Jean Anouilh, Le voyageur sans bagage ou : qu’est-ce que l’identité personnelle ?

Cette pièce de théâtre est inspirée d’un fait divers. Après la grande guerre, on relate des cas d’hommes ayant perdu toute mémoire de leur passé, ils ne savent même plus qui ils sont. Des centaines de familles les ont réclamé, sans doute pour survivre au chagrin. L’un d’eux, Octave Monjoin, est ici mis en scène.

Cette pièce permet de s’interroger sur l’identité personnelle. Quand on n’a plus de souvenirs et que les autres vous racontent que vous avez agi de telle ou telle manière, alors que vous ne vous y reconnaissez pas, a-t-on encore le droit de dire que vous êtes cette personne qu’on vous décrit ? Les autres sont-ils seuls à même de révéler qui vous êtes (ou ce que vous êtes) ?Click here to read the review of the


Camille redouble ou qu’est-ce que le temps ?

Film de Noémie Lvovsky (2012).

L’histoire : une mère de famille quadragénaire est en pleine perdition : elle est en plein divorce, son métier d’actrice ne la satisfait pas, et elle se noie dans l’alcool. Le soir du réveillon, elle est invitée à une soirée qui rassemble tous les anciens du lycée. Sur son chemin, elle passe chez le bijoutier, qui lui remet sa montre à l’heure et lui scie la bague offerte il y a bien longtemps par son mari… Et la voilà partie pour un long voyage dans le temps : elle va se réveiller 20 ans en arrière, en 1985, mais avec l’apparence physique et l’état psychologique d’aujourd’hui.

Ce film a d’abord l’avantage, d’un point de vue philosophique, de nous interroger sur notre conception du temps.

Notre conception du temps et de l’espace est très limitée en effet ! Nous nous représentons le temps de façon linéaire, du pass& au futur en passant par le présent, et nous situons chaque événement sur cette ligne. Or, un événement n’est qu’une des multiples possibilités qui auraient pu avoir lieu…

Question philosophique majeure du film : à supposer que l’on ait la possibilité de retourner dans le passé, pourrait-on modifier ce passé et par là, notre avenir  ? Cette question se pose ici concrètement : 

– sachant que x m’a rendu malheureux, puis-je éviter de commettre une nouvelle fois la même erreur, celle de tomber amoureux de cette personne ?  

– sachant que ma mère va mourir de telle maladie, tel jour, puis-je y changer quoi que ce soit ?

La réponse de la réalisatrice est négative. Mais la fin du film montre qu’il HowCoster ne faut pas se lamenter de cela, mais s’en réjouir. Notre quinquagénaire sourira à Eric et a eu le temps de dire « je t’aime » à sa mère, ce qu’elle ne lui avait jamais dit. Cela me fait penser à la théorie de Nieztsche : l’éternel retour. Il faut dire oui à tout ce qui arrive, et vouloir que cela arrive de nouveau, sans regret….