Introduction
La
notion de conscience est en général utilisée
pour qualifier les hommes, à la différence des autres
êtres vivants, et même des animaux. La conscience
serait donc un attribut spécifiquement humain, qui contribuerait
à en faire un être à part au sein de la nature,
qui en ferait un être, sans doute, capable de s’arracher
au règne du naturel. Mais qu’est-ce exactement que
la conscience ? On l’emploie d’une façon finalement
assez vague, car on dit souvent que l’homme est aussi l’être
doué de penser, de raison, d’un esprit. La conscience
serait-elle alors l’une des facultés de notre esprit
? La conscience serait-elle l’esprit en son entier ? Avoir
conscience de quelque chose, est-ce penser cette chose ? Si l’on
prend l’étymologie du mot, cf. « cum-scire
», il semble que l’on doive répondre que la
conscience est une forme de savoir. Mais alors quelles sont ses
caractéristiques ? A-t-elle un objet particulier ? A quoi
se rapporte-t-elle ? Et cette forme de savoir est-elle vraiment
inaccessible aux autres êtres vivants ?
Commençons
à réfléchir un peu sur la façon dont
on utilise ce terme dans la vie courante.
(1)
« es-tu bien conscient de ce que tu es en train de faire
? »
(2) « avoir conscience du monde et de soi est le propre
de l’homme »
(3) « Gertrude a perdu conscience, elle est dans le coma
»
Dans
le premier exemple, on veut dire : « est-ce que tu te rends
compte ? », « est-ce que tu réfléchis
» ; il y a ici l’idée d’un certain recul
qu’il faudrait prendre quand on agit. Cela s’oppose
à l’action effectuée machinalement, automatiquement,
sans réflexion.
Dans
le second exemple, on sous-entend également les mêmes
caractéristiques : avoir conscience ici c’est savoir,
se rendre compte que (il existe un monde extérieur, que
j’existe, etc.).
Dans
le dernier exemple, on sous-entend en plus que ne plus avoir conscience
c’est avoir perdu tout contact avec le monde extérieur.
C’est ne plus penser, ne plus percevoir, ne plus sentir,
etc. Il reste ici juste la respiration et les fonctions végétatives
élémentaires.
Si
donc être en vie ne suffit apparemment pas pour dire qu’il
y a conscience, il paraît pourtant que nous ayons quand
même ici un peu avancé par rapport à tout
à l’heure : la conscience cela paraît signifier
souvent réfléchir, mais également, elle semble
être également ce qui nous relie au monde. Peut-être
après tout peut-on considérer qu’il y a différentes
formes de conscience ? N’y a-t-il pas plusieurs manières
d’être en contact avec le monde extérieur ?
Ou bien être conscient ne voudra-t-il dire que savoir qu’on
est relié au monde (et éventuellement à soi-même
qui nous rapportons à ce monde) ? C’est ce à
quoi on devra ici répondre.
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