachant pertinemment qu’elle est fausse, qu’elle est improbable, alors qu’on peut tout à fait comprendre qu’on puisse adhérer à une représentation probable, qui repose sur des données objectives. On ne se contredit que dans le premier cas, qui seul est absurde.

 

C’est qu’il ne faut pas se tromper d’adversaire : de quelle(s) croyance(s) parlons-nous effectivement, quand nous décrétons les croyances ou le phénomène de croyance irrationnel (le)s ? Il ne s’agit en fait pas, nous allons le montrer, de toute croyance. Le phénomène de la croyance n’est en lui-même nullement opposé à la raison ou au savoir.

 

B- La croyance comme assentiment –en quel sens la croyance peut être dite irrationnelle

La croyance s’oppose-t-elle nécessairement au savoir ? Est-elle nécessairement irrationnelle ? Pour répondre à cette question, analysons le texte suivant de Hume :

Hume, Traité de la nature humaine (la croyance est un état de l’esprit, qui n’est " rien d’autre qu’une idée forte et vive dérivée d’une impression présente et en connexion avec elle ")

La croyance (…) consiste non dans la nature ni dans l’ordre des idées, mais dans la manière dont nous les concevons et dont nous les sentons dans l’esprit. Je ne peux, je l’avoue, expliquer parfaitement ce sentiment, cette manière de concevoir. Nous pouvons employer des mots qui expriment quelque chose d’approchant. Mais son véritable nom, son nom propre, c’est croyance. Ce terme, chacun le comprend dans la vie courante. En philosophie nous ne pouvons rien faire de plus que d’affirmer que l’esprit sent quelque chose qui distingue les idées du jugement des fictions de l’imagination. Cela leur donne plus de force et d’influence, les fait apparaître de plus grande importance, et les constitue comme principes directeurs de toutes nos actions.

 

Dans ce texte, Hume définit la croyance. Elle n’est autre que la propension de l’esprit à affirmer ce qu’il conçoit. Il ajoute que ce caractère essentiel des croyances fait qu’elles ont un lien essentiel avec nos actions : le rôle des croyances est de produire des actions, des comportements.

 

Toute croyance a donc deux caractéristiques essentielles : elle est à la fois

 

  1. une idée vive associée à une impression présente, et

 

2) une propension à l’action (c’est-à-dire : une croyance est une attitude, qui se " voit " dans votre comportement quotidien –cela signifie que la croyance est un des " moteurs " de notre action et donc de la vie).

 

1) La croyance comme assentiment

 

Analysons le premier point, et ses conséquences sur la distinction faite dans la première partie entre " croire " et " savoir ". La croyance n’est autre que la façon dont agissent sur nous certaines idées. Certaines idées font sur nous l’effet d’être vraies, et d’autres, l’effet d’être fausses ou fictives.

 

Nous affirmons les premières sortes d’idées, et nous rejetons les secondes. Hume ne dit pas que les premières sont des connaissances et les secondes des croyances, comme on pourrait, suite à la première partie, s’y attendre. Il définit au contraire les premières sortes d’idées comme des croyances, et les secondes, comme des fictions de l’imagination, des rêves, etc. Croire, c’est le mécanisme de notre esprit par lequel nous tenons quelque chose pour vrai.

 

Ainsi, par exemple, quand je lis un livre d’histoire, je crois que ce que l’on me raconte a réellement existé ; mais quand je lis un conte de fées, je ne crois pas ce que l’on me raconte, je " sens " que ce n’est qu’une fiction. Ou encore, je " sens " qu’une théorie scientifique est " vraie ", alors qu’un mythe n’est qu’une fiction.

 

Si donc on considère la croyance comme consistant à tenir quelque chose pour vrai, comme la qualité de l’esprit qui nous fait assentir à quelque chose, elle peut tout à fait être opposée comme être en accord avec le savoir. Parfois, nous assentons à quelque chose avec une garantie objective, parfois non. C’est tout ! Ce n’est pas la croyance en tant que telle qui est opposée au savoir ou qui est irrationnelle, mais seulement certaines croyances.

 

La croyance ne consiste donc nullement, en soi, à adhérer à quelque chose sans en être certain.

 

On peut même dire que savoir et croyance ne se dissocient pas :

 

  1. on ne peut savoir quelque chose sans y croire : en ce sens, le savoir n’exclut pas la croyance, et repose même en un certain sens sur elle (je ne peux pas " savoir " que la terre tourne autour du soleil, si je n’y " crois " pas !)
  2.  

  3. mais encore, notre croyance peut être un savoir, par exemple dans le cas des croyances scientifiques (ibido)

 

2) La croyance comme propension à l’action –exemple : l’induction

 

Pour étudier le second point, nous allons prendre l’exemple privilégié par Hume dans ses écrits : il s’agit de l’induction. C’est la croyance qui est à la base de toutes nos actions quotidiennes, et qui est donc empirique (elle concerne l’expérience).

 

La plupart de nos comportements reposent sur la croyance en l’uniformité et en la régularité du cours de la nature, et sur la confiance en cette régularité : telles causes ayant causé tel effet dans le passé, et ayant jusqu’à maintenant produit tel effet, elles produiront toujours, à l’avenir, tels effets.

 

Ainsi, étant donné que j’ai toujours constaté que le feu brûle, je ne vais jamais approcher ma main sur le feu, car je " sais " (je crois, plutôt !) que le feu brûle.

 

Cette tendance de l’esprit, fondée sur l’habitude, est la croyance. La croyance causale est ce qui fait que vous pouvez avec tant d’assurance sortir de chez vous pour aller attendre votre bus à un arrêt de bus (car qui vous dit qu’en vous plaçant à tel endroit vous allez pouvoir prendre un bus, sinon la croyance en l’uniformité du monde) ? Ou bien, pour reprendre l’exemple ci-dessus, c’est ce qui vous fait emporter votre parapluie quand le bulletin météo annonce de la pluie (même si ce n’est que probable : la météo se trompe, finalement, assez souvent, mais ce qu’elle nous dit du temps ne repose pas sur des données subjectives, comme la magie, mais sur des données objectives, comme la science).

 

Problème : cette croyance, nous montre Hume, est irrationnelle. En quel sens ? Au sens où elle n’est pas fondée sur des raisons ou ne repose pas sur un raisonnement valide. En effet (cf. cours théorie et expérience, première partie, pour plus de détails), dans ce raisonnement, nous allons du particulier au général. Logiquement, il n’est donc pas valide. Ce n’est pas parce qu’on a toujours vu quelque chose, parce qu’on a l’habitude de quelque chose, que cette chose va se reproduire infailliblement. Nous n’avons donc, apparemment, pas de bonnes raisons d’avoir cette croyance. Elle est donc irrationnelle.

 

NB : attention ! vous voyez ici que si la croyance est tenue pour être irrationnelle, ce n’est pas au sens où elle est absurde, et du côté du délire, de la crédulité, de la superstition. C’est parce qu’elle ne repose pas sur un raisonnement valide, parce qu’elle n’est pas suffisamment garantie rationnellement, et donc, parce qu’elle s’oppose au savoir.

 

3) Le caractère passif et involontaire de la croyance –la distinction entre " cause " et " raison " de la croyance

 

Mais il y a une autre raison pour laquelle la croyance peut être tenue, si on s’en tient à la définition humienne, pour irrationnelle. Comment en venons-nous à croire que les mêmes causes produisent les mêmes effets, et à avoir confiance en l’expérience ? Ce n’est vraisemblablement pas par décision ; je ne me dis pas : " tiens, j’ai constaté que les mêmes causes produisent les mêmes effets, donc, je vais croire en l’uniformité de la nature ". Cette réflexion, vous pouvez bien sûr la faire, mais je pense qu’elle est seconde par rapport à votre croyance. Ie : vous pouvez l’avoir, quand vous réfléchissez sur les fondements de votre croyance. Mais dans la vie, vous n’allez pas réfléchir sur vos croyances. La croyance, vous l’avez, c’est tout. Ie : vous ne décidez pas de l’avoir, vous ne pouvez rien y faire du tout. Certaines données, certaines représentations, à force de se reproduire, vont tout simplement agir sur vous d’une manière tellement forte (c’est la force de l’habitude "), que vous allez y croire. Vous n’en êtes même pas spécialement conscients.

 

Bref : la croyance ne se forme pas par décision volontaire, mais par l’effet de mécanismes naturels dont la base est constituée par les impressions reçues par l’esprit. Elle échappe donc au contrôle du sujet. C’est en ce sens qu’elle paraît effectivement être irrationnelle : elle n’a pas son origine dans la raison, mais elle est causée.

 

Il convient ici de nous arrêter sur cette distinction entre la cause et la raison des croyances.

  • La cause des croyances : mode d’explication de nos actions ou représentations qui recourt à des causes, ie, à quelque chose d’extérieur à l’agent, qui agit sur lui sans qu’il y puisse quelque chose, et sans même qu’il en soit conscient ; c’est irrationnel car ce n’est pas le sujet qui est à l’origine des effets causés.

 

  • La raison des croyances : on dit qu’une action ou une représentation a des raisons, et non des causes, quand l’agent en est l’origine, quand il peut en donner des " motifs " : " j’ai fait ou je pense cela, parce que (= raison, motif) ". Ici, l’agent décide de ces motifs et raisons, elles ne lui viennent pas de l’extérieur. Le savoir scientifique entrerait dans cette catégorie, car il est acquis de manière critique.

 

 

Quand on peut donner des raisons ou des motifs à une action ou à une représentation, on les dit alors " justifiées " ; par contre, quand on ne peut en donner que des causes, on les dit seulement " expliquées ". Faites donc bien attention : le terme d’expliquer s’applique aux actions et représentations dont on cherche les causes.

 

 

Exemple :

 

Le géocentrisme, in cours révolution copernicienne : ici, non seulement nous sommes habitués à cette croyance selon laquelle la terre ne tourne pas, mais cette croyance est encore liée à d’autres croyances, qui peuvent être des causes de cette croyance

suite du cours

 

 

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