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Aristote, La politique, Livre I, Pourquoi vit-on politiquement ?

page créée le 05/09/2006

 

 

Résumé:

liens associés

- cours Etat

 

 

Biographie, bibliographie, sitographie

Chapitre 1 : la cité est le souverain bien de l'homme

Chapitre 2 : généalogie de la cité

Chapitres 4 à 7 : l'esclavage

Pour approfondir : citoyenneté antique et esclavage

 

 

 

 

 

 


Aristote cherche ici les fondements de la vie politique : il s’agit de savoir pourquoi on vit politiquement.

Chapitre 1 : la cité a pour fin le souverain bien, car :

Argument :

(1) la cité est un certain type de communauté
(2) toute communauté est constituée en vue d’un certain bien
(3) de toutes les communautés la plus souveraine est celle qui inclut toutes les autres

 

1) quel type de communauté est la cité?

- elle a des parties : des foyers, des villages

- elle a un régime ou une constitution (ce qui organise, structure et ordonne la relation entre les parties de la cité, faisant de ces parties un tout)

- sa fin est l’autarcie.

Une communauté est donc un groupement d’hommes unis par une fin commune (elle est le bonheur pour la communauté politique) et liés par une relation affective nommée “amitié” (IV, 11) selon des rapports de justice. Les principales caractéristiques de toute communauté sont donc : unité d’une pluralité, fin commune, amitié, justice.
Aristote attribue à chaque type de communauté une raison d’être propre, et donne à la politique un sphère singulière. Et il lui donne d’emblée la fin la plus élevée.

  • la cité est à la fois qualitativement la plus haute, et extensivement, la plus englobante. En effet, toute autre communauté est un sous-ensemble de la cité, et la cité est donc une totalité ayant des éléments (les citoyens) et des parties (les autres communautés).

Dans ce texte, il y a deux thèses importantes :

1) La cité vise, selon Aristote, la fin la plus haute pour l’homme : ce n’est donc pas un pis-aller ou une simple garantie de survie individuelle (contrairement, par exemple, à la thèse moderne de Hobbes, cf. cours sur l'Etat)

2) Et il affirme la spécificité du politique : en effet, si chaque communauté vise un bien propre, chacune a sa spécificité (qui est sa finalité propre). Contre la thèse soutenue par Platon dans la République, Aristote stipule donc que le “bon” politique n’est pas le “meneur d’hommes” en général, mais l’homme qui fait preuve de qualités propres à cette communauté qui a pour fin le bien souverain.

 

2) La méthode est analytique et génétique

  • analytique : elle va des parties au tout
  • génétique (au sens où la fin vient à la fin, mais donne sens à ce qui précède) : on peut décomposer la cité, être naturel, en ses parties constituantes, les villages, eux-mêmes faits de foyers, unités de base, eux-mêmes constitués de trois relations élémentaires (maritale, parentale, despotique). Les parties sont la matière dont est faite la cité.


Chapitre 2 :
Aristote fait ici la généalogie de la cité à partir du couple, et procède par complexification croissante jusqu’à la cité, communauté de toutes les autres.

Il montre bien que si les hommes s’associent en communauté, c’est parce qu’ils ne peuvent se suffire à eux-mêmes ; et que si aucune communauté ne pouvait se suffire à elle-même, alors, toute association serait futile et vaine.

1) la communauté de base de la cité est le foyer (communauté domestique, communauté naturelle constituée en vue de la vie de tous les jours).

a) la relation homme-femme : relation communautaire naturelle, car :

-relation mâle-femelle existe chez tous les êtres vivants;


-l’un ne peut exister sans l’autre : l’union n’est pas volontaire mais instinctive : cela signifie que l’un sans l’autre n’est pas complet ; seul le couple, ie, la communauté des sexes, permet à un animal d’être en soi, grâce à la procréation qui nous rend semblables en quelque sorte à Dieu;


-elle est ce sans quoi une fin ne pourrait être atteinte, à savoir, la procréation (finalité naturelle du couple) ; on a donc ici une nécessité biologique (s’il y a des couples, c’est donc parce que sans cela, l’espèce n’aurait pu survivre);

b) Le maître et l’esclave ou relation despotique.

Quelle est sa spécificité, ce qui la distingue du couple et de la cité? -Pour cela, Aristote doit montrer qu’on a affaire à une communauté d’êtres incomplets et donc indispensables l’un à l’autre, telle qu’elle seule leur permette de réaliser une oeuvre commune, et distincte de toute autre.

-Le maître est celui qui par nature “commande”, ie, est capable naturellement de prévoir par la pensée. L’esclave est par nature l’être capable d’exécuter physiquement les tâches conçues par le maître. Donc, la même chose est avantageuse à l’un et à l’autre. Le maître commande donc légitimement à l’esclave...

-Mais cela signifie aussi que l’incomplétude naturelle de chacun les rend naturellement dépendants, à la fois de l’autre, et de leur oeuvre commune. L’un et l’autre ont de plus besoin de l’autre en vue de la satisfaction de leurs besoins quotidiens, ceux auxquels pourvoit le foyer. Le travail économique (de “oikos”, travail exercé dans le cadre privé pour satisfaire les besoins de la vie de tous les jours) est l’oeuvre propre de la communauté domestique, et donc, l’oeuvre commune au maître et à l’esclave. Spécificité par rapport à la première relation.

c) il y a une autre partie de la famille, qui définira une autre relation de pouvoir, à savoir, le père et l’enfant.

Conséquence de a), b) et c) : il faut distinguer radicalement trois types d’autorité ou de pouvoir. a) pouvoir politique (entre êtres libres et égaux) ; b) pouvoir despotique (sur êtres non libres) ; c) pouvoir royal (sur êtres libres et inégaux). Dans la plupart des cas, c’est par nature qu’il y a un commandant et un commandé.

2) La communauté du village : elle est formée de plusieurs familles en vue de relations qui ne soient plus seulement celle de la vie quotidienne.


Le village est né une fois les besoins immédiats satisfaits, et afin de pourvoir à d’autres, qui sont l’administration de la justice et des cérémonies religieuses (VII, 8).

Le village est fait de foyers qui en sont les parties.

 

3) La communauté politique (cité).


-autarcique, autosuffisante : c’est la plus petite communauté qui suffit à pourvoir à tous les besoins de ses membres, à combler tous les manques. Elle est, par là, la fin du développement historique par lequel les hommes se sont associés en communautés. Mais l’autarcie est aussi sa propre fin : la cité n’existe qu’en vue d’elle-même.


-seule la fin de la cité est parfaite.

-l’homme ne peut être pleinement que dans et par la cité.

a) la cité existe naturellement, puisqu’elle est la fin du développement naturel.

-autarcie : fin du développement naturel, car, toute communauté existant naturellement en vue de satisfaire certains besoins naturels, elles existent toutes en vue de celle qui les satisfait tous.

(1) La nature de toute communauté, est la fin pour laquelle elle existe
(2) la nature de toute communauté est hors d’elles (puisqu’elles ne se suffisent pas à elles-mêmes
(3)sauf celle de la cité qui est la nature de toutes les autres qui y tendent.

b) L’homme est naturellement politique.

Il y a dans la nature de l’homme une tendance à vivre dans des cités ; et, en réalisant cette tendance, l’homme tend vers son bien propre. L’individu est inachevé, et il vit en cité, non par intérêt, mais pour y réaliser son bonheur.
Si l’homme est un être naturellement politique, c’est donc parce qu’il est un être naturellement en manque. Il vit en communauté pour être avec d’autres et être achevé et auto-suffisant.

La nature de l’homme, être parlant, montre qu’il est fait pour la vie politique et que la cité est bien un être naturel :


(1) la nature ne fait rien en vain

(2) seul de tous les animaux, l’homme a un langage (le logos) ie, une faculté d’exprimer ou de communiquer par concepts et propositions, et qui a un objet spécifique : les valeurs sociales
en vertu de (1) il doit donc y avoir une raison de cette différence naturelle dans la nature même de l’homme

(3) cela montre donc que seul l’homme vit naturellement dans un milieu où il peut percevoir et communiquer les valeurs sociales : polis et logos ont donc partie liée dans la nature de l’homme.. On peut donc dire que la polis est la communauté de ceux qui communiquent leur perception du bien commun.

 

c) Antériorité de la cité.

En allant des parties au tout, on a renversé l’ordre réel. Aucune de ses parties ne serait elle-même sans le tout, puisqu’aucune n’est auto-suffisante. Les parties ne peuvent être sans le tout (ie : l’individu isolé n’est pas homme hors de la société politique : c’est une bête ou un dieu). D’ailleurs, pour lui, un homme hors de la cité est pire que la pire des bêtes, parce qu’il est doté naturellement de dispositions intellectuelles qui compensent ses déficiences en moyens physiques d’auto-défense, et qu’elles sont les armes les plus redoutables sans l’éducation à la justice que donnent les lois de la cité. L’homme, animal politique est le meilleur des animaux, et l’homme a-politique est la pire des bêtes...

Chapitres 4 à 7


Aristote justifie ici l’esclavage comme étant “naturel”, conforme à l’ordre social et à l’ordre du monde.

 

Dans le chapitre 4, il entreprend de construire théoriquement le concept d’esclave à partir des nécessités de la vie, et non par observation empirique des conditions réelles de l’esclavage. Il distingue une nature et une fonction de l’esclave :


- par nature ne s’appartient pas

- instrument en vue de l’action.

 

Dans le chapitre 5, nous passons du concept à la réalité. Existe-t-il des hommes présentant naturellement ces caractères de l’esclave par nature?


a) il établit la nécessité du commandement dans les êtres doués d’une âme qui commande au corps et d’une intelligence qui commande au désir;


b)on reconnaît donc l’esclave naturel à ce qu’il est aussi éloigné des autres hommes qu’une âme l’est d’un corps. Cet être doit être de plus quelqu’un pour qui c’est doublement mieux d’être commandé par un autre :

- c’est conforme à sa nature, car il est moralement inférieur et

- c’est dans son intérêt, car il ne peut se commander lui-même, et ne peut se servir que de son corps.

 

Au chapitre 6, il examine la position de ceux qui condamnent l’esclavage selon la loi ie, la mise ne esclavage institutionnalisée comme la prise de guerre. Cette intitution n’est pas légitime sauf lorsque la défaite est la traduction d’une infériorité naturelle, intellectuelle et morale, car alors, l’asservissement rentre dans le cadre de l’esclavage naturel.

 

Le chapitre 7 en déduit que le pouvoir du maître diffère spécifiquement du pouvoir politique, et que ce n’est pas par la supériorité de son savoir mais par celle de sa nature, que l’on est maître.

 

Les objections :

1) On voit qu’Aristote ne se demande pas si l’esclavage est acceptable ou non, mais dans quelle mesure il est ou non naturel. Il ne se demande jamais si l’inégalité même naturelle entre les hommes est compatible avec les valeurs que l’homme porte en lui et si la réalité ne doit pas être corrigée par un idéal...


2) On peut aussi dire qu’on a ici l’exemplification de ce que Marx appelle une “idéologie” (légitimation par la nature, qui a pour fonction la défense des intérêts des classes dominantes).

3) En fait, comme l’a montré Goldscmidt, Aristote en arrive à défendre une forme d’esclavae qui va à l’opposé des pratiques et institutions de son temps. Par exemple, il a bien montré que la manière dont on les acquiert n’est pas fondée en nature (chap.6), ou encore que les fonctions qu’on leur assigne, ne sont pas celles que la nature leur assigne (à savoir, rôle d’obéissance dans le cadre domestique et privé).

 

 

 

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