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Cours esprit et matière

page créée le 7/02/2005

 

 

Résumé:

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page 2

I- Le dualisme : il existe deux sortes de réalités distinctes, et autonomes

A- le dualisme populaire et/ ou religieux


1) la distinction âme et corps
2 ) point historique = le vitalisme

B- le dualisme cartésien : distinction radicale… mais interactionniste


a) Descartes radicalise la distinction populaire
b) Le mystère dont il faut rendre compte : l’union corps et âme chez l’homme
c) La critique leibnizienne

II- Mais est-ce que ces deux sortes de réalité existent véritablement ? (le monisme)

A- le matérialisme


1) le matérialisme de l’Antiquité : l’esprit n’est que le résultat de processus atomiques
2) le matérialisme de Marx : l’esprit n’est que le résultats de processus matériels économiques
3) matérialisme contemporain : l’esprit n’est que l’effet de processus cérébraux

B- le spiritualisme: l’idéalisme de Berkeley : la matière n’existe pas


 


 

II- Mais est-ce que ces deux sortes de réalité existent véritablement ? (le monisme)


Mais alors, un problème subsiste toujours : la réalité sera-t-elle uniquement matérielle ? ou bien uniquement spirituelle ?

Commençons par analyser la première solution, puisque dans le dualisme, ce qui finalement cause le plus de problème, c’est bien cette entité énigmatique qu’est l’esprit.

 

A- le matérialisme

 

Définition : tout est matière. L’esprit est soit une illusion, soit un certain degré de matière, soit de la matière « tout court ».

le matérialisme de l’Antiquité (Démocrite, Epicure, Lucrèce) : l’esprit est l’effet ou le résultat de processus atomiques

Tout ce qui existe est composé d’atomes. L’esprit n’est qu’une organisation physique parmi d’autres. L’esprit existe bien , mais il n’est qu’une forme subtile de la matière. Il existe en effet des atomes plus « fins » que d’autres.


le matérialisme de Marx : l’esprit est l’effet ou le résultat de processus matériels économiques

Les conditions matérielles de la société déterminent notre mode de pensée, mais aussi tout ce qu’on attribue à l’esprit en général (la morale, politique, le droit, la religion, l’art, la philosophie). Conditions matérielles = forces économiques et sociales.

Exemple : dans l’Antiquité, la connaissance était considérée comme théorique : on ne s’occupait pas de ses applications pratiques. Ce mode de pensée est lié à l’organisation de la vie quotidienne sur le plan économique. Seuls les esclaves travaillaient, donc, l’efficacité était dévaluée, au profit de la pensée pure.

 

Matière (ou conditions de vie « matérielles ») = infrastructure
Esprit = superstructure
  • conditions de production (ressources naturelles = climat, matières premières)
    • moyens de production (outils, appareils, machines)
    • rapports de production (répartition du travail, statut des propriétaires)
Les idées, pensées, la culture, l’art, la politique, le droit, la religion, etc., ne sont que le reflet de l’infrastructure


C’est la matière, ou ses transformations, qui transforme(nt) l’histoire, pas les idées ou pensées des hommes..

Cependant, on parle de matérialisme « dialectique » : cela signifie que la superstructure, même si elle ne peut avoir de vie autonome, peut à son tour influencer l’infrastructure.


le matérialisme contemporain : l’esprit est l’effet ou le résultat de processus cérébraux

Aujourd'hui, on refuse le mental pour les mêmes raisons que celles qui avaient mené Leibniz à refuser l'interaction causale : c’est-à-dire, parce que le mental constitue une anomalie dans le monde physique.

Ainsi, on a plutôt tendance à réduire le mental au physico-chimique, aux neurones (cf. Changeux, L'homme neuronal, 1983) : il n’y a pas d'"esprit", mais que des neurones. Ou encore : l’esprit est identique au cerveau.

Il s'agit d'un "matérialisme éliminativiste" : les phénomènes mentaux ne sont rien d'autre que des phénomènes physiques; les termes mentaux ordinaires ne désignent rien de réel, et ne sont qu'un mythe que nous projetons sur les structures de notre comportement. Par là, on est censé se débarrasser définitivement du dualisme interactionniste, c’est-à-dire, de l’idée d'une substance mentale qui aurait des effets physiques.

La meilleure preuve, pour eux, de cette thèse, c’est la répercussion de traumatismes crâniens sur la pensée (par exemple une amnésie).

Difficultés du matérialisme :

• comment l’esprit peut-il venir de la matière ? qu’est-ce qui dans la matière peut aboutir à la création de l’esprit ? la matière peut-elle penser ?
• si on a besoin de recourir au concept d’esprit pour expliquer les comportements humains, alors pourquoi ne correspondrait-il à rien ? (Ainsi, ne se moquerait-on pas du physicien qui prétendrait rendre compte d’un match de football en terme de corps en mouvements, définis par leurs masse et leur vitesse ?)
• la science ne peut vraiment objectiver l’esprit ou prouver que l’esprit est matériel et n’est que le nom que nous donnons à des phénomènes dotés pour nous (humains) d’importance. Cf. techniques d’imagerie cérébrale (tomographie à émission de positrons) : elles peuvent nous faire voir (donc localiser) la zone du cerveau mise en branle quand nous pensons, faisons des calculs logiques, jouons d’un instrument de musique, etc. Mais pas ce à quoi nous pensons, et surtout, ce qu’est la pensée (comment elle naît, etc.)

Si la position matérialiste pose problème, qu’en est-il alors de la position spiritualiste ?

 


B- le spiritualisme

 

Définition : la matière n’existe pas, seul l’esprit existe. Plusieurs formes : la matière est un degré infime d’esprit, la matière est une illusion, etc.

exemple de position spiritualiste : l’idéalisme de Berkeley (philosophe irlandais, 1658-1753)

Définition de l’idéalisme : tout ce qui existe, est soit un esprit soit une idée/ perception de cet esprit. Tout, y compris le monde extérieur, est réductible à cela. Ainsi, toutes les choses perçues sont des perceptions, il n’y a rien qui se cache derrière.

L’idéalisme de Berkeley est donc aussi un immatérialisme (la matière n’existe pas, seul l’esprit existe). Mais ne nous y trompons pas, ce que le sens commun appelle « monde extérieur » existe bien !

Berkeley, Dialogues entre Hylas et Philonous, Troisième dialogue

Je vois cette cerise, je la touche, je la goûte, je suis sûr que le néant ne peut être vu, touché, goûté : la cerise est donc réelle. Enlevez les sensations de souplesse, d’humidité, de rougeur, d’acidité, et vous enlevez la cerise, puisqu’elle n’existe pas à part des sensations. Une cerise, dis-je, n’est rien qu’un assemblage de qualités sensibles et d’idées perçues par divers sens : ces idées sont unies en une seule chose (on lui donne un seul nom) par l’intelligence parce que celle-ci remarque qu’elles s’accompagnent les unes les autres. Ainsi, quand le palais est affecté de telle saveur particulière, la vue est affectée d’une couleur rouge et le toucher d’une rondeur et d’une souplesse, etc. Aussi, quand je vois, touche et goûte de ces diverses manières, je suis sûr que la cerise existe, qu’elle est réelle : car, à mon avis, sa réalité n’est rien si on l’abstrait de ces sensations. Mais si par ce mot cerise vous entendez une nature inconnue, distincte de toutes ces qualités sensibles et, par son existence, quelque chose de distinct de la perception qu’on en a, alors certes, je le déclare, ni vous, ni moi, ni aucun autre homme, nous ne pouvons être sûrs de son existence.

Plan du texte :

I- la cerise est une collection de qualités sensibles, c’est tout ; explication de la distinction sensation et perception, ou, qu’est-ce qui fait que nous percevons une cerise et pas un amas de sensations ? (pas besoin de recourir à la substance matérielle !)
II- (de « aussi » jusqu’à la fin) gain de cette théorie : permet d’échapper au scepticisme : s’il n’y a rien au-delà de mes idées, alors, je suis sûr de connaître directement les choses !

Ce texte est donc à la fois une critique du morceau de cire et du malin génie de Descartes…

La « matière » n’existe pas ; « preuve » : analyse de la perception d’une cerise

- Ce qui est ici visé : la matière comme substance, c’est-à-dire, comme quelque chose d’extérieur à l’esprit, qui accueillerait les différentes propriétés que je perçois. Si je perçois, par exemple, une cerise, ce n’est pas une chose extérieure à ma perception, une chose qui causerait les perceptions que j’ai. Elle n’est qu’une collection de qualités sensibles, ou, elle est toute entière réductible à ses propriétés.

- Comment le montre-t-il ? En disant que si on enlève les propriétés sensibles de la cerise (qui sont des sensations), alors, il ne reste… plus rien ! On enlève la cerise ! Par conséquent : la cerise n’est nullement un être distinct des sensations. Croire en l’existence de la matière cartésienne, ce serait croire qu’il existe deux cerises, une cerise sensible, et une cerise intangible, imperceptible…

Ce qui nous intéresse particulièrement dans ce texte c’est de voir comment selon Berkeley il ne peut exister que des esprits etleurs perceptions…

Difficultés du spiritualisme :

• ressemble trop à la religion qui n’est pas prouvable (cf. Dieu)
• facilité : on recourt à un autre esprit que le nôtre… on ne prouve donc nullement l’existence de l’esprit puisqu’on l’accorde d’avance !


Conclusion


La distinction radicale comme la réduction de l’un à l’autre, ne sont donc nullement satisfaisantes. Ne serait-ce pas l’homme qui découpe abusivement la réalité ? Qui ne peut faire autrement peut-être ?

L’esprit ne saurait être ou agir sans le corps… mais pourtant ne saurait entièrement se réduire au corporel, sinon, on pourrait le connaître scientifiquement, et on pourrait se passer du vocabulaire psychologique !

Disons que le corps est la condition de l’esprit, mais n’en saurait être la cause (et donc, que l’esprit, s’il doit avoir une assise corporelle, n’y est pas réductible). Il faut donc distinguer soigneusement cause et condition.


Prenons deux exemples :

(1) le piano produit de la musique.

Dira-t-on alors que le piano est la cause et la musique l’effet ? Le piano est un moyen, ce sans quoi quelque chose (la musique) ne peut être réalisé. La cause c’est ce qui produit l’existence et qui rend raison. La cause de la musique (par exemple du 21ème concerto de Mozart) c’est sa pensée, son génie.

(2) Nous pouvons aussi introduire une référence philosophique : dans le Phédon Platon met en scène Socrate expliquant à ses interlocuteurs pourquoi il est en prison, ou plus précisément pourquoi il refuse, alors qu’il en a la possibilité et qu’il est innocent des crimes pour lesquels il a été condamné (introduire de nouveaux dieux dans la Cité, ne pas reconnaître les divinités « existantes », corrompre la jeunesse), de s’en évader :

Platon, Phédon : pourquoi Socrate est-il en prison ?

Socrate : Premièrement la « raison » pour laquelle je suis maintenant assis en ce lieu, c’est que mon corps est fait d’os et de muscles (…) » -autrement dit, ses muscles et ses os l’ont porté jusque là- et deuxièmement « j’ai jugé qu’il valait mieux pour moi d’être assis en ce lieu ; autrement dit qu’il était plus juste, en restant sur place, de me soumettre à la peine que les Athéniens auraient édictée. De fait, par le Chien ! il pourrait je crois, y avoir longtemps que ces muscles et ces os seraient du côté de Mégare ou de le Béotie, où les aurait portés un jugement sur ce qui vaut le mieux, dans le cas où je ne me serais pas figuré qu’il était plus juste et plus beau, au lieu de fuir et de m’évader, de m’en remettre à la Cité de la peine qu’éventuellement elle décide d’infliger.

La cause réelle de son action c’est l’idée du meilleur et non son corps, « simple » condition.

Ainsi le cerveau est condition de la pensée, mais non sa cause… Et nous ne savons toujours pas vraiment ce que peut être l’esprit !



 

 

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